• Turin : Notre-Dame de la Consolata

     
     

    Turin : Notre-Dame de la Consolata

     

     

    Turin : Roi Arduine en 1014

     

    1ère légende :

    Le sanctuaire dédié à la "Consolata" suite à une apparition de la Vierge au roi Arduino en 1014 qui a permis de retrouver une icône du Vème siècle.

    En 1014, Arduino, marquis d'Ivrée, qui était alors gravement malade, eut une vision de la Sainte Vierge.  Notre-Dame lui apparut pour lui demander de construire une chapelle sous le nom de Notre-Dame de la Consolata en l'église Saint-Andrew. Elle lui promet qu'il retrouvera la santé.  Le marquis fut miraculeusement guéri.

    Profondément touché par les faveurs de la Sainte Vierge, Arduino entreprit la construction de la chapelle.  Pendant les travaux d'excavation, on retrouva l'icône de la Consolata. Cela fut inscrit au-dessus de l'autel de la nouvelle chapelle, et le sanctuaire devint bientôt pour le peuple un «lieu de grâce."

    2ème légende :

    L'icône de Notre-Dame de la Consolata, vénérée dans le sanctuaire de Turin, s'inspire d'une autre icône, la Salus popoli romani, qui se trouve à Rome, dans l'église de Santa Maria del Popolo.

    L'icône de la Consolata, arrivée à Turin au IVème siècle, fut honorée par saint Maxime et tout le peuple. Cachée au couvent bénédictin de la Novalesa pendant la période iconoclaste, elle revint dans la ville en 1015, amenée par le roi Arduino.

    Au XIIème siècle, un incendie détruisit l'église Saint-André qui l'abritait. En 1104, un aveugle, Jean Revais (ou John Ravais de Briançon) de Besançon, ayant eu une vision, vint en pèlerinage à Turin. Il retrouva l'icône à l'endroit même où elle est vénérée aujourd'hui, et recouvra la vue.

    Le Bienheureux Joseph Allamano fut le gardien de cette icône pendant 46 ans. L'institut des Missionnaires de la Consolata, qu'il fonda, la fit connaître dans le monde entier.

     

    Les différents aspects du message missionnaire de cette icône.

     

    L : La Consolata est la représentation visuelle de l’histoire du salut, d’un Dieu qui se fait proche, de l’Emmanuel qui vient sauver ce qui était perdu. Dieu en effet se manifeste à l’humanité, représentée ici par Marie, et Marie l’accueille comme le don suprême, l’unique consolation. Marie est consolée.

    Sur l’icône, on voit Marie qui porte l’enfant dans ses bras; sans l’embrasser, sans le retenir, elle le présente à l’humanité : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jn 2, 5).

     

    T : Pleine de grâce, réjouis-toi!

    L’Emmanuel a trouvé place

    dans ta demeure illuminée.

    Par toi, la gloire rayonne

    pour le salut de notre race!

     

    L : La Consolata exprime aussi la consolation qui se manifeste dans son souci des autres, son désir de se faire proche de nous. Marie devient consolatrice, modèle d’accueil et d’amour. Elle est comme la lune qui reflète toute la beauté du soleil, Jésus.

     

    T : Arche d’alliance, réjouis-toi!

    Sur toi repose la présence

    du Dieu caché dans la nuée.

    Par toi, la route est éclairée

    dans le désert où l’homme avance.

     

    L : La Consolata, icône de l’Église, est aussi l’icône du croyant et du missionnaire, de celui qui reste debout au pied de la croix. Dans sa souffrance, Marie nous enseigne à vivre avec dignité les contradictions de l’histoire. Ainsi, la mission qui naît à l’ombre de la croix est participation aux souffrances des peuples et proclamation que le Christ est ressuscité. Elle est témoignage que Dieu est Abba-Père et que l’amour fraternel est le souffle qui anime la communauté chrétienne.

     

    T : Vierge fidèle, réjouis-toi!

    Dans les ténèbres où Dieu t’appelle,

    tu fais briller si haut ta foi

    que tu reflètes sur nos croix

    la paix du Christ et sa lumière.

     

    Reine des anges, réjouis-toi!

