• La semaine Sainte

     
     

     

    La semaine Sainte

     

     

     

    CHAPITRE PREMIER.

    Historique du temps de la Passion et de la semaine Sainte

    Après avoir proposé à la méditation des fidèles, durant les quatre premières semaines du Carême, le jeûne quadragénaire de Jésus-Christ sur la montagne, la sainte Église consacre à la commémoration des douleurs du Rédempteur les deux semaines qui nous séparent encore de la fête de Pâques. Elle ne veut pas que ses enfants arrivent au jour de l'immolation du divin Agneau, sans avoir préparé leurs âmes par la compassion aux souffrances qu'il a endurées en leur place.

    Les plus anciens monuments de la Liturgie, les Sacramentaires et les Antiphonaires de toutes les Églises nous avertissent par le ton des prières, le choix des lectures, le sens de toutes les formules saintes, que la Passion du Christ est, à partir d'aujourd'hui, la pensée unique de la chrétienté. Jusqu'au Dimanche des Rameaux, les fêtes des Saints pourront encore trouver place dans le cours de cette semaine ; mais aucune solennité, de quelque degré qu'elle soit, ne saurait prévaloir sur le Dimanche de la Passion ; et celles qui pourront être encore admises dans les jours qui vont suivre jusqu'à samedi prochain n'obtiendront leurs honneurs qu'à la condition d'être associées à la tristesse de ce saint temps. On y fera commémoration de la Passion, et les saintes images demeureront voilées, 

    Nous n'avons pas de détails historiques à donner sur la première semaine de cette quinzaine ; ses observances n'ont jamais différé de celles qui sont propres aux quatre semaines précédentes. Nous renvoyons donc le lecteur au chapitre suivant, où nous traitons des particularités mystiques du temps de la Passion en général. Mais, en retour, la seconde semaine fournit matière à d'abondants détails historiques ; car aucune époque de l'Année liturgique n'a autant préoccupé la chrétienté, et donné sujet à d'aussi vives manifestations de la piété.

    Cette semaine était déjà en grande vénération au IIIe siècle,d'après le témoignage contemporain de saint Denys, évêque d'Alexandrie ». Dès le siècle suivant, nous la trouvons appelée la grande Semaine, dans une Homélie de saint Jean Chrysostome : « Non pas, dit le saint Docteur, qu'elle ait plus de jours que les autres, ou que les jours y soient composés d'un plus grand nombre d'heures, mais à cause de la grandeur des mystères que l'on y célèbre. »

    On la trouve encore désignée sous le nom de Semaine peineuse ou pénible (pœnosa), à cause des souffrances de Jésus-Christ et des saintes fatigues qu'exige sa célébration ; de Semaine d'indulgence, parce que l'on y recevait les pécheurs à la pénitence ; enfin de Semaine sainte, à cause de la sainteté des mystères dont on y fait la commémoration. Cette désignation est la plus usitée parmi nous ; et elle est devenue tellement propre à cette semaine, qu'elle s'attache à chacun des jours qui la composent : en sorte que l'on dit le Lundi saint, le Mardi saint, etc. 

    La rigueur du jeûne quadragésimal s'accroît durant ces derniers jours, qui sont comme le suprême effort de la pénitence chrétienne.

    Même parmi nous, la dispense accordée de faire usage des œufs s'arrête vers le milieu de la semaine, et demeure suspendue jusqu'à la fête de Pâques ; mais les Églises d'Orient, plus fidèles aux traditions de l'antiquité, resserrent encore leur rigoureuse abstinence. Les Grecs nomment cette semaine Xérophagie, c'est-à-dire le temps où il n'est permis de manger que des aliments secs. La nourriture consiste uniquement dans le pain, l'eau et le sel, auxquels on ne peut joindre que des fruits et des légumes crus, sans aucune sorte d'assaisonnement.

    Quant au jeûne, dans l'antiquité, il s'étendait aussi loin que les forces humaines le pouvaient permettre. Nous voyons par saint Épiphane qu'il y avait des chrétiens qui le prolongeaient depuis le lundi matin jusqu'au chant du coq le jour de Pâques. Sans doute, ce n'était que le petit nombre des fidèles qui pouvait atteindre à un tel effort ; les autres se contentaient de passer, sans prendre de nourriture, deux, trois ou quatre jours consécutifs ; mais l'usage commun était de demeurer sans manger depuis le Jeudi saint au soir jusqu'au matin du jour de Pâques. Les exemples de cette rigueur ne sont pas rares, même de nos jours, chez les chrétiens orientaux et en Russie : heureux si ces œuvres d'une pénitence courageuse étaient toujours accompagnées d'une ferme adhésion à la foi et à l'unité de l'Église, hors de laquelle le mérite de tant de fatigues devient nul pour le salut ! 

    Les veilles prolongées la nuit dans l'église ont été aussi l'un des caractères de la Semaine sainte dans l'antiquité. Le Jeudi saint, après avoir célébré les divins mystères en commémoration de la dernière Cène du Seigneur, le peuple persévérait longtemps dans la prière. La nuit du Vendredi au Samedi se passait presque tout entière dans les veilles, afin d'honorer la sépulture du Christ ; mais la plus longue de toutes ces veilles était celle du Samedi, qui durait jusqu'au matin du jour de Pâques. Le peuple entier y prenait part ; il assistait à la dernière préparation des catéchumènes ; il était ensuite témoin de l'administration du baptême ; et l'assemblée ne se séparait qu'après la célébration du saint Sacrifice, qui ne se terminait qu'au lever du soleil.

     

    La suspension des œuvres serviles fut longtemps requise des fidèles durant le cours de la Semaine sainte ; et la loi civile s'unissait à la loi de l'Église pour produire cette solennelle vacation du travail et du négoce, qui exprimait d'une manière si imposante le deuil de la chrétienté. La pensée du sacrifice et de la mort du Christ était la pensée commune ; les relations ordinaires étaient suspendues ; les offices divins et la prière absorbaient la vie morale tout entière, en même temps que le jeûne et l'abstinence réclamaient toutes les forces du corps. On comprend quelle impression devait produire sur le reste de l'année cette solennelle interruption de tout ce qui préoccupait les hommes dans le reste de leur vie ; et quand on se rappelle avec quelle rigueur le Carême avait déjà sévi, durant cinq semaines entières, sur les appétits sensuels, on conçoit la joie simple et naïve avec laquelle était accueillie la fête de Pâques, qui venait apporter en même temps la régénération de l'âme et le soulagement du corps.

    Nous avons rappelé, dans le volume précédent, les dispositions du Code Théodosien qui prescrivaient de surseoir à toutes procédures et à toutes poursuites quarante jours ayant Pâques. La loi de Gratien et de Théodose, donnée sur ce sujet en 380, fut développée par Théodose en 389, et rendue propre aux jours où nous sommes par un nouveau décret qui interdisait même les plaidoiries durant les sept jours qui précédaient la fête de Pâques et les sept qui la suivaient. On rencontre, dans les Homélies de saint Jean Chrysostome et dans les Sermons de saint Augustin, plusieurs allusions à cette loi encore récente, qui déclarait que chacun des jours de cette quinzaine aurait désormais, dans les tribunaux, le privilège du Dimanche.

    Mais les princes chrétiens ne se bornaient pas à arrêter l'action de la justice humaine en ces jours de miséricorde ; ils. voulaient aussi rendre un hommage sensible à la bonté paternelle de Dieu, qui a daigné pardonner au monde coupable par les mérites de son Fils immolé. L'Église allait ouvrir de nouveau son sein aux pécheurs repentants, après avoir rompu les liens du péché dont ils étaient captifs ; les princes chrétiens avaient à cœur d'imiter leur Mère, et ils ordonnaient que l'on brisât les chaînes des prisonniers, que l'on ouvrît les cachots, et que l'on rendît à la liberté les malheureux qui gémissaient sous le poids des sentences portées par les tribunaux de la terre. Il n'y avait d'exception que pour les criminels dont les délits atteignaient gravement la famille ou la société. Le grand nom de Théodose paraît encore ici avec honneur. Au rapport de saint Jean Chrysostome, cet empereur envoyait dans les villes des lettres de rémission ordonnant l'élargissement des prisonniers, et accordant la vie aux condamnés à mort, afin de sanctifier les jours qui précédaient la fête de Pâques. Les derniers empereurs établirent en loi cette disposition ; c'est le té moignage que leur rend saint Léon, dans un de ses Sermons : « Les empereurs romains, dit-il, observent déjà depuis longtemps cette sainte institution, par laquelle on les voit, en l'honneur de la Passion et de la Résurrection du Seigneur, abaisser le faîte de leur puissance, relâcher la sévérité de leurs lois, et faire grâce à un grand nombre de coupables : voulant se montrer par cette clémence les imitateurs de la bonté céleste, en ces jours où elle a daigné sauver le monde. Que le peuple chrétien, à son tour, ait à cœur d'imiter ses princes, et que l'exemple donné par le souverain porte les sujets à une mutuelle indulgence ; car les lois domestiques ne doivent pas être plus rigoureuses que les lois publiques. Il faut donc que l'on se remette les torts, que l'on rompe les liens, que l'on pardonne les offenses, que l'on étouffe les ressentiments, afin que, tant du côté de Dieu que du côté de l'homme, tout contribue à rétablir en nous l'innocence de vie qui convient à l'auguste solennité que nous attendons. » 

    Cette amnistie chrétienne n'est pas seulement décrétée au Code Théodosien ; nous en retrouvons la trace dans les monuments du droit public de nos pères. Sous la première race de nos rois, saint Éloi, évêque de Noyon, dans un sermon prononcé le Jeudi saint, s'exprime ainsi : « En ce jour où l'Église accorde l'indulgence aux pénitents et l'absolution aux pécheurs, les magistrats se relâchent de leur sévérité et pardonnent aux coupables. Dans le monde entier, on ouvre les prisons. Les princes font grâce aux criminels ; les maîtres pardonnent à leurs esclaves.» Sous la seconde race, on voit par les Capitulaires de Charlemagne que les évêques avaient le droit d'exiger des juges, pour l'amour de Jésus-Christ, est-il dit, la délivrance des prisonniers dans les jours qui précédaient la Pâque, et de leur interdire, à ces magistrats, l'entrée de l'église, s'ils refusaient d'obéir. Enfin, sous la troisième race, nous trouvons l'exemple de Charles VI, qui, ayant eu à réprimer une rébellion à laquelle s'étaient livrés les habitants de Rouen, ordonna plus tard de rendre les prisonniers à la liberté, parce que l'on était dans la Semaine peineuse, et tout près de la fête de Pâques. Un dernier vestige de cette miséricordieuse législation se conserva jusqu'à la fin, dans les usages du Parlement de Paris. Le Palais, depuis des siècles, ne connaissait plus ces longues et chrétiennes vacations qui, dans d'autres temps, s'étaient étendues au Carême tout entier. C'était seulement le Mercredi saint que les cours commençaient à vaquer, pour ne se rouvrir qu'après le Dimanche de Quasimodo. Le Mardi saint, dernier jour d'audience, le Parlement se transportait aux prisons du Palais, et l'un des Grands-Présidents, ordinairement le dernier reçu, tenait la séance avec la chambre. On interrogeait les prisonniers, et, sans aucun jugement, on délivrait ceux dont la cause semblait  favorable, ou qui n'étaient pas criminels au premier chef. 

