• Saumur, Notre-Dame des Ardilliers

     
     

    Saumur

    Notre-Dame des Ardilliers

     

    Histoire

    En 1454 un agriculteur, en labourant son champ, découvre dans l'« ardille » (argile, mot qui donnera son nom, d'après la légende, à Notre-Dame-des-Ardilliers) une statuette en pierre d'une trentaine de centimètres de haut représentant une pietà.

    Le paysan l'emporte chez lui.

    À deux reprises il découvre la pietà revenue à son lieu de découverte, proche d'une fontaine déjà connue pour ses vertus bienfaisantes.

    Dès lors des dévotions vont commencer autour de cette statue placée dans une niche sous un arceau de pierre.

    Source :

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Chapelle_Notre-Dame-des-Ardilliers

     

     

    De la fontaine des Ardilliers

    Au pied du coteau sur lequel est assis le château de Saumur, il existe une fontaine, dont les eaux merveilleuses et bénies du ciel, attirent un grand nombre de pèlerins sur ses bords.

    On l'appelle la Fontaine des Ardilliers à cause de l'argile que l'on trouve en cet endroit, et que l'on nomme encore vulgairement ardille dans le pays.

    La vertu miraculeuse de ces eaux fut constatée juridiquement au XVe siècle ; mais il est hors de doute que la vénération du peuple et son concours en ce lieu remontent à une époque beaucoup plus reculée, car il est bien évident que ces actes publics n'ont point établi la dévotion dont nous parlons, ils n'en sont que la conséquence et ils servent à constater une pratique antérieure.

    C'est ainsi qu'un procès verbal ne crée point les faits qu'il contient, il les met en ordre et en conserve simplement le souvenir.

     

    Ne pourrions-nous pas faire remonter jusqu'au temps du paganisme le concours du peuple aux Ardilliers ? Nous savons que les habitants de notre pays, avant leur conversion au christianisme, adoraient leurs faux-dieux particulièrement sur le bord des fontaines et au milieu des bois ; or, il se trouvait aux Ardilliers une fontaine et un bois dont il reste encore une partie et qu'on appelle le Bois-Doré. Ce lieu était certainement un siège renommé des superstitions païennes, d'après ce que nous lisons dans l'histoire de saint Florent.

    Ce saint religieux passant en cet endroit pour aller à Tours visiter saint Martin, chassa du Bois-Doré un énorme serpent qui infestait toute la contrée.

    Cette allégorie, toute populaire encore aujourd'hui, signifie que saint Florent prêcha la vraie religion, convertit les habitants et expulsa ainsi l'ancien serpent, le démon qui tenait sous son joug les populations d'alentour

     

    Nous voyons dans l'histoire des Juifs que rien n'était plus précieux pour eux qu'une fontaine ou une citerne creusée pour recevoir les eaux du ciel. Rien n'avait plus frappé ce peuple que les fontaines sorties du sein des rochers pour l'abreuver pendant son pèlerinage an milieu du désert. C'était Dieu qui avait fait creuser à Jacob le puits où se désaltéra ce patriarche avec tous ses troupeaux.

     

    Aussi les eaux jouent-elles un grand rôle dans les comparaisons sublimes des prophètes et les autres écrivains sacrés. Dénaturant et corrompant ces idées, vivement frappés des effets bienfaisants des eaux à travers les campagnes, les païens avaient vu la présence de la divinité dans une œuvre si belle ; ils pensaient qu'un Dieu caché dirigeait les eaux de chaque fleuve et de chaque fontaine. C'était une croyance générale par toute la terre avant la venue de notre Seigneur. Le fond de cette croyance est vrai : c'est Dieu qui fertilise les campagnes au moyen des fleuves et des ruisseaux qui les parcourent dans tous les sens ! C'est Dieu qui a formé les réservoirs des fontaines dont les eaux nous frappent toujours d'admiration, parce que leur source inépuisable a vraiment quelque chose de mystérieux.

    Quand saint Florent passa par Saumur, quand les premiers prédicateurs de l'Évangile parurent dans notre pays, ils trouvèrent les habitants imbus de cette croyance faussée dont nous parlions tout-à l'heure ; ils en détruisirent le côté erroné et il n'en resta plus que le fond, c'est-à-dire la foi à la présence de Dieu dans tons ses ouvrages, instruments et ministres de ses bontés à notre égard. Certainement il n'est rien de plus raisonnable.

    Ce ne fut donc plus l'eau de la fontaine qu'on adora mais Dieu créateur de la fontaine. On vînt chercher sa guérison aux Ardilliers, non pas parce que l'eau avait en elle-même une vertu surnaturelle, mais parce que Dieu, au moyen de cette eau, se plaisait à opérer des prodiges de grâce et de miséricorde.

     

    Cette dévotion se perpétua donc de siècle en siècle, et le concours des pèlerins, le nombre des miracles devint si considérable qu'en 1446, la ville de Saumur voulut amener les eaux de la fontaine jusque dans son sein.

    On fit prendre le niveau pour la construction d'un canal destiné à conduire l'eau devant le portail de l'église Saint-Pierre.

    La mémoire de ce fait était conservée dans le compte-rendu de Pierre Tranchot, en ce temps-là receveur des deniers de la ville.

    Mais ce projet n'eut point de suite, soit que son exécution fût impossible, soit que l'on préférat laisser les choses dans l'état où la Providence les avait placées depuis si longtemps.

     

    Origine de la dévotion envers la Sainte Vierge aux Ardilliers

    Nous n'avons vu jusqu'ici aucune trace du culte de la sainte Vierge aux Ardilliers.

    Il n'y avait là qu'une simple fontaine au milieu de la campagne et dans laquelle chacun venait puiser pour obtenir la guérison de ses maux.

    Mais bientôt les choses vont changer de face ; on bâtira une église, et le nombre des pèlerins qui s'y rendront de toutes parts sera si grand qu'on fera venir de loin des prêtres pour les assister.

    Les habitants de Saumur les premiers, et après eux , des villes entières, et un roi de France tiendront publiquement et solennellement au sanctuaire nouveau des Ardilliers rendre leurs hommages à la mère du Sauveur.

    Les villes de Saumur, de Riom, de Poitiers, Bourges, Saint-Aignan, Celle et Montmorillon députent leurs magistrats pour se consacrer à Marie dans cette église ; Louis XIII, le cardinal de Richelieu ; Henri, prince de Condé, un prince de la Tremouille, Jacqueline de Maillé, marquise de Brézé, et avec eux une foule de personnes de toutes les conditions viennent en pèlerinage à Saumur et font des présents considérables à la chapelle des Ardilliers : un ministre des finances de Louis XIV fait commencer à ses frais et Mme de Montespan achève le dôme que nous voyons aujourd'hui ; un d'Effiat de Cinq-Mars (famille dans laquelle on hérite de la vertu comme d'un bien patrimonial), construit pour les oratoriens une vaste maison.

    Pourquoi ces manifestations solennelles de foi et de piété ?

    Il faut qu'il se soit passé des faits singuliers, extraordinaires, visibles aux yeux de tous et capables d'attirer après le peuple d'aussi grands personnages.

    Écoutons les récits de nos pères.

     

    En l'année 1454, huit ans après qu'on eut projeté d'amener au centre de Saumur l'eau de la fontaine miraculeuse, un homme du faubourg de Fenet découvrit, en travaillant auprès de cette fontaine, une petite statue de la sainte Vierge.

    C'est un groupe sculpté dans une pierre fort dure, qui représente la Vierge assise tenant le Christ mort sur ses genoux.

    De savoir comment cette statue gisait enfouie dans cet endroit, nous en sommes sur ce point comme sur plusieurs autres, réduits à de simples conjectures ; les protestants ne nous ont rien laissé, ils ont pillé les richesses et les titres de la chapelle lorsqu'ils se rendirent maîtres de Saumur en 1562.

    On lit dans les archives de l'abbaye de Saint-Florent que les religieux, fuyant devant les Normands, dévastateurs des rives de la Loire au neuvième siècle, se retirèrent en Bourgogne dans la ville de Tournus.

    Ces pieux fugitifs avaient emporté leur plus précieux trésor, les restes vénérés de Florent, leur maître et leur protecteur.

    L'orage passa ; le moine Absalon, resté seul, revint avec les saintes reliques, et trouvant le monastère ruiné, il se retira dans ce petit bois que saint Florent purifia, comme nous l'avons dit, du culte des faux-dieux.