    Déjà l’Église en toi contemple

    la création transfigurée :

    fais-nous la joie de partager

    l’exultation de ta louange!

     

    P : Prions maintenant une dizaine de chapelet, et méditons en notre cœur le message de cette icône.

     

    T : Prière finale

    Seigneur notre Dieu,

    Tu as voulu donner à ton peuple,

    par la Vierge Marie,

    la vraie consolation, Jésus le Christ;

    à nous qui la vénérons avec le titre de Consolata,

    accorde de collaborer, avec elle,

    à l’œuvre de la Rédemption.

    Nous te le demandons par Jésus le Christ notre Seigneur,

    qui vit et règne avec toi et le Saint-Esprit

    pour les siècles des siècles.

    Amen.

     

    P : Allez dans la paix du Christ

    pour être Bonne Nouvelle dans le monde d’aujourd’hui.

    T : Nous rendons grâce à Dieu.

     

     Source : http://www.consolata.qc.ca/archives/celebrationsix.htm

     

     

    Ardouin, ayant abdiqué la couronne d'Italie en ne retenant que le simple marquisat d'Ivraie, embrassa, l'an 1015, la vie érémitique dans le monastère de Freutterie qu'il avait fondé.

    L'année suivante, selon les annales de ce monastère, guéri d'une maladie grave, à la suite d'un vœu fait à la sainte Vierge, il dédia trois sanctuaires à sa puissante bienfaitrice, l'un sur la montagne de Créa, un autre sur la belle hauteur, ou Bel-Monte, et le troisième à Turin, où il fit bâtir une chapelle dans l'église de Saint André.

    Ce fut dans cette circonstance, qu'en déblayant le terrain couvert par d'anciennes ruines, on découvrit une image de Marie, qui fut depuis vénérée sous le nom de Consolata.

    Cette Image ressemble assez à celle qu'on honore à Rome dans l'église de Sainte-Marie-Majeure, ce qui porterait à croire qu'elle est une de ces anciennes images de Marie, faites en Orient dans les premiers siècles, et qu'on peut regarder comme des copies des Madones attribuées au pinceau de saint Luc.

    Ces tableaux se répandirent plus tard en Orient et même en Occident, surtout après l'extension que prit le culte de Marie au milieu des disputes suscitées par Arius, Nestorius, Eutychès et les autres hérétiques qui, cherchant à la dépouiller de ses plus beaux titres, contribuèrent, contre leur volonté, à donner plus d'éclat à son nom.

    Pour ne parler ici que de la Madone de Turin, la tradition locale fait remonter son culte au temps de saint Maxime, évêque de Turin, vers le milieu du cinquième siècle.

    Le saint Prélat l'aurait reçue de saint Eusèbe de Verceil, et exposée à la vénération des fidèles dans l'église de Saint-André ; opinion que nous ne voulons ni soutenir ni combattre, mais que nous nous contentons de rapporter en passant.

    L'Image trouvée en 1016 parmi les ruines qui entouraient l'église de Saint-André, ne jouit pas longtemps de sa célébrité.

    La peste, les guerres intestines et une déplorable série de malheurs publics ayant désolé la ville, et l'ayant comme rendue déserte dans le cours du onzième siècle, la chapelle de la Consolata tomba bientôt en ruines, et l'on perdit une seconde fois le souvenir de la sainte Image.

    Voici le moyen que la Providence, admirable en ses voies, employa pour la tirer de l'oubli où elle était ensevelie.

    On raconte qu'en 1104 il y avait à Briançon, petite ville du Dauphiné, un aveugle-né, d'une famille distinguée, nommé Ravac.

    Le Ciel voulant le consoler dans son infortune, une nuit il vit en songe un tableau qui représentait la Mère de Dieu, portant l'Enfant Sauveur sur le bras gauche ; il fut averti en même temps de se rendre à Turin pour y chercher cette Image ; qu'en sa présence il recouvrerait la vue.

    Il s'éveille plein de joie et d'espérance, et prie ses frères de le conduire à Turin.

    Ceux-ci ne lui répondent que par des railleries.

    Il s'adresse à une bonne domestique, et fait tant par ses instances et ses promesses, qu'il la détermine à lui servir de guide.

