• Louis-Edouard Cestac

     

     

     

    Bienheureux Louis-Edouard CESTAC

     

    Louis-Edouard Cestac

     

    Louis-Édouard Cestac, né le 6 janvier 1801 à Bayonne et décédé le 27 mars 1868 à Notre-Dame du Refuge à Anglet, prêtre, est le fondateur de la congrégation des Servantes de Marie.

    Le décret concernant sa béatification a été signé par François (pape) le 13 juin 2014, il est béatifié en la Cathédrale Sainte-Marie de Bayonne le 31 mai 2015.

    Béatification

    Décret d'introduction de la cause du Père Cestac

     

    Le 7 avril 1908, le Pape Pie X signe le décret d'introduction de la cause du Père Cestac. Cette étape lui confère le titre de "serviteur de Dieu".

    Le 13 novembre 1976, le Pape Paul VI promulgue le décret d'héroïcité des vertus qui lui donne le titre de vénérable.

    Le 13 juin 2014, le Pape François promulgue un décret lui attribuant un miracle. Cette reconnaissance permet la béatification.

    Le Père Cestac est béatifié à Bayonne le 31 mai 2015 par le Cardinal Amato en présence de l'ordinaire du diocèse Mgr Marc Aillet et d'une dizaine d'autres évêques.

    Source :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis-%C3%89douard_Cestac

     

    Louis-Edouard CESTAC est né au 45, Rue Mayou à Bayonne le 6 janvier 1801. Il fut baptisé le jour même.

     

    Sa famille

    Son père Dominique CESTAC est originaire de Sariac (Hautes pyrénées). Il était le dernier d'une famille de 12 enfants.

    Il quitta la maison de bonne heure et s'engagea comme mousse au port de Bayonne.

    Puis, il entreprit des études de chirurgie et obtint un brevet de chirurgien de la marine.

    En 1795, il épouse une jeune basquaise orpheline, Jeanne AMITESSAROBE dont un de ses ancêtres fut un des premiers chocolatiers de Bayonne.

    En 1796, la famille s'agrandit avec la naissance de Marie-Alexis (Marianne pour les intimes).

    En 1811 naquit Elise. Louis-Edouard est la parrain.

    Un jour son père lui déclare : "Mon ami, je t'annonce que je suis aveugle : c'est un avertissement que Dieu me donne de ne plus penser qu'à lui seul."

    Son père sourd, couché dans son alcôve lui dit :

    "Ecoute, Édouard, ne mets jamais de bornes à tes aumônes et rappelle-toi que c'est par l'abandance de la charité que tu feras descendre sur tes œuvres l'abondance des bénédictions divines."

    La veille de la Toussaint 1839, son père git sur son lit de mort.

    Sa mère, désemparée après la mort de son mari, le départ de sa fille Élise et l'entrée au couvent de sa servante, avait demandé de se retirer dans la communauté du Refuge. C'est là qu'elle mourut en 1855.

     

    Sa guérison miraculeuse

     


    A l'âge de 3 ans, il est guéri par l'intercession de la Vierge au Sanctuaire de l'ancien monastère cistercien des Bernardines du Boucau, près de Bayonne.

    Sa maman était aller prier devant la statue Notre-Dame de Saint-Bernard.

    Il y avait au Boucau un couvent de cisterciennes appelé "Saint-Bernard". Ce couvent recevait des pensionnaires avant la Révolution de 1789.

    Pendant la révolution, le couvent fut détruit et les religieuses dispersées.

    Une statue de la Vierge avec son enfant était l'objet de la dévotion des pèlerins qui continuèrent à venir demander des grâces à Notre-Dame de Saint-Bernard, même après la destruction du couvent.

    Cette statue était célèbre par les nombreux miracles qu'on disait avoir été obtenus devant elle.

    Cette statue est conservée dans l'Église de Saint-Etienne de Bayonne.

     

    Louis-Edouard Cestac

    Statue dans l'église Saint Etienne à Bayonne

     

    Son enfance

    Le siège de Bayonne par les Anglais en 1813 l'amène à poursuivre ses études au diocèse de Tarbes.

    Puis il entre dans la pension Dargaignaratz et ensuite au Collège Saint-Louis de Gonzague.

    Le petit séminaire d'Aire-sur-Adour

     


    En 1816, il entre au petit séminaire d'Aire-sur-Adour. Il a 15 ans et a déjà fait le choix de devenir prêtre.

    Il y nouera des liens profonds avec l'abbé Larose (qui deviendra curé-doyen d'Accous) et Michel Garicoïts (futur fondateur des Prêtres du Sacré-Cœur de Bétharram).

    Edouard aime particulièrement les sciences et les mathématiques. Il joue du violon.

    Au séminaire de Saint Sulpice

    En 1820, Edouard est envoyé au séminaire Saint Sulpice à Paris.

    Edouard tombe malade un mois après son entrée au séminaire.

    L'année scolaire se termine sans rechute. Il passe les grandes vacances au repos complet à Paris.

    A la Noël 1821, il doit rentrer à Bayonne. Les médecins l'ont renvoyé respirer l'air natal.

    Professeur au petit séminaire de Larressore (1822-1831)

    Il se rétablit et dès janvier 1822 il entre au petit séminaire de Larressore. Cette maison fondée en 1733 par l'abbé Daguerre, était destinée à la formation des prêtres basques.

    L'abbé Jean Claverie s'entoure d'une équipe de choix pour redonner au diocèse un clergé qui devra combler les vides creusés par la Révolution française.

    Edouard CESTAC en fera partie en qualité d'économe, de professeur de mathématiques et de musique.

    L'abbé CESTAC apprend l'art d'accomoder les restes.

    L'abbé Garicoïts vient le rejoindre l'année suivante en qualité de préfet de discipline.

    Les jours de pluie, Edouard jouait du violon.

     

    Le sacerdoce (1825)

     


    Edouard est ordonné diacre à Orthez le 26 juin 1825. Puis, il est ordonné prêtre à la chapelle du grand séminaire de Bayonne le 17 décembre 1825.

    Il célébra sa première messe le jour de Noël dans la chapelle du Petit Séminaire de Larressore.

    Pourquoi a-t-il voulu le sacerdoce ?

    On retrouve souvent dans ses lettres le texte d'Isaïe proclamé par le Christ à la synagogue de Nazareth :

    "L'Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction. Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu'ils sont libres et aux aveugles qu'ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur."

