• Saints Innocents, Enfants de moins de 2 ans massacrés pour le Christ par Hérode à Bethléem (1er s.)

     
     

    Saints Innocents (1er s.)

    Enfants de moins de 2 ans massacrés pour le Christ par Hérode à Bethléem

     

     

    Le massacre des Innocents est le nom donné à un épisode relaté dans l'Évangile selon Matthieu en même temps que la Fuite en Égypte : le meurtre de tous les enfants de moins de deux ans dans la région de Bethléem, ordonné par Hérode peu après la naissance de Jésus. Les Églises les honorent comme martyrs. 
     

    Fête : le 28 décembre en Occident et le 29 décembre en Orient.

    L'historicité de cet épisode a souvent été mise en question.

    Le texte de l'Évangile

     Représentation du massacre des Innocents

    dans le verso du folio 15 du codex Egberti (manuscrit du Xe siècle)

     

     

    L'Évangile selon Matthieu, chap. 2, versets 16-18 :

    « Alors Hérode, voyant qu'il avait été joué par les mages, se mit dans une grande colère, et il envoya tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous qui étaient à Bethléhem et dans tout son territoire, selon la date dont il s'était soigneusement enquis auprès des mages. Alors s'accomplit ce qui avait été annoncé par le prophète Jérémie ... »

    Car dans le livre de Jérémie (31:15), on trouve en effet : « Ainsi parle l'Éternel : On entend des cris à Rama, des lamentations, des larmes amères ; Rachel pleure ses enfants ; elle refuse d'être consolée sur ses enfants, car ils ne sont plus. »

    Autres sources

     Bas-relief de l'église abbatiale de l’abbaye Saint-Pierre de Brantôme ; Détail de la partie centrale d'un panneau de chêne sculpté et peint, accroché à la droite du chœur présentant le massacre des innocents

     

    Cet épisode est absent des autres Évangiles canoniques et des premiers apocryphes. Il n'est pas non plus mentionné chez l'historien juif Flavius Josèphe. Il est repris dans le Protévangile de Jacques.

    L'historien païen Macrobe (c. 395-436) parle d'un massacre d'enfants par Hérode : « Quand l'[empereur Auguste] apprit que parmi les enfants de Syrie de moins de deux ans qu'Hérode Roi des Juifs avait fait tuer, se trouvait son propre fils, il dit qu'il valait mieux être le cochon d'Hérode que son fils »

    Historicité

    L'historicité de ce massacre est déjà remise en cause par Voltaire dans l'article « Innocents » de son Dictionnaire philosophique.

    Paul L. Maier ne considère pas l'évènement comme ayant une quelconque assise historique, mais participe plutôt à l'hagiographie de Jésus.

    Pour le pasteur André Gounelle, le récit de Matthieu de l'enfance de Jésus est parallèle à celui de la naissance de Moïse dans l' Ancien testament (parmi ces parallèles, le massacre des Innocents rappelle la noyade des enfants hébreux mâles, au début de l'Exode) : « Le parallélisme est trop massif pour n'avoir pas été forgé sinon de toutes pièces, du moins dans une large mesure. ». Pour Michel Remaud, il s'inscrit dans la logique des massacres attribués à Hérode le Grand, assimilé à Pharaon, dans le monde juif du Second Temple.

    Pour Gilbert Picard on retrouve le même poncif chez l'historien romain Suétone à propos de la naissance d'Octave/Auguste.

    Mais pour Paul Veyne, le témoignage du païen Macrobe atteste l'historicité d'un massacre d'enfants même si « son souvenir a servi à motiver la naissance légendaire, à Bethléem, de Jésus de Nazareth ».

    Le massacre des Innocents dans la tradition chrétienne

    Pour le christianisme, les « Saints Innocents » sont les enfants de moins de deux ans massacrés par Hérode à Bethléem : Dieu aurait permis le massacre des Saints Innocents pour faire d’eux les prémices de la rédemption de Jésus-Christ.