    Ils se mettent donc en chemin et arrivent heureusement à quelque distance de Turin.

    Tout-à-coup les yeux de l'aveugle s'entr'ouvrent, et il lui est donné de voir la lumière.

    Une splendeur merveilleuse attire ses regards sur la ville, il distingue une tour, et au-dessus un globe éclatant, semblable au soleil naissant.

    Voilà, s'écrie-t-il dans un transport soudain, voilà le lieu qui me fut montré en songe ; là doit se trouver l'Image merveilleuse ; dirigez-moi de ce côté ; à l'instant il avait de nouveau perdu la vue.

    Conduit à Turin, il demande, sur les indices qui lui en avaient été donnés, le lieu objet de ses recherches, raconte aux habitants les promesses qu'il a reçues du Ciel, et, conduit auprès de la tour, il se met en prières.

    L'événement parut de nature à exciter l'attention de l'évêque : c'était Annisius qui, depuis que Turin était devenu comme un amas de ruines, avait fixé sa résidence à Testone.

    Le prélat, bien informé de ce qu'on racontait, prescrit trois jours de prières et de jeûnes ; il se transporte ensuite à Turin, au lieu indiqué, et y trouve l'aveugle répandant son cœur devant Dieu.

    Il l'interroge, il pèse ses réponses, et enfin il se détermine à faire déblayer le lieu désigné.

    On ne tarde pas à découvrir les ruines de la chapelle élevée autrefois par la piété d'Ardouin, et sous ces ruines on trouve intact le tableau de la Consolata.

    Ce tableau est exposé aux regards de tout le monde, et l'aveugle de Briançon est le premier à le saluer avec des transports extraordinaires de joie : il le voyait alors, non plus en songe, mais en réalité ; il fixait sur lui des yeux aussi sains et aussi brillants que s'il n'eût jamais été aveugle.

    La consolation qui inonde son cœur fait aussitôt jaillir de sa bouche l'ancien titre de la Vierge consolatrice.

    L'évêque et tous les assistants, remplis d'étonnement et de dévotion, se jettent à genoux, et s'écrient d'un commun accord : Vierge consolatrice, intercédez pour votre peuple.

    En cette occasion, on trouva une colonne de l'antique chapelle élevée par Ardouin, avec une inscription qui rendait témoignage des faveurs que Marie avait aurais accordées en ce lieu de dévotion.

    La Vierge se hâta de montrer, par de nouveaux témoignages, qu'on ne l'invoquait point en vain.

    La peste qui, cette même année 1104, faisait dans la contrée d'affreux ravages, cessa bientôt ; la stérilité de la terre fit place à une heureuse abondance ; les partis ennemis déposèrent les armes, adoucis par les sentiments que leur inspirait la Mère du bel amour.

    De l'image consolatrice s'échappait comme un torrent de grâces et de faveurs sur ceux qui lui présentaient leurs hommages et leurs vœux.

    Le bruit de ces heureux évènements s'étant répandu, les citoyens fugitifs n'hésitèrent plus à revenir dans la ville, regardant les signes de protection que leur donnait la Vierge sainte et la présence de l'Image merveilleuse dans leurs murs comme un gage de protection contre de nouveaux fléaux.

    Le prodige lui-même, dit l'historien des églises d'Italie, était regardé comme le présage de la grandeur et de la prospérité dont la ville allait jouir, sous la protection de Marie.

    L'église de Saint-André et l'antique chapelle de Marie sortirent de leurs ruines ; on plaça dans celle-ci la pieuse Image, et la ville elle-même reprit une nouvelle existence.

    La Vierge consolatrice ne cessa dès-lors d'être, pour les habitants de Turin, l'objet d'un culte spécial.

    Cependant sur la fin du seizième siècle, époque ou elle eût dû être invoquée avec le plus de ferveur, on vit, par la faute de ceux qui étaient chargés du pieux sanctuaire, la dévotion des fidèles déchoir de jour en jour.

    Pour remédier au mal, le patriarche d'Alexandrie, commendataire de l'église de Saint-André, commit le soin de l'église et de la chapelle où se conservait, comme un véritable trésor, l'antique Image, aux religieux de l'ordre de Citeaux, héritiers de la dévotion de saint Bernard pour la Mère de Dieu.