    Il écrira à sa sœur Elise : "Et pourquoi suis-je prêtre si ce n'est pour consoler ceux qui sont affligés, éclairer ceux qui sont dans l'obscurité, guérir les infirmes, en un mot pour compatir à toutes les misères qui affligent le cœur de l'homme..."

    Une classe de philosophie s'ouvrit à Larressore. Edouard en sera le premier professeur.

    Sa position sur l'autonomie de l'Église

    Il souligne au lendemain de la Révolution française de 1830 la nécessité de l'autonomie de l'Église par rapport aux Pouvoirs :

    "Les prêtres apprendront que leur force n'est pas dans ce qui passe, qu'elle s'affaiblit en s'appuyant sur l'homme, que Dieu seul est son appui, qu'il lui faut une couronne d'épines et non une couronne d'or ; que c'est la croix de bois qui a sauvé le monde.

    Ils comprendront enfin que leur puissance est toute morale, qu'elle doit pénétrer la conscience des peuples, non par la puissance du glaive, mais par la puissance de l'Amour et de la Vérité, grande instruction trop facile à oublier au milieu des honneurs."

    L'abbé CESTAC démis de ses fonctions de professeur, est nommé vicaire à la cathédrale de Bayonne, et habite chez ses parents : Rue Mayou à Bayonne.

     

    Au service paroissial (1831-1850)

     

     

    Louis-Edouard Cestac

     

    A la cathédrale de Bayonne, Edouard est accueilli par l'abbé Barbaste, épuisé par la lutte et l'exil en Espagne durant la Révolution française.

    Le jeune vicaire Edouard CESTAC se trouve immédiatement chargé des pauvres et de tout le service de la banlieue.

    "Mon confessionnal, dit-il, était établi dans une chapelle, la plus pauvre, la plus ne de toutes les chapelles ; elle était constamment remplie de pauvres... Ils se trouvaient plus à l'aise avec moi, et moi plus à l'aise avec eux."

    Les pauvres venaient tous les jours à l'escalier et ne sont jamais partis bredouille. Un jour, il dont son pot au feu. Une autre fois, il donne ses chemises...

    Quand on lui reprochait de faire la charité à des individus qui ne méritaient pas, il répondait : "Que voulez-vous, ce sont les pauvres de Jésus-Christ !"

    Solidaire des pauvres, attentif à rester pauvre lui-même, il tient à partager entièrement leur condition.

     

    Les enfant errants (1833). Du Hougassé au Grand-Paradis.

     


    Dès 1833, il a l'intuition d'une œuvre à accomplir.

    Il s'inquiète des fillettes errantes qu'il rencontre au cours de ses visites dans la banlieue :

    "C'était des jeunes filles de onze à treize ou quatorze ans que je voyais vêtues de haillons et un panier sous le bras, aller ça et là, chercher leur vie en ramassant des copeaux dans les chantiers des charpentiers, des os dans les campagnes, exposées évidemment à tous les dangers et à tous les malheurs."

    "J'en interrogeai plusieurs et toutes me répondirent unanimement qu'elles n'allaient pas à l'école parce qu'elles n'avaient pas de quoi vivre, qu'elles étaient obligées de pouvoir elles-mêmes à leur nourriture, à leur loyer, à leurs vêtements, n'ayant personne qui pût s'occuper d'elles."

    Hougassé

    Il cherche une solution à ce problème.

    Il se confie à la Sainte Vierge et bientôt une résolution est prise mais comment trouver les moyens.

    Il cherche un abri avec beaucoup de difficultés.

    Il a recours à une ancienne femme de chambre d'une cinquantaine d'années qui possède un petit capital de 4000 francs. Elle accepte mais elle réservera son capital.

    La personne est trouvée mais le logement ?

    Au cours d'une visite à M. Dubrocq, ancien maire de Bayonne, Edouard parle de ses projets.

    M. Dubrocq lui propose une cuisine de campagne au Hougassé.

    "C'était une cuisine de campagne, des murs nus, une grande cheminée noire, un sol de terre battue, parfaitement vide."

    M. Dubrocq la met à sa disposition avec une petite chambre au-dessus, vide aussi.

    Edouard chercha des meubles. Il parcourut toutes les revendeuses et acheta de vieux pliants, de vieilles couvertures.

    Les matelas étant trop chers, il songea à la paille, au paillon ou à la dépouille de maïs.

    Il s'adressa aux familles riches au nom de la charité pour obtenir du linge de corps, draps, serviettes, torchons...

    Il acheta aussi une batterie de cuisine et enfin le local se meubla.

    Le Grand-Paradis

    Tout est prêt pour accueillir les premières pensionnaires.

    "Je fis battre les haies dans les plus mauvais quartiers, et je recueuillis pour commencer sept petites filles dans l'excès de leur misère : elles étaient, pauvres enfants, en guenilles et couvertes de vermine. On fit bouillir une grande chaudière d'eau pour plonger leurs haillons. On les revêtit de leurs habits nouveaux qui étaient très propres, et l'œuvre commença."

    Elles seront bientôt 14 et la municipalité va s'intéresser à l'œuvre naissante.

    Le maire propose de mettre à leur disposition la maison communale dite "Grand-Paradis" précédemment abandonné par les Filles de la Croix.

    Edouard précise les emplois de chacune des auxiliaires :

    - Gracieuse s'occupera de tous les travaux manuels

    - Félicie : la formation chrétienne des enfants

    - Sophie : l'ordre de la maison et la comptabilité.

    Sa sœur Elise s'intérèsse à l'œuvre et confectionne les costumes des fillettes.

    Très attachée à son frère, elle quitte ses parents pour prendre en 1838 la place de la première directrice fatiguée et démissionnaire :

    "L'œuvre qui paraissait désormais devoir se développer, avait besoin d'une direction plus intelligente et plus large, plus en harmonie avec les nouveaux besoins" écrit Edouard, évoquant l'entrée de sa petite sœur au "Grand-Paradis".

    C'est grâce à son intelligence, à sa compréhension et à son dévouement que l'œuvre va se développer. Elle sera la vraie mère des orphelines, toujours prête à aimer, à donner, à se donner.

    Son arrivée fut pour Edouard comme un sourire de Notre-Dame et une réponse réconfortante à ses inquiétudes sur le bien-fondé de son œuvre.

    Mais très vite, les enfants regrettèrent leur vie d'indépendance et de vagabondage.