    Là, il eut pour abri une grotte creusée dans le rocher ; pour se désaltérer, l'eau claire de la fontaine, et il attendit que des jours plus heureux lui permissent de donner un plus somptueux asile aux ossements vénérés, l'objet de sa plus vigilante et de sa plus tendre sollicitude.

    Dans cette retraite, s'occupa-t-il, comme quelques moines du moyen-âge, à sculpter une statue de la Vierge ou bien en posa-t-il une toute faite auprès de son chevet de pierre ?

    On ne sait, mais on présume que la statue trouvée au quinzième siècle avait appartenu au moine Absalon.

    La pierre du rocher s'éclate au grand froid, elle s'altère et se dissout avec le temps ; la statue, faite d'une pierre beaucoup plus dure, demeura donc enfouie sous les ruines de la grotte et sous les terres que les pluies y amenèrent des hauteurs voisines

     

    Une note manuscrite, émanée d'un père de l'Oratoire et qui date du siècle dernier, donne une autre conjecture.

    « Il semble fort probable, dit l'auteur, que cette figure.... est un reste précieux de l'ancienne abbaye de Notre-Dame et de saint Jean-Baptiste, située à peu près dans ce lieu et donnée par Charles-le-Chauve aux moines de Glonne ou de Saint-Florent-le-Vieux, mais bientôt, après détruite par les hordes Normandes.

    Le lecteur peut choisir entre ces deux versions.

    Ce cultivateur trouva donc une statue de la sainte Vierge.

    Il l'emporta chez lui ; le lendemain, de retour à son travail, il en voit une toute semblable à la première ; il la prend, mais il ne trouve plus, chez lui, celle qu'il y a déposée la veille.

    Ne sachant que penser de cet évènement, et dans le doute qu'on ne lui eût enlevé la première statue, il enferme avec soin celle qu'il possède, et cependant, une troisième fois, il la retrouve dans le même endroit où elle s'était offerte le premier jour à ses regards.

    Bien assuré que c'était la même statue, il déclara ce prodige qui fut bientôt connu dans Saumur.

    On examina avec attention les différentes circonstances de ce récit et l'on tint une assemblée de ville où l'on vota la construction d'un arceau de pierre qui fût bâti aux frais de la commune, cette même année 1454.

    Cette dépense était consignée dans les comptes du Receveur municipal qui n'existent plus aujourd'hui.

    « La statue fut posée sur l'ar ceau pour la dévotion dupeuple qui, au bruit de la merveille susdite, y venait en plus grand concours de toutes parts. » 

    Faut-il louer les habitants de Saumur de la foi qu'ils ont eue à la parole d'un homme du peuple, ou devons nous rire de leur simplicité ?

    Pour moi, je ne puis m'empêcher d'admirer l'action prudente et digne de leurs magistrats.

    L'aréopage d'Athènes, ce corps si vénérable et si éclairé, vit un jour saint Paul comparaître devant lui : l'apôtre, avec le langage d'un homme du peuple, leur annonce, dans un discours sublime, les vérités du christianisme, mais voilà ces graves sénateurs qui se prennent à rire d'un air dédaigneux et qui lui disent : « Il suffit, nous vous entendrons la-dessus une autre fois.»

    Nous n'avons ici ni saint Paul, ni l'aréopage, mais nous voyons agir la civilisation catholique, tout à la fois éclairée, grave et parée d'une simplicité et d'une bonne foi vraiment admirables.

    Un ouvrier se présente devant les chefs d'une petite cité chrétienne , et, avec l'accent de la vérité, il leur expose ce qu'il a vu, ce qu'il a fait.

    Ceux-ci écoutent respectueusement, ils réfléchissent en silence ; cela leur parait venir du ciel.

    Toute la ville, par leur ordre, s'assemble, elle entend le fait, elle le croit, et, en votant par acclamation l'érection d'un simple arceau de pierres, elle se donne à elle et à la France un véritable trésor au sens spirituel et chrétien, et se crée aussi, sans le savoir, les éléments les plus féconds de sa prospérité future.

    Les populations des villes et des provinces voisines accourront en foule dans ses murs et bientôt des prodiges sans nombre vont récompenser cet élan de confiance et d'amour. 

    Oui, vous pouvez venir maintenant, grands et puissants personnages et vous pauvre peuple affligé, répandre ensemble, aux pieds de Marie, vos larmes et vos soupirs ; venez lui confier vos peines et vos joies.

    Vos peines ! l'amour d'une mère sait si bien les adoucir ! Vos joies seront embaumées d'un parfum d'enivrante pureté ; versez vos âmes tout entières dans son sein maternel : Marie possède dans notre ville un trône de miséricorde sur lequel l'ont élevée les pieuses mains des Saumurois.

    Venez sur cette terre hospitalière ; et vous, ô Marie ! regardez ce sanctuaire où l'on vous a rendu, où l'on vous rend encore tous les jours de si pieux hommages ; souvenez-vous qu'il vous a été consacré par nos pères et que nous sommes leurs enfants.

     

    Construction des différentes chapelles des Ardilliers

    La statue miraculeuse fut exposée à la vénération des fidèles sur l'arceau de pierre élevé aux frais de la commune de Saumur, arc-de-triomphe bien modeste qui ne mettait point l'image à l'abri des injures de l'air.

    Chacun pouvait l'atteindre avec la main et plusieurs pèlerins, emportés par un zèle plein de foi mais peu discret, cherchèrent à enlever ce précieux trésor.

    Un paysan eût le premier cette mauvaise pensée.

    Il voulut prendre la statue pour en doter l'église de sa paroisse, mais notre homme demeura roide et immobile sur la place jusqu'à ce qu'il eût demandé pardon de son attentat.

    Quelque temps après, trois personnages des environs de Mirebeau, retournant des plaids de Saumur, un vendredi, s'avisèrent de vouloir emporter la statue.

    « Ils la prennent, dit notre livre, et la mettent dans un bissac, sur un de leurs chevaux avec une pierre de l'autre côté pour servir de contre poids.

    Mais c'est en vain que l'on veut faire marcher le cheval ; on transporta successivement la statue sur les deux autres que l'on ne put faire remuer d'un pas.

    Nos trois plaideurs furent contraints de remettre en place la statue afin de pouvoir regagner leur logis avant la nuit.

    Huit jours après ils revinrent et remontrèrent aux personnes de leur connaissance, quel peu de soin l'on prenait d'un si grand trésor.

    Ils firent plus, et ils déposèrent dans un acte public tout ce qui leur était arrivé. »

     

    Ces deux évènements firent naître aux habitants de Saumur la pensée de bâtir une chapelle en cet endroit.

    Le procureur du roi remontra au lieutenant-général qu'il abordait un grand nombre de pèlerins auprès de la fontaine des Ardilliers pour offrir leurs vœux à la sainte Vierge.

    Il y a danger, lui dit-il, que le lieu demeurant exposé aux injures de l'air et devenant inaccessible à cause de la boue qu'y entretiennent les pluies, le concours des pèlerins et la nature du terroir, la dévotion envers la sainte mère de Dieu ne diminue par notre faute, au grand dommage de tout le peuple.

    Il paraît donc qu'à cette époque on s'occupait aussi quelque peu des intérêts du peuple et l'on ne comptait pas parmi les moindres ses intérêts moraux et religieux.

    C'est qu'il a en effet à leur conservation un droit imprescriptible qu'on ne peut lui contester, qu'on ne peut négliger sans violer les règles les plus élémentaires du droit naturel.

    « Que les gouvernements n'oublient pas, dit un auteur, qu'ils ont rempli tous leurs devoirs envers les peuples, lorsqu'ils ont fait assez pour leurs besoins, peu pour leurs plaisirs et tout pour leurs vertus. »

    Le but de la politique, selon Bossuet, est de rendre la vie plus commode et les hommes plus heureux. Cette définition comprend en deux mots et les droits des administrés et les devoirs des magistrats.

    Mais, pour arriver à ce but, quel moyen plus puissant et plus efficace que la religion ?

    Essayez avec de belles paroles de faire trouver au pauvre, au malheureux le bonheur dans son état.

    Il est aisé de dire : 0 hommes, soyez content de ce que vous avez ! prenez patience ! mais il est mal aisé de pratiquer cette belle résignation.