    Dès l'an 1589, ils commencèrent d'exercer leur nouvel emploi, et montrèrent combien ils en étaient dignes, non-seulement par la piété avec laquelle ils célébraient les saints offices, par le zèle avec lequel ils annonçaient la parole de Dieu et administraient les sacrements, mais encore par le dévouement héroïque avec lequel ils se consacrèrent au service des pestiférés : assurément c'étaient là les dignes ministres de la Vierge consolatrice.

    La peste ayant peu à peu envahi la contrée, une grande partie du clergé avait cédé à la crainte et s'était éloignée ; des bienfaiteurs mal avisés leur offraient à eux-mêmes, par une imprudente affection, des asiles plus sûrs qu'une ville infectée : mais ces fervents religieux aimèrent mieux demeurer au milieu de leurs concitoyens affligés, s'exposèrent à tous les périls, pourvurent à tous les besoins, et poussèrent la charité jusqu'à faire de leur monastère un hôpital où ils recueillaient, pour être plus à même de leur donner les secours opportuns, les malheureux que la contagion avait frappés dans la ville ou dans les environs, sans qu'aucun d'eux périt victime de son zèle, fût même atteint du mal, la divine Mère conservant par un prodige de sa bonté, et récompensant de la sorte ceux qui, dans des circonstances si critiques, se consacraient à répandre sous ses auspices les célestes consolations.

    Le culte divin ayant repris son éclat et sa première ferveur, les Religieux songèrent à l'embellissement du sanctuaire qui leur était confié.

    Par les secours abondants que leur fournit la piété du roi Victor-Amédée, ils purent agrandir et orner l'église, et la mettre plus en harmonie avec le concours et la dévotion des fidèles.

    En 1682, fut rebâtie sur un nouveau plan la chapelle de Marie consolatrice, chapelle décorée d'un si magnifique autel et d'une si belle coupole, peinte par Ferdinand Bibiena.

    Dans ce sanctuaire célèbre, on vénère deux Images de la Vierge sainte : l'une, placée dans la chapelle supérieure, est Cantique Image, découverte par l'aveugle de Briançon, peinte sur toile, et qui, après avoir été si longtemps ensevelie au milieu des décombres, a conservé toute son intégrité, et qu'on regarde, à juste titre, comme le plus riche trésor du sanctuaire et l'objet principal de la dévotion des fidèles : l'autre Image est une copie de la première, et elle est honorée dans une petite chapelle souterraine derrière le maître-autel de l'église, lieu qui représente à la piété des fidèles ou renferme même précisément l'endroit où fut découverte l'antique Image et où l'aveugle-né recouvra la vue.

    Les souverains pontifes ont concouru à établir et à confirmer la dévotion à Notre-Dame de la Consolation, en ouvrant le trésor des indulgences en faveur de ceux qui célèbrent dans son sanctuaire les fêtes de Notre-Seigneur, de sa sainte Mère et plusieurs autres solennités.

    Les princes de la maison si catholique de Savoie n'ont pas montré un moindre zèle pour favoriser et dilater cette dévotion : Charles-Emmanuel, entre autres, choisit, en 1669, Notre-Dame de la Consolation pour patronne de tous ses États, et prescrivit aux Religieux, gardiens de la sainte Image, de renouveler, tous les samedis, l'expression de son vœu et de réclamer sa protection par une oraison particulière.

    Les citoyens les plus distingués s'empressèrent aussi de s'inscrire parmi les confrères de Notre-Dame de Consolation, à l'exemple de leurs princes, qui avaient brigué la première place sur le catalogue.

    En 1714, après une neuvaine célébrée avec une vraie piété, dans les transports de joie et d'enthousiasme que causait la fête solennelle qui couronnait cette neuvaine, la ville entière la proclama sa protectrice principale.

    A cette occasion, on plaça sur la grande porte de l'église une inscription qui est comme l'histoire abrégée de cette Image célèbre.

    Mais c'est à la dévotion constante des princes et du peuple, plus encore qu'à tous les témoignages publics de vénération, qu'on doit attribuer la protection dont Marie ne cesse de couvrir la ville et le royaume.

