L'ordre de la Visitation de Sainte-Marie (en latin : Ordo Visitationis Beatissimae Mariae Virginis) ou les Visitandines est un ordre monastique féminin de droit pontifical.
Histoire
Fondation
En 1604, Jeanne-Françoise Frémyot, baronne de Chantal, jeune veuve de 28 ans et mère de quatre enfants, rencontre à Dijon l'évêque de Genève, François de Sales. Entre eux, va s'établir une grande amitié spirituelle, qui va la pousser à venir s'installer près de lui à Annecy et à fonder l'ordre de la Visitation Sainte-Marie.
Jeanne de Chantal, sous la direction spirituelle de François de Sales, accepte de diriger un groupe. Il voulait que celui-ci soit ouvert à toutes les femmes même à celles qui étaient refusées dans les autres ordres monastique : les femmes âgées, veuves ou handicapées. François de Sales propose à ses « filles » une vie d’humilité et d’effacement. Il veut doter l’Église de filles d’oraisons, sans pompe. Il choisit le nom de Visitation pour deux raisons. L’humilité de Marie qui, lors de l'épisode évangélique de la Visitation, où la Vierge Marie, enceinte du Christ s'en va aider sa cousine Élisabeth âgée et enceinte de Jean-Baptiste. La seconde est que la fête de la Visitation (le 2 juillet à l’époque) « était peu solennisée. ».
Le premier groupe est formé le 6 juin 1610, comprenant Jeanne de Chantal, Jacqueline Favre, Jeanne-Charlotte de Bréchard et Anne-Jacqueline Coste s'installent à Annecy, dans les États du duc de Savoie, dans une petite maison des faubourgs, la « maison de la Galerie », qui se trouvait le long du chemin conduisant chez les frères capucins, et mise à leur disposition par le duc Charles-Emmanuel Ier de Savoie. Les hasards des contretemps voulurent que la fondation prévue pour la Pentecôte ne se réalise que pour le dimanche de la Trinité qui tomba cette année le jour de la Saint-Claude… Dès octobre, la communion quotidienne est instaurée dans la petite communauté.
Après une année de noviciat sous la conduite de François de Sales, les quatre femmes de cette petite communauté font profession de foi le 6 juin 1611.
Développement
Saint François de Sales donnant la Règle de l'ordre de la Visitation de Sainte-Marie à sainte Jeanne de Chantal
Visitandine
La Communauté quitte le 30 octobre 1611 la « maison de la Galerie » devenue trop petite pour accueillir plus de quatorze personnes. Jeanne de Chantal décide d'acquérir la maison Nycollin, proche et située entre le couvent et le Thiou. Cependant très vite l'affluence des vocations conduit Jeanne de Chantal à chercher à ouvrir un deuxième couvent ; elle tente en vain de racheter la « maison de la Galerie ». Cependant, les sœurs réussiront à la racheter en 1657.
Marguerite de Savoie, duchesse de Mantoue, fille du duc Charles-Emmanuel Ier de Savoie et de Catherine-Michelle d'Espagne pose le 18 septembre 1613 la première pierre du monastère à Annecy qui sera terminé en 1614.
Des oblates qui peuvent visiter les malades
Certains biographes ont affirmé que les religieuses seraient « visitandines » car elles auraient comme tâche principale de visiter malades et pauvres et de les réconforter. Ils font de François de Sales le précurseur de Vincent de Paul qui créera les Filles de la Charité. C'est une erreur historique. Leur tâche principale était et reste la prière, la vie d'oraison.
Cependant il est vrai qu'à compter du 1er janvier 1612, certaines sœurs visitent les malades de la ville d'Annecy. Une fois par mois, deux sœurs pouvaient sortir à tour de rôle de la maison pour aller visite des malades et ainsi garder le lien avec le monde. Cette situation était possible, car la Visitation était alors une congrégation d'oblates.
Voici comment François de Sales lui-même décrivait ces premières visitandines 1616 :
« Nous avons en cette ville d'Annecy une très dévote et vraiment très sainte Congrégation de femmes, veuves et vierges, qui pour la plupart sont de très noble extraction [...]. Elles vivent toutes ensemble et en communauté, sous l'obéissance d'une Supérieure élue par elles tous les trois ans ; observent strictement cette obéissance, s'adonnent chaque jour à l'oraison mentale, font visiter et secourir avec une charité incroyable, par quelques-unes d'entre elles, les pauvres femmes malades de la ville. [...] Entre autres choses, la Congrégation pratique cette charité, de recevoir les femmes qui, pour la faiblesse de leur complexion ou pour des infirmités corporelles, ne peuvent entrer dans les autres Ordres, pourvu qu'elles aient l'esprit bon et le cœur sincère [...] J'ajoute encore un point très important : cette Congrégation, n'ayant pas les vœux solennels d'obéissance, chasteté et pauvreté, bien que ces trois vertus s'y observent strictement, n'est pas un Ordre religieux formel, mais une Congrégation d'Oblates. Sa Sainteté aimerait peut-être qu'on en fait un Ordre religieux, avec l'obligation de la clôture selon les prescriptions du Concile de Trente ; cela me serait très facile, pourvu qu'Elle voulut bien agréer que les choses fussent déterminées suivant le Mémoire. »
— François de Sales, Lettre MCXCVI, avril 1616
Quand, dans l’hiver 1614-1615, un projet de fondation est envisagé à Lyon, cardinal de Marquemont, archevêque de Lyon, veut que cette maison respecte les directives du Concile de Trente.