    La religion (la plus grande force sociale qui soit au monde), élève l'âme au-dessus des biens comme des misères de cette vie ; elle apprend à respecter le bien d'autrui sans avoir besoin de prisons et de gendarmes. Elle apprend bien plus : elle enseigne à supporter l'infortune sans se plaindre, elle sait la faire trouver légère et même désirable. Aucune autre théorie n'a pu aller jusque là.

     

    Ce fut le peuple qui par son concours aux Ardilliers fonda le pèlerinage ; ce fut un homme du peuple qui découvrit la précieuse statue et ce fut avec l'argent du peuple que l'on construisit une chapelle, bien méritée par des centaines d'années de pieuses persévérance.

     

    Les aumônes arrivèrent de toutes parts, et le lieutenant-général François Mingon rendit, le 12 juillet 1534, une ordonnance par laquelle il chargeait deux bourgeois de la ville, Pierre Hardré et Louis Hervé, de recevoir les offrandes.

    Grâce à leur diligence, on posa la première pierre de la chapelle le 1er août de la même année, et, pour perpétuer le souvenir de cet événement, on grava sur une table de cuivre une inscription latine dont voici la traduction :

    « L'an 1534, le 1er jour d'août, d'après le vœu et aux frais communs des magistrats et du peuple Saumurois, Louis Hervé et Pierre Hardré, leurs délégués, ont fait jeter les fondements de cette chapelle, sous le pontificat de Paul III, Mgr Jean Olivier, étant évêque d'Angers, et François 1er, roi des français, sous l'administration de François Mingon, lieutenant-général, de Guillaume de Rennes, procureur du roi, de Mathieu de Thorigné, avocat du fisc, de Jean de Castaignier, maire et de Guillaume Bourceau, éehevin ».

    La dédicace de cette chapelle fut faite solennellement le 30 juillet 1553, par Mgr Gabriel Bouvery, évêque d'Angers.

    Remarquons ici que pour la première fois l'autorité ecclésiastique vient sanctionner la dévotion populaire aux Ardilliers.

    Le pèlerinage à la fontaine se faisait depuis longtemps, la statue était trouvée depuis plus d'un siècle, et l'évêque n'avait encore rien décidé. Telle est la marche de l'Église catholique. Sûre que le temps lui appartient jusqu'à la fin, elle s'avance lentement et avec calme. Quand il plaît à Dieu de manifester spécialement sa puissance, l'Église regarde, laisse agir la Providence divine, se réjouit (la bonheur de ses enfants visités par la grâce du Seigneur, réprime leur impatience, temporise, se laisse même accuser d'une coupable lenteur ; mais elle veille, et quand elle se prononce, quand elle agit, c'est toujours à coup sûr.

    Nous ne connaissons point les motifs qui ont pu décider Mgr Olivier à permettre l'érection de la chapelle et Mgr Bouvery à la consacrer.

    Le pillage des protestants nous a laissé de grandes lacunes qu'il est difficile de combler ; un grand nombre de faits nous sont inconnus, mais ceux qui nous restent, arrivés au grand jour, solennellement constatés, reconnus par une ville entière, suffisent pour montrer que véritablement le doigt de Dieu était là et que l'autorité ecclésiastique n'a pas agi sans des motifs valables et sans de bonnes raisons.

     

    La première chapelle n'était pas fort grande, mais elle fut bientôt augmentée par André Hardré, fils de Pierre Hardré dont nous avons parlé plus haut.

    Celui-ci voulut transporter la statue sur l'autel principal afin que le peuplé put l'honorer plus commodément ; la foule se pressait dans l'étroite chapelle et de là naissait une confusion fort nuisible au recueillement et à la prière.

    Un soir donc, il enleva la statue et la plaça sur l'autel.

    Mais le lendemain quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il la retrouva sous l'arceau où elle était restée jusqu'alors.

    Ce bon vieillard eut un tel repentir de son excusable témérité qu'il fit faire une procession générale des paroisses de la ville jusqu'à la chapelle des Ardilliers ; il jeûna lui-même trois mois entiers pour conjurer le seigneur de ne punir ni lui ni sa famille qui n'était point dans le secret de sa malheureuse tentative.

    « Il existe, ajoute notre livre, un acte public de ce miracle, passé sur le témoignage de deux anciens bourgeois de Saumur qui ont dit l'avoir appris de la bouche même du susdit André, lequel vivait encore il n'y a pas plus de quarante ou cinquante ans ».

     

    « M. le duc de Vendôme fit ensuite bâtir une sacristie derrière l'arceau où était la sainte image, pour la commodité des prêtres survenant et pour garder les précieux ex-voto présentés à la sainte Vierge en reconnaissance de ses bienfaits. »

    « En l'année 1634 a été élevée une autre chapelle joignant l'église, par Mgr l'éminentissime cardinal duc de Richelieu, pour action de grâce à la sainte Vierge, après une maladie désespérée, dont il guérit par sa faveur, dans Saugeon à son retour du Languedoc. »

    Cette chapelle était située du côté de la rivière, et comme elle menaçait ruine, on l'a démolie en 1841.

    La première pierre portait cette inscription :

    « Sous le pontificat d'Urbain VIII, Mgr Claude de Rueil étant évêque d'Angers, sous le règne de Louis-le-Juste, l'église de Notre-Dame-des-Ardilliers fut augmentée de deux chapelles, pour acquitter un vœu du pieux cardinal duc de Richelieu, qui tomba gravement malade après avoir chassé les ennemis de l'état et pacifié le Languedoc.

    La première pierre fut posée au nom de son frère par illustre dame Nicole, épouse du haut et puissant seigneur Urbain de Maillé, marquis de Brézé, commandeur des ordres militaires de France, gouverneur des châteaux, villes et pays de Saumur et de Calais ; aux cris poussés par le peuple de vive le roi ! vive le duc qui gouverne la France avec tant de gloire ; en présence des autorités militaires et judiciaires, d'une foule de noblesse et d'un pieux clergé en prières. L'an MDCXXXIV , le IXème jour de juin.

    La nef fut aussi construite par le cardinal de Richelieu.

    « En l'année 1652, haut et puissant seigneur messire Abel Servien, comte de la Roche des Aubiers, conseiller du Roi en tous ses conseils, ministre d'état, commandeur et garde des sceaux des ordres de sa Majesté, ayant fait bâtir une autre chapelle de l'autre côté, de même grandeur, à pareille sculpture que celle dudit seigneur cardinal, a enrichi l'autel d'un très-excellent tableau fait par Champagne, et dans cette chapelle repose le corps dudit seigneur, proche celui de madame sa femme.

    « Et l'année 1654, ledit seigneur comte de Servien, lors sur-intendant des finances, fit jeter les fondements du dôme, qu'il a fait élever environ de quarante pieds de hauteur du rez-de-chaussée, où l'ouvrage est demeuré par le décès dudit seigneur comte de Servien. »

    Enfin, Mme de Montespan vint à Saumur ; elle avait quitté la cour eu 1680. Cette femme, si hautaine et si fière, pleine maintenant de résignation, d'humilité, de repentir, se fit bâtir une modeste demeure près du couvent des pères de l'Oratoire. C'est la petite maison située à l'extrémité du jardin de l'hospice et qu'on nomme le Jagueneau.

     

    Là, seule et loin du tumulte du monde, elle ne voyait que sa sœur la célèbre mar quise de Rochechouart, abbesse de Fontevrault, et le père de la Tour, son confesseur. Son temps se partageait entre la prière, l'étude et les exercices d'une sévère pénitence, et sûrement son cœur était plus en paix qu'au milieu de l'éclat de la cour et des splendeurs de Versailles. Uniquement occupée de bonnes œuvres, elle voulut laisser un témoignage éclatant de sa piété, et ce fut par ses soins que l'on termina le dôme de Notre-Dame-des-Ardilliers en 1695.

    Un arrêt du conseil de l'année 1610 avait ordonné qu'une somme de cinquante mille livres prise sur les plus clairs deniers des généralités de Tours, Orléans, Poitiers et le Mans, serait affectée à la réparation de la chaussée, au revêtement du Quai, ainsi qu'à la construction des bâtiments destinés à loger les desservants de l'église. Le maréchal marquis d'Effiat eut la surveillance de ces divers travaux, et il fit construire la maison que l'on voit près de l'église et qui fait aujourd'hui l'hospice de la Providence.

    Telle est l'histoire des constructions successives faites aux Ardilliers.

    Une petite chapelle devint avec le temps une grande église, aujourd'hui fort délabrée, mais que les aumônes des pieux chrétiens et le patriotisme des Saumurois nous font espérer de voir bientôt rétablie en son premier état.

