• Saint Marc l'Ascète († 430)

     
     

     

    Saint Marc l'Ascète († 430)

     

    Saint Marc l'Ascète († 430)

     

    Athénien d'origine, le bienheureux Marc s'était d'abord adonné à la philosophie.

    Mais bientôt touché par la grâce de Dieu, il avait embrassé le Christianisme et s'était fait baptiser.

    A la mort de ses parents, méditant sur la vanité de la vie humaine, il décida de quitter le monde et de s'abandonner à la Providence de Dieu.

    Il se dépouilla de tout, même de ses vêtements, et s'assit sur une planche.

    Un Ange descendit alors du ciel et le conduisit jusqu'au mont Tarmaqa, aux confins de l'Egypte et de l'Ethiopie.

    De longues années plus tard, deux Anges apparurent en rêve à un moine nommé Sérapion, qui vivait dans un monastère situé à douze jours de marche d'Alexandrie, et ils lui annoncèrent qu'il devait se rendre en hâte au mont Tarmaqa, pour y assister aux derniers instants du Saint vieillard Marc et lui offrir une digne sépulture.

    Au matin Sérapion révéla la vision à son Higoumène qui, reconnaissant là un signe de Dieu, lui donna sa bénédiction pour entreprendre ce voyage.

    Sérapion, porté sur les ailes d'un saint désir, arriva en cinq jours à Alexandrie, où il se renseigna sur la route à suivre pour atteindre la mystérieuse montagne, et de là il s'engagea dans le désert implacable qui conduit vers le Sud.

    Au bout de vingt jours de marche, pendant lesquels il n'avait rencontré aucun être vivant, il tomba à terre, épuisé de fatigue et de soif, et prêt à rendre l'âme.

    Mais les deux Anges lui apparurent alors, le désaltérèrent et l'accompagnèrent pendant le reste du chemin.

    Sept jours plus tard, ils parvinrent enfin au mont Tarmaqa, haute montagne dénudée dont le sommet semblait se perdre dans le ciel.

    Il découvrit sans peine la caverne du Saint, car des Anges se tenaient au-dessus d'elle et chantaient des hymnes.

    En s'approchant Sérapion entendit le vieillard qui chantait « Bénis le Seigneur, Ô mon âme, et tout ce qui est en moi exalte son saint Nom! » et d'autres hymnes d'actions de grâces tirées de l'Ecriture Sainte.

    Il s'interrompit soudain et interpella Sérapion pour lui souhaiter la bienvenue.

    Comme le visiteur s'était prosterné à ses pieds, le Saint vieillard le releva et l'embrassa tendrement, puis le fit asseoir près de lui dans la grotte obscure.

    Aux questions avides de Sérapion, il répondit : « Voilà quatre-vingt-quinze ans, mon enfant, que je n'ai vu ni homme ni bête dans cette grotte, et que je n'ai goûté à une nourriture préparée de main humaine. »

    Il lui raconta toute son histoire, et ajouta que pendant les trente premières années de sa retraite il avait dû mener un combat redoutable et incessant contre la faim et la soif, contre les éléments et les rigueurs du climat, mais surtout contre les démons qui s'acharnaient sur lui pour le déloger de cette retraite qui leur appartenait depuis l'origine du monde.

    Il tint bon néanmoins, et, à l'issue de cette période d'épreuves, la Grâce de Dieu le visita et lui procura la parfaite impassibilité qui le rendit invulnérable aux injures du climat comme aux assauts des démons.

    Comme le jour se levait, Sérapion put alors apercevoir l'aspect du saint et fut effrayé de constater qu'il était recouvert de poil, comme un animal.

    Marc le rassura en lui disant que cette toison lui avait été accordée par Dieu pour le protéger contre le froid extrême de la nuit.

    Ils continuèrent leur entretien pendant de longues heures, Marc demandant à son tour des nouvelles du monde et se lamentant sur le peu de foi des Chrétiens ; puis il présenta à son visiteur une table couverte de mets sobres mais délicieux, comme on ne peut en trouver nulle part en ce monde, et il lui dit que depuis que la Grâce l'avait visité il avait toujours trouvé une telle réfection quand il en avait besoin, sans jamais avoir à se soucier de nourriture ou de boisson.

    Une fois le repas achevé, le vieillard annonça avec une grande joie à Sérapion que le moment était venu pour lui d'abandonner ce corps corruptible et de gagner la demeure des justes, afin d'y trouver le repos éternel.

    A ces mots, une lumière éblouissante remplit la grotte, en jetant ses éclats tout autour de la montagne.

    Saint Marc éleva une ardente prière pour le salut de tous ceux qui, par amour du Christ, étaient enfermés dans les prisons ou vivaient dans l'ascèse, au fond des déserts ou dans les monastères, et, après avoir fait promettre à Sérapion de ne garder aucun fragment de son corps pour le vénérer, il l'embrassa paternellement, pria pour son salut et l'invita à s'agenouiller avec lui.

    A ce moment un Ange clama du haut du ciel à un autre être incorporel de tendre les bras pour recevoir l'âme du bienheureux.