    Les révolutions qui se sont succédé sans interruption depuis plus de soixante ans ont eu le résultat vanté de séculariser la France, c'est-à-dire d'effacer de nos mœurs publiques et de notre législation tout ce qu'elles avaient emprunté d'inspirations au sentiment surnaturel du christianisme. Depuis, on s'est mis à répéter aux hommes sur tous les tons qu'ils sont égaux entre eux. Il eût été superflu de chercher à convaincre de cette vérité les peuples chrétiens dans les siècles de foi, lorsqu'ils voyaient les princes, à l'approche des grands anniversaires qui rappellent si vivement la justice et la miséricorde divines, abdiquer, pour ainsi dire, le sceptre, s'en remettre à Dieu lui-même du châtiment des coupables, et s'asseoir au banquet pascal de la fraternité chrétienne, à côté de ces hommes qu'ils retenaient dans les fers, au nom de la société, quelques jours auparavant. La pensée d'un Dieu aux yeux duquel tous les hommes sont pécheurs, d'un Dieu de qui seul procèdent la justice et le pardon, planait, en ces jours, sur les nations ; et l'on pouvait, en toute vérité, dater les féries de la grande Semaine à la manière de certains diplômes de ces âges de foi : « Sous le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ »

    Au sortir de ces jours de sainte et chrétienne égalité, les sujets répugnaient-ils à reprendre le joug de la soumission envers les princes ? Songeaient-ils à profiter de l'occasion pour rédiger la charte des droits de l'homme ? Nullement : la même pensée qui avait humilié devant la croix du Sauveur les faisceaux de la justice légale révélait au peuple le devoir d'obéir aux puissances établies de Dieu. Dieu était la raison du pouvoir et en même temps celle de la soumission ; et les dynasties pouvaient se succéder, sans que le respect de l'autorité s'amoindrît dans les cœurs. Aujourd'hui la sainte Liturgie n'a plus cette action sur la société ; la religion est réfugiée, comme un secret, au fond des âmes fidèles ; les institutions politiques ne sont plus que l'expression de l'orgueil humain qui veut commander, ou qui refuse d'obéir.

     

    Et cependant, cette société du IVe siècle qui produisait comme spontanément, par le seul esprit chrétien, ces lois miséricordieuses que nous venons de rappeler, était encore demi-païenne ! La nôtre a été fondée par le christianisme ; lui seul a civilisé nos pères les barbares : et nous nommons progrès cette marche en sens inverse à toutes les garanties d'ordre de paix et de moralité qu'il avait inspirées aux législateurs ! Quand donc renaîtra cette foi de nos pères qui seule pourrait rétablir les nations sur leurs bases ? Quand les sages de ce monde en auront-ils fini avec les utopies humaines qui n'ont d'autre but que de flatter ces passions funestes, que les mystères de Jésus-Christ, accomplis en ces jours, réprouvent si hautement ?

    Ajoutons encore un trait à ce que nous avons rapporté sur les ordonnances des empereurs chrétiens pour la Semaine sainte. Si l'esprit de charité et le désir d'imiter la miséricorde divine obtenaient d'eux la délivrance des prisonniers, ils ne pouvaient manquer de s'intéresser au sort des esclaves, en ces jours où Jésus-Christ a daigné affranchir le genre humain par son sang. L'esclavage, fils du péché, et institution fondamentale de l'ancien monde, avait été frappé à mort par la prédication de l'Évangile ; mais il était réservé aux particuliers de l'éteindre successivement par l'application du principe de la fraternité chrétienne. De même que Jésus ; Christ et les Apôtres n'en avaient pas exigé l'abolition subite, ainsi les princes chrétiens s'étaient bornés à encourager cette abolition parleurs lois. Nous en trouvons une preuve solennelle au Code de Justinien, où, après avoir interdit les procédures durant la grande Semaine et celle qui la suit, le prince ajoute cette disposition touchante : « Il sera néanmoins permis de donner la liberté aux esclaves ; et aucun des actes nécessaires pour leur affranchissement ne sera réputé contrevenir à cette loi. » Au reste, par cette mesure charitable, Justinien ne faisait qu'appliquer à la quinzaine de Pâques la loi miséricordieuse qu'avait portée Constantin, dès le lendemain du triomphe de l'Église, en défendant toutes procédures le dimanche, sauf celles qui auraient pour objet la liberté des esclaves.

    Longtemps avant la paix de Constantin, l'Église avait songé aux esclaves, en ces jours où se sont accomplis les mystères de la rédemption universelle. Leurs maîtres chrétiens devaient les laisser jouir d'un repos complet durant la quinzaine sacrée. Telle est la loi canonique portée dans les Constitutions Apostoliques, recueil dont la compilation est antérieure au IVe siècle. « Durant la grande Semaine qui précède le jour de Pâques, y est-il dit, et durant celle qui le suit, les esclaves se reposent, parce que l'une est la semaine de la Passion du Seigneur, et l'autre, celle de sa Résurrection, et qu'ils ont besoin d'être instruits sur ces mystères. » 

    Enfin, le dernier caractère des jours où nous allons entrer est l'aumône plus abondante, et les œuvres de miséricorde plus fréquentes. Saint Jean Chrysostome nous l'atteste pour son temps, et remarque avec éloge que beaucoup de fidèles doublaient alors leurs largesses envers les pauvres, afin de se mettre en plus parfait rapport avec la divine munificence qui va répandre sans mesure ses bienfaits sur l'homme pécheur.

     

     

    CHAPITRE II

    Mystique du temps de la Passion et de la semaine Sainte

     

    La sainte Liturgie abonde en mystères, en ces jours où l'Église célèbre les anniversaires de tant de merveilleux événements ; mais la plus grande partie de cette mystique se rapportant à des rites et à des cérémonies propres à des jours spéciaux, nous en traiterons à mesure que l'occasion s'en présentera. Notre but, ici, est seulement de dire quelques mots sur les coutumes mystérieuses de l'Église dans les deux semaines auxquelles ce volume est consacré.

    Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons exposé, dans notre Carême, sur le mystère du Quadragénaire ; la sainte carrière de l'expiation poursuit son cours, jusqu'à ce que le jeûne des hommes pécheurs ait atteint la durée de celui que l'Homme-Dieu a accompli sur la montagne. La troupe des fidèles du Christ continue à combattre, sous l'armure spirituelle, les ennemis invisibles du salut ; assistée des Anges de lumière, elle lutte corps à corps avec les esprits de ténèbres, par la componction du cœur et par la mortification de la chair.

    Trois objets, comme nous l'avons dit, préoccupent spécialement l'Église pendant le Carême : la Passion du Rédempteur dont nous avons, de semaine en semaine, pressenti les approches ; la préparation des catéchumènes au baptême qui doit leur être conféré dans la nuit de Pâques ; la réconciliation des pénitents publics, auxquels l'Église ouvrira de nouveau son sein, le Jeudi de la Cène du Seigneur. Chaque jour qui s'écoule rend plus vives ces trois grandes préoccupations de la sainte Église.

     

    Le Sauveur, en ressuscitant Lazare à Béthanie, aux portes de Jérusalem, a mis le comble à la rage de ses ennemis. Le peuple s'est ému en voyant reparaître dans les rues de la cité ce mort de quatre jours ; il se demande si le Messie opérera de plus grands prodiges, et s'il n'est pas temps enfin de chanter Hosanna au fils de David. Bientôt il ne sera plus possible d'arrêter l'élan des enfants d'Israël. Les princes des prêtres et les anciens du peuple n'ont pas un instant à perdre, s'ils veulent empêcher la proclamation de Jésus de Nazareth, roi des Juifs. Nous allons assister à leurs infâmes conseils ; le sang du Juste va être vendu et payé à deniers comptants. La divine Victime, livrée par un de ses disciples, sera jugée, condamnée, immolée ; et les circonstances de ce drame sublime ne seront plus l'objet d'une simple lecture ; la sainte Liturgie les représentera, de la façon la plus expressive, sous les yeux du peuple fidèle.

    Les catéchumènes n'ont plus que peu de temps à soupirer vers la fontaine de vie. Leur instruction se complète chaque jour ; les figures de l'ancien ne alliance achèvent de se dérouler à leurs regards ; et bientôt ils n'auront plus rien à apprendre sur les mystères de leur salut. Dans peu de jours on leur livrera le Symbole de la foi. Initiés aux grandeurs et aux humiliations du Rédempteur, ils attendront avec les fidèles l'instant de sa glorieuse résurrection ; et nous les accompagnerons de nos vœux et de nos chants, à l'heure solennelle où, plongés dans la piscine du salut, et ayant laissé toutes leurs souillures dans les eaux régénératrices, ils remonteront purs et radieux pour recevoir les dons de l'Esprit divin, et participer à la chair sacrée de l'Agneau qui ne doit plus mourir.

     

    La réconciliation des pénitents avance aussi à grands pas. Sous le cilice et la cendre, ils poursuivent leur œuvre d'expiation. Les consolantes lectures que nous avons déjà entendues continueront de leur être faites, et rafraîchiront de plus en plus leurs âmes. L'approche de l'immolation de l'Agneau accroît leur espoir ; ils savent que le sang de cet Agneau est d'une vertu infinie, et qu'il efface tous les péchés. Avant la résurrection du libérateur, ils auront recouvré l'innocence perdue ; le pardon descendra sur eux assez à temps pour qu'ils puissent encore s'asseoir, heureux prodigues, à la table du Père de famille, le jour même où il dira à ses convives : « J'ai désiré d'un désir ardent manger avec vous cette Pâque. »

    Telles sont en abrégé les scènes augustes qui nous attendent ; mais, en même temps, nous allons voir la sainte Église, veuve désolée, s'abîmer de plus en plus dans les tristesses de son deuil. Naguère elle pleurait les péchés de ses enfants ; maintenant elle pleure le trépas de son céleste Époux. Dès longtemps déjà le joyeux Alleluia est banni de ses cantiques ; elle supprimera désormais jusqu'à ce cri de gloire qu'elle consacrait encore à l'adorable Trinité. A moins qu'elle ne célèbre la mémoire de quelque Saint, dont la fête se rencontrerait encore jusqu'au samedi de la Passion, elle s'interdira, en partie d'abord, et bientôt totalement, jusqu'à ces paroles qu'elle aimait tant à redire : « Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ! » Ses chants sont devenus trop lugubres, et ce cri de jubilation irait mal à la désolation qui a submergé son cœur.

    Ses lectures, aux offices de la nuit, sont prises dans Jérémie, le plus lamentable des Prophètes. La couleur de ses vêtements est toujours celle qu'elle a adoptée au jour où elle imposa les cendres sur le front humilié de ses enfants ; mais quand sera arrivé le redoutable Vendredi, le violet ne suffira plus à sa tristesse ; elle se couvrira de vêtements noirs, comme ceux qui pleurent le trépas d'un mortel ; car son Époux est véritablement mort en ce jour. Les péchés des hommes et les rigueurs de la justice divine ont fondu sur lui, et il a rendu son âme à son Père, dans les horreurs de l'agonie.

    Dans l'attente de cette heure terrible, la sainte Église manifeste ses douloureux pressentiments, en voilant par avance l'image de son divin Époux. La croix elle-même a cessé d'être accessible aux regards des fidèles ; elle a disparu sous un voile sombre. Les images des Saints ne sont plus visibles ; il est juste que le serviteur s'efface, quand la gloire du Maître s'est éclipsée. Les interprètes de la sainte Liturgie nous enseignent que cette austère coutume de voiler la croix au temps de la Passion exprime l'humiliation du Rédempteur, réduit à se cacher pour n'être pas lapidé par les Juifs, comme nous le lirons dans l'Évangile du Dimanche de la Passion. L'Église applique dès le samedi, à Vêpres, cette solennelle rubrique, et avec une telle rigueur que, dans les années où la fête de l'Annonciation de Notre-Dame tombe dans la semaine de la Passion, l'image de Marie, Mère de Dieu, demeure voilée, en ce jour même où l'Ange la salue pleine de grâce et bénie entre toutes les femmes.

     
     

    CHAPITRE III.

    Pratique du temps de la Passion et de la semaine Sainte

     

    Le ciel de la sainte Église devient de plus en plus sombre ; les teintes sévères qu'il avait revêtues, dans le cours des quatre semaines qui viennent de s'écouler, ne suffisent plus au deuil de l'Épouse. Elle sait que les hommes cherchent l'Époux, et qu'ils ont conspiré sa mort. Douze jours ne seront pas écoulés, qu'elle verra ses ennemis mettre sur lui leurs mains sacrilèges. Elle aura à le suivre sur la montagne de douleur ; elle recueillera son dernier soupir ; elle verra sceller sur son corps inanimé la pierre du sépulcre. Il n'est donc pas étonnant qu'elle invite tous ses enfants, durant cette quinzaine, à contempler celui qui est l'objet de toutes ses affections et de toutes ses tristesses.