    Tous nos lecteurs ne connaissent pas Saumur, et plusieurs qui sont nés en cette ville, familiarisés dès l'enfance avec un beau spectacle, n'en auront peut-être pas joui jusqu'à ce jour.

    Je veux les y conduire : qu'ils viennent, la nature fera tous les frais.

    Sur ce pont qu'ont vu bâtir nos pères, au déclin du siècle dernier, qu'ils se placent et qu'ils jettent leurs regards sur la Loire en remontant son cours. La scène est vraiment délicieuse : ce large lit de la rivière où l'eau coule toujours tranquille et sans courroux, les îles mollement couchées au milieu des eaux, entrecoupées de massifs d'arbres, de prairies et de mystérieux rideaux de peupliers verts — les grandes voiles blanches enflées par le vent, qui se dessinent sur le feuillage des arbres et glissent doucement sur les eaux ; : le paysage entier, ne nous jette-t-il pas dans une admiration, dans une extase involontaire ?

    Regardez encore : vous voyez à l'extrémité de la ville cette église surmontée d'une coupole, qui se détache sur les masses de verdure du coteau. Elle est là, comme une sentinelle avancée, gardienne vigilante de notre cité. Comme elle complète, anime et vivifie le paysage ! quelle âme peut rester indifférente en présence d'un spectacle aussi ravissant !

    Mais, ces beautés de la nature, cet ordre, cette harmonie, ces proportions, nous les voyons en vertu de l'union de notre esprit avec la beauté, l'ordre, l'harmonie, l'intelligence éternelle.

    Recueillons-nous : des pensées plus fortes doivent nous occuper.

    Sortons de ce vague dans lequel nous laisserait la vision non réfléchie d'un spectacle matériel ; pensons à nous ; allons, si vous le voulez, vers le mystérieux sanctuaire de Notre-Dame ; nous élèverons nos âmes jusqu'à Dieu, la prière nous mettra en communication directe avec le Verbe, qui seul illumine tout homme venant en ce monde : faisons ensemble ce court pèlerinage, c'est un raccourci de la vie humaine ; l'un et l'autre seront bientôt à leur fin ; dirigeons-les tous deux vers Marie : solide appui des malheureux contre les coups de la fortune et de la mort, rafraîchissement à l'ardeur aveugle qui consume les mortels insensés : allons vers celle qui a toujours exaucé la prière confiante ». Chemin faisant, nous aurons occasion de parler de Marie et de montrer les effets de sa puissante protection.

    Nous passons par les quais de la ville et nous voici devant l'antique Mairie, construite au XVe siècle.

    Ce fut là qu'un jour, au son du beffroi, convoqués tous en assemblée générale, les habitants de Saumur se placèrent sous la protection de la sainte Vierge que nous allons vénérer aux Ardilliers.

    Le château s'offre maintenant à nos regards. Du haut de cette forteresse régnait sur ses coréligionnaires, le pape des Huguenots, Duplessis-Mornay. Pontife sans prêtres, pontife d'un jour, il lançait contre le pontife éternel des foudres ridicules et impuissantes à soutenir l'erreur. Son temps fut marqué et à l'heure dite, nos pères furent tout étonnés de voir si près d'eux passer pour ne plus revenir cet homme célèbre dont le génie gâté par l'erreur n'a su trouver que des Injures au lieu de raisons pour combattre l'église romaine.

    Mais pendant que nous regardons ainsi d'en bas ces grandes ombres et ces souvenirs antiques, nous voici près de la chapelle des Ardilliers.

    Entrons : ne craignons rien, tout est suavement mystérieux dans ce sanctuaire.

    Le dôme nous développe ses belles dimensions égales a celles du dôme des Invalides. Sa voûte est ornée de bas-reliefs représentant les quatre évangélistes, le pape saint Léon, saint Augustin, saint Jérôme et saint Ambroise. 

    Ces sculptures sont d'un goût classique et d'un fort bon dessin.

    A droite et à gauche de la porte d'entrée, il y a six chapelles dont l'une renferme le tombeau de la Magdeleine, construit sur le modèle de la sainte Baume, en Provence.

    La nef ouvre dans le dôme : au fond se trouve un ornement composé de colonnes, de guirlandes et de statues.

    Cet ensemble ne satisfait pas aux règles d'un goût sévère, mais il n'en produit pas moins un bon effet.

    La chapelle Servien va être incessamment restaurée ; déjà les voûtes ont été grattées, et leurs contours, leurs dessins perdus sons une couche humide et verdâtre, ont reparu pleins de grâce et de légèreté.

    L'autel, d'un beau marbre rouge, sera surmonté d'un tabernacle sorti des ateliers de Romagnesi, à Paris, et au-dessus sera placée la statue miraculeuse.

    Le pavé doit être également refait à neuf: les pieux serviteurs de Marie peuvent être persuadés qu'on ne néglige rien pour restaurer l'église ; mais tous ces ouvrages sont chers et les faibles ressources dont on peut disposer ne permettent de les exécuter que l'un après l'autre.

     

    Recueillons-nous au pied de ces autels.

    Pensons à toutes les générations qui nous ont précédées devant la statue de Marie, à toutes les prières répandues à ses pieds, aux larmes essuyées, aux douleurs soulagées, aux maladies guéries, a la joie du cœur, aux effusions de la reconnaissance, à tous ces nobles sentiments qui touchent l'âme avec tant de force et lui rendent une énergie si vive et un calme si doux. Merveilleux effet de la prière ! Ah ! si nous n'avons jamais éprouvé ce saint délire du cœur, c'est que jusqu'ici nous n'avons pas eu de cœur pour les choses du ciel.

    Nous ne sommes pas seuls devant le Seigneur. Voyez ces différents groupes de personnes agenouillées ! avec quelle attention elles offrent leurs prières ! avançons doucement pour ne pas les troubler. Cette mère entourée de ses petits enfants veut les former à la vertu : elle leur montre l'image de Marie, joint leurs mains innocentes et leur met sur les lèvres l'expression de la foi qu'elle a au fond de sou cœur. Ces êtres qu'elle a mis au monde sont autant d'échos qui renvoient vers le ciel les vœux, les pensées et les désirs de son âme ; tous ces petits suppliants attirent sur leur mère les bénédictions du Seigneur. 0 mère pleine de foi ! vous comprenez la sublimité de la fonction que la Providence vous a confiée ! Oui : l'avenir du monde est entre vos mains, mères de famille, et c'est comme en jouant, et sur vos genoux que l'homme moral doit se former.

     

    Cette scène charmante fixe toute l'attention d'une jeune femme que le ciel va bientôt rendre mère pour la première fois. Elle s'attendrit et cache sa tête dans ses mains. A la ferveur de sa prière, on juge ce qu'elle demande au Seigneur. Elle prie la sainte Vierge qui fut mère aussi, d'intercéder pour elle et de lui obtenir un fils soumis, obéissant, un fils qui réponde à ses soins. Elle promet à Marie, qu'elle élèvera ce fruit de ses entrailles dans l'amour de Jésus-Christ ; elle lui en soignera à régler sa vie suivant les principes de l'évangile, pour le rendre capable d'être, un jour, utile aux hommes sur la terre et d'aller ensuite recevoir sa récompense dans le ciel.

     

    Voyez s'avancer vers le sanctuaire cet homme dont les traits altérés, annoncent quelque peine intérieure. Est-ce un père de famille que ses enfants abreuvent de chagrins, est-ce un industriel à la tête d'affaires importantes, un magistrat dont l'esprit est ému de la gravité et de la sainteté de ses devoirs ? Il vient implorer les lumières du ciel. Il fait placer devant l'autel de Marie un cierge allumé, symbole de sa foi dans celui qui est la lumière du monde et dont il attend tout son secours. A genoux, les bras croisés sur sa poitrine, il médite, il consulte le Seigneur, il le prie de lui donner la force nécessaire pour mener à bonne fin l'entreprise qu'il a commencée, les affaires dont il est chargé. Que pouvons-nous avec nos faibles lumières ? Car la sagesse de ce monde est folie aux yeux de Dieu, puisqu'il est écrit : j'embarrasserai les sages par leur propre finesse.

    C'est pour cela que les chrétiens se défient d'eux-mêmes et supplient Dieu de révéler à leur intelligence et de faire aimer à leur cœur ses saintes volontés.