    Lorsque la population, frappée de quelque châtiment par la justice d'un Dieu irrité, se réunissait autour de Notre-Dame de Consolation, on voyait les souverains eux-mêmes se confondre avec la foule au pied de son autel, ou suivre avec une piété exemplaire son Image portée en procession.

    Ainsi, Victor-Amédée, suivi d'un seul page, se rendait souvent de son palais au sanctuaire de Marie.

    Il ne manquait jamais de s'y transporter, sans suite, la veille de Noël, de passer en exercices de piété la nuit entière, d'entendre les trois messes à genoux et de communier avec la plus édifiante ferveur.

    On a vu des personnages distingués, sur la renommée des prodiges de miséricorde qui s'opéraient en ce lieu, accourir non-seulement des États du roi de Sardaigne, mais encore des pays étrangers, pour offrir leurs hommages à celle qui ouvrit les yeux de l'aveugle de Briançon.

    On a joui plus d'une fois du touchant spectacle que donnaient des ambassadeurs, des prélats, des légats apostoliques, des princes, des cardinaux prosternés devant la sainte Image, et réclamant le secours de celle qu'elle représentait à leur foi avec l'expression de la piété la plus tendre, de la vénération la plus profonde ; et l'on aime encore à se rappeler que S. François de Sales, appelé à Turin par les affaires de son diocèse, ne voulut point accepter d'autre logement que le monastère de la Consolata, afin d'avoir la satisfaction de répandre plus souvent et plus facilement son cœur dans celui de la Mère des consolations.

    Du reste, le pieux concours des fidèles, soit étrangers, soit citoyens de Turin, dure depuis l'aurore jusqu'au coucher du soleil ; et aux jours les plus froids de l'hiver comme aux jours les plus brûlants de l'été, on trouve toujours des serviteurs de Marie au pied de son Image.

    Le 20 juin 1702, jour anniversaire de la découverte de l'Image et de la guérison de l'aveugle briançonnais, la ville vit avec admiration se renouveler le même prodige.

    Agathe Gargnani qui depuis trois mois avait entièrement perdu la vue, reconnaissant que tous les remèdes de l'art qu'elle avait employés étaient impuissants, se rappela au retour de la solennité le miracle opéré autrefois par l'intercession de la Vierge ; et ce souvenir ayant ranimé sa foi, elle se fit conduire au sanctuaire vénéré, se purifia par le sacrement de pénitence, pria devant l'Image avec toute la ferveur de son âme et reçut avec foi le corps du Sauveur : dans le moment même elle recouvra si bien la vue qu'elle put retourner chez elle sans guide et que toute sa vie elle eut l'usage de ses yeux.

    La ville entière reçut un témoignage signalé de la protection de Marie en 1706.

    Les Français, commandés par le duc de Vendôme, la tenaient assiégée et la pressaient vivement, surtout depuis le 26 mai que la tranchée avait été ouverte.

    Aux premiers jours de septembre, cette capitale était réduite à la dernière extrémité et se voyait hors d'état de tenir encore longtemps, si elle n'était secourue.

    Les assiégés avaient eu recours au patronage de la Mère de Dieu qu'ils avaient invoquée par des neuvaines et d'autres pratiques de dévotion.

    Tandis que les soldats priaient de leur côté, attentifs en même temps à repousser les assauts d'un ennemi actif et impétueux, la bourgeoisie se pressait dans le célèbre sanctuaire et dans les autres églises, réclamant avec ferveur le secours de la Consolata, dont l'Image reproduite en une multitude de copies, était exposée partout.

    Tout-à-coup, le 7 septembre, veille de la Nativité de la Vierge, trois volées de canon des forts de la montagne et le son des cloches de la grande tour annoncent que la ville est secourue : le prince Eugène et le duc de Savoie, ayant opéré leur jonction, venaient en effet défier les assaillants.

    Le duc d'Orléans, qui était venu, dans le cours du siège, prendre la place du duc de Vendôme envoyé commander aux Pays-Bas, connaissant bien le caractère français qui aime à combattre au grand jour et en rase campagne, voulait qu'on sortit des lignes et qu'on marchât au-devant de l'ennemi.

    Le maréchal de Marsin présenta un ordre de la cour qui fit prévaloir le sentiment contraire.