    "Les cabales, les révoltes se multiplièrent, se généralisèrent parmi ces pauvres petites ; elles regrettaient sans doute leur vie vagabonde et libre. Le joug du travail et de l'obéissance leur parut insupportable : ce fut un véritable enfer. Ni la douceur, ni les punitions, rien n'avait de succès pour ces enfants."

    Edouard en était tellement troublé, qu'il consulta un saint religieux franciscain qui lui dit : "Gardez-vous d'abandonner votre œuvre. Persévérez, priez, attendez."

    L'abbé CESTAC est confronté au problème du pain quotidien et des besoins croissants d'une famille nombreuse et sans revenus.

    Sœur Elise ne cesse d'harceler son frère à ce sujet.

    Le climat est tendu. Certaines font grève de la faim. Marie Bonnet a voulu s'échapper deux fois. Félicie et Adèle se sont échapées.

    La tension s'apaise un peu quand elles reçoivent des aides providentielles : une femme qui apporte une citrouille, un panier de pain, le séminaire de Bayonne qui donne des fricots...

    L'abbé réussit à payer le boulanger grâce à des dons inattendus.

    L'abbé Cestac attribue ces bienfaits à Notre-Dame qui vient le secourir à l'heure extrême en parlant au cœur de quelques bonnes âmes.

    Un jour, l'abbé Cestac reçoit un billet par lequel il est sommé d'avoir à régler la somme de 300 francs dans un délai de 3 jours.

    Ne possédant rien, il se tourne vers la Sainte Vierge : "Ma bonne Mère, vous voyez ce billet et vous savez ce qu'il contient ; vous savez aussi que je n'ai rien et qu'il m'est impossible de payer la somme qui m'est demandée. Maintenant donc, faites de moi ce que vous voudrez ; j'accepte de votre main tout ce que vous permettrez ; je vous abandonne tout ; je vous confie tout et je vais confesser."

    Après 15 minutes de confession, il entendit quelqu'un s'avancer vers lui à pas précipités. On frappe à la porte. L'abbé ouvre et une dame lui dit :

    "Mon mari et moi avions promis à la très Sainte Vierge de vous faire parvenir une aumône de 500 francs si nous réussissions en quelque chose ; nous avons obtenu ce que nous avons demandé et je viens vous dire que cette somme est à votre disposition."

    L'abbé répond : "Oh ! Madame, si vous saviez quelle mission vous accomplissez en ce moment !... Oui, Madame, je reçois cette somme d'abord des mains de la très Sainte Vierge qui vous envoie, et aussi des vôtres qui sont l'instrument de ses admirables bontés."

    La maison s'organise et maintenant qu'elles apprennent à écrire, aucune fille n'a envie de quitter la maison.

    Peu à peu un règlement s'élabore qui précise le but de l'œuvre : préparer les enfants à leur insertion dans la société. Reçues à titre gratuit dès l'âge de 7 ans, les fillettes sont initiées aux diverses tâches qui les attendent demain.

    Des liens profonds se tissent entre elles et leurs éducatrices.

     

    Dans les bas-fonds

     


    Les petites filles avaient retrouvé la joie de vivre et de prendre leur place de femmes dans la société.

    L'abbé Cestac était inquiet pour leurs aînées.

    Un jour, il est appelé par l'une de ces malheureuses qui se mourait. Et devant ce cadavre d'une prostituée de 20 ans, il promit au Seigneur de travailler tous les jours de sa vie à préserver des jeunes innocentes et à retirer celles qui s'étaient perdues.

    Des filles publiques viennent vers lui. Il les envoie vers les refuges de Toulouse, Bordeaux, Montauban.

    Mais bientôt toutes les portes se ferment, les recrues étant trop nombreuses.

    Deux pénitentes arrivent. L'une dit à l'abbé "Mon père, je suis une malheureuse perdue. Je sors d'une maison publique, mais pour ne plus y rentrer, je viens vous demander d'avoir pitié de moi et vous charger de moi..."

    L'abbé s'adresse alors à la plus jeune et dit : "Et vous, qui êtes demeurée sur la porte, et vous ne voulez-vous pas aussi revenir à Dieu ?

    Elle répondit : "Oh ! pour moi, je suis venue accompagner l'autre,mais je ne suis pas dns les mêmes intentions."

    L'abbé dit : "Mon enfant, on ne sort pas de la maison d'un prêtre pour retourner dans ces lieux..."

    Elle ne répondit pas. Son silence signifiait qu'elle était d'accord.

    Mais l'abbé ne savait où les recueillir. Il se souvint alors d'avoir vu au "Grand-Paradis" une trappe laissant supposer l'existence d'un grenier.

    Il demande à Gracieuse Bondin de s'occuper d'elles.

    Il dit aux 2 pénitentes qu'il n'avait qu'un grenier à leur offrir. Elles acceptèrent.

    L'abbé s'occupe alors de trouver une échelle pour accéder au grenier et des meubles.

    Mais dès que la ville est mise au courant, l'abbé reçoit des critiques et est convoqué à l'évêché. L'abbé promet à l'évêque de rechercher une nouvelle maison.

    L'abbé a une vision de ce que sera sa deuxième création :

    "Les pénitentes ne seraient pas cloîtrées. Elles devraient vivre dans une maison dont les portes seraient ouvertes. Elles travailleraient la terre et cultiveraient les champs... Elles seraient donc établies à la campagne, sans murs de clôture, ni portes, ni verrous, occupées aux travaux agricoles, jouissant d'une large liberté..."

    Notre-Dame de Buglose

    L'abbé fait un pèlerinage à Notre-Dame de Buglose et au Berceau de Saint-Vincent-de-Paul.

    Il part le 19 juillet 1838 et raconte :

    "Je me mis en route, et, depuis Dax, marchai en vrai pèlerin, le bréviaire sous le bras, le chapelet à la main."

    Il fait une halte auprès de saint Vincent de Paul, devant le chêne qui alimente la méditation de tant de pèlerins, et repart avec la certitude que le grand Saint landais l'accompagne :

    "J'avais le cœur un peu ému mais joyeux ; je priais, je chantais seul, dans ce chemin sablonneux et solitaire."

    Il se trouve maintenant devant la vieille chapelle enfouie dans la forêt de pins :

    "Dans ma simplicité et mon ignorance, c'était une somme de 50 000 francs que je voulais obtenir pour la fondation d'un Refuge."

    L'abbé Cestac entend alors au fond de son cœur : "Ne me demande que mon esprit."