    Un dernier regard jeté sur cette foule pieuse nous fait découvrir une Sœur qui prie pour elle et pour ses pauvres. Ange de la terre dont nous ne bénirons jamais assez la douceur, la charité, le dévouement ! quelle est donc cette jeune femme qui, un jour quitte la maison de sa mère pour n'y plus rentrer, qui renonce aux plaisirs, aux aises de ce monde, à la vie de la famille, aux soins quelquefois si pénibles mais pourtant si doux de la maternité ? d'un regard elle a découvert le lien de la perfection. Aussitôt elle s'y dirigé poussée par une logique courageuse, et sans regarder ce qu'elle laisse derrière elle, sans écouter les songes riants et les illusions décevantes, elle entre pour toujours dans une voie de travail, de peines, de veilles et d'abnégation complète de volonté. Mais elle croit ; elle sait qu'au terme de la carrière se trouvera la récompense. Cette philosophie pratique et stoïquement chrétienne l'enchaîne sans retour au service de Dieu et de ses frères ; elle aura, comme ce philosophe, l'éternité pour se reposer. 0 charité ! ce sont là vos œuvres ! Nous voyons ces merveilles se renouveler chaque jour sous nos yeux : Comment ne croirions-nous donc pas à la vitalité et à la puissance du catholicisme qui, seul jusqu'ici a pu les enfanter !

     

     

    Les oratoriens aux Ardilliers

    La chapelle des Ardilliers fut desservie dans le principe par les prêtres de Notre-Dame-de-Nantilly, parce qu'elle se trouvait sur le territoire de cette paroisse.

    Mais on sentit bientôt la nécessité d'avoir sur le lieu même des prêtres sans charge d'âmes, et dont le temps pût être consacré tout entier aux nombreux pèlerins pressés au pied de l'autel. Un manuscrit conservé dans les archives de la Mairie s'exprime ainsi à ce sujet.

    « La chapelle de Nostre-Dame-des-Ardilliers étant devenue une des plus célèbres et des plus fréquentées du royaume, Messieurs de la ville de Saumur délibérèrent de donner ladite chapelle aux prêtres minimes, mais Monseigneur d'Angers n'y voulût pas consentir. Ils jugèrent alors qu'ils ne pouvaient la mettre en meilleures mains.... qu'entre celles des prêtres de l'Oratoire qui commençaient dès-lors à donner des marques de leur zèle et de leur piété dans les lieux où ils étaient appelés. Ils firent plusieurs assemblées de ville pour l'exécution de ce pieux dessein, et enfin, ils donnèrent procuration à Monsieur l'abbé de Bourgueil avec pouvoir de présenter requête au Roi au nom de la ville. Cette procuration fut signée de tous les principaux habitants, le 27 février 1614, et la requête présentée à sa Majesté au mois d'août de la même année....

    «Cette requête fut reçue agréablement du Roi Louis XIIIe d'heureuse mémoire, et il accorda des lettres patentes portant que la chapelle de Notre-Dame-des-Ardilliers était octroyée à perpétuité aux prêtres de l'Oratoire, avec les maisons, terres, rentes, possessions, meubles, ornements, argent, biens, aumônes qui ont été ci-devant et pourront être faites ci-après, et généralement toutes les choses quelconques qui lui appartiennent et en dépendent. Sa Majesté se déclare, en même temps, fondateur de ladite maison et église de Notre-Dame-des-Ardilliers, donnant pouvoir de construire et faire toutes les acquisitions que lesdits prêtres de l'Oratoire jugeraient convenables pour leur établissement, à la charge de prier Dieu pointa prospérité, pour le repos et la tranquillité de son royaume.»

    Ces lettres accordées à Angers au mois d'août 1614, furent vérifiées en parlement le 23 février 1615. Dans le même mois, l'évêque d'Angers donna son consentement, mais les Oratoriens n'entrèrent pas de suite en jouissance d'un établissement qui leur paraissait si bien assuré. Les prêtres de Nantilly firent valoir les droits qu'ils avaient depuis si longtemps sur la chapelle et que l'arrêt n'avait point garantis. Ils formèrent opposition à la décision royale et ce fut seulement en 1619, le 29 mars que les prêtres de l'Oratoire entrèrent en possession de la chapelle des Ardilliers.

    L'abbé de Saint-Florent avait aussi des droits à exercer sur ce même territoire ; il ratifia le don qui en était fait aux Oratoriens aux conditions suivantes.

    1° Ceux-ci devaient dire une messe haute tous les ans, le jour de la fête de saint Florent.

    2° Quand ledit sieur abbé venait dans ladite chapelle, on lui laissait le maître autel pour dire la messe et il était assisté de trois prêtres de l'Oratoire.

    3° On devait laisser ce même autel libre aux religieux de Saint-Florent quand ils venaient processionnellement à la chapelle.

    4° Enfin, on devait payer au prieur curé de Nantilly, cent-vingt-livres de rente perpétuelle, payables la moitié à la Saint-Michel, et l'autre à Notre-Dame-de-Mars.

    Cet acte est du 5 juillet 1622.

    L'évêque d'Angers permit aux Oratoriens d'exercer toutes les fonctions de leur ministère dans son diocèse, à la charge de faire un service des morts pour l'âme de Messieurs les évêques d'Angers : cet acte est en parchemin, du 2 mai 1623.»

    Les Oratoriens restèrent aux Ardilliers jusqu'à la révolution de 1789. Les dons des pèlerins et les largesses des particuliers leur permirent de faire des acquisitions territoriales dans le pays. Louis XIII leur donna le Bois-Doré qui couronne le coteau, et le Jagueneau leur fut cédé par Mme de Montespan.

    Ces pères ne se bornèrent pas à satisfaire la dévotion des pèlerins aux Ardilliers. Leur institut avait pour but la prédication, l'instruction des jeunes gens qui se préparaient au sacerdoce et l'enseignement en général. Aussi ne restèrent-ils pas oisifs à Saumur. Ils tenaient le Collège et faisaient des cours publics. Nous ne pouvons pas oublier ici le père Thomassin, auteur du grand et savant ouvrage intitulé : de l'ancienne et de la nou velle discipline de l'église. A l'âge de 19 ans, en 1638, il fut envoyé à Saumur pour y faire sa théologie. Quelques années après, il devint maître en cette science, et ses supérieurs l'envoyèrent, vers l'an 1648 professer la théologie à Saumur qui était alors l'école la plus célèbre de l'Oratoire... Rien ne marque mieux la grande opinion et l'estime que l'on avait conçue de lui dans son corps, puisque, n'étant pas encore âgé de 30 ans, on lui donnait un emploi qui demandait, pour ainsi dire, une érudition consommée et qu'on le préférait à un grand nombre d'excellents théologiens, dont la congrégation de l'Oratoire était dès-lors suffisamment pourvue.

     

    Un homme moins laborieux, ou plutôt moins savant que le père Thomassin se serait borné à sa classe de théologie ; mais ce grand homme qui ne ménageait pas ses forces lorsqu'il s'agissait de l'utilité du prochain et de la gloire de Dieu et de l'église, ne crut pas devoir s'en tenir la : il entreprit donc de faire toutes les semaines, outre ses leçons ordinaires de théologie scholastique, plusieurs conférences de théologie positive ; et sait l'importance des matières qui y étaient traitées, soit la profondeur et la nouveauté de la méthode, ces conférences lui attirèrent un très-grand nombre d'auditeurs, tant catholiques que protestants.

     

    Il continua pendant quelques années, ses conférences de théologie positive à Saumur. Il y traitait les matières théologiques d'une manière savante ; et les dégageant des subtilités de l'école, il appuyait tous les points qu'il se proposait d'établir sur le témoignage de l'écriture, des pères et des conciles. Il fut secondé dans cette pénible carrière par quelques-uns de ses confrères ; ce qui leur acquit une si grande réputation que le célèbre Amyrault, ministre à Saumur, disait que la maison de Notre-Dame-des-Ardilliers, des prêtres de l'Oratoire était un fort que l'église romaine opposoit à la place d'armes que les protestons avaient établie dans cette ville.»

     

    Dans ses moments de récréation, le père Thomassin cultivait un jardin qu'il avait planté lui-même d'arbustes et de plantes médicinales dont il connaissait la vertu et les propriétés. Il quitta Saumur avec regret vers l'an 1654. Le père Bourgoin, général de l'Oratoire, le fit venir à Paris pour continuer sur un plus grand théâtre les conférences publiques qu'il avait commencées avec tant de succès à Saumur. Ce savant homme mourût en 1695.