    Les lignes furent forcées, tout le canon pris avec les munitions de guerre et de bouche ; Turin fut délivré, et la France éprouva un des plus funestes échecs qui aient terni le règne si glorieux d'ailleurs de Louis XIV.

    Ce fut une opinion si générale dans Turin qu'on n'avait échappé à un si grand danger que par la protection de la Reine des cieux, que non seulement on en enregistra l'acte dans le journal militaire du siège, conservé encore aujourd'hui dans la bibliothèque de la Consolata, mais qu'on établit une fête solennelle d'action de grâces qui se célèbre tous les ans avec pompe, le 7 septembre, pour perpétuer le souvenir d'une journée qui eut pour conséquences de préserver le Piémont de tomber au pouvoir d'un peuple étranger, de pacifier l'Italie et d'agrandir les états de la maison royale de Savoie.

    Entre plusieurs grâces merveilleuses accordées à des particuliers qui avaient recours à Notre-Dame de la Consolata, l'ordre des temps amène sous notre plume le trait suivant, arrivé en 1707 :

    « Un navire revenait de l'expédition de Toulon, ayant à bord un certain nombre de malades, plus un détachement de cent hommes ; il portait en outre cinq cents barils de poudre.

    Après quelque temps d'une navigation tranquille, les vents contraires mirent la mer en furie.

    Les gens de l'équipage, tout hors d'eux-mêmes, poussent de concert des cris d'alarme pour appeler du secours ; mais le fracas des vagues et le mugissement du vent empêchent qu'ils ne soient entendus de la côte.

    Ces malheureux se voyaient dans cette alternative ou d'être engloutis sous les eaux, ou d'être brûlés vifs, car le tonnerre qui grondait menaçait de faire sauter leur cargaison de poudre.

    Après vingt-quatre heures d'angoisses horribles, le danger devint si éminent, que le capitaine donna ordre de couper les câbles et de plier les voiles, persuadé que l'esprit humain avec toutes ses connaissances et ses ressources ne pouvait rien dans une telle extrémité.

    Mais, à l'instant, quelques soldats se rappelant que l'année précédente, durant le siège de Turin, on avait obtenu les secours les plus inattendus par l'intercession de Notre-Dame de Consolation, prirent les images de leur divine protectrice qu'ils portaient sur eux comme sauvegarde, les exposèrent à la vue de tout l'équipage et se recommandèrent avec foi à la bienfaisante Étoile de la Mer.

    A peine eurent-ils tous ensemble invoqué le nom de Marie, dont le Fils est le Dieu tout puissant à qui les tempêtes et la mer obéissent, que les vents tombèrent, les flots se calmèrent, et le navire aborda bientôt au port d'Oneille, d'où une partie de l'équipage se rendit à Turin, pour y offrir à Notre-Dame de la Consolata les témoignages les plus vifs de leur dévotion et de leur reconnaissance.

    Dans le cours du même siècle, nous trouvons encore d'autres faveurs éclatantes accordées par le crédit de Marie, invoquée dans ce sanctuaire.

    En 1747, une terrible épidémie, répandue dans les environs de Turin, faisait périr une multitude de bœufs et portait la consternation parmi les gens de la campagne.

    Dans leur naïve simplicité et leur vive confiance, ils eurent recours à la Consolata, lui adressèrent leurs vœux, et le fléau cessa ; de sorte qu'on vit le 5, le 12, le 26 septembre, le 10 et le 24 octobre, différentes communes venir en procession au sanctuaire de la Vierge et lui offrir leurs présents.

    Ce spectacle toucha le cœur d'un incrédule qui, dans le cours de l'année, eut recours lui aussi à Notre-Dame de la Consolation, et qui se voyant exaucé, suspendit à une des colonnes de la chapelle le témoignage suivant :