    Mais ce ne sont pas des larmes et une compassion stériles que demande de nous notre mère ; elle veut que nous profitions des enseignements que vont nous fournir les terribles scènes que nous sommes appelés à voir se succéder sous nos yeux. Elle se souvient que le Sauveur, montant au Calvaire, dit à ces femmes de Jérusalem qui osaient pleurer sur son sort en présence même de ses bourreaux : « Ne pleurez pas sur moi, mais sur vous et sur vos enfants. » Il ne refusait pas le tribut de leurs larmes, il était touché de leur affection ; mais l'amour même qu'il leur portait lui dictait ces paroles. Il voulait surtout les voir pénétrées de la grandeur de l'événement qui s'accomplissait, à cette heure où la justice de Dieu se révélait si inexorable envers le péché.

     

    L'Église a commencé la conversion du pécheur dans les semaines qui ont précédé ; elle veut maintenant la consommer. Ce n'est plus le Christ jeûnant et priant sur la montagne de la Quarantaine qu'elle offre à nos regards ; c'est la Victime universelle immolée pour le salut du monde. L'heure va sonner, la puissance des ténèbres s'apprête à user des moments qui lui sont laissés ; le plus affreux des crimes va être commis. Le Fils de Dieu sera, dans quelques jours, livré au pouvoir des pécheurs, et ils le tueront. L'Église n'a plus besoin d'exhorter ses enfants à la pénitence ; ils savent trop maintenant ce qu'est le péché qui a exigé une telle expiation. Elle est tout entière aux sentiments que lui inspire le fatal dénouement que devait avoir la présence d'un Dieu sur la terre ; et, en exprimant ces sentiments par la sainte liturgie, elle nous guide dans ceux que nous devons concevoir nous-mêmes.

    Le caractère le plus général des prières et des rites de cette quinzaine est une douleur profonde de voir le Juste opprimé par ses ennemis jusqu'à la mort, et une indignation énergique contre le peuple déicide. David, les Prophètes, fournissent ordinairement le fond de ces formules de deuil. Tantôt c'est le Christ lui-même qui dévoile les angoisses de son âme ; tantôt ce sont d'effroyables imprécations contre ses bourreaux. Le châtiment de la nation juive est étalé dans toute son horreur, et à chacun des trois derniers jours on entendra Jérémie se lamenter sur les ruines de l'infidèle cité. L'Église ne cherche pas à exciter une sensibilité stérile ; elle veut frapper d'abord au cœur de ses enfants par une terreur salutaire. S'ils sont effrayés du crime commis dans Jérusalem, s'ils sentent qu'ils en sont coupables, leurs larmes couleront toujours assez. Préparons-nous donc à ces fortes impressions trop souvent méconnues par la piété superficielle de notre temps. Rappelons-nous l'amour et la bénignité du Fils de Dieu venant se confier aux hommes, vivant de leur vie, poursuivant sans bruit sa pacifique carrière, « passant sur cette terre en faisant le bien », et voyons maintenant cette vie toute de tendresse, de condescendance et d'humilité, aboutir à un supplice infâme sur le gibet des esclaves. Considérons d'un côté le peuple pervers des pécheurs qui, faute de crimes, impute au Rédempteur ses bienfaits, qui consomme la plus noire ingratitude par l'effusion d'un sang aussi innocent qu'il est divin ; de l'autre, contemplons le Juste par excellence en proie à toutes les amertumes, son âme « triste jusqu'à la mort », le poids de malédiction qui pèse sur lui, ce calice qu'il doit boire jusqu'à la lie, malgré son humble réclamation ; le Ciel inflexible à ses prières comme à ses douleurs ; enfin, entendons son cri : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ? » C'est là ce qui émeut d'abord la sainte Église ; c'est là ce quelle propose à notre attention ; car elle sait que si cette horrible scène est comprise de nous, les liens que nous avons avec le péché se rompront d'eux-mêmes, et qu'il nous sera impossible de demeurer plus longtemps complices de tels forfaits.

    Mais l'Église sait aussi combien le cœur de l'homme est dur, combien il a besoin de craindre, pour se déterminer enfin à s'amender : voilà pourquoi elle ne nous fait grâce d'aucune des imprécations que les Prophètes placent dans la bouche du Messie contre ses ennemis. Ces effrayants anathèmes sont autant de prophéties qui se sont accomplies à la lettre sur les Juifs endurcis. Ils sont destinés à nous apprendre ce que le chrétien lui-même pourrait avoir à craindre, s'il persistait, selon l'énergique expression de saint Paul, à « crucifier de nouveau Jésus-Christ ». On se rappelle alors, et avec terreur, ces paroles du même Apôtre, dans l'Épître aux Hébreux : « Quel supplice ne méritera pas, dit-il , celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, qui aura tenu pour vil le sang de l'alliance par lequel il fut sanctifié, et qui aura fait outrage à l'Esprit de grâce ? Car nous savons qu'il a dit : A moi la vengeance, et je saurai la faire. Et ailleurs : Le Seigneur jugera son peuple. Ce sera donc une chose horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant. »

    En effet, rien de plus affreux ; car, en ces jours où nous sommes, « il n'a pas épargné son propre Fils », nous donnant par cette incompréhensible rigueur la mesure de ce que nous devrions attendre de lui, s'il trouvait encore en nous le péché qui l'a contraint d'en user si impitoyablement envers ce Fils bien-aimé, « objet de toutes ses complaisances ». Ces considérations sur la justice envers la plus innocente et la plus auguste de toutes les victimes, et sur le châtiment des Juifs impénitents, achèveront de détruire en nous l'affection au péché, en développant cette crainte salutaire sur laquelle une espérance ferme et un amour sincère viendront s'appuyer comme sur une base inébranlable. 

    En effet, si, par nos péchés, nous sommes les auteurs de la mort du Fils de Dieu, il est vrai aussi de dire que le sang qui coule de ses plaies sacrées a la vertu de nous laver de ce crime. La justice du Père céleste ne s'apaise que par l'effusion de ce sang divin ; et la miséricorde de ce même Père céleste veut qu'il soit employée notre rachat. Le fer des bourreaux a fait cinq ouvertures au corps du Rédempteur ; et de là cinq sources de salut coulent désormais sur l'humanité pour la purifier et rétablir en chacun de nous l'image de Dieu que le péché avait effacée. Approchons donc avec confiance, et glorifions ce sang libérateur qui ouvre au pécheur les portes du ciel, et dont la valeur infinie suffirait à racheter des millions de mondes plus coupables que le nôtre. Nous touchons à l'anniversaire du jour où il a été versé ; bien des siècles déjà se sont écoulés depuis le moment où il arrosa les membres déchirés de notre Sauveur, où, descendant en ruisseaux le long de la croix, il baignait cette terre ingrate ; mais sa puissance est toujours la même.

     

    Venons donc « puiser aux fontaines du Sauveur » ; nos âmes en sortiront pleines de vie, toutes pures, tout éclatantes d'une beauté céleste ; il ne restera plus en elles la moindre trace de leurs anciennes souillures : et le Père nous aimera de l'amour même dont il aime son Fils. N'est-ce pas pour nous recouvrer, nous qui étions perdus, qu'il a livré à la mort ce Fils de sa tendresse ? Nous étions devenus la propriété de Satan par nos péchés ; les droits de l'enfer sur nous étaient certains ; et voilà que tout à coup nous lui sommes arrachés et nous rentrons dans nos droits primitifs. Dieu cependant n'a point usé de violence pour nous enlever au ravisseur : comment donc sommes-nous redevenus libres ? Écoutez l'Apôtre : « Vous avez été rachetés d'un grand prix  ». Et quel est ce prix ? Le Prince des Apôtres nous l'explique : « Ce n'est pas, dit-il, au prix d'un or et d'un argent corruptibles que vous avez été affranchis, mais par le précieux sang de l'Agneau sans tache. » Ce sang divin, déposé dans la balance de la justice céleste, l'a fait pencher en notre faveur : tant il dépassait le poids de nos iniquités ! La force de ce sang a brisé les portes mêmes de l'enfer, rompu nos chaînes, « rétabli la paix entre le ciel et la terre ». Recueillons donc sur nous ce sang précieux, lavons-en toutes nos plaies, marquons-en notre front comme d'un sceau ineffaçable et protecteur, afin qu'au jour de la colère le glaive vengeur nous épargne. 

    Avec le sang de l'Agneau qui enlève nos péchés, la sainte Église nous recommande en ces jours de vénérer aussi la Croix, qui est comme l'autel sur lequel notre incomparable Victime est immolée. Deux fois, dans le cours de l'année, aux fêtes de son Invention et de son Exaltation, ce bois sacré nous sera montré pour recevoir nos hommages, comme trophée de la victoire du Fils de Dieu ; à ce moment, il ne nous parle que de ses douleurs, il n'offre qu'une idée de honte et d'ignominie. Le Seigneur avait dit dans l'ancienne alliance ; « Maudit celui qui est suspendu au bois. » L'Agneau qui nous sauve a daigné affronter cette malédiction : mais, par là même, combien nous devient cher ce bois autrefois infâme, désormais sacré ! Le voilà devenu l'instrument de notre salut, le gage sublime de l'amour du Fils de Dieu pour nous. C'est pourquoi l'Église va lui rendre chaque jour, en notre nom, les plus chers hommages ; et nous, nous joindrons nos adorations aux siennes. La reconnaissance envers le Sang qui nous a rachetés, une tendre vénération envers la sainte Croix seront donc, durant cette quinzaine, les sentiments qui occuperont particulièrement nos cœurs.

    Mais que ferons-nous pour l'Agneau lui-même, pour celui qui nous donne ce sang , et qui embrasse avec tant d'amour la croix de notre délivrance ? N'est-il pas juste que nous nous attachions à ses pas ; que, plus fidèles que les Apôtres lors de sa Passion, nous le sui vions jour par jour, heure par heure, dans la Voie douloureuse ? Nous lui tiendrons donc fidèle compagnie, dans ces derniers jours où il est réduit à fuir les regards de ses ennemis ; nous envierons le sort de ces quelques familles dévouées qui le recueillent dans leurs maisons, s'exposant par cette hospitalité courageuse à toute la rage des Juifs ; nous compatirons aux inquiétudes mortelles de la plus tendre des mères ; nous pénétrerons par la pensée dans cet horrible Sanhédrin où se trame l'affreux complot contre la vie du Juste. Tout à coup l'horizon, si chargé de tempêtes, semblera un moment s'éclaircir et nous entendrons le cri d'Hosanna retentir dans les rues et les places de Jérusalem. Cet hommage inattendu au fils de David, ces palmes, ces voix naïves des enfants hébreux, feront trêve un instant à tant de noirs pressentiments. Notre amour s'unira à ces hommages rendus au Roi d'Israël qui visite avec tant de douceur la fille de Sion. pour remplir l'oracle prophétique ; mais que ces joies subites seront de peu de durée, et que nous retomberons promptement dans la tristesse ! 

    Le traître disciple ne tardera pas à consommer son odieux marché ; la dernière Pâque arrivera enfin, et nous verrons l'agneau figuratif s'évanouir en présence du véritable Agneau, dont la chair nous sera don née en nourriture et le sang en breuvage. Ce sera la Cène du Seigneur. Revêtus de la robe nuptiale, nous y prendrons place avec les disciples ; car ce jour est celui de la réconciliation qui réunit à une même table le pécheur repentant et le juste toujours fidèle. Mais le temps presse : il faudra partir pour le fatal jardin ; c'est là que nous pourrons apprécier le poids de nos iniquités, à la vue des défaillances du cœur de Jésus, qui en est oppressé jusqu'à demander grâce. Puis tout à coup, au milieu d'une nuit sombre, les valets et la soldatesque, conduits par l'infâme Judas, mettront leurs mains impies sur le Fils de l'Éternel ; et les légions d'Anges qui l'adorent resteront comme désarmées en présence d'un tel forfait. Alors commencera cette série d'injustices dont les tribunaux de Jérusalem seront l'odieux théâtre : le mensonge, la calomnie, la soif du sang innocent, les lâchetés du gouverneur romain, les insultes des valets et des soldats, les cris tumultueux d'une populace aussi ingrate que cruelle : tels sont les incidents dont se rempliront les heures rapides qui doivent s'écouler depuis l'instant où le Rédempteur aura été saisi par ses ennemis, jusqu'à celui où il gravira sous sa croix, la colline du Calvaire. Nous verrons de près toutes ces choses ; notre amour ne nous permettra pas de nous éloigner dans ces moments où, au milieu de tant d'outrages, le Rédempteur traite la grande affaire de notre salut.