    Sérapion vit la voûte céleste s'ouvrir en grand et l'âme de Saint Marc, toute vêtue de blanc, traverser triomphante les troupes de démons qui essayaient vainement d'empêcher son ascension.

    Cette vision admirable une fois dissipée, Sérapion referma soigneusement l'entrée de la grotte devenue le tombeau de Saint Marc et, grâce à l'assistance de ses deux guides célestes, il regagna en un seul jour son monastère, où tous les pères rendirent gloire à Dieu en entendant son récit.

    Source

    Marc le Moine, ou Marc l'Ermite, ou encore Marc l'Ascète, est un des grands spirituels orthodoxes du Ve ou VIe siècle.

    L'Église orthodoxe fête sa mémoire le 5 mars.

    Biographie

    La biographie de saint Marc reste largement inconnue, et elle a fait l’objet de nombreuses hypothèses.

    Les synaxaires le confondent généralement avec Marc du désert des Cellules, qui connaissait l’Écriture sainte par cœur et auquel un ange venait donner la sainte Communion, lequel est mentionné par Pallade dans "Histoire Lausiaque" (18, 25).

    D’autres l’assimilent à Marc de Penthucla en Palestine, évoqué par Jean Moschos dans son livre "Le Pré Spirituel" (ch. 13), ou encore à Marc d’Aréthuse (29 mars) ou Marc l’Athénien (5 mars).

    D’autres auteurs récents l’identifient avec un supérieur d’un monastère d’Asie Mineure (peut-être proche de Tarse) au Ve siècle .

    On ne connaît pas beaucoup des choses sur la vie de ce Père de l'Église. Le bienheureux Père Marc aurait vécut vers l’an 430.

    Il avait été, semble-t-il, disciple de saint Jean Chrysostome et avait acquis à son école une connaissance parfaite de l’Ancien Testament et du Nouveau Testament.

    Il devint ensuite moine près d’Ancyre, en Asie Mineure, et exerça la charge d’higoumène jusqu’au temps où, désirant mener des combats plus ardus, il se retira en solitaire dans le désert, où il demeura jusqu’à son repos, vers l’âge de cent ans.

    Posterité

    Nous savons que les milieux monastiques byzantins du Xe au XIVe siècle nous ont laissé en héritage une exhortation, un dicton qui dit : « Vendez tout et achetez Marc ».

    Il il ne s'agit pas du tout de l'évangéliste Marc dans cette exhortation, mais bon et bien de saint Marc le Moine !

    Ecrits

    Marc le Moine a écrit un nombre d'oeuvres dont quatre ont été reprises dans la Philocalie de saint Nicodème l'Agiorite :

    • La loi spirituelle
    • De ceux qui pensent être justifiés par leurs ouvres
    • Du baptême
    • Lettre à Nicolas.

    Les oeuvres de Marc le Moine on connu en français plusieurs éditions:

    • dans la Philocalie
    • dans le n° 41 de la collection « Spiritualité orientale » de l’Abbaye de Bellefontaine
    • dans le nos 445 et 455 de la collection « Sources chrétiennes ».

    Enseignement théologique et spirituel

    Le baptême - fondement de la vie spirituelle

    Pour saint Marc le Moine le fondement de la vie nouvelle, de la vie spirituelle, c’est le baptême, dans un sens très concret.

    Le baptême opère quelque chose de très réel en nous : par le baptême le Christ lui-même s’installe dans le plus profond de notre cœur, comme Roi, et jette en dehors « tout esprit mauvais et impur qui s’y cache », pour que l’homme « ne soit plus en enfant de la chair, mais en héritier du Royaume », d’après les expressions qu’on utilise jusqu’aujourd’hui dans le rituel du baptême.

    Marc le Moine use de l’image du Temple de Jérusalem pour parler de l’homme. Il dit :

    Le Temple est l’enceinte sacrée, crée par Dieu, du corps et de l’âme ; l’autel qui est dans le Temple, c’est le siège de l’espérance, sur lequel la pensée première-née de tout événement, offerte par l’intellect comme un animal premier-né, est immolée en sacrifice propitiatoire pour celui qui l’offre, si toutefois il la présente sans tache.

    Ce Temple possède aussi une partie plus intérieure, derrière le voile, où le Christ, le premier, est entré pour nous, et où il demeure en nous, selon ce que dit l’apôtre : « Ne savez-vous pas que le Christ habite en vous, si toutefois vous n’êtes pas réprouves ? » (II Cor. 13, 5). Cette partie est précisément l’espace le plus intérieur, caché et pur du cœur, et s’il ne s’ouvre pas sous l’action de Dieu et de l’espérance universelle de l’âme et de l’esprit, il est impossible de connaître avec certitude celui qui y habite, ni de savoir si nos sacrifices spirituels sont agrées ou non. [...] (Marc le Moine, Le baptême, 996 B-C, p. 99)

     

    Il n’est pas nécessaire de retenir tous les détails de cette image de l’homme comme Temple, mais surtout l’essentiel, à savoir que par le baptême le Christ s’est réellement installé dans le plus profond de notre cœur. Là, Il frappe à la porte du cœur par la grâce et attend qu’on Lui ouvre, d’après l’image de l’Apocalypse :

     

    3:20 Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi.
    3:21 Celui qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, comme moi j'ai vaincu et me suis assis avec mon Père sur son trône.
    3:22 Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Églises !