    L'abbé en est retourné : "Je m'arrêtai de suite, humilié, confondu de tant de bonté. Je compris que le reste, c'est-à-dire l'œuvre, devait être et serait votre ouvrage, que seule vous vouliez la fonder et pourvoir à tout ce qui lui serait nécessaire."

    Désormais, il a la conviction que son œuvre est l'œuvre de Notre-Dame ; il n'a plus qu'à se laisser conduire par Elle pour répondre à l'Amour de Dieu et servir ses frères.

     

    La Mère Jeanne Elisabeth Bichier des Ages, fondatrice des Filles de la Croix, l'encourage à suivre son inspiration :

    "Ne les enfermez pas, laissez-les libres ; j'ai toujours remarqué que lorqu'on tenait les chats enfermés cela les rendait furieux et qu'ils cherchaient de toute manière à s'échapper ; qu'au contraire, lorsqu'on les laissait libres, portes et fenêtres ouvertes, ils demeuraient calmes et s'endormaient."

    L'abbé est rassuré, il pense que Notre-Dame sera leur vraie gardienne.

     

    Notre-Dame du Refuge (1839)

    L'abbé visite quelques propriétés à Saint-Pée, Hasparren et à travers le Pays Basque.

    Un jour, le service d'une malade l'appelle à Latchague, à Anglet.

    Le père de la malade, Mr Moulia, le voyant triste et étant au courant de ses préoccupations, l'invite à visiter le domaine voisin dénommé "Châteauneuf" qui est en vente.

    L'abbé visite le domaine sans enthousiasme car il ne possède rien et la maison est estimé à 45 000 francs.

    A la dernière chambre, il remarque un tableau de sainte Marie-Madeleine, qui à l'époque était la patronne des prosituées. L'abbé en fut bouleversé.

    Sa résolution est prise, c'est ici qu'il doit établir son œuvre. Le 24 novembre 1838, il signe le contrat qui le rend propriétaire de la maison Châteauneuf, appelée désormais "Notre-Dame du Refuge".

    Les repenties et leurs éducatrices viennent s'y installer le 8 juin 1839.

    Une maison, des sables, une vingtaine de filles sans compétence, et comme directeur un ancien professeur de philosophie !

    Personne ne savait travailler et le travail ne rendait presque rien.

    L'abbé part faire des études agricoles auprès des moines de la Meilleraye en Bretagne.

     

    Les Servantes de Marie

     


    L'abbé Cestac part à Bétharram où son ami, Michel Garicoïts vient de fonder la congrégation des prêtres du Sacré-Cœur.

    L'abbé Cestac prie dans le sanctuaire dédié à Notre-Dame pendant 3 jours. Son inspiration ne viendra que le mercredi, jour consacré à saint Joseph.

    Il rédige alors le premier texte des Constitutions.

    L'évêque les approuve, et le 6 janvier 1842, anniversaire de la naissance et du baptême de l'abbé Cestac, il vient à Notre-Dame du Refuge pour recevoir les vœux des 14 premières "Servantes de Marie", dont 8 sont originaires de Bayonne.

    Parmi les premières religieuses figurent :

    - Elise, sœur de l'abbé Cestac qui est associée à son œuvre depuis longtemps,

    - Gracieuse Bondin, ouvrière de la première heure au service des prostituées, et première supérieure générale de la Congrégation.

    En février 1842, une équipe de 4 sœurs va partir dans le lycée de Toulouse s'occuper de la lingerie et de l'infirmerie. Cette équipe allait devenir le soutien financier de la Communauté restée à Anglet et Bayonne.

    Celles qui sont à la maison continuent de s'organiser.

    En attendant que le sol produise quelques ressources, elles s'occupent du blanchissage du linge de la garnison militaire de Bayonne : 2000 draps par semaine, sans compter les paillasses, couvertures, traversins...

    Il fallut investir pour des cuves, des fourneaux, un hangar, une pompe.

    Les dettes s'accumulaient.

    Parmi les sœurs, se trouvait Marie-Françoise de Sales, qui n'avait aucune instruction mais était pleine de courage et et d'initiative.

    Sa 1ère pensée fut de faire des biscuits qu'elle envoyait à Bayonne et à Biarritz. En même temps, elle soignait les poules et vendait les œufs.

    Puis, elle fit faire des chaussures en lisière qui réussirent bien.

    Le travail se dévoloppe grâce aux habiles couturières, brodeuses.

    En juillet 1844, il y a 80 pénitentes à Notre-Dame du Refuge, en 1853 : 120 pénitentes et 50 orphelines ; en 1862 : la communauté atteint le chiffre de 500 personnes.

    L'abbé écrit : "Je veux vous recommander une chose, c'est de demander à la Vierge de dilater nos cœurs pour les pauvres et les malheureux ; je vois avec une grande joie qu'à Notre-Dame on entre assez dans cette voie. Donner et donner toujours à tous les malheureux sans calcul ni prévision humaine... La divine bonté a ainsi établi des œuvres qui sont dans les lieux et pour les pauvres ce que sont les fontaines et les sources. Ces fontaines sont ouvertes à tous, tous y puisent, et plus on tire de l'eau, plus l'eau y revient en abondance ; et si ces fontaines refusaient de donner l'eau, la source se détournerait et irait ailleurs."

    Les sables

    Après son séjour auprès des moines de la Meilleraye en Bretagne, l'abbé Cestac expérimente les méthodes nouvelles à Anglet. Il doit arrêter les dunes ambulantes et relever de la misère les côtes désolées du Golfe de Gascogne.

    Les paysans des alentours, témoins de l'avancée irrésistible des sables sous la poussée des vents déchaînés, se moquent en riant de l'audace de ce prêtre qui vient d'acheter à la commune d'Anglet quelques hectares de terrain stérile et dangereux :

    "Le Bon Père, disent-ils, achète des sable pour amuser les vents !"

    Les semences de pin confiées au sol mouvant seront vite emportées et les courageuses pionnières devront recommencer 15 fois le travail.

    Les dunes sont enfin immobilisées et de petites tiges vertes surgissent de la terre.

    L'abbé Cestac a détecté une immense nappe d'eau qui repose à 3 mètres environ de profondeur sur un fond argileux : "Là, dira-t-il plus tard, est un des secrets de la fertilisation de mes terres, de leur richesse actuelle."

    L'abbé trouve un engrais qui sera appelé "composé Cestac".