    Enfin, après les soufflets et les crachats, après la sanglante flagellation, après le cruel opprobre du couronnement d'épines, nous nous mettrons en marche à la suite du Fils de l'homme ; et c'est à la trace de son sang que nous reconnaîtrons ses pas. Il nous faudra fendre les flots d'un peuple avide du supplice de l'innocent, entendre les imprécations qu'il vomit contre le fils de David. Arrivés au lieu du sacrifice, nous verrons de nos yeux l'auguste Victime, dépouillée de ses vêtements, clouée au bois sur lequel elle doit expirer, élevée dans les airs, entre le ciel et la terre, comme pour être plus exposée encore aux insultes des pécheurs. Nous nous approcherons de l'Arbre de vie, afin de ne perdre ni une seule goutte du sang qui purifie, ni une seule des paroles que, par intervalles, le Rédempteur fera descendre jusqu'à nous. Nous compatirons à sa Mère, dont le cœur est transpercé du glaive de douleur, et nous serons près d'elle au moment où Jésus expirant nous léguera à sa tendresse. Enfin, après les trois heures de son agonie, nous le verrons pencher la tête, et nous recevrons son dernier soupir.

     

    Et c'est là ce qui nous reste : un corps inanimé et meurtri, des membres ensanglantés et roidis par le froid de la mort ; c'est tout ce qui nous reste de ce Fils de l'homme dont nous avions salué avec tant d'allégresse la venue en ce monde ! Il ne lui a pas suffi, à lui, Fils de l'Éternel, de « s'anéantir, en prenant la forme d'esclave » ; cette naissance dans la chair n'était que le début de son sacrifice ; son amour devait l'entraîner jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix. Il avait vu qu'il n'obtiendrait le nôtre qu'au prix d'une si généreuse immolation, et son cœur n'a pas reculé. « Maintenant donc, nous dit saint Jean, aimons Dieu, puisque Dieu nous a aimés le premier. » Tel est le but que l'Église se propose dans ces solennels anniversaires. Après avoir abattu notre orgueil et nos résistances par le spectacle effrayant de la justice divine, elle entraîne notre cœur à aimer enfin celui qui s'est livré, en notre place, aux coups de cette inflexible justice. Malheur à nous, si cette grande semaine ne produisait pas dans nos âmes un juste retour envers celui qui avait tous les droits de nous haïr, et qui nous a aimés plus que lui-même ! Disons donc avec l'Apôtre : « La charité de Jésus-Christ nous presse, et désormais tous ceux qui vivent ne doivent plus vivre pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort pour eux. » Nous devons cette fidélité à celui qui fut notre victime, et qui jusqu'au dernier instant, au lieu de nous maudire, ne cessa de demander et d'obtenir pour nous miséricorde. Un jour, il reparaîtra sur les nuées du ciel ; « les hommes verront alors, dit le Prophète, celui qu'ils ont percé. » Puissions-nous être de ceux auxquels la vue des cicatrices de ses blessures n'inspirera que la confiance, parce qu'ils auront réparé par leur amour le crime dont ils s'étaient rendus coupables envers l'Agneau divin ! 

    Espérons de la miséricorde de Dieu que les saints jours où nous entrons produiront en nous cet heureux changement qui nous permettra, lorsque l'heure du jugement de ce monde aura sonné, de soutenir, sans trembler, le regard de celui que nous allons voir foulé sous les pieds des pécheurs. Le trépas du Rédempteur bouleverse toute la nature : le soleil se voile au milieu du jour, la terre tremble jusque dans ses fonde ments, les rochers éclatent et se fendent ; que nos cœurs aussi soient ébranlés, qu'ils se laissent aller de l'indifférence à la crainte, de la crainte à l'espérance, de l'espérance enfin à l'amour ; et après être descendus avec notre libérateur jusqu'au fond des abîmes de la tristesse, nous mériterons de remonter avec lui à la lumière, environnés des splendeurs de sa résurrection, et portant en nous le gage d'une vie nouvelle que nous ne laisserons plus s'éteindre. 

     

     

    CHAPITRE IV.

    Prières du matin et du soir au temps de la Passion et dans la semaine Sainte

     

    Dans le cours de cette quinzaine, le chrétien, à son réveil, s'unira à la sainte Église qui, dans les jours consacrés au culte des douleurs de notre Rédempteur, répète, à chaque Heure de l'Office divin, ces paroles de l'Apôtre :

    Jésus-Christ s'est fait obéissant pour nous jusqu'à la mort, et à la mort de la croix.

    Il adorera profondément cette Majesté redoutable qui n'a pu être apaisée que par le sang d'un Dieu, et cette bonté infinie qui a daigné se dévouer au sacrifice pour sauver l'homme pécheur. C'est sous cette double impression qu'il s'efforcera d'accomplir les premiers actes intérieurs et extérieurs de religion qui doivent ouvrir sa journée. Le moment étant venu de faire la Prière du Matin, il pourra puiser en cette manière, dans les prières de l'Église elle-même, la forme de ses sentiments.

    Prière de matin

    D'abord, la louange et l'adoration à la très-sainteTrinité.

    V Bénissons Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit

    R Louons-le et exaltons-le dans tous les siècles.

    V Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ;

    R Comme il était au commencement, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

     

    Puis la louange à Jésus-Christ notre Sauveur :

    V Nous vous adorons, ô Christ ! et nous vous bénissons

    R Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix.

     

    Ensuite, l'invocation au Saint-Esprit :

    Venez, Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour.

     

    Après ces actes fondamentaux, on récitera l'Oraison Dominicale, demandant à Dieu qu'il daigne se souvenir de ses miséricordes, et pardonner nos offenses par les mérites du sang de son Fils ; nous secourir dans les tentations et dans les périls dont notre condition est semée, et enfin nous délivrer du mal, en effaçant de nos âmes jusqu'aux dernières traces du péché, qui est le mal de Dieu, et qui entraîne après lui le mal de l'homme.

    L'oraison Dominicale.

    Notre Père qui êtes aux cieux, que votre Nom soit sanctifié ; que votre Règne arrive ; que votre Volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd'hui notre Pain quotidien. Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés : et ne nous laissez pas succomber à la tentation ; mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il.

    Ou adressera ensuite la Salutation Angélique à Marie, en lui rappelant avec amour et confiance qu'elle est le refuge assuré des pécheurs qui l'implorent.

    LA SALUTATION ANGÉLIQUE.

    Je vous salue, Marie, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.

    Sainte Marie, Mère de Dieu, pries pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Ainsi soit-il.

     

    Il faut réciter ensuite le Symbole de la Foi, qui contient les dogmes que nous devons croire, et en particulier celui de notre Rédemption par les souffrances et la mort du Fils de Dieu. Confessons avec amour ce mystère d'un Dieu souffrant et mourant pour nous ; et, par notre repentir et notre amendement, méritons que ce sang divin consomme en nous la conversion qu'il y a déjà commencée.

    LE SYMBOLE DES APÔTRES.

    Je crois en Dieu, le Père tout puissant, créateur du ciel et de la terre.

     

    Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce-Pilale, a été crucifié, est mort et a été enseveli ; est descendu aux enfers ; le troisième jour est ressuscité des morts ; est monté aux cieux, et est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant : d'où il viendra juger les vivants et les morts.

    Je crois au Saint-Esprit, la sainte Église Catholique, la communion des Saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair, la vie éternelle. Amen.

     

    Après la Profession de Foi, on s'efforcera d'entrer dans des sentiments de regret et de componction, au souvenir des péchés qu'on a commis, et on demandera au Seigneur les grâces particulières à ce saint temps, en récitant cette prière de l'Église, en l'Office des Laudes du Carême.

    HYMNE.

    0 Jésus, soleil de salut, répandez vos rayons au plus intime de notre âme, à cette heure où la nuit ayant disparu, le jour renaît pour réjouir l'univers.

    C'est vous qui donnez ce temps favorable ; donnez-nous de laver dans l'eau de nos larmes la victime de notre cœur, et qu'elle devienne un holocauste offert par l'amour.

    D'abondantes larmes couleront de la source même d'où sortit le péché, si la verge de la pénitence vient briser la dureté du cœur.

    Le jour approche, ce jour qui est à vous, dans lequel tout doit refleurir : que votre main nous remette dans la voie ; et nous aussi nous serons dans l'allégresse.

    Que le monde entier s'humilie devant vous, ô Trinité miséricordieuse ! Renouvelez-nous par votre grâce, et nous vous chanterons un cantique nouveau. Amen.

    Puis on confessera humblement ses péchés, en se servant pour cela de la formule générale usitée dans l'Église.

    La confession des péchés

    Je confesse à Dieu tout-puissant, à la bienheureuse Marie toujours Vierge, à saint Michel Archange, à saint Jean-Baptiste, aux Apôtres saint Pierre et saint Paul, et à tous les Saints, que j'ai beaucoup péché, en pensées, en paroles et en œuvres : par ma faute, par ma faute, par ma très-grande faute.

    C'est pourquoi je supplie la bienheureuse Marie toujours Vierge, saint Michel Archange, saint Jean-Baptiste, les Apôtres saint Pierre et saint Paul et tous les Saints, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.  

    Que le Dieu tout-puissant ait pitié de nous, qu'il nous pardonne nos péchés, et nous conduise à la vie éternelle. Ainsi soit-il.

    Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous accorde l'indulgence, l'absolution et la rémission de nos péchés. Ainsi soit-il.

     

    Ici on pourra faire la Méditation, si l'on est dans l'usage de ce saint exercice. Elle doit principalement porter, au temps de la Passion, sur la rigueur de la justice de Dieu envers son Fils chargé des péchés du monde ; sur l'ingratitude des Juifs comblés de bienfaits par le Sauveur et demandant sa mort ; sur la part que nous avons eue par nos péchés à l'affreux déicide ; sur les souffrances inouïes du Rédempteur, dans son corps et dans son âme ; sur sa patience et sa douceur, au milieu de tant de tourments ; enfin, sur l'amour infini qu'il nous témoigne en nous sauvant au prix de son sang et de sa vie.

    La Méditation étant achevée, et même dans le cas où l'on eût été empêché de la faire, on demandera à Dieu par les prières suivantes la grâce d'éviter toute sorte de péchés durant la journée qui commence, disant toujours avec l'Église :

    V Seigneur, exaucez ma prière ;

    R Et que mon cri s'élève jusqu'à vous.

     

    ORAISON.

    Seigneur, Dieu tout-puissant, qui nous avez fait parvenir au commencement de ce jour , sauvez-nous aujourd'hui par votre puissance, afin que, durant le cours de cette journée, nous ne nous laissions aller à aucun péché ; mais que nos paroles, nos pensées et nos œuvres tendent toujours à l'accomplissement de votre justice. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

    On implorera ensuite le secours divin pour bien faire toutes les actions de la journée, disant trois fois :

    V 0 Dieu , venez à mon aide.

    R Seigneur, hâtez-vous de me secourir.

    V 0 Dieu, venez à mon aide.

    R Seigneur, hâtez-vous de me secourir.

    V 0 Dieu , venez à mon aide.

    R Seigneur, hâtez-vous de me secourir.

     

    ORAISON.