    A l'époque de la révolution, les Oratoriens furent renvoyés des Ardilliers. Un décret de la convention du 27 messidor an 4 (1796) donna le bâtiment, l'église et le Jagueneau à l'administration des Hospices et y transféra l'établissement de la Providence qui, jusque-là n'avait été qu'un hospice particulier, subsistant avec les dons et aumônes des habitants de Saumur. La loi du 17 fructidor an 7 rendit cette translation définitive, mais le Jagueneau fut détaché de la donation et vendu à part.

     

     

    Consécration de plusieurs villes et de quelques personnages célèbres à Notre-Dame des Ardilliers

    Le 30 avril 1615, époque où Duplessis occupait le château de Saumur, lorsqu'on pouvait croire la ville toute calviniste, le son du beffroi convoquait, à la manière accoutumée, les habitants en assemblée générale.

    Nous avons un extrait de cette assemblée de ville, écrite de la main du greffier.

    Cet extrait ne contient point le préambule ordinaire des procès-verbaux , et les noms de tous les assistants n'y sont pas désignés.

    A cette époque, le pouvoir municipal était beaucoup plus libéral qu'il ne l'est de nos jours.

    Lorsqu'il s'agissait d'une matière grave et qui dépassait les bornes d'une simple administration, tous les habitants étaient convoqués et c'était en leur présence et d'après leur avis que se tranchait la discussion mise à l'ordre du jour.

    Plusieurs de nos concitoyens eussent été curieux, avec juste raison, de retrouver, en tête de ce procès-verbal, les noms de leurs ancêtres : mais puisque toute la ville était convoquée, nous sommes tous engagés par cet acte passé solemnellement et écrit pour perpétuelle mémoire.

    Extrait d'une assemblée de ville tenue au palais royal de Saumur, pardevant monsieur le Sénéchal et Maire audit lieu, le dernier avril mil six cent quinze.

    « Sur ce qui a été remontré par le procureur du Roi, que de temps immémorial les habitants de cette ville de Saumur ont été portés de dévotion particulière vers la vierge Marie, l'église première et principale d'icelle ayant été dédiée en son honneur, où elle a fait reluire ses grâces et fait infinis miracles lesquels elle a continué en la chapelle de la fontaine des Ardilliers, de sorte qu'il se peut dire qu'elle a pris cette ville sous sa protection et sauvegarde singulière, en quoi elle s'est voulu montrer être leur patronne et adocate, ce que reconnaissant, nos prédécesseurs auraient de coutume, par vœu solemnellement fait en leur maison de ville (comme il en appert par les comptes de Pierre Tranchot, receveur de leurs deniers communs, rendus l'an mil quatre cent quarante-six et autres), de faire brûler un cierge jour et nuit devant l'image de Notre-Dame en l'église de Saint-Pierre de cette ville, — c'est pourquoi, ressentant en nos jours de cette sainte Vierge tant de bienfaits, il ne restait auxdits habitants sinon que lui en rendre grâces et se soumettre par vœu solennel, eux et leur ville en sa sauvegarde et protection à l'exemple et imitation de leurs pieux ancêtres et de tant d'autres villes qui ont élu cette Vierge pour dame et maîtresse ; de la supplier très-instamment de les vouloir prendre, tant en général qu'en particulier en sa tutelle et défense, les tenir en bonne amitié et concorde sous l'obéissance de Louis treizième, roi de France très-chrétien, ce qu'il requérait être fait par vœu public et solennel.

     

    « Sur quoi la matière mise en délibération, du consentement de tous a été jugée juste, pieuse et équitable, et ont été priés messieurs les senéchal, procureur du roi, eschevins et procureur syndic la faire exécuter de point en point et en faire expédier acte signé d'eux et du greffier de ville.

    « Pour perpétuelle mémoire,

     

    « Chartier, greffier de ville.»

    Dès le lendemain, les autorités désignées ci-dessus pour dresser acte du vœu des habitants, se réunirent et rédigèrent un écrit muni de leurs signatures et qui s'est conservé comme le précédent. Nous allons en rapporter les passages les plus importants.

    Vœu de Messieurs les habitant de Saumur.

    « Comme la dilection est réciproque de Dieu aux hommes qui l'aiment , aussi la Vierge chérit ceux que son Fils aime ; et ceux qui la reconnaissent pour mère de Dieu, elle les répute comme ses enfants et les lient en sa protection et sauvegarde, si bien qu'en leurs nécessités ils l'éprouvent vraiment mère ayant soin de ses enfants qui ont recours à elle. Ce que les officiers du roi, nobles, bourgeois, et habitants de Saumur ayant expérimenté plus particulièrement que aucuns autres par les fréquents miracles, signes admirables et grandes merveilles qu'il a plu à la divine bonté faire paraître en leur ville de temps immémorial par ses intercessions en deux églises dédiées en l'honneur de son nom, lesquels elle multiplie et continue journellement en celle de la fontaine des Ardilliers, de sorte qu'il semble qu'elle ait voulu prendre un soin si particulier d'eux, que s'il y eut jamais ville qui ait porté le nom de la Vierge, celle-ci a meilleur titre le devrait avoir pour tant de bienfaits particuliers ; c'est pourquoi épris, par une nouvelle ferveur conçue en leurs âmes, de tant de merveilles, ils se soumettent aujourd'hui eux et leur ville en sa sauvegarde et protection, la reconnaissent et déclarent pour leur dame et patronne à l'exemple de tant d'autres villes et même de royaumes entiers qui se sont mis sous sa tutelle ; sachant bien que, comme il est impossible à la diligence et industrie humaine de faire sa maison et sa demeure si Dieu n'y apporte sa bénédiction, de même, pour quelque vigilance et soin que l'on apporte a maintenir une ville en paix et la garder de trouble et de surprise, si Dieu ne la couvre de sa spéciale protection l'on y travaille en vain ; car quelle défense plus assurée pourraient ils choisir après Dieu que celle de la Vierge glorieuse sa mère. Aussi est-ce à vous, Vierge forte, qu'ils ont recours ; soyez leur adocate envers votre fils, puisqu'il vous plaît l'être de tous les mortels qui vous veulent choisir pour telle et gagner le ciel sous votre protection ; qui avez été leur défense assurée, leur montrant votre secours aussi prompt comme si manifestement vous leur eussiez tendu la main du ciel pour les sauver de naufrage et les retirer d'un grand déluge et de tant d'eaux qui les menaçaient d'une ruine totale ; et ainsi, se voyant par tant de manières obligés à vous ; ne voulant permettre que le cours de tant de bienfaits taris et dessécha  par leur ingratitude ; par mille actions de grâces ils vous renvoient ces biens que leur avez si libéralement donnés, afin que comme les rivières et fontaines par leur reflux en la mer reçoivent le flux et le cours des eaux, ils en obtiennent de vous la continuation ; et si leurs prédécesseurs ont si dévotieusement fait construire un temple où vous épanchez tant de grâces, faites les y participant et que le souvenir de ces merveilles demeure à jamais empreint dans leurs cœurs comme un vif et prenant mémorial pour les exciter à rendre honneur, louanges et grâces immortelles au fils et à la mère, se réjouissant qu'à leur ville Dieu ait donné si libéralement une telle forteresse, la remplissant de tant de dons et de bénédictions, qu'il ait pris plaisir de la sanctifier, changeant la substance de la pierre en abondance d'eaux pour abreuver son peuple, et un rocher en fontaine d'eau-vive, et du cours doucement impétueux du grand fleuve inépuisable de sa grâce sans cesse arrosant cette cité ce qui fait qu'ils bénissent incessamment en cette église de la fontaine de Notre-Dame-des-Ardilliers le Seigneur des fontaines d'Israël. Plaise à sa divine bonté les arroser de l'eau vivifiante de sa grâce, et continuer à les favoriser et combler de ses saintes bénédictions, et les environner des murs inexpugnables de sa sainte protection afin que l'édifice de son église y soit établi, y mettant de bons ouvriers qui l'édifient de sa sainte doctrine, de sacrements et de bons exemples, bâtissant les murs de la céleste Jérusalem des pierres vives propres au bâtiment éternel préparé à ses élus : Tenez-les donc, ô mère de Dieu, eux et leur ville en votre patronnage et sauvegarde : liez-les d'une amitié sainte et d'une concorde perpétuelle sous l'obéissance de notre roi très-chrétien Louis treizième qu'il plaise à Dieu de conserver longtemps pour le bien de son église et du royaume, lui donnant longue et heureuse vie, et recevez la reconnaissance pieuse qu'ils en font en votre chapelle des Ardilliers par vœu solennellement fait en leur Maison-de-Ville , le dernier jour d'avril mil six cent quinze, par nous Jean Bonneau, écuyer, sieur de la Maison-Neuve, conseiller du roi, sénéchal et lieutenant-général en la ville, ressort et seneschaussée de Saumur ; Guillaume Bourneau, écuyer, sieur de Beauregard, conseiller du roi et procureur pour sa majesté en ladite ville, ressort et seneschaussée ; Philippe Marays, sieur du Bouchet, receveur des consignations et greffier ordinaire en ladite seneschaussée ; Nicolas Virdonlx, ci-devant receveur des traites, échevin de la dite ville ; et Charles Jaunay, adocat et procureur-syndic desdits habitants ; en témoignage de quoi ils ont fait et produit cet acte signé d'eux, pour perpétuelle mémoire, par maistre Chartier, greffier ordinaire de ladite ville, le premier jour de mai mil six cent quinze.