Comme le montre la lettre de François de Sales ci-dessus, il est prêt à cette modification, afin d'obtenir que la Visitation puisse devenir un ordre reconnu par Rome. Aussi, l'orientation apostolique de visite aux malades est abandonnée.
Il est important de souligner que l'on ne trouve nulle trace dans les œuvres complètes du saint, de la citation qui lui est attribuée par erreur et reproduite sur de nombreux sites
« Une simple congrégation de femmes sans vœux perpétuels, non cloîtrées, actives, ouvertes à toutes les personnes, infirmes, voire malades ; afin de s’occuper à l’extérieur des pauvres, des malades et des indigents. La rigueur de cet institut impliquerait une vie spirituelle développée, avec pour corollaires l’obéissance, la complaisance mutuelle, la douceur, le respect des règles fondées sur l’humilité, la chasteté, la pauvreté. »
Ordre cloîtré
De 1615 à 1616, il rédige donc les Constitutions de l’Ordre et fait de la Visitation un Ordre cloîtré. Ces constitutions seront approuvées par une bulle papale d’Urbain VII du 27 juin 1625.
La fondation du second monastère de l’Ordre à Lyon intervient en 1615, dans un premier temps rue du Griffon, aux Terreaux, près la chapelle Saint-Claude, puis, deux ans plus tard à Bellecour. François de Sales meurt le 28 décembre 1622 lors d'une visite au couvent de la Visitation de Bellecour.
Jeanne de Chantal est appelée supérieure et fondatrice partout en France, elle est élue supérieure douze fois dans neuf communautés. Elle visite et entretient des relations épistolaires avec le plus grand nombre de monastères.
La première édition des règles et Constitutions est publiée le 9 octobre 1618. Le 16 octobre, Paul V accorde le statut d’Ordre religieux sous la règle de saint Augustin à la Visitation.
Entre-temps, une maison est fondée à Moulins en aout 1616. Suivra une fondation à Grenoble en août 1618.
Lorsque saint François de Sales meurt, l'Ordre regroupe alors treize monastères (Annecy, Lyon, Moulins, Grenoble, Bourges, Paris, Montferrand, Nevers, Orléans, Valence, Dijon, Belley et Saint-Étienne)
Les premières Mères commencent en 1624 la rédaction du coutumier qui sera imprimé à la fin de l’année.
De 1626 à 1627, elles mettent en forme et rédigent des réponses qui seront imprimées en 1628, avec ordre formel qu’elles ne sortent jamais des monastères.
La question d’une supérieure générale est soumise le 16 juillet 1635 aux évêques de France. Réunis au Parloir du Premier [ ? ] de Paris, ils se rangent derrière la volonté de saint François de Sales pour l’autonomie des monastères.
En 1636, à Annecy, un deuxième monastère, Saint-Joseph, est fondé Place aux Bois. D'autre biens sont achetés dans les alentours de la maison Nycollin, avec comme ambition de constituer un véritable grand monastère.
À la mort de sainte Jeanne de Chantal le 13 décembre 1641, l'Ordre compte déjà 87 monastères. Le fameux couvent des Visitandines de Chaillot est consacré en 1651 ; il accueillera Mademoiselle de La Fayette, amie de Louis XIII, qui en deviendra supérieure, et c'est ici que fut élevée Henriette de France, future duchesse d'Orléans.
En 1657, les sœurs réussissent à racheter la « maison de la Galerie » qui deviendra un lieu de retraite, avant d'accueillir un pensionnat de jeunes filles jusqu'à la Révolution française.
Du XVIIIe au XXIe siècle
Le monastère des Sœurs de la Visitation à Braga au Portugal
L'ordre de la Visitation est fondé en 1784 au Portugal et y maintient aujourd'hui trois monastères : à Braga, à Vila das Aves et à Batalha. Les Sœurs de la Visitation au Portugal travaillent dans la production et la distribution des emblèmes du Sacré-Cœur de Jésus (comme scapulaires de dévotion), le même que sainte Marguerite-Marie Alacoque a fait dans le passé.