    Daignez, Seigneur Dieu, Roi du ciel et de la terre, diriger, sanctifier, conduire et gouverner, en ce jour, nos cœurs et nos corps, nos sentiments, nos discours et nos actes, selon votre loi et les œuvres de vos préceptes ; afin que, ici-bas et dans l'éternité, nous méritions par votre secours, ô Sauveur du monde, d'être sauvés et d'obtenir la liberté véritable ; vous qui vivez et régnez dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

     

    Dans le cours de la journée, il sera convenable de s'occuper des lectures qui sont assignées ci-après. Le soir étant arrivé, on pourra faire la Prière en la manière suivante :

    Prière du soir

    Après le signe de la Croix, adorons la Majesté divine qui a daigné nous conserver pendant cette journée, et multiplier sur nous, à chaque heure, ses grâces et sa protection. On pourra réciter ensuite cette Hymne que l'Église chante à l'Office du soir, au temps de la Passion.

    HYMNE.

    L'étendard du Roi s'avance ; voici briller le mystère de la Croix, sur laquelle Celui qui est la Vie a souffert la mort, et par cette mort nous a donné la vie.

    C'est là que, transpercé du fer cruel d'une lance, son côté épancha l'eau et le sang, pourlaver la souillure de nos crimes.

    II s'est accompli, l'oracle de David qui, dans ses vers inspirés, avait dit aux nations :

    « Dieu régnera par le bois. »

    Tu es beau, tu es éclatant, arbre paré de la pourpre du roi ; noble tronc appelé à l'honneur de toucher des membres si sacrés.

    Heureux es-tu d'avoir porté, suspendu à tes bras, celui qui fut le prix du monde ! Tu es la balance où fut pesé ce corps, notre rançon ; tu as enlevé à l'enfer sa proie.

    Salut, ô Croix, notre unique espérance ! En ces jours de la Passion du Sauveur, accrois la grâce dans le juste, efface le crime du pécheur.

    Que toute âme vous glorifie, ô Trinité, principe de notre salut ; vous nous donnez la victoire par la Croix : daignez y ajouter la récompense. Amen.

     

    Après cette Hymne, on récitera l'Oraison Dominicale , la Salutation Angélique et le Symbole des Apôtres, en la manière qui a été marquée ci-dessus pour la Prière du matin.

    On fera ensuite l'Examen de conscience, en repassant dans son esprit toutes les fautes de la jour née, reconnaissant combien le péché nous rend indignes des desseins de Dieu sur nous, et prenant la ferme résolution de l'éviter à l'avenir, d'en faire pénitence et d'en fuir les occasions. 

    L'examen étant terminé, on récitera le Confiteor, avec une componction sincère, et on ajoutera un acte explicite de Contrition, pour lequel on pourra se servir de cette formule, que nous empruntons à la Doctrine Chrétienne ou Catéchisme du Vénérable Cardinal Bellarmin :

    ACTE DE CONTRITION.

    Mon Dieu, je suis grandement affligé de vous avoir offensé, et je me repens de tout mon cœur de mes péchés : je les hais et les déteste au-dessus de tout autre mal, parce que, en péchant, non-seulement j'ai perdu le Paradis et mérité l'Enfer, mais bien plus encore parce que je vous ai offensée, Bonté infinie, digne d'être aimée par-dessus toutes choses. Je fais un ferme propos de ne jamais plus vous offenser à l'avenir, moyennant votre divine grâce, et de fuir l'occasion du péché.

    On pourra ajouter les Actes de Foi, d'Espérance et de Charité, à la récitation desquels Benoît XIV a attaché sept ans et sept quarantaines d'Indulgence pour chaque fois.

    ACTE DE FOI.

    Mon Dieu, je crois fermement tout ce que la sainte Église Catholique-Apostolique-Romaine m'ordonne de croire, parce que vous le lui avez révélé, vous qui êtes la Vérité même.

    ACTE D'ESPÉRANCE.

    Mon Dieu, connaissant que vous êtes tout-puissant, infiniment bon et miséricordieux, j'espère que, par les mérites de la Passion et de la mort de Jésus-Christ, notre Sauveur, vous me donnerez la vie éternelle, que vous avez promise à quiconque fera les œuvres d"un bon Chrétien, comme je me propose de faire avec votre secours.

     

     

    ACTE DE CHARITÉ.

    Mon Dieu, connaissant que vous êtes le souverain Bien, je vous aime de tout mon cœur et par-dessus toutes choses ; je suis disposé à tout perdre plutôt que de vous offenser ; et aussi, pour votre amour, j'aime et veux aimer mon prochain comme moi-même.

    On s'adressera ensuite à la très-sainte Vierge, récitant en son honneur l'Antienne que l'Église lui consacre depuis la Purification jusqu'à Pâques.

    ANTIENNE À LA SAINTE VIERGE.

    Salut, Reine des cieux ! Salut, Souveraine des Anges ! Salut, Tige féconde ! Salut, Porte du ciel, par laquelle la lumière s'est levée sur le monde ! Jouissez de vos honneurs, ô Vierge glorieuse, qui l'emportez sur toutes en beauté ! Adieu, ô toute belle, et implorez le Christ en notre faveur.

    V Souffrez, ô Vierge sainte, que je célèbre vos louanges ;

    R Donnez-moi courage contre vos ennemis.

    ORAISON.

    Daignez, ô Dieu plein de miséricorde, venir au secours de notre fragilité, afin que nous, qui célébrons la mémoire de la sainte Mère de Dieu, nous puissions, à l'aide de son intercession, nous affranchir des liens de nos iniquités. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur, Amen.

     

    Il est convenable d'ajouter ici la Prose Stabat Mater, que l'on trouvera au Vendredi de la Passion, en la Fête des Sept-Douleurs de Notre-Dame.

    On invoquera ensuite les saints Anges, dont la protection nous est nécessaire, surtout au milieu des ténèbres de la nuit, en disant avec l'Église :

    Saints Anges, nos gardiens, défendez-nous dans le combat, afin que nous ne périssions pas au jour du jugement redoutable.

    V Dieu a commandé à ses Anges,

    R De vous garder dans toutes vos voies.

     

    ORAISON.

    0 Dieu ! qui, par une providence ineffable, daignez commettre vos saints Anges à notre garde, accordez à vos humbles serviteurs d'être sans cesse défendus par leur protection, et de jouir éternellement de leur société. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

     

    Puis on implorera, toujours avec l'Église, le suffrage des Saints par la prière suivante :

    Ant. Saints de Dieu, daignez tous intercéder pour notre salut et celui de tous.

     

    On pourra faire ici une mention spéciale des Saints auxquels on aurait une dévotion particulière, comme des saints Patrons et autres, et aussi de ceux dont l'Église fait l'Office ou la mémoire ce jour-là.

    Après quoi on s'occupera des besoins de l'Église Souffrante, demandant à Dieu pour les âmes du Purgatoire un lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix, et récitant à cet effet les prières accoutumées :


    Du fond de l'abîme j'ai crié vers vous, Seigneur ! Seigneur, écoutez ma voix.

    Que vos oreilles soient attentives aux accents de ma supplication.

    Si vous recherchez les iniquités, Seigneur ! Seigneur, qui pourra subsister ?

    Mais, parce que la miséricorde est avec vous, et à cause de votre loi, je vous ai attendu, Seigneur.

    Mon âme a attendu avec confiance la parole du Seigneur ; mon âme a espéré en lui.

    Du point du jour à l'arrivée de la nuit, Israël doit espérer dans le Seigneur.

    Car dans le Seigneur est la miséricorde, et en lui une abondante rédemption.

    Et lui-même rachètera Israël de toutes ses iniquités.

    Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ; et que la lumière qui ne s'éteint pas luise sur eux.

     

    V Des portes de l'enfer,

    R Arrachez leurs âmes, Seigneur.

    V Qu'ils reposent en paix

    R Amen.

    V Seigneur, exaucez ma prière ;

    R. Et que mon cri parvienne jusqu'à vous.


    ORAISON.

    0 Dieu ! Créateur et Rédempteur de tous les fidèles, accordez aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes la rémission de tous leurs péchés, afin que, par la prière de votre Église, elles obtiennent le pardon qu'elles désirèrent toujours. Vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Amen.

     

    C'est ici le lieu de prier en particulier pour les âmes des défunts qui nous intéressent spécialement ; après quoi on demandera à Dieu son secours pour traverser sans danger les périls de la nuit. On dira donc encore avec l'Église :

    Antienne. Sauvez-nous, Seigneur, durant la veille ; gardez-nous durant le sommeil ; afin que nous puissions veiller avec Jésus-Christ, et que nous reposions dans la paix.

    V Daignez, Seigneur, durant cette nuit,

    R Nous préserver de tout péché.

    V Ayez pitié de nous, Seigneur.

    R Ayez pitié de nous.

    V Que votre miséricorde soit sur nous, Seigneur ;

    R Car nous avons espéré en vous.

    V Seigneur, exaucez ma prière,

    R Et que mon cri s'élève jusqu'à vous.

    ORAISON.

    Visitez, s'il vous plaît, Seigneur, cette maison, et éloignez-en toutes les embûches de l'ennemi ; que vos saints Anges y habitent, qu'ils nous y gardent dans la paix, et que votre bénédiction demeure toujours sur nous. Par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

    Enfin, pour terminer la journée dans les sentiments avec lesquels on l'a commencée, on répétera, avec componction, les paroles de l'Apôtre :

    Jésus-Christ s'est fait obéissant pour nous jusqu'à la mort, et à la mort de la croix.

     

    CHAPITRE V.

    De l'assistance à la Sainte Messe au temps de la Passion et dans la semaine Sainte

     

    S'il est, dans le cours de l'année, un temps où le saint Sacrifice de la Messe doit exciter les sentiments de la piété dans le cœur du fidèle, c'est assurément le temps de la Passion.

    Dans ces jours consacrés à célébrer la mort du Rédempteur, le chrétien, ému à la pensée de son Sauveur expirant sur la croix, envie le sort de ceux qui furent témoins de la scène sublime du Calvaire. Il voudrait avoir été présent sous l'arbre de la croix, avoir pu compatir aux douleurs de Jésus, entendre ses dernières paroles, recueillir chèrement ce sang précieux auquel l'homme doit son salut, et l'appliquer sur les plaies de son âme.

    De si pieux désirs n'ont point été inspirés à l'âme chrétienne pour demeurer stériles. Dieu lui a donné de les satisfaire pleinement : car le sacrifice de la Messe n'est pas autre que le sacrifice du Calvaire. Jésus-Christ ne s'est offert qu'une fois sur la croix pour nos péchés ; mais il renouvelle, sinon l'immolation sanglante, du moins l'offrande complète sur l'autel. Il s'y rend présent par les divines paroles de la consécration ; et c'est dans l'état de Victime pour le salut du monde qu'il s'y rend présent. Son corps est là sous les apparences du pain ; le calice contient son sang sous les espèces du vin ; et pourquoi cette séparation mystérieuse du corps et du sang de l'Homme-Dieu toujours vivant désormais, si ce n'est pour rappeler à la majesté divine cette mort sanglante qui s'accomplit une fois, et pour en renouveler, en faveur de l'homme, les mérites et les fruits ?

    Tel est le sacrifice de la nouvelle loi, autant supérieur en sainteté et en efficacité à tous les sacrifices de l'ancienne, que Dieu est supérieur à l'homme. Jésus-Christ, dans la puissance de son amour, a trouvé le moyen d'unir sa dignité de Roi immortel des siècles à la qualité de Victime. Il ne meurt plus ; mais sa mort est véritablement représentée sur l'autel ; c'est le même corps marqué de ses plaies glorieuses ; c'est le même sang qui nous a rachetés ; si le Christ pouvait mourir encore, la force des mystérieuses paroles qui produisent la présence de son sang dans le calice serait le glaive qui l'immolerait.