    Il sélectionne des graines, s'intérèsse à l'élevage de vaches laitières et de porcs, au jardin potager.

    Bientôt, les agriculteurs des environs s'adressent à lui pour obtenir quelques conseils.

    Sa renommée grandit à tel point qu'en 1857, il est nomme Président du Comice agricole de l'arrondissement de Bayonne.

    Il participe aux concours régionaux et remporte de nombreuses primes.

    L'abbé est parvenu à developper une laiterie, une buanderie, une boulangerie, une menuiserie, etc... à Notre-Dame du Refuge.

    Il dit à un magistrat qui visitait Notre-Dame du Refuge : "Ce sont des femmes qui font toutes ces choses ! Des femmes qui sont boulangères, bouvières, menuisières, charpentières...

    "Et cordonnières" répondit le magistrat en montrant deux ouvrières qui tiraient l'alène dans un coin.

    Les champs étaient remplis de travailleuses vêtues de bleu, avec un large chapeau de paille sur leur cornette blanche. Un coup de cloche se fait entendre, toutes se mettent à genoux et récitent une courte prière, puis reprennent le travail.

    Les terrains qui étaient jadis abandonnés, nourrissaient aujourd'hui plus d'un millier de personnes.

    Napoléon III a recours à l'abbé Cestac pour les plants de poins de sa résidence de vacances et lui confie le soin de faire éclore les alevins qui doivent peupler l'étang de Morisco à Biarritz.

    L'abbé Cestac reçut la Légion d'Honneur en 1865, des mains de l'Empereur.

     

    Louis-Edouard Cestac

     

    Notre-Dame du Refuge

     

    Le couvent des Bernardines

    Les silencieuses des sables (1846)

     


    La vie renaît dans les sables.

    Les repenties, dès leur arrivée dans ces lieux arides, ont éprouvé le besoin exprimé par saint Jean de la Croix :

    "Ce qu'il y a de plus nécessaire pour nous, c'est de faire taire devant ce grand Dieu nos tendances et notre langue, car le langage qu'Il se plaît à entendre est seulement le silence de l'Amour."

    De la Trappe de La Meilleraye où le silence des moines parlait de la présence de Dieu, l'abbé Cestac encourage leur espérance, en juillet 1839 :

    "Je sais que vous avez désiré vous engager par vœu à garder le silence ; je bénis le Seigneur de ces saintes dispositions, et je le prie de vous y maintenir par sa grâce, et j'espère que sa bonté m'accordera de pouvoir plus tard vous accorder ce que vous désirez."

    Le désir de solitude se précise de jour en jour chez les jeunes filles réunies au Refuge.

    Un évènement va leur permettre de répondre à l'appel profond qu'elles ont ressenti dans leur cœur.

    Un pauvre veillard nommé Arnaud Larrieu vivait près du domaine de Châteauneuf. Il tomba gravement malade.

    Des paysans informèrent les sœurs de l'état du vieillard. Celles-ci acceptèrent de le soigner.

    Arnaud Larrieu demande à être reçu dans un coin de la Communauté. Il est admis dans une dépendance du Couvent. Il est entouré de soins attentifs.

    Au printemps, il demande à l'abbé Cestac d'envoyer des ouvrières pour entretenir son petit jardin. La Mère Françoise de Paule s'y rend avec quelques jeunes filles.

    Aux approches de la mort, Arnaud Larrieu légua son modeste héritage à l'abbé Cestac qui en devin le propriétaire ar le décès du testateur, le 27 août 1846.

    Ces sables prirent alors le nom de "Saint-Bernard".

    Désormais, les pénitentes qu'on appellera "Bernardines" pourront vivre dans le silence et la solitude, à la manière des Trappistes :

    "Je dois vous annoncer, écrit Elise à cette époque, que quelques pénitentes des plus ferventes : Hilarion, Pélagie, Abraham, Madeleine l'ouvrière et quelques autres, ont commencé la vie de Trappistes. Elles sont au sable, chez Arnaud, et travaillent une vigne."

    Les Bernardines décident de garder le silence perpétuel et refusent à leurs yeux toute vaine curiosité, afin de mieux écouter,

    "Ne voyant pas, le bruit de la ville et des champs, et la voix de l'homme avec la voix de Dieu en même temps" (Claudel).

    L'abbé Cestac est réticent et leur demande de parler au moins le dimanche. Elles obéissent mais éprouvent une souffrance intérieure à rompre ainsi leur colloque avec Dieu seul.

    Le 21 novembre 1846, jour de la Présentation, l'abbé leur dit de parler. Elles dirent deux ou trois mots par obéissance et rentrèrent de suite dans leur silence.

    Elles insistent auprès de l'abbé pour qu'il leur accorde de garder le silence.

    L'abbé cède aux prières des repenties car il le sait :

    "Quand l'âme est attentive à Dieu, elle se sent aussitôt attirée avec force, au-dedans d'elle-même, pour y garder le silence, et fuir toute conversation." (Saint Jean de la Croix)

    Dieu est venu à leur rencontre dans le désert et les aide à supporter les plus grandes privations.

    Un incendie se déclare dans la chaumière d'Arnaud qui servait d'oratoire aux Bernardines :

    "La cabane de Saint-Bernard a pris feu dimanche dernier. Quelques instants ont suffi, vu la violence du vent qui soufflait à ce moment, pour en faire un monceau de cendres... Les solitaires n'ont plus maintenant que quelques cabanes bien petites et bien pauvres pour les abriter."

    Le nombre des Bernardines ne cesse de croître et l'abbé voudrait améliorer leurs conditions de vie.

    Un don providentiel et une collecte des prêtres du diocèse mis en éveil par Mgr Lacroix, vont permettre de construire une chapelle et 60 cellules.

    Un visiteur écrit :

    "A quelques centaines de pas du bord de la mer s'élèvent deux rangées de cabanes placées parallèlement et séparées par un espace d'environ 50 pieds. C'est la demeure des Bernardines. Ces cabanes sont en paille et en roseaux, jointes entre elles par leurs cloisons pour mieux résister au vent de mer ; elles ne forment véritablement de chaque côté qu'une seule et longue habitation. Leur hauteur n'est guère que de 7 pieds (environ 2 mètres), leur largeur et leur profondeur égales. Une porte en roseau tressé ferme chaque cellule. L'intérieur n'offre d'autre meuble qu'une chaise et un lit, formé par quelques branches tenant aux parois et dont l'intervalle a été comblé de paille ou de feuilles séchées. Une couverture de bure et un petit oreiller complètent cette couche."