      « Signé, Bonneau ; Bourneau ; Marays , Virdoux ; Jaunay, procureur-syndic ; Chartier.  Je le demande de bonne foi : un pareil évènement peut-il avoir lieu dans une ville protestante ? Vit-on jamais des magistrats calvinistes assembler une population calviniste comme eux et lui proposer de se consacrer à la sainte Vierge ; ces habitants consentir à cette proposition et les chefs rédiger l'acte ci-dessus, en dépit de leur religion et de leur conscience ? Cette supposition ne peut tenir un seul instant. Non, un tel acte n'était possible que dans une cité catholique. Les échevins qui président le peuple, qui sont élus par le peuple, sont catholiques, donc les électeurs sont de cette religion. Une ville protestante, à cette époque où les prétendus réformés avaient la liberté de conscience, aurait choisi des protestants pour la représenter.  

    On le voit donc jusqu'à l'évidence ; les protestants occupaient le château que les traités leur avaient concédé, mais il n'y avait dans la ville qu'une faible minorité calviniste. L'académie protestante attirait beaucoup de jeunes gens à Saumur, mais ils composaient une population flottante, et ils n'étaient ni bourgeois, ni habitants proprement dits.

    On a voulu nous faire croire que Saumur était une ville toute protestante ; c'est une erreur que l'aveuglement ou l'ignorance volontaire pourront seuls propager aujourd'hui. Quelques personnes, sans doute, faisaient profession de la nouvelle doctrine, mais leur nombre était fort petit. Nous venons d'en donner une preuve inconnue aux écrivains qui ont soutenu la thèse contraire, et cette preuve nous semble décisive dans la question. Oui, je le répète, le peuple, la classe moyenne resta catholique : les registres de l'état-civil de ce temps-là convaincront encore de cette vérité tous ceux qui se donneront la peine de les examiner.

     

    Chose remarquable ! C'est du sein d'une ville regardée comme le boulevard du protestantisme, c'est dans Saumur ou résidait Mornay, ce pape des protestants, où siégeaient leurs plus fameux docteurs, c'est de ce point que va prendre un nouveau développement le culte de la sainte Vierge ! protestation manifeste et solennelle d'un peuple protégé par Marie contre les doctrines de l'erreur.

    Amour et reconnaissance éternelle à Marie : c'est elle, comme le chante l'église, c'est elle qui a exterminé successivement toutes les hérésies dans le monde. Qu'est-ce à dire et quelle force déploie donc Marie dans cette guerre ? La force de la faiblesse et de l'humilité. Elle donne à ses serviteurs la charité qui prévient et la patience qui sait attendre. Mère des affligés, des petits et des faibles, qui a invoqué votre secours sans être aussitôt soulagé et consolé ? Dévotion touchante où l'on trouve d'un côté effusion de cœur et filiale confiance, et de l'autre, la tendre sollicitude et l'amour d'une Mère ! Il est impossible de n'être pas catholique lorsqu'on se sent un cœur fait pour aimer. .

    Vous étiez catholiques, habitants de Saumur, nos pères, qui au commencement du XVIIe siècle vous consacriez solennellement à la très-sainte Vierge ! Voilà ce qu'il fallait apprendre à vos descendants ; car eux aussi étaient compris dans votre vœu ; eux aussi doivent marcher sur vos traces et ne point se laisser entraîner à l'erreur.

    Saumur avait donné une impulsion qui ne devait point s'arrêter. Plusieurs autres villes et une foule de personnes de toutes les clas ses et de toutes les conditions suivirent avec empressement son exemple. 

    Poitiers et Montmorillon firent vœu d'envoyer à perpétuité, chaque année, des députés à Notre-Dame-des-Ardilliers, chargés d'implorer la sainte Vierge pour leurs concitoyens.

    Voici l'acte dressé par la ville de Montmorillon :

    « Aujourd'hui, vendredi, 27e jour de juin mil six cent trente et un, en l'assemblée des curés, officiers, manants et habitant de la ville et paroisse de Saint-Martial de Montmorillon, faite au couvent des révérends pères Récollets de cette dite ville, en laquelle assemblée a été arrêté et conclu, vu les grandes adversités et maladies contagieuses dont il plaît à Dieu nous affliger, pour la délivrance d'icelles, les habitants de ladite ville et paroisse iront en procession en l'église de Saint-Antoine-de-la-Foucaudière, conformément à l'ancienne piété et dévotion de nos majeurs tous les ans à perpétuité ; a été d'abondant arrêté , à la même considération que dessus, qu'annuellement et perpétuelle ment quatre personnes de ladite ville et paroisse, à savoir le prieur ou curé (Ficelle ou quelqu'un de leurs vicaires, un des officiers, un des sieurs fabriqueurs et un des habitants et bourgeois de ladite ville et paroisse, offrir leurs vœux et prières à l'église et chapelle de Notre-Dame-des-Ardilliers lez Saumur, lesquels voyages ils feront par les aumônes et charités des habitants de ladite ville et paroisse ; pour plus authentiquer lesdits vœux tant à Notre-Dame-des-Ardilliers qu'à Saint-Antoine de la Foucaudière, les avons offerts à Dieu au pied de son autel dans l'église paroissiale de Saint-Martial à Montmorillon en la célébration de la sainte messe qui se chantera solennellemcnt avec diacre et sous-diacre le jour et fête de Saint-Martial patron et titulaire de ladite paroisse, et pour plus grande approbation et confirmation de ces vœux, avons signé les présentes de nos seings, les jour et an que dessus.

     

    « J. Michel Dagobert, récollet ; A. Richard , lieutenant-général ; Donadiec, conseiller ; Pineau, adocat ; Demaillasson, Survilliers, G. DE L'Erpiniere ; F. DE L'Er pinière , F. Clabat , N., P. Caillatjd , L. Piat , L. Cailiaud , J. Brisson , L. Péal ,  N., J. GOUDON , J. COUBAR, H. L'AMOUREUX, A. Argenton, J. Argenton, Eustache-crugeon, L. Moreau , messager, L. Moreau , recteur et curé de ladite paroisse de Saint Martial de Montmorillon ».

    La ville de Celles, province de Berry, envoya comme marque de la consécration à la sainte Vierge, un tableau qui se voyait dans l'église avant la révolution.

    Saint-Aignan, dans la même province, envoya également un tableau qui représentait la ville offerte à la sainte Vierge par ses deux patrons saint Prisque et saint Aignan. Quatre vers latins étaient au bas de ce tableau :

    Sancti Anianensis tibi voto et mente dicatos
    Condidit en cives pictor in oppidulo.

    Hoc tibi servandum sancti retulêre patroni
    Accipias, nato desque Maria tuo.

    Vous voyez Salnl-Aignan tracé par le pinceau;
    Colle cité fidèle à sa mère chérie,

     

    Par ses saints protecteurs s'offre dans ce tableau
    Pour l'offrir à Jésus, recevez-la Marie.

    Riom, capitale de l'Auvergne, se mit aussi sous la protection de la sainte Vierge, et pour témoignage perpétuel de son vœu , elle fit présent d'un portrait de saint Amable, son patron, brodé en relief d'argent, avec cette inscription sur la base : « Les habitants de la ville de Riom, capitale de l'Auvergne, offrent dans le temple de la mère de Dieu a Saumur, cette image de saint Amable a l'indivisible et adorable Trinité, par l'entremise de la très sainte Vierge, pour l'extinction des fièvres qui désolent leur ville et toute la contrée d'alentour. Le 17 des calendes de juillet 1631.