    Que le chrétien approche donc avec confiance, qu'il cherche sur l'autel son Sauveur mourant pour lui, et s'offrant lui-même, comme souverain Prêtre. Il est là, avec le même amour, intercédant pour tous, mais surtout pour ceux qui sont présents et qui s'unissent à lui. Contemplons dans l'action du saint sacrifice l'immolation même dont nous avons lu le touchant récit dans l'Évangile, et espérons tout de cette bonté adorable qui ne se souvient de sa toute-puissance que pour faciliter, par les moyens les plus merveilleux, le salut et la sanctification de l'homme.

    Nous allons maintenant essayer de réduire à la pratique ces sentiments dans une explication des mystères de la sainte Messe, nous efforçant d'initier les fidèles à ces divins secrets, non par une stérile et téméraire traduction des formules sacrées, mais au moyen d'actes destinés à mettre les assistants en rapport suffisant avec les paroles et les sentiments de l'Église et d u Prêtre.

     

    La couleur violette, les rites sévères que nous avons exposés plus haut, continuent de donner au saint Sacrifice une teinte de tristesse qui s'harmonise avec les douleurs de ce temps. Toutefois, s'il se rencontre quelque fête en l'honneur des Saints, l'Église la célèbre encore jusqu'au Dimanche des Rameaux. En ces jours consacrés à la mémoire des amis de Dieu, elle dépose pour un moment ses habits de deuil, elle offre le sacrifice en leur honneur ; mais la croix et les saintes images demeurent toujours sous les voiles qui les dérobent aux regards des fidèles, depuis les premières Vêpres du Dimanche de la Passion.

    Le Dimanche, si la Messe à laquelle on assiste est paroissiale, deux rites solennels, l'aspersion de l'eau bénite, et, en beaucoup d'églises, la procession, devront d'abord intéresser la piété.

    Pendant l'Aspersion, nous demanderons avec David, dont l'Église emprunte les paroles, que nos âmes, purifiées par l'hysope de l'humilité, redeviennent plus blanches que la neige.

    ANTIENNE DE L'aspersion.

    Vous m'arroserez, Seigneur,

    avec l'hysope, et je serai purifié ; vous me laverez, et je deviendrai plus blanc que la neige.

     

    Ps. 0 Dieu, ayez pitié de moi, selon votre grande miséricorde, Vous m'arroserez,

    V Montrez-nous, Seigneur, votre miséricorde ;

    R Et donnez-nous le salut que vous nous avez préparé.

    V Seigneur, exaucez ma prière,

    R Et que mon cri monte jusqu'à vous.

    V Le Seigneur soit avec vous,

    R Et avec votre esprit.

    ORAISON.

    Exaucez-nous, Seigneur saint,

    Père tout-puissant, Dieu éternel,

    et daignez envoyer du ciel votre

    saint Ange ; qu'il garde, protège,

    visite et défende tous ceux qui

    sont rassemblés en ce lieu. Par

    Jésus-Christ notre Seigneur,

    Amen.

    La Procession nous montre l'Église qui se met en marche pour aller au-devant du Seigneur. Suivons-la avec empressement, et souvenons-nous qu'il est écrit que le Seigneur est plein de bonté pour l'âme qui le cherche sincèrement.

    Enfin, le moment du Sacrifice est arrivé. Le Prêtre est au pied de l'Autel, Dieu est attentif, les Anges adorent, toute l'Église est unie au Prêtre qui n'a qu'un même sacerdoce, une même action avec Jésus-Christ,  le souverain Prêtre. Faisons avec lui le signe de la Croix.

    L'ORDINAIRE DE LA MESSE.

    Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

    Je m'unis, ô mon Dieu ! à votre sainte Église qui tressaille dans l'espoir de contempler bientôt, au sein des splendeurs de sa résurrection, Jésus-Christ votre Fils, l'autel véritable.

    Comme elle, je vous supplie de me défendre contre la malice des ennemis de mon salut.

    C'est en vous que j'ai mis mon espérance, et cependant je me sens triste et inquiet, à cause des embûches qui me sont tendues.

    Faites-moi donc voir, lorsque mon cœur en sera digne, celui qui est la lumière et la vérité : c'est lui qui nous ouvrira l'accès à votre sainte montagne, à votre céleste tabernacle.

    Il est le médiateur, l'autel vivant ; je m'approcherai de lui, et je serai dans la joie.

    Quand je l'aurai vu, je chanterai avec allégresse : O mon âme ! ne t'attriste donc plus, ne sois plus troublée.

    Espère en lui ; bientôt il se montrera à toi, vainqueur de cette mort qu'il aura subie en ta place ; et tu ressusciteras avec lui.

    Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit;

    Comme il était au commencement, et maintenant, et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

     

    Je vais donc m'approcher de l'autel de Dieu, et sentir la présence de celui qui vient rajeunir mon âme.

    Cette confiance est en moi, non à cause de mes mérites, mais par le secours tout-puissant de mon Créateur.

    Cette pensée qu'il va paraître devant le Seigneur fait naître dans l'âme du Prêtre un vif sentiment de componction. Il ne veut pas aller plus loin sans confesser publiquement qu'il est pécheur et indigne d'une telle grâce. Écoutez avec respect cette confession de l'homme de Dieu, et demandez sincèrement au Seigneur qu'il daigne lui faire miséricorde ; car le Prêtre est votre père, il est responsable de votre salut, pour lequel il expose le sien tous les jours.

    Faites ensuite votre confession avec le ministre, disant à votre tour, dans un sentiment de contrition :

    Je confesse à Dieu, tout puissant, à la bienheureuse Marie toujours Vierge, à saint Michel Archange, à saint Jean-Baptiste, aux Apôtres saint Pierre et saint Paul, à tous les Saints, et à vous, mon Père, que j'ai beaucoup péché en pensées, en paroles et en œuvres, par ma faute, par ma faute, par ma très-grande faute. C'est pourquoi je supplie la bienheureuse Marie toujours Vierge, saint Michel Archange, saint Jean-Baptisie, les Apôtres saint Pierre et saint Paul, tous les Saints, et vous, mon Père, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.

    Recevez avec reconnaissance le souhait paternel du Prêtre qui vous dit :

    V Que le Dieu tout-puissant ait pitié de vous, qu'il vous remette vos péchés et vous conduise à la vie éternelle.

    R Amen.

    V Que le Seigneur tout puissant et miséricordieux nous accorde l'indulgence, l'absolution et la rémission de nos péchés.

    R Amen.

     

    Relevez maintenant la tête, et appelez le secours divin pour vous approcher de Jésus-Christ.

    V 0 Dieu, d'un seul regard vous nous donnerez la vie ;

    R Et votre peuple se réjouira on vous.

    V Montrez-nous, Seigneur, votre miséricorde ;

     

    R Et donnez-nous de connaître et d'aimer le Sauveur que vous nous avez envoyé.

    V Seigneur, exaucez ma prière ;

    R. Et que mon cri parvienne jusqu'à vous.

    Le Prêtre vous salue, en vous quittant pour monter à l'autel.

    V Le Seigneur soit avec vous.

    Répondez-lui avec révérence :

    R. Et avec votre esprit.

    Il monte les degrés et arrive au Saint des saints. Demandez pour vous et pour lui la délivrance des péchés.

    OREMUS. PRIONS.

    Faites disparaître de nos cœurs, ô mon Dieu ! toutes les taches qui les rendent indignes de vous être présentés ; nous vous le demandons par votre divin Fils, notre Seigneur. Amen.

    Quand le Prêtre baise l'autel, par respect pour les os des Martyrs qu'il couvre, on dira :

    Généreux soldats de Jésus-Christ, qui avez mêlé votre sang au sien, faites instance pour que nos péchés soient remis, afin que nous puissions, comme vous, approcher de Dieu.

     

    Si la Messe est solennelle, le Prêtre encense l'autel avec pompe, et cette fumée qui s'exhale de toutes les parties de l'autel signifie la prière de l'Église qui s'adresse à Jésus-Christ, et que ce divin Médiateur fait ensuite monter, avec la sienne propre, vers le trône de la majesté de son Père.

    Le Prêtre dit ensuite l'Introït. Cette Antienne solennelle est un chant d'ouverture dans lequel l'Église laisse s'échapper tout d'abord les sentiments qui l'animent.

    Il est suivi de neuf cris plus expressifs encore ; car ils demandent miséricorde. En les proférant, l'Église s'unit aux neuf chœurs des Anges réunis autour de l'Autel du ciel, qui est le même que celui de la terre.

    Au Père :

    Seigneur, ayez pitié !

    Seigneur, ayez pitié !

    Seigneur, ayez pitié !

    Au Fils :

    Christ, ayez pitié !

    Christ, ayez pitié !

    Christ,ayez pitié !

    Au Saint-Esprit :

    Seigneur, ayez pitié !

    Seigneur, ayez pitié !

    Seigneur, ayez pitié !

    Ainsi que nous l'avons exposé plus haut, l'Église s'interdit, en Carême, l'Hymne céleste que les Anges entonnèrent sur le berceau du Messie. Cependant, si elle doit célébrer la fête d'un Saint, elle reprend, pour ce jour-là, ce beau cantique dont le début semble plutôt convenir au ciel qu'à la terre. La seconde partie est plus en rapport avec les besoins et les craintes de l'homme pécheur. Nous y rappelons au Fils éternel du Père, qu'il est aussi l'Agneau, qu'il est descendu pour effacer nos péchés. Nous le supplions d'avoir pitié de nous, d'écouter notre humble prière. Insistons sur ces sentiments qui conviennent si particulièrement au temps où nous sommes. 

    L'HYMNE ANGÉLIQUE.

    Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté

    Nous vous louons, nous vous bénissons, nous vous adorons, nous vous glorifions ; nous vous rendons grâces, à cause de votre grande gloire.

    Seigneur Dieu, Roi céleste,

    Dieu Père tout-puissant !

    Seigneur Jésus-Christ, Fils unique !

    Seigneur Dieu, Agneau de Dieu, Fils du Père !

    Vous qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

    Vous qui ôtez les péchés du monde, recevez notre humble prière.

    Vous qui êtes assis à la droite du Père, ayez pitié de nous.

    Car vous êtes le seul Saint, vous êtes le seul Seigneur,

     

    vous êtes le seul Très-Haut, ô Jésus-Christ ! avec le Saint-Esprit, dans la gloire de Dieu le Père. Amen.

    Le Prêtre salue encore le peuple, comme pour s'assurer de sa persévérance dans l'attention religieuse que réclame l'Action sublime qui se prépare.

    Vient ensuite la Collecte ou Oraison, dans laquelle l'Église expose à Dieu, d'une manière expresse, ses intentions particulières dans la Messe qui se célèbre. On pourra s'unir à cette prière en récitant avec le Prêtre les Oraisons qui se trouvent ci-après, au Propre du Temps, et surtout en répondant Amen avec le Ministre qui sert la Messe.

    On lira ensuite l'Épitre, qui est, pour l'ordinaire, un fragment des Lettres des Apôtres, ou quelquefois un passage des livres de l'Ancien Testament. En faisant cette lecture, on demandera à Dieu de profiter des enseignements qu'elle renferme.

    Le Graduel est un intermède entre la lecture de l'Épitre et celle de l'Évangile. Il remet sous nos yeux les sentiments qui ont déjà été exprimés dans l'Introït. On doit le lire avec dévotion , pour s'en bien pénétrer et s'élever plus avant dans les hauteurs du mystère.

    Dans les autres temps de l'année, l'Église fait ici retentir le divin Alleluia ; mais en ce moment elle a suspendu cette marque suprême de son allégresse, jusqu'à ce que son Époux ait traversé cette mer d'amertume où nos péchés l'ont submergé. En place, elle fait entendre sur un mode triste quelques versets des Psaumes en rapport avec l'ensemble des prières de chaque Messe : ce chant s'appelle le Trait ; nous en avons parlé ailleurs. . .

    Si c'est une Messe solennelle que l'on célèbre, le Diacre, se dispose à remplir son noble ministère qui consiste à annoncer la Bonne Nouvelle du salut. Il prie Dieu de purifier son cœur et ses lèvres ; puis il demande à genoux la bénédiction du Prêtre, et l'ayant obtenue, il se rend au lieu d'où il doit chanter l'Évangile.