    L'abbé Cestac fixe les statuts qui feront des repenties de vraies religieuses consacrées au service de Dieu dans la prière, le travail et le silence perpétuel.

    "Je viens de terminer les règles et les Constitutions des Bernardines, que je dois présenter à l'approbation de Monseigneur l'Evêque", écrit le Père Cestac le 8 décembre 1851.

    La cérémonie a lieu le 12 décembre 1851.

    On reconnaît ces religieuses à leur habit constitué d'une robe de laine blanche grossière, attachée à la ceinture avec une corde ; un scapulaire de laine blanche, un voile noir qui tombe devant et derrière, cachant le visage, et portant une croix d'étoffe blanche cousue derrière. Pour le travail, les Bernardines remplacent le scapulaire par une grande pèlerine en laine blanche et un capuce. Comme chaussures, elles portent l'été des spargates et l'hiver, des sabots.

    Leur journée, à l'imitation des Pères du désert, commence à 4 heures et demie et s'achève à 21 heures, après le chant du "Salve Regina".

    On entre dans le monastère par une porte rustique qui n'est jamais fermée à clé.

    Quiconque le désire peut pénétrer dans l'intérieur et circuler à sa guise, visiter la chapelle, le réfectoire, le jardin. La seule recommandation faite au visiteur, c'est de parler à voix basse.

    Recommandation utile avec le défilé de la belle saison : touristes, journalistes, hommes de lettres, philosophes, sceptiques, curieux, paysans des alentours.

    Le vœu de l'Impératrice à la chapelle

     

    Louis-Edouard Cestac

     

    L'empereur lui-même fera plusieurs visites et l'Impératrice viendra prier dans la modeste chapelle des sables pour obtenir un héritier.

    L'école

     


    Les Servantes de Marie vont aider les fillettes des campagnes à prendre leur place dans la cité et donner les premiers éléments d'instruction aux petits garçons jusqu'à l'âge de 4 ou 6 ans.

    L'abbé fonde au Refuge une sorte d'école normale où les Sœurs sont initiées à leur mission d'institutrices. Elles achèveront leur formation pratique à côté des Sœurs expérimentées.

    La congrégation a été légalement reconnue par le décret du 14 décembre 1852.

    En 1860, l'abbé s'est dépouillé totalement de tous ses biens en faveur de l'Institut désormais dirigé par Gracieuse Bondin, devenue sœur Marie-Françoise de Paule.

    L'abbé Cestac meurt le 27 mars 1868.

     


     

    Louis-Edouard Cestac

     

    Il repose au milieu du jardin de Notre-Dame du Refuge.

     

    Louis-Edouard Cestac

     

     

    Le 7 avril 1908, le Pape Pie X , signe le Décret d' Introduction de la Cause du Père  L.E.Cestac. Il est déclaré Vénérable.

     

    Louis-Edouard Cestac

     

    Prière pour demander la grace de la béatification

    de Louis-Edouard CESTAC

     

    Dieu riche en miséricorde,

    qui as suscité dans notre monde

    le Père Louis-Edouard Cestac pour le service des pauvres,

    écoute avec bienveillance la supplication de ton peuple

    qui désire la reconnaissance officielle par l'Église

    des mérites de ton serviteur.

    Fais que par son intercession,

    nous obtenions les grâces dont nous avons besoin et en particulier...

    Nous te le demandons par Jésus Christ Notre Seigneur.

    Amen

    (Pierre Molères, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron)

     

     

    Louis-Edouard Cestac

     

    Le couvent des Bernardines

     

    Aujourdhui

    Les religieuses aiment à raconter l'origine des établissements.

    Les cabanes de paille et de roseaux ont fait place à des constructions en brique parce que les vents de mer menaçaient d'enlever ces faibles cloisons.

    Une cellule a été conservée, et la chapelle de chaume attire toujours les visiteurs, à côté de la chapelle de pierre.

    Les relations extérieures sont assurées par les Servantes de Marie, permettant ainsi aux Bernardines de poursuivre leur contemplation silencieuse.

    Les bâtiments se sont multipliés.

    L'œuvre des orphelines et des prostituées a pris une forme nouvelle dans le complexe appelé "Centre L.E. Cestac".

    Deux établissement scolaires "Stella Maris" et "Sainte Anne" poursuivent l'action éducative des Servantes de Marie.

    Une maison de retraite accueille les religieuses "Servantes de Marie" et quelques laïcs.

    Les quatre établissements sociaux et médico-sociaux, créés par les Servantes de Marie sont aujourd'hui gérés par l'Association "Missions Père Cestac (M.P.C.)". Cette Association assure sa responsabilité en synergie avec la Congrégation et dans le respect des intuitions du Fondateur : accueil, respect de chacun au service de la personne, dans un climat familial.


    L'aventure de l'abbé Cestac se poursuit, à travers les Servantes de Marie en France, en Espagne, en Amérique latine, en Afrique, en Inde.

    A la Solitude de Saint-Bernard, dans les sables fécondés par le travail, les Sœurs Bernardines continuent à assurer la permanence de la prière et du silence, attentives à écouter battre le cœur du monde dans lequel elles restent mystérieusement présentes, confiant à Notre-Dame de la Solitude l'avenir de l'humanité, "son fils aux mille visages".

     

    L'abbé et sa dévotion à la Vierge Marie

     

     

    Louis-Edouard Cestac

     

    En 1839, il écrit de La Meilleraye : "Le nom seul de Marie doit faire tressaillir vos cœurs de joie, d'amour et d'espérance."

    Les 30 années qui lui restent à vivre seront marquées par son pèlerinage à Buglose.

    Il y puisera le dynamisme de son action, le fondement de sa confiance, le principe de sa spiritualité : ce sera le centre autour duquel s'organisent sa pensée, sa prière, son mode propre d'atteindre Dieu...

    Trente années de présence mariale dans une vie attentive à reconnaître dans les moindres évènements l'action mystérieuse de Marie.

    "Je ne la vois pas, disait-il, mais je la sens comme le cheval sent la main du cavalier qui le mène."

    L'abbé Cestac aimait visiter les lieux où la Très Sainte Vierge avait manifesté sa présence.

    En 1839, il va se recueillir près de Notre-Dame de la Meilleraye en Bretagne, et y puiser la spiritualité qu'on retrouvera chez les Bernardines : ora et labora : prière et travail.