    « Comme durant toute l'époque de ma vie antérieure à cette année 1747, je n'ai pas eu beaucoup de foi en l'intercession de la Vierge et des Saints, et que cependant dans le cours de cette même année j'ai éprouvé la miséricorde du Seigneur par le crédit de son auguste Mère, lorsque atteint d'une maladie grave et incurable, j'en ai été guéri sans employer d'autre remède que celui de me recommander à Dieu par l'intercession de la Vierge : pour ranimer la foi de ceux qui partageraient l'erreur dans laquelle j'ai vécu si longtemps, j'ai cru qu'il serait de la gloire de Dieu et de l'intérêt de ceux qui braient cet écrit, de rendre témoignage à la confiance qu'on doit avoir en l'intercession de la très-sainte Vierge, et ce témoignage je le rends en effet devant le Seigneur, dans toute la sincérité de mon âme. »

    Voici un trait plus récent que nous citons en substance, à la gloire de Notre-Dame de Consolation, bien fâchés de ne pouvoir en rapporter toutes les circonstances.

    En 1818, l'hôpital de St-Louis de Gonzague renfermait parmi les nombreux malades auxquels il donnait asile et secours, une personne affligée de presque toutes les infirmités qu'il soit possible d'imaginer, et cet état, qui durait depuis dix ans, n'avait point obtenu des secours de l'art, employés en vain tant de fois, guérison complète.

    Le voisinage de la magnifique chapelle où l'Image de Notre-Dame de la Consolata reçoit depuis tant de siècles les hommages des habitants de Turin, le bruit des faveurs qu'on y obtient lorsqu'on implore avec confiance dans son enceinte le secours de la Mère de miséricorde, raniment tout-à-coup le courage et l'espérance de l'infortunée qu'ont éprouvée de si longues angoisses ; elle fait une neuvaine de prières à Notre-Dame Consolatrice, et voilà que la neuvaine terminée, une santé parfaite, accordée le jour de Noël, remplace tout-à-coup cet état déplorable d'infirmité, et fait crier au miracle tous ceux qui avaient eu des rapports avec la malade.

    Administrateurs, médecins, aumôniers, beaucoup d'autres personnes recommandables, signèrent l'attestation de cette guérison merveilleuse.

    Mais presque de nos jours un fléau terrible, après avoir parcouru l'Europe désolée, vint, en menaçant les habitants de Turin, les avertir d'offrir des prières ardentes à Notre-Dame de la Consolation.

    Le choléra était à leurs portes.

    L'ange, ministre de la colère du Très-Haut, voyant toute la population, les premiers magistrats en tête, présenter à la Mère de Consolation des vœux solennels et se mettre avec la plus touchante confiance sous sa protection, n'osa point exercer en ce lieu ses ravages accoutumés, et s'étant contenté de lancer quelques traits, il se détourna d'une ville que Marie prenait d'une manière spéciale sous sa sauvegarde.

    La piété reconnaissante a orné l'intérieur du temple d'inscriptions élégantes, qui transmettront à la postérité le vœu fait à la Vierge sainte, le bienfait reçu et les actions de grâces qui en ont été la suite.

    Entre autres monuments de reconnaissance, on orna la place sur laquelle donne la principale porte d'entrée de l'église d'une colonne à grandes dimensions, sur le faite de laquelle fut élevée une statue de Marie et sur le piédestal on grava l'inscription suivante :

    Matri. A. Consolatione

    Ob. iErumnam. morbi. Asiatici

    Mire leni'am. Mox. Sublatam

    Tantae. Sospilatricis. Ope

    Ordo. dec. pro. populo

    Votum. Solvens. quod. rov't

    An. M. DCCC. XXXV

    Les sanctuaires élevés en l'honneur de la Vierge sainte sont des sources inépuisables de bienfaits pour les fidèles qui, dans le sentiment d'une tendre confiance, viennent y puiser à toute heure.

    Celle qui jaillit depuis tant de siècles au pied de la Vierge de Consolation ne cessera point, nous en avons la douce espérance, de faire germer toute sorte de biens dans un royaume où la religion est réellement en honneur.

    Cette espérance est d'autant mieux fondée que Charles-Albert, prince si zélé pour 1a gloire de Dieu et le culte de sa sainte Mère, vient de confier le soin de ce temple auguste aux Oblats de la vierge Marie, dont le nouvel institut, approuvé par Léon XII, s'est formé sous l'invocation de la Mère de Dieu.

    Source : Livre "Histoire des principaux sanctuaires de la mère de Dieu" par Firmin Pouget

     

     

     

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