    Pour préparation à le bien entendre, on peut dire en union avec le Prêtre et avec le Diacre :

    Seigneur, purifiez mes oreilles trop longtemps remplies des vaines paroles du siècle,

    afin que j'entende la Parole de la vie éternelle, et que je la conserve dans mon cœur. Par Jésus-Christ votre Fils notre Seigneur. Amen.

     

    On se tiendra debout, par respect, pendant la lecture de l'Évangile ; on fera sur soi le signe de la Croix, et on suivra toutes les paroles du Prêtre ou du Diacre. Que le cœur donc soit prêt, et qu'il se montre docile. L'Épouse du Cantique dit : Mon âme s'est fondue en moi comme la cire, pendant que le bien-aimé me parlait. Mais tous n'ont pas cet amour. Disons-lui du moins, avec l'humble soumission de Samuel : Parlez, Seigneur : votre serviteur écoute.

     

    Après l'Évangile, si le Prêtre récite le Symbole de la Foi, on le dira avec lui. La foi est le don suprême de Dieu ; c'est par elle que nous percevons la lumière qui luit au milieu des ténèbres, et que les ténèbres de l'incrédulité n'ont point comprise. La foi seule nous apprend ce que nous sommes, d'où nous venons, où nous allons. Seule elle nous enseigne la voie pour retournera Dieu, si nous nous sommes écartés de lui. Aimons cette foi par laquelle nous serons sauvés, si nous la fécondons par les œuvres, et disons avec l'Église Catholique :

    LE SYMBOLE DE NICÉE.

    Je crois en un seul Dieu,

    Père tout-puissant, qui a fait

    le ciel et la terre, et toutes les

    choses visibles et invisibles.

    Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu ; qui est né du Père avant tous les siècles ; Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu : qui n'a pas été fait, mais engendré ; consubstantiel au Père ; par qui toutes choses ont été faites. Qui est descendu des cieux pour nous autres hommes, et pour notre salut ; qui a pris chair de la Vierge Marie, par l'opération du Saint-Esprit : Et Qui S'est Fait Homme. Qui aussi a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate, qui a souffert, qui a été mis dans le sépulcre ; qui est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures. Et qui est monté au ciel, qui est assis à la droite du Père, et qui viendra encore avec gloire pour juger les vivants et les morts ; et dont le règne n'aura point de fin. Et au Saint-Esprit, Seigneur et vivifiant, qui procède du Père et du Fils ; qui est adoré et glorifié conjointement avec le Père et le Fils, qui a parlé par les Prophètes. Je crois l'Église qui est Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Je confesse qu'il y a un Baptême pour la rémission des péchés, et j'attends la résurrection des morts et la vie du siècle à venir. Amen.

    Le cœur du Prêtre et celui du peuple doivent maintenant être prêts ; il est temps de préparer l'offrande elle-même. Nous entrons dans cette seconde partie de la sainte Messe qui est appelée Oblation, et qui fait suite à celle que l'on désigne sous le nom de Messe des Catéchumènes, parce qu'elle était autrefois la seule à laquelle les aspirants au Baptême eussent le droit de prendre part.

    Voici donc que le pain et le vin vont être offerts à Dieu, comme les plus nobles éléments de la création matérielle, puisqu'ils sont destinés à la nourriture de l'homme ; mais ce n'est là qu'une figure gros sière de leur destination dans le sacrifice chrétien. Leur substance va bientôt s'évanouir ; il n'en demeurera plus que les apparences. Heureuses créatures qui cèdent la place au Créateur ! Nous aussi, nous sommes appelés à éprouver une ineffable transformation, lorsque, comme dit l'Apôtre, ce qui est mortel en nous sera absorbé par la vie. En attendant, offrons-nous à Dieu au moment où le pain et le vin lui vont être présentés, et préparons-nous pour la venue de celui qui, en prenant notre nature humaine, nous a rendus participants de la nature divine. 

    Le Prêtre salue encore le peuple, pour l'avertir d'être de plus en plus attentif. Lisons avec lui l'Offertoire, et quand il présente à Dieu l'Hostie, joignons-nous à lui et disons :

    Tout ce que nous avons, Seigneur, vient de vous et est à vous : il est donc juste que nous vous le rendions. Mais combien vous êtes admirable dans les inventions de votre puissante charité ! Ce pain que nous vous offrons va bientôt céder la place à votre sacré Corps ; recevez, dans une même oblation, nos cœurs qui voudraient vivre de vous, et non plus d'eux-mêmes.

    Quand le Prêtre met dans le calice le vin auquel il mêle ensuite un peu d'eau, afin de représenter l'union de la nature divine à la faible nature humaine en Jésus-Christ, pensez au divin mystère de l'Incarnation, principe de notre salut et de nos espérances, et dites : 

    Seigneur qui êtes la véritable Vigne, et dont le Sang, comme un vin généreux, s'est épanché sous le pressoir de la Croix, vous daignez unir votre nature divine à notre faible humanité, figurée ici par cette goutte d'eau ; venez nous faire participants de votre divinité, en vous manifestant en nous par votre douce et puissante visite.

    Le Prêtre offre ensuite le mélange de vin et d'eau, priant Dieu d'avoir pour agréable cette oblation dont la figure va bientôt se transformer en réalité ; pendant ce temps, dites en union avec lui :

    Agréez ces dons, souverain Créateur de toutes choses : qu'ils soient ainsi préparés pour la divine transformation qui, de cette simple offrande de créatures, va faire l'instrument du salut du monde.

    Amen.

    Puis le Prêtre s'incline, après avoir élevé les dons ; humilions-nous avec lui et disons :

    Si nous avons la hardiesse d'approcher de votre autel, Seigneur, ce n'est pas que nous puissions oublier ce que nous sommes. Faites-nous miséricorde, afin que nous puissions paraître en la présence de votre Fils, qui est notre Hostie salutaire.

    Invoquons ensuite l'Esprit-Saint, dont l'opération va bientôt produire sur l'autel la présence du Fils de Dieu, comme elle la produisit au sein de la Vierge Marie, dans le divin mystère de l'Incarnation.

    Venez, Esprit divin, féconder cette offrande qui est sur l'autel, et produire en nous celui que nos cœurs attendent.

    Si c'est une Messe solennelle, le Prêtre, avant de passer outre, prend pour la seconde fois l'encensoir. Il encense le pain et le vin qui viennent d'être offerts, et ensuite l'autel lui-même : afin que la prière des fidèles, signifiée par la fumée de ce parfum, devienne de plus en plus ardente, à mesure que le moment solennel approche davantage.

    Mais la pensée de son indignité se ranime plus forte au cœur du Prêtre. La confession publique qu'il a faite au pied de l'autel ne suffit plus à sa componction. A l'autel même, il donne en présence du peuple un témoignage solennel du pressant besoin qu'il éprouve de se purifier à l'approche de Dieu : il lave ses mains. Or les mains signifient les œuvres ; et le Prêtre, s'il porte en lui-même, comme Prêtre, le caractère de Jésus-Christ, est un homme par les œuvres. Que les fidèles s'humilient en contemplant ainsi l'humilité de leur Père, et disent comme lui :

    Du psaume XXV

     

    Je veux laver mes mains, Seigneur, et me rendre semblable à ceux qui sont dans l'innocence, pour être digne d'approcher de votre autel , d'entendre vos sacrés. Cantiques, de raconter vos merveilles. J'aime la beauté do votre maison, le lieu dont vous allez faire l'habitation de votre gloire. Ne me laissez pas retourner, ô Dieu ! dans la compagnie de vos ennemis et des miens. Depuis que votre miséricorde m'en a retiré, je suis revenu à l'innocence, en rentrant en grâce avec vous ; mais ayez encore pitié de mes faiblesses, rachetez-moi encore, vous qui avez, par votre bonté, remis mes pas dans le sentier : ce dont je vous rends grâces au milieu de cette assemblée. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ; comme il était au commencement, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles Amen.

    Le Prêtre, rassuré par l'acte d'humilité qu'il vient d'accomplir, reparaît au milieu de l'autel et s'incline respectueusement. Il demande à Dieu de recevoir avec bonté le Sacrifice qui va lui être offert, et détaille les intentions de ce Sacrifice. Offrons avec lui.

    Trinité sainte , agréez ce Sacrifice ainsi préparé, qui va renouveler la mémoire de la Passion, de la Résurrection et de l'Ascension de Jésus-Christ, notre Seigneur. Souffrez que votre Église y joigne l'intention d'honorer la glorieuse Vierge qui nous a donné le divin fruit de ses entrailles, les saints Apôtres Pierre et Paul, les Martyrs dont les ossements attendent la résurrection sous cet autel, les Saints dont aujourd'hui nous honorons la mémoire. Augmentez la gloire dont ils jouissent, et qu'ils daignent eux-mêmes intercéder pour notre salut. Amen.

      

    Le Prêtre se tourne une dernière fois vers le peuple. Il sent le besoin de raviver encore l'ardeur des fidèles ; mais la pensée de son indignité ne l'abandonne pas. Il veut s'appuyer sur les prières de ses frères, avant d'entrer dans la nuée avec le Seigneur. II dit donc :

    Priez, mes frères, afin que mon Sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit acceptable auprès de Dieu le Père tout-puissant.

    Cela dit, il se retourne, et les fidèles ne verront plus sa face, jusqu'à ce que le Seigneur lui-même soit descendu. Rassurez-le, en lui répondant par ce souhait :

    Que le Seigneur reçoive ce Sacrifice de vos mains, pour la louange et la gloire de son Nom, pour notre utilité et pour celle de toute sa sainte Église.

     

    Le Prêtre récite les Oraisons secrètes, dans lesquelles il offre les vœux de toute l'Église pour l'acceptation du Sacrifice, et bientôt il s'apprête à remplir l'un des plus grands devoirs de la religion, l'Action de grâces. Jusqu'ici, il a adoré, il a demandé miséricorde ; il lui reste encore à rendre grâces pour les bienfaits octroyés par la munificence du Père, et dont le principal, en ces jours, est le don qu'il a daigné nous faire de son Fils unique, pour être notre Médiateur par son sang. Le Prêtre, au nom de l'Église, va donc ouvrir la bouche, et épancher la reconnaissance du monde entier. Afin de réveiller la piété des fidèles qui priaient en silence avec lui, il termine son Oraison à haute voix :

    Dans tous les siècles des siècles.

    Réunissez-vous à lui, et répondez Amen !
    Il vous salue en disant :

    Le Seigneur soit avec vous.

    Répondez-lui :

    Et avec votre esprit.

    Puis il dit :

    Les cœurs en haut !

    Répondez avec vérité :

    Nous les avons vers le Seigneur.

    Puis il ajoute :

    Rendons grâces au Seigneur notre Dieu.

     

    Protestez du fond de votre âme :

    C'est une chose digne et juste.

    Alors le Prêtre :

    Oui, c'est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, qui avez attaché au bois de la Croix le salut du genre humain, afin que la vie nous fût rendue au moyen de ce qui nous avait donné la mort, et que celui qui, par le bois, avait triomphé, fût, par le bois, vaincu à son tour ; par Jésus-Christ notre Seigneur. C'est par lui que les Anges louent votre Majesté, que les Dominations l'adorent, que les Puissances la révèrent en tremblant, que les Cieux et les Vertus des cieux, unis aux heureux Séraphins, la célèbrent avec transport. Daignez permettre à nos voix de s'unir à leurs voix, afin que nous puissions dire dans une humble confession : Saint ! Saint ! Saint !

    Unissez-vous au Prêtre qui lui-même s'unit aux Esprits bienheureux, pour honorer la suprême Majesté, et dites aussi :

    Saint, Saint, Saint est le Seigneur, le Dieu des armées !

    Les cieux et la terre sont remplis de sa gloire.

    Hosannah au plus haut des cieux !

    Béni soit celui qui va venir au Nom du Seigneur qui l'envoie.

    Hosannah soit à lui au plus haut des cieux !