En août 1792, l’ordre de la Visitation, comme tous les ordres religieux, est interdit en France. Les 129 communautés françaises sont dispersées en 1793. Les sœurs tentent alors de s'enfuir vers l'Italie en emportant avec elles les reliques de François de Sales et de Jeanne de Chantal, mais sont rattrapées à une quinzaine de kilomètres à Duingt. Elles sont autorisées à continuer leur voyage, mais les reliques sont confisquées et rapportées à Annecy.
L’Ordre est rétabli en France en 1805 par Napoléon à la demande de sa mère Madame Laetitia. Cinquante et un monastères sont rétablis, et quatorze nouvelles fondations sont enregistrées avant 1850.
Le 22 juin 1822, quatre sœurs sont de retour à Annecy et s'installent à la « maison Recordon », rue Saint-Claire, dans l'ancien hôtel Bagnoréa, en attendant la construction du nouveau monastère, sur un terrain situé entre les actuelles rues Royale, de la Poste, Vaugelas et de la Gare. Après quatre années de travaux, les sœurs peuvent s'installer dans leur nouveau monastère. Mais construit à la hâte et à l'économie, il devra subir de nombreux travaux qui dureront jusqu'en août 1878.
Expropriées au début du XXe siècle par les lois anticatholiques de la Troisième République, les Visitandines vont établir un nouveau monastère en 1911, au pied du Semnoz, juste à côté de la future basilique de la Visitation dont les travaux ont commencé en 1909.
En 2006, l'Ordre, qui a connu 356 fondations, compte 155 monastères actifs. On peut estimer à 80 000 le nombre des visitandines au cours des siècles dont 3 000 vivant en prière en 2006. À Annecy, la communauté regroupe une quinzaine de sœurs cloîtrées qui vivent de la fabrication d'hosties, de la réalisation de broderies et de recettes.
Spiritualité - Spécificités
L'ordre voulu par François de Sales, apôtre du Sacré-Cœur et de la douceur, accueille toutes les femmes quelle que soit leur condition. Contrairement aux autres ordres en expansion au début du XVIIe siècle, les femmes âgées, les veuves, les malades et les handicapées peuvent être acceptées. La règle n'impose aucune contrainte aux femmes de plus faible complexion.
Autre spécificité voulue par saint François de Sales qui, comprenant l'influence que les évêques pouvaient avoir sur les communautés religieuses, souhaite que chaque monastère soit autonome et libre de ses décisions face à l'évêque du lieu qui assiste par contre aux grandes décisions de la communauté dont l'élection de la supérieure pour trois ans.
Visitandines célèbres
Par date de naissance :
Jeanne-Françoise Frémyot, veuve de Christophe de Rabutin, baron de Chantal (1572-1641), cofondatrice de l'Ordre ;
Mère Jeanne-Charlotte de Bréchard (1580-1637) troisième religieuse de l'ordre, fondatrice de plusieurs monastères et amie des Saints Fondateurs ;
Marie-Aimée de Rabutin-Chantal (1598-1617), veuve de Bernard de Sales, baron de Thorens, fille de la fondatrice et belle-sœur du fondateur ;
Sœur Françoise-Thérèse (1863-1941), reconnue servante de Dieu. Léonie Martin, une des cinq filles de Louis et Zélie Martin canonisés en 2015, qui toutes entrèrent en religion et notamment sœur de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, canonisée en 1925, docteur de l'Église en 1997. Nièce de sœur Marie-Dosithée, religieuse au Mans.
Monastères en France
Gravure d'après François-Victor Sabatier, Vue du Monastère de la Visitation Sainte-Marie de Boulogne-sur-Mer
Par Xavierd80 — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=58491076
Monastère de la Visitation d'Aix.
Couvent de la Visitation d'Alençon, fondé en 1659, fermé en 1827.
Monastère de la Visitation d'Amiens, monastère fondé en 1640.
Monastère de la Visitation d'Angers, fermé en 1792.
Monastère de la Visitation d'Annecy : « premier monastère de la Visitation », fondé en 1610, en activité.
Monastère de la Visitation d'Aurillac.
Monastère de la Visitation d'Autun, monastère fondé en 1626, fermé à la Révolution.
Monastère de la Visitation d'Avignon, monastère fondé en 1624.
Monastère de la Visitation de Boulogne-sur-Mer.
Monastère de la Visitation de Bourg.
Monastère de la Visitation de Brioude, fondé en 1658.
Monastère de la Visitation de Besançon, monastère fondé en 1630.
Monastère de la Visitation de Montluel, dans le département de l'Ain; fermé en 1751.
Couvent de la Visitation de Montpellier, fondé en 1631.