    En 1841, il va au sanctuaire de Notre-Dame de Bétharram. Il y rédige les premières Constitutions des Servantes de Marie.

    Il aime fréquenter Sarrance dans les Pyrénées Atlantiques : "C'est là, écrit-il, que j'ai reçu une importante communication sur le développement et l'extension de l'œuvre, alors qu'elle était renfermée dans d'étroites limites."

    A Notre-Dame de Garaison dans les Hautes Pyrénées, il vient remercier la Vierge d'une protection jugée miraculeuse, qui sauva son père encore mousse sur les bateaux.

    En 1859, il va à Fourvières près de Lyon dans la chapelle de la Vierge noire.

    Il va se recueillir à la grotte de Lourdes en compagnie de Mgr Laurence et recommande aux malades l'usage de l'eau miraculeuse, dont une de ses pénitentes a éprouvé le bienfait : "Une pénitente, Marie Baptiste, écrit-il, chargée de tous les dessins de broderie vint me trouver, les yeux couverts d'un bandeau, et me demanda d'aller dépouiller du maïs, attendu que le mauvais état de ses yeux l'empêchait désormais de s'occuper de son emploi ordinaire. Je le lui permis ; mais quelque temps après, m'étant rappelé que nous avions de l'eau de la grotte de Lourdes, dont les effets miraculeux m'avaient été attestés par Mr et Mme Moreau, de Tartas, je lui donnai de cette eau et je lui recommandai d'en mettre sur ses yeux. Elle le fit ; et l'ayant rencontrée au bout d'une demi-heure, quel ne fut pas mon étonnement en voyant ses yeux parfaitement guéris ; elle travaillait avec la plus grande facilité aux dessins les plus minutieux ! Depuis lors, elle continue, sans éprouver la moindre difficulté." (15 décembre 1860)

    A Notre-Dame des Victoires à Paris, il rencontre l'abbé Dufriche-Desgenettes, fondateur de l'Archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires.

    L'abbé raconte qu'au retour de la Meilleraye, il fit une hate à Paris dans un hôtel :

    "Dans ce même hôtel, je rencontrai d'autres prêtres que les circonstances avaient amenés, comme moi, à Paris. La conversation tomba sur l'Archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires que dirigeait le vénérable curé Desgenettes. Il fut convenu que le lendemain matin, samedi, nous irions tous à Notre-Dame des Victoires dire la Sainte Messe à l'autel privilégié, aux pieds de l'image vénérée dans laquelle vous avez tant de fois manifesté votre puissance et votre bonté.

    Chacun se hâte pour arriver le premier, de peur que, si l'heure était passée, nous ne fussions pas admis à célébrer à cet autel. Pour moi, ma divine Mère, je ne me pressai pas, parce que d'abord je ne pouvais lutter avec eux, et puis, par ce sentiment d'abandon en vos mains que vous avez mis en moi. J'espérais que, si vous le vouliez vous me ménageriez la grande consolation que je désirais et mon attente ne fut pas trompée.

    Arrivé à l'Église, chacun de nous se présenta devant le sacristain et d'accord avec lui arrêta son heure. J'étais le dernier. Ayant à mon tour demandé si je pourrais dire la sainte Messe à l'autel qui vous était consacré, le sacristain me répondit un peu sèchement que non, attendu que l'heure disponible était passée ; je gardais le silence mais une voix s'élevant d'un coin demanda d'un ton bref, impératif : "Qu'est cela ? Qu'y a-t-il ?" En me retournant, je vis, assis sur un fauteuil d'infirme, un prêtre vénérable : c'était Monsieur le Curé. En m'approchant, je lui dis : "J'aurais vivement désiré célébrer devant l'image miraculeuse ; mais on me répond que ce serait trop tard ! - Non, non reprit-il, ce ne sera pas trop tard ; vous direz la sainte Messe à cet autel." Oh ! que ma joie fut grande et avec quelle effusion je remerciai le vénérable curé ; lui-même parut si touché que, dans un élan de bonté, il m'offrit en don le manuscrit de l'Archiconfrérie que j'emportai avec bonheur."

    C'est auprès des sanctuaires, qu'il va chercher la lumière quand il a de graves décisions à prendre.

    "Pour moi, écrit-il à un de ses amis le 1er juin 1844, accoutumé à être dirigé comme par la main par la Très Sainte Vierge, je tremble toujours de m'écarter d'une ligne de la vraie voie par laquelle je dois marcher."

    C'est Elle, la partenaire de l'Esprit-Saint, la demeure permanente de l'Esprit de Dieu, qui lui a enseigné à laisser pénétrer dans son cœur l'Esprit, source de foi, d'espérance, de charité.

    C'est Elle qui, ayant reçu dans son cœur et son corps le Christ envoyé par le Père pour faire de nous des fils, l'a introduit dans le secret de l'Amour de Dieu.

    Elle vient à La Salette en 1846, messagère de la bonté miséricordieuse de Dieu, encourager le peuple accablé par la misère. Et lorsque l'un des petits voyants s'arrête dans les Landes, quelques années plus tard, l'abbé Cestac est heureux d'annoncer, le 25 juin 1856, sa joie d'avoir fait connaissance de Maximin qui lui a servi la messe au Séminaire de Dax :

    "Je l'avoue, j'ai rarement célébré la Messe avec une telle surabondance de grâce."

    Les méditations de l'abbé Cestac lui ont fait découvrir dans Marie de Nazareth, si totalement abandonnée à la volonté du Seigneur, la femme qui ne craignit pas de proclamer que Dieu est celui qui relève les humbles et les opprimés, et renverse de leur trône les puissants du monde.

    Après la Révolution de 1848, il écrit :

    "Qui sait si le Seigneur si riche en miséricorde, qui surtout aime les pauvres, ces pauvres si méprisés, si maltraités par les riches du siècle, ne veut pas en France un changement fondamental, et si ce que nous voyons n'est pas l'œuvre de sa divine et souveraine volonté."

    L'abbé Cestac l'a compris : ceux qui rencontrent la Mère sont sûrs de trouver la vie qu'Elle présente sans fin aux hommes en son Fils Jésus.

    N'a-t-elle pas fait trouver Dieu à ce juif A.M. de Ratisbonne, qui, soudain, s'est prosterné devant son image dans une église de Rome, et s'est relevé chrétien, en 1842 ? A Saint Andrea delle fratte, une plaque de marbre racontera la merveille aux pèlerins, les invitant à méditer sur la miséricorde de Dieu et la puissance de la Vierge.