    Le Canon s'ouvre après ces paroles : prière mystérieuse, au milieu de laquelle le ciel s'abaisse et Dieu descend. On n'entendra plus retentir la voix du Prêtre ; le silence se fait, même à l'autel. Qu'un respect profond apaise nos distractions, contienne toutes nos puissances ; suivons d'un œil respectueux les mouvements du Prêtre.

    LE CANON DE LA MESSE.

    Dans ce colloque mystérieux avec le grand Dieu du ciel et de la terre, la première prière du sacrificateur est pour l'Église Catholique, sa Mère et la nôtre.

    0 Dieu ! qui vous manifestez au milieu de nous par le moyen des mystères dont vous avez fait dépositaire notre Mère la sainte Église, nous vous supplions, au nom de ce divin Sacrifice, de détruire tous les obstacles qui s'opposent à son pèlerinage en ce monde. Donnez-lui la paix et l'unité, conduisez vous-même notre Saint-Père le Pape, votre vicaire sur la terre ; dirigez notre Évêque, qui est pour nous le lien sacré de l'unité ; sauvez le prince qui nous gouverne, afin que nous menions une vie tranquille ; conservez tous les orthodoxes enfants de l'Église Catholique-Apostolique Romaine. 

    Priez maintenant, avec le Prêtre, pour les personnes qui vous intéressent davantage :

    Permettez-moi, ô mon Dieu ! de vous demander en particulier de répandre vos bénédictions spéciales sur vos serviteurs et vos servantes, pour lesquels vous savez que j'ai une obligation particulière de prier... Appliquez-leur les fruits de ce divin Sacrifice, qui vous est offert au nom de tous. Visitez-les par votre grâce ; pardonnez leurs péchés ; accordez-leur les biens de la vie présente et ceux de la vie éternelle.

    Faisons mémoire des Saints, qui sont la partie déjà glorieuse du Corps de Jésus-Christ :

    Mais non-seulement, ô mon Dieu, l'offrande de ce Sacrifice nous unit à nos frères qui sont encore dans cette vie voyagère de l'épreuve ; il resserre aussi nos liens avec ceux qui déjà sont établis dans la gloire. Nous l'offrons donc pour honorer la mémoire de la glorieuse et toujours Vierge Marie, de laquelle est né notre Sauveur, des Apôtres, des Martyrs, des Confesseurs, des Vierges, en un mot, de tous les Justes, afin qu'ils nous aident par leur puissant secours à devenir dignes de vous contempler à jamais comme eux, dans le séjour de  votre gloire. Amen.

    Le Prêtre, qui jusque-là priait les mains étendues, les unit et les impose sur le pain et le vin. Il imite ainsi le geste du Pontife de l'ancienne loi sur la victime figurative, pour désigner ces dons d'une manière spéciale à l'œil de la Majesté divine, comme l'offrande matérielle qui atteste notre dépendance, et qui va bientôt faire place à l'Hostie vivante sur laquelle ont été placées toutes nos iniquités.

    Daignez recevoir, ô Dieu, cette offrande que toute votre famille vous présente, comme l'hommage de son heureuse servitude. En échange, donnez-nous la paix, sauvez-nous de votre colère, mettez-nous au nombre de vos élus ; par Jésus-Christ notre Seigneur qui va paraître.

    Car il est temps que ce pain devienne son Corps sacré qui est notre nourriture, et que ce vin se transforme en son Sang qui est notre breuvage ; ne tardez donc plus à nous introduire en la présence de ce divin Fils notre Sauveur.

    Ici le Prêtre cesse d'agir en homme ; il n'est plus simplement le député de l'Église, ba parole devient celle de Jésus-Christ ; elle en a la puissance et l'efficacité. Prosternez-vous ; car Dieu lui-même va descendre sur l'autel.

      

    Que ferai-je en ce moment, ô Dieu du ciel et de la terre, Sauveur, Rédempteur du monde ! si ce n'est de vous adorer en silence comme mon souverain Maître, et de vous ouvrir mon cœur, comme à son Roi plein de douceur ? Venez donc, Seigneur Jésus ! venez !

     

    L'Agneau divin est sur l'autel. Gloire et amour soient à lui ! Mais il ne vient que pour être immolé : c'est pourquoi le Prêtre, ministre des volontés du Très-Haut, prononce tout aussitôt sur le calice les paroles sacrées qui opèrent la mort mystique, par la séparation du Corps et du Sang de la victime. La substance du pain et du vin s'est évanouie ; les espèces seules sont restées comme un voile sur le Corps et le Sang du Rédempteur, afin que la terreur ne nous éloigne pas d'un mystère qui ne s'accomplit que pour rassurer nos cœurs. Unissons-nous aux Anges qui contemplent en tremblant cette divine merveille.

    Sang divin, prix de mon salut, je vous adore, en ces jours où vous avez été répandu,

    Lavez mes iniquités, et rendez-moi plus blanc que la neige,

    Agneau sans cesse immolé, et cependant toujours vivant, vous venez effacer les péchés du monde ; venez aussi régner en moi par votre force et par votre douceur.

     

     

    Le Prêtre est maintenant face à face avec Dieu ; il élève de nouveau ses bras, et représente au Père céleste que l'oblation qui est devant lui n'est plus une offrande matérielle, mais le Corps et le Sang, la personne tout entière de son divin Fils.

     

    La voici donc, ô Père saint, l'Hostie si longtemps attendue ! Voici ce Fils éternel qui a souffert, qui est ressuscité glorieux, qui est monté triomphant au ciel. Il est votre Fils, mais il est aussi notre Hostie ; Hostie pure et sans tache ; notre Pain et notre Breuvage d'immortalité.

    Vous avez agréé autrefois le sacrifice des tendres agneaux que vous offrait Abel, le sacrifice qu'Abraham vous fit de son fils Isaac immolé sans perdre la vie ; enfin le sacrifice mystérieux du pain et du vin que vous présenta Melchisédech. Recevez ici l'Agneau par excellence, la victime toujours vivante, le Corps de votre Fils qui est le Pain de vie, son Sang qui est à la fois un breuvage pour nous et une libation à votre gloire.

    Le Prêtre s'incline vers l'autel, et le baise comme le trône d'amour sur lequel réside le Sauveur des hommes.

     

    Mais, ô Dieu tout-puissant ! ces dons sacrés ne reposent pas seulement sur cet autel terrestre ; ils sont aussi sur l'Autel sublime du ciel, devant le trône de votre divine Majesté ; et ces deux autels ne sont qu'un même autel, sur lequel s'accomplit le grand mystère de votre gloire et de notre salut : daignez nous rendre participants du Corps et du Sang de l'auguste Victime, de laquelle émanent toute grâce et toute bénédiction.

    Mais le moment est favorable aussi pour implorer un soulagement à l'Église souffrante. Demandons que le libérateur, qui est descendu, daigne visiter les sombres demeures du Purgatoire, par un rayon de sa lumière consolatrice, et que, découlant de cet autel, le sang de l'Agneau, comme une miséricordieuse rosée, rafraîchisse ces âmes haletantes. Prions particulièrement pour celles qui nous sont chères.

     

    N'excluez personne de votre visite, ô Jésus ! Votre aspect réjouit la cité sainte avec ses élus ; nos yeux encore mortels vous contemplent, quoique sous un voile ; ne vous cachez plus à ceux de nos frères qui sont  dans le lieu des expiations, Soyez-leur un rafraîchissement dans leurs flammes, une lumière dans leurs ténèbres, une paix dans leurs douloureux transports.

    Ce devoir de charité étant rempli, prions pour nous-mêmes pécheurs, qui profitons si peu de la visite que le Sauveur daigne nous faire, et frappons notre poitrine avec le Prêtre.

    Nous sommes pécheurs, ô Père saint ! et cependant nous attendons de votre infinie miséricorde une part dans votre Royaume, par le mérite de ce Sacrifice que nous vous offrons, et non à cause de nos œuvres, qui ne sont dignes que de votre colère. Mais souvenez-vous de vos saints Apôtres, de vos saints Martyrs, de vos saintes Vierges, de tous les Bienheureux, et donnez-nous, par leur intercession, la grâce et la gloire éternelle que nous vous demandons au nom de Jésus-Christ notre Seigneur, votre Fils. C'est par lui que vous répandez sur nous vos bienfaits de vie et de sanctification ; par lui encore, avec lui et en lui, dans l'unité du Saint Esprit, soit à vous honneur et gloire, à jamais.

     

    En disant ces dernières paroles , le Prêtre a pris l'Hostie sainte qui reposait sur l'autel ; il l'a placée au-dessus de la coupe, réunissant ainsi le Corps et le Sang de la divine Victime, afin de montrer qu'elle est maintenant immortelle ; puis élevant à la fois le Calice et l'Hostie, il a présenté à Dieu le plus noble et le plus complet hommage que puisse recevoir la majesté infinie.

    Cet acte sublime et mystérieux met fin au Canon; le silence des mystères est suspendu. Le Prêtre a terminé ses longues supplications ; il sollicite pour ses prières l'acquiescement du peuple fidèle, en prononçant à haute voix les dernières paroles :

    Dans tous les siècles des siècles.

    Répondez avec foi et dans un sentiment d'union avec la sainte Église :

    Amen ! je crois le mystère Amen. qui s'est opéré ; je m'unis à l'offrande qui a été faite et aux demandes de la sainte Église.

    Il est temps de répéter la prière que le Sauveur lui-même nous a apprise. Qu'elle s'élève jusqu'au ciel avec le sacrifice du Corps et du Sang de Jésus-Christ. Pourrait-elle n'être pas agréée en ce moment où celui-là même qui nous l'a donnée est entre nos mains, pendant que nous la proférons ? Cette prière étant le bien commun de tous les enfants de Dieu, le Prêtre la récite à haute voix, afin que tous puissent s'y unir. Prions, dit-il :

     

    Instruits par un précepte salutaire, et suivant fidèlement la forme de l'instruction divine qui nous a été donnée, nous osons dire :

    L'ORAISON DOMINICALE.

    Notre Père, qui êtes aux cieux, que votre Nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd'hui notre Pain quotidien, et pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laissez pas succomber à la tentation.

    Répondons avec l'accent de notre misère :

    Mais délivrez-nous du mal.

    Le Prêtre retombe dans le silence des Mystères. Sa prière insiste sur cette dernière demande : Délivrez-nous du mal ; et certes avec raison ; car le mal nous déborde, et c'est pour l'expier et le détruire que nous a été envoyé l'Agneau.

    Trois sortes de maux nous désolent, Seigneur : les maux passés, c'est-à-dire les péchés dont notre âme porte les cicatrices, et qui ont fortifié ses mauvais penchants ; les maux présents, c'est-à-dire les taches actuellement empreintes sur celte pauvre âme, sa faiblesse et les tentations qui l'assiègent ; enfin les maux à venir, c'est-à-dire les châtiments de votre justice. En présence de l'Hostie du salut, nous vous prions, Seigneur, de nous délivrer de tous ces maux, et d'agréer en notre faveur l'entremise de Marie, Mère de Dieu, et de vos saints Apôtres Pierre, Paul et André. Affranchissez-nous, délivrez-nous, donnez-nous la paix. Par Jésus-Christ votre Fils, qui vit et règne avec vous. 

    Le Prêtre, qui vient de demander à Dieu la Paix et qui l'a obtenue, s'empresse de l'annoncer ; il conclut l'Oraison à haute voix :

    Dans tous les siècles des siècles. Amen.

    Puis il dit :

    Que la paix du Seigneur soit  toujours avec vous !

    Répondez à ce souhait paternel :

    R. Et avec votre esprit. 

    Le Mystère touche à sa fin : Dieu va s'unir à l'homme, et l'homme va s'unir à Dieu par la Communion ; mais auparavant un rite imposant et sublime doit s'accomplir dans le silence de l'autel. Jusqu'ici le Prêtre a annoncé l'immolation du Seigneur ; il est temps qu'il annonce sa Résurrection. Il divise donc l'Hostie sainte avec révérence, et l'ayant séparée en trois parts, il met une de ces parts dans

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    Source : Livre "L'année liturgique : La Passion et la Semaine Sainte"