    Augustin d'Hippone dépeint ainsi la scène : « Les mères s’arrachaient les cheveux ; elles voulaient cacher leurs petits enfants, mais ces tendres créatures se trahissaient elles-mêmes ; elles ne savaient pas se taire, n’ayant pas appris à craindre. C’était un combat entre la mère et le bourreau ; l’un saisissait violemment sa proie, l’autre la retenait avec effort. La mère disait au bourreau : « Moi, te livrer mon enfant ! Mes entrailles lui ont donné la vie, et tu veux le briser contre la terre ! » Une autre mère s’écriait : « Cruel, s’il y a une coupable, c’est moi ! Ou bien épargne mon fils, ou bien tue-moi avec lui ! » Une voix se faisait entendre : « Qui cherchez-vous ? Vous tuez une multitude d’enfants pour vous débarrasser d’un seul, et Celui que vous cherchez vous échappe ! » Et tandis que les cris des femmes formaient un mélange confus, le sacrifice des petits enfants était agréé du Ciel. »

    Jean, dans l'Apocalypse, montre les Saints Innocents entourant le trône de l’Agneau parce qu’ils sont purs, et Le suivant partout où Il va. « Demanderez-vous, dit Bernard de Clairvaux, pour quels mérites ces enfants ont été couronnés de la main de Dieu ? Demandez plutôt à Hérode pour quels crimes ils ont été cruellement massacrés. La bonté du Sauveur sera-t-elle vaincue par la barbarie d’Hérode ? Ce roi impie a pu mettre à mort des enfants innocents, et Jésus-Christ ne pourrait pas donner la vie éternelle à ceux qui ne sont morts qu’à cause de Lui ? Les yeux de l’homme ou de l’ange ne découvrent aucun mérite dans ces tendres créatures ; mais la grâce divine s’est plu à les enrichir. » L’Église a établi leur fête dès le IIe siècle.

    Le culte en France

    Saints Innocents, Enfants de moins de 2 ans massacrés pour le Christ par Hérode à Bethléem (1er s.)

    Crâne d'un des saints innocents

    (Arles, église Saint Trophime)

     

    Jusqu'à la veille de la Révolution française, le centre de Paris était occupé par le cimetière des Innocents. Une fontaine, la fontaine des Innocents, en perpétue le souvenir.

     

    Saints Innocents, Enfants de moins de 2 ans massacrés pour le Christ par Hérode à Bethléem (1er s.)

    Crâne d'un des saints innocents

    (Arles, église Saint Trophime)

    Thème artistique

     Massacre des Innocents, fresque de Giotto di Bondone à la chapelle Scrovegni de Padoue (vers 1304-1306)

     

     

    Le massacre des Innocents est un thème que de nombreux artistes ont exploité, en tant que prétexte à des compositions sophistiquées mettant en scène des corps entremêlés au sein d'une action violente.

    Des artistes de la Renaissance se sont inspirés de bas-reliefs romains de la bataille entre les Lapithes et les Centaures pour représenter des personnages nus comme dans le Massacre des Innocents d'Amico Aspertini. Le Massacre des Innocents de Guido Reni, peint en 1611 dans un format vertical inhabituel, se trouve à Bologne.

    Plusieurs peintures de Pierre Paul Rubens illustrent ce thème. L'une d'elles, actuellement à Munich, fut gravée par Paulus Pontius en 1643, ce qui explique l'existence de reproductions dans des pays aussi lointains que le Pérou.

    Le Massacre des Innocents de Rubens fait partie des peintures les plus coûteuses du monde. Kenneth Thomson en a fait donation à l'Art Gallery of Ontario de Toronto.

    Guernica de Picasso (1937) est une des dernières apparitions du thème : ce tableau reprend notamment certains motifs du tableau de Poussin.

     

     Le massacre des Innocents, gravure de Marcantonio Raimondi (d'après Raphaël) (vers 1509)

     

     Le Massacre des Innocents de Guido Reni (1611)

     

     Le Massacre des innocents, de Nicolas Poussin (vers 1625-1629)

     

     Le Massacre des Innocents de Rubens (vers 1636-1638)

    Source 

     

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