    En 1851, l'abbé Cestac accueille à Saint Bernard le privilégié de la Vierge. Il écrit le 13 août :

    "Hier nous avons eu la visite du P. Marie Ratisbonne... J'ai eu le bonheur de l'entretenir assez longtemps et je l'ai embrassé avec une grande joie comme l'enfant chéri de notre bonne et miséricordieuse Maîtresse."

     

    La prière à la Reine des Anges

     

    Louis-Edouard Cestac

     

    Auguste Reine des Cieux
    et maîtresse des Anges,
    Vous qui avez reçu de Dieu
    le pouvoir et la mission d'écraser la tête de satan,

    Nous vous le demandons humblement,
    envoyez les légions célestes pour que,
    sous vos ordres,
    elles poursuivent les démons,
    les combattent partout,
    répriment leur audace et les refoulent dans l'abîme.

    Qui est comme Dieu ?
    Ô bonne et tendre  Mère,
    vous serez toujours notre amour et notre espérance.
    Ô Divine Mère,
    envoyez les Saints Anges pour me défendre
    et repousser loin de moi le cruel ennemi.
    Saints Anges et Archanges,
    défendez-nous, gardez-nous.

     

     

    Le 13 janvier 1863, l'abbé Cestac accoutumé aux bontés de la Vierge, crut voir les démons répandus sur la terre, y causant des ravages inexprimables. En même temps, l'Auguste Mère de Dieu lui dit que l'heure était venue de la prier comme Reine des Anges et lui dicta la prière "Auguste Reine". 

    L'abbé Cestac présenta cette prière à Mgr Lacroix, évêque de Bayonne, qui l’approuva.

    Cette prière imprimée en 1863, se propage aussitôt avec une rapidité étonnante.

    Elle est approuvée par plusieurs évêques et traduite en diverses langues.

    Déposée aux pieds de Pie IX en janvier 1864, elle est proposée par Rome comme prière préparatoire à la fête de l'Immaculée Conception, à la fin de cette année.

    Celle qui écrase par son Fils la tête de satan est aussi la femme qui a été donnée comme Mère à l'humanité. L'abbé Cestac en a la certitude : Marie unie au Christ dans sa mission de salut sur terre, continue à rassembler les multitudes, pour que toutes choses soient ramenées sous un seul Chef, le Christ. Libre, Elle conduit les hommes à la libération véritable du péché et du mal.

    L'abbé s'applique donc à la faire connaître et aimer.

    Il écrit le 2 juin 1854 à l'abbé Labarrère : "C'est par ce culte et cet amour que le divin Sauveur veut sauver les âmes."

    En effet, dans les sanctuaires se pressent des foules qui cherchent Dieu.

    Anglet voit aussi un défilé de visiteurs comme l'écrira le premier biographe de l'abbé Cestac : "Si l'on peut dire que sous le second Empire toute l'Europe passa par Biarritz, il est non moins vrai de dire que tout Biarritz alla visiter Notre-Dame du Refuge."

    C'est l'occasion pour l'abbé Cestac de chanter les bontés de Celle que toutes les nations doivent proclamer bienheureuse, et qui s'est manifestée d'une manière si spéciale dans la création et le développement du Refuge.

    Les notes de l'abbé Cestac, écrites les dernières années de sa vie, sont un hymne à la Vierge et à ses interventions tout au long de son existence : véritables fioretti, où ce qui semblait folie devient sagesse profonde.

    C'est pourquoi, il laisse déborder sa reconnaissance à la fin de sa vie :

    "A ce magnifique spectacle qui se déroule pendant ces trente années, depuis la pauvre cuisine prêtée par Monsieur Dubrocq et le grenier des pénitentes, jusqu'au spectacle que présente aujourd'hui l'œuvre, soit au-dedans, soit au-dehors, mon âme se trouve transportée hors d'elle-même sous la double impression d'une inexprimable confusion et d'une immense reconnaissance."

    Le testament spirituel qu'il laisse en héritage aux Servantes de Marie, 20 jours avant sa mort, résume son expérience :

    "La première de vos pensées, celle qui doit diriger toutes les autres, c'est que vous êtes les Servantes de la Très Sainte Vierge et qu'Elle est votre souveraine Maîtresse et la souveraine Maîtresse de l'œuvre. C'est Elle qui l'a fondée, dirigée et soutenue dès l'origine par des voies toujours providentielles et parfois miraculeuses. Au milieu des effroyables tempêtes que nous avons traversées, suscitées par le démon et ceux qui se faisaient les instruments de ses malices, cette Mère admirable n'a pas perdu son œuvre de vue, et, à l'heure marquée, sa puissante main s'est révélée, et aux tempêtes a succédé le calme. C'est l'histoire de l'œuvre, vous la connaissez, tout détail ici serait superflu."

    L'amour diligent de la Vierge Marie à Nazareth, à la maison d'Élisabeth, à Cana, au Golgotha, se poursuit dans l'inquiétude maternelle de l'Église pour que les hommes parviennent à la lumière et soient libérés.

    Le Christ dont Marie a eu la charge vit encore parmi nous dans la personne des pauvres et des opprimés, dans ce Nazareth devenu le vaste monde.

    Le visage de Dieu, si bien révélé en Notre-Dame, continue à se manifester par la présence des Servantes de Marie, filles de l'Église.

    Solidaires des humbles, des pauvres, des faibles, engagées au service de la justice, de la paix et de la concorde sociale, elles accompagnent les hommes dans leur marche pénible vers l'unité de la Famille des enfants de Dieu.

    Source : Livre "Un vicaire descend dans la rue" (F. GABAIX-HIALÉ - F. MARTICORENA)

     

    Louis-Edouard Cestac

     

    L'apparition de la Vierge Marie

    En 1863, la Vierge Marie lui serait apparue.

    Il aurait entendu la Vierge Marie dire : "Demande-moi seulement mon esprit".

    La Vierge Marie lui aurait montré l'emprise du démon sur le monde, puis elle lui aurait enseigné une prière "Auguste reine des cieux", approuvée par le Saint Siège le 17 juillet 1895.

    Source : Dictionnaire des apparitions de la Vierge de l'abbé Laurentin

    Louis-Edouard Cestac

    Elise Cestac

     

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