Monastère de la Visitation de Moulins : La Visitation de Moulins est établie en 1616 par Jeanne-Charlotte de Bréchard et quelques sœurs d'Annecy. C’est dans ce monastère que meurt sainte Jeanne de Chantal, le 13 décembre 1641. Le couvent est fermé à la Révolution et transformé en lycée en 1802. Un second monastère est construit sous le Second Empire ; il est encore en activité.
Monastère de la Visitation de Mur-de-Barrez, dans le département de l'Aveyron.
premier monastère fondé rue Saint-Antoine en 1619, par François de Sales et Jeanne de Chantal, fermé lors de la Révolution ; la chapelle est donnée aux protestants réformés par Bonaparte en 1802, elle est devenue le temple protestant du Marais ; puis monastère au 68 avenue Denfert-Rochereau ;
Monastère de la Visitation de Rumilly, dans le département de la Haute-Savoie, fondé en 1625, fermé en 1793.
Monastère de la Visitation de Saint-Céré, dans le département du Lot.
Monastère de la Visitation de Saint-Étienne, fondé en 1622. Depuis 1858, église paroissiale néo-byzantine, en activité.
Monastère de la Visitation de Saint-Flour, dans le Cantal, fondé en 1628, en activité.
Monastère de la Visitation de Scy-Chazelles : fondée initialement à Metz en 1633, la communauté des visitandines se transfère à Scy-Chazelles en 1953, en activité.
Saint-Marcellin, en Isère :
premier Monastère de la Visitation, fondé en 1645 par cinq visitandines originaires du monastère de Romans, fermé à la Révolution ;
deuxième Monastère de la Visitation, fondé en 1817 et fermé en 1904.
Monastère de la Visitation de Seine-Saint-Denis, fondé en 1639, fermé et détruit à la Révolution.
Monastère de la Visitation de Tarascon : fondé en 1641, en activité.
Monastère de la Visitation de Thonon-les-Bains : monastère fondé en 1627, supprimé lors de la Révolution, rétabli au même endroit en 1835, en activité.
Monastère de la Visitation de Toulouse.
Monastère de la Visitation de Tours, fondé en 1620, fermé en 1792.
Monastère de la Visitation de Troyes : fondé en 1631, en activité.
Monastère de la Visitation de Valence.
Monastère de la Visitation de Vaugneray : actif entre 1968 et 2006.
Monastère de la Visitation de Mexico : fondé en 1949, en activité.
Monastère de la Visitation de Guadalajara : fondé en 1957, en activité.
Monastère de la Visitation de León : fondé en 1950, en activité.
Monastère de la Visitation d'Aguascalientes : fondé en 1983, en activité.
Monastère de la Visitation de Colima : fondé en 1991, en activité.
Monastère de la Visitation de Monterrey : fondé en 1981, en activité.
Monastère de la Visitation de Morelia : fondé en 1983, en activité.
Monastère de la Visitation de Torreón.
Monastère de la Visitation de Tapalpa.
au Panama
Monastère de la Visitation de Las Cumbres : fondé en 1921, en activité.
au Paraguay
Monastère de la Visitation de Ciudad del Este : fondé en 1981, en activité.
aux Pays-Bas
Monastère de la Visitation de Tilburg : fondé en 1885, fermé en 1986.
au Pérou
Monastère de la Visitation de Lima : fondé en 1890, en activité.
en Pologne
Monastère de la Visitation de Varsovie
Par Jolanta Dyr — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=28207142
Monastère de la Visitation de Cracovie, en activité.
Monastère de la Visitation de Jasło, en activité.
Monastère de la Visitation de Rybnik, en activité.
Monastère de la Visitation de Varsovie, en activité.
au Portugal
Monastère de la Visitation de Batalha : fondé en 1784, en activité.
Monastère de la Visitation de Braga : fondé en 1879, en activité.
Monastère de la Visitation de Vila das Aves : fondé en 1887, en activité.
au Royaume-Uni
Monastère de la Visitation de Wealden : fondé en 1804, en activité.
au Salvador
Monastère de la Visitation de San Salvador : fondé en 2010, en activité.
en Suisse
Monastère de la Visitation de Fribourg.
en République tchèque
Monastère de la Visitation de Kroměříž.
en Uruguay
Monastère de la Visitation de Progreso : fondé en 1856, en activité.
Héraldique
Le blason de monastères de l'Ordre de la Visitation est « d'or, au cœur de gueules, percé de deux flèches d'or empennées d'argent, passées en sautoir au travers du cœur, chargé d'un nom de Jésus et de Marie d'or (IHS et MA superposés), enfermé d'une couronne d'épines de sinople, les épines ensanglantées de gueules, une croix de sable fichée dans l'oreille du cœur ». François de Sales lui même a dessiné ce blason.