     

    La loi spirituelle, les commandements, la vertu

    Si on commence à œuvrer avec cette grâce du baptême par la pratique des commandements, alors on entre dans la logique de la loi spirituelle, qui n’est pas la logique charnelle, ni celle de ce monde, mais qui peut même s’oppose des fois aux lois extérieures.

    En fait, on accomplit la loi spirituelle non pas parce qu’elle et logique – l’amour n’est pas logique –, mais tout d’abord parce que la foi, ce quelque chose intérieur et mystérieux, nous pousse à le faire.

    Puis, une fois qu’on a appliqué le commandement, on continue à le faire parce qu’on a goûté la paix qui en suit :

     Le Seigneur se tient caché dans ses propres commandements et on Le trouve dans la mesure on Le cherche.

     Ne dis pas : « J’ai pratiqué les commandements et je n’ai pas trouvé le Seigneur ! » Tu as souvent trouvé la connaissance avec la justice et ceux qui :Le cherchent avec droiture trouveront la paix.

     La paix, c’est la délivrance des passions. On ne la trouve pas en dehors de l’action du Saint-Esprit, selon ce que dit le saint Apôtre. (La loi spirituelle, 191-193, p. 26.)

    Puis il avertit :

     La pratique des commandements n’est pas la vertu, même si elles tirent l’une de l’autre l’origine de leurs bienfaits.

     La pratique des commandements consiste à faire ce qui est prescrit, la vertu, dans la conformité de l’acte avec la vérité. (La loi spirituelle, 194-195.)

    Et encore :

     Il est des commandements qui s’adressent à certains et d’autres qui s’adressent à tous. Il est prescrit à certains de partager avec celui qui n’a pas, à d’autres il est prescrit de renoncer à tous leurs biens.

     Il est une opération de la grâce que méconnaissent les débutants, et une autre de la malice qu’ils confondent avec la vérité. Il est bon de ne pas trop scruter de telles choses à cause de l’erreur possible qu’elles contiennent, ni, cependant, de les condamner, à cause de la vérité ; mais il faut s’en remettre en tout à Dieu dans l’espérance. Lui sait en effet l’utilité des deux.

     Celui qui veut traverser la mer spirituelle doit avoir de la patience, de l’humilité, la pratique de la veille et la tempérance. S’il s’acharne à vouloir passer sans ces quatre vertus, il troublera son cœur sans réussir à traverser.

    Méthode de lutte contre les trois géants : oubli, ignorance, négligence

    Dans la lettre à Nicolas, Marc le Moine attire l’attention sur une triade de géants du Mauvais :

     [...] l’ignorance, la mère de tous les maux, l’oubli, sa sœur, son associée et son auxiliaire, la négligence, qui tisse dans l’âme un vêtement et un voile ténébreux de nuages noirs ; elle affermit et fortifie les deux autres, leur fournit leur consistance en introduisant le mal à l’état endémique et en enracinant dans l’âme particulièrement insouciante. Le reste des passions croît et se fortifie grâce à la négligence, l’oubli et l’ignorance. Elles s’appuient mutuellement et ne peuvent tenir les unes sans les autres. La puissance des forces ennemies se manifeste par elles, ainsi que la vigueur des princes du Mauvais [...] (Lettre à Nicolas, 1049 A, p. 147)

     

    Alors, Marc se propose à Nicolas de lui montrer « une méthode merveilleuse et une pensée spirituelle qui ne requiert ni fatigue corporelle ni combat, mais se sert de la peine que se donne l’âme, d’un intellect et d’une disposition d’esprit attentive à elle-même pour produire la crainte et l’amour de Dieu » pour « aisément mettre en fuite la phalange des ennemis » (Lettre à Nicolas, 1048 D, p. 147).

    Et cette méthode consiste à poursuivre la trace les trois géants mentionnés, dès qu'ils s'insinuent dans l'âme, et de les frapper par les armes de justice correspondantes :

    • "le souvenir bon et excellent selon Dieu, supputant tout ce qu’il y a de vrai, de noble, de juste, de pur, d’aimable, d’honorable, tout ce qu’il peut avoir de bon dans la vertu et la louange humaine"
    • "la science illuminée qui tient l’âme éveillée et lui fait chasser d’elle-même la ténèbre de l’ignorance"
    • "un désir plein de vertu et de beauté, qui chasse la négligence impie qui enracine le mal dans l’âme"

    « Tu acquerras ces vertus, non par l’effort de la simple et seule volonté, mais grâce à la puissance de Dieu et à la synergie de l’Esprit-Saint, jointes à une attention sans défaillance et à la prière. » (Lettre à Nicolas, p. 148).

    Source

     

     

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