    La ville de Bourges , affligée de la peste, eut recours à la sainte Vierge, en la chapelle des Ardilliers. Nous pouvons donc dire avec le livre dont nous empruntons les paroles : « C'est un effet particulier de la providence de Dieu que, pour le commencement de ce nouveau recueil, nous ayons un miracle si authentique qu'il pût servir pour confirmer la vérité des autres.... Car si tout un peuple a recours.. à la force et à la puissance des intercessions de la sainte Vierge, et si une des plus grandes villes du royaume publie, par autant de bouches qu'elle a d'habitants, ses grâces et ses faveurs, qui ne croira volontiers que quelques familles en ont pu recevoir des secours très-particuliers, puisqu'une province entière l'avoue.... et qu'enfin, elle peut guérir ces maladies ordinaires qui viennent de la nature, puisqu'elle a appliqué le remède à celle qui n'a point d'autre source que le ciel et les mains de Dieu ».

     

    « L'an de grâces 1636 eût été une année de rigueur à tout le Berry, et parliculièrement à la capitale de cette province , par une peste très dangereuse qui, infectant toute la ville, menaçait le pays, si par un effet de bonté très-signalé, la sainte Vierge n'en eût arrêté le cours, en éteignant cet incendie que les pleurs du peuple affligé n'avaient pu apaiser. Cette province avait déjà été menacée de ce mal une autre fois, et n'avait point eu de plus prompt remède dans sa misère et désolation générale que d'avoir recours à la mère de miséricorde et de compassion, dans un lieu qui lui est dédié sous ce titre aux Ardilliers, à Saumur ; et comme les bienfaits reçus nous avertissent que nous pouvons en attendre de nouveaux de la même main dont nous les tenons une fois, les habitants de Bourges espèrent des intercessions de la sainte Vierge la guérison de la même maladie.

    « Cette attente ne fut pas vaine ; car leur vœu de venir rendre leurs devoirs dans le lieu que N. S. a rendu illustre par tant de prodiges, ne fut pas plus tôt exprimé par la bouche des maires et échevins qui sont la langue publique, après avoir été conçu dans le cœur des particuliers, que par une merveille étonnante qui fit succéder la joie à la tristesse, cette reine des anges les délivra de cet épouvantable fléau et leur apprit quelle confiance on doit avoir en implorant son secours.

     

    « Ceux que le peuple avait choisis pour faire le vœu, l'exécutèrent et vinrent à Saumur, le 29 mars 1637, portant les remerciements des habitants qui s'étaient tous unis en leurs personnes pour se prosterner aux pieds de la très sainte Vierge et lui rendre leurs hommages ».

    Nous reproduisons les actes écrits que les députés laissèrent entre les mains des pères de l'Oratoire. Le vœu de la ville était ainsi conçu : « Glorieuse et très-sainte Vierge, tutrice et protectrice de cette ville de Bourges, nous sommes ici la plus saine partie de en corps, prosternés aux pieds de votre grandeur pour réitérer les annuelles actions de grâces que nous sommes obligés de vous rendre d'un si signalé bénéfice que par votre entremise nous avons autrefois obtenu, de la garantie d'une générale contagion qui nous affligeait. Aujourd'hui, nous sommes vexés d'un pareil mal et menacés peut-être d'un plus grand. Si c'était votre plaisir de vous présenter derechef pour notre avocate à l'endroit de votre cher fils, justement irrité contre nous par nos offenses et de retenir sa main, nous vous promettons et vouons en la présence de cet adorable et ineffable sacrement de son précieux corps, qu'aussitôt qu'il aura jeté les yeux de sa miséricorde sur les habitants de cette ville  et lieux circonvoisins, deux des échevins présents se transporteront ès lieux de Notre-Dame des Ardilliers et Saint François de Paule en la ville de Tours, pour là y faire leurs actions de grâces. »

     

    Voici maintenant l'acte d'accomplissement du vœu que nous avons entre les mains :

    « Nous Maire et échevins de la ville de Bourges, étant partis de ladite ville pour accomplir le vœu fait le premier jour de juin dernier, pour la conservation de la ville affligée de la maladie contagieuse, de rendre nos très-humbles actions de grâces en celieu de Notre-Dame des Ardilliers, s'il plaisait à Dieu par l'intercession de sa glorieuse mère de jeter ses yeux de miséricorde sur icelle ville et lieux circonvoisins d'icelle, certifions que ledit vœu ayant été pris et prononcé, la ville aurait été grandement soulagée et la maladie qui semblait se devoir augmenter, merveilleusement diminuée. En signe de quoi nous avons signé la présente attestation, ce dimanche, vingt-neufvième jour de mars mil six cent trente et sept.

     

    « Jaupitre, maire de ladite ville. « Regnier, échevin de ladite ville. « Drouet, échevin lors dudit vœu. » Au moment où toutes ces choses se passaient, c'est-à-dire vers le commencement du XVIIe siècle, il s'établit à Notre-Dame des Ardilliers une congrégation dont les membres se vouaient plus spécialement au service de Dieu sous la protection de la vierge Marie. « Ces sociétés, dit un savant écrivain de notre époque, ont existé partout et toujours, sous des formes perpétuellement variables, parce qu'elles sont destinées précisément à correspondre aux variétés morales des temps et des lieux. Les déclamations contre ces institutions considérées en elles-mêmes, supposent au moins une profonde ignorance de la nature de l'homme. De même qu'outre les croyances communes il existe diverses manières de concevoir les dogmes, parce que chaque individu, chaque pays, chaque époque a son intelligence propre, de même et pour la même raison, outre ce fonds de piélé commun à tous les chrétiens il existe des manières également diversifiées de sentir la religion. Dès qu'un certain nombre d'individus s'accordent dans leur manière de concevoir ou de sentir, ces dispositions analogues cherchent nécessairement à s'associer et cherchent pour cela une forme extérieure qui leur convienne. Cette tendance produit dans l'ordre intellectuel les écoles de Philosophie chrétienne, dans l'ordre de sentiment, les congrégations ».

     

    Chacun des membres s'engageait, par un acte signé de sa main ou par des présents envoyés à la chapelle des Ardilliers, signes de la volonté irrévocable qu'ils avaient de vivre toujours comme des serviteurs dévoués à Marie.

    Louis XIII et la reine Anne d'Autriche étaient à la tête des associés.

    En 1621, Louis XIII avait fait un premier pèlerinage à Notre-Dame, et il y revint après la prise de la Rochelle en 1628.

    Ce pieux monarque attribua le succès de cette entreprise aux prières de la sainte Vierge et il voulut lui en témoigner sa reconnaissance par d'humbles prières et par un magnifique présent.

    Il donna, pour la chapelle des Ardilliers, deux superbes candélabres en argent massifs et d'une hauteur de six pieds.

    Après le roi et Anne d'Autriche, on voyait figurer sur la liste, la reine Louise de Lorraine, douairière de France et de Pologne ; la reine mère du roi, Marie de Médicis ; la reine d'Angleterre, fille de Henri IV, qui fit aux Ardilliers sa première communion. C'est la célèbre Henriette d'Angleterre dont les malheurs et le courage ont été immortalisés par l'oraison funèbre, chef-d'œuvre de Bossuet.

     

    Le prince de Condé, Henri de Bourbon, père du grand Condé, a écrit lui-même et signé de sa main l'acte de sa consécration. Nous avons l'original de cette pièce que nous transcrivons ici tout entière.

    « Sainte vierge Marie, mère de Dieu, qui est particulièrement révérée et servie à la dévote chapelle des Ardilliers où, par la fréquence des miracles qui s'y font, tu fais tous les jours connaître ta puissance aux fidèles catholiques, je Henry de Bourbon, prince de Condé, premier prince du sang de France, ayant depuis peu ressenti tes grâces par la délivrance d'une grande maladie en laquelle m'étant voué à ce saint lieu, Dieu m'a renvoyé ma santé, te prends et t'invite à mon aide et protection spéciale ; te supplie dorénavant intercéder pour moi afin que je sois fortifié d'un esprit principal, qu'il te plaise me conseiller au maintien de la paix, santé du Roi, de mes parents et amis et salut de cet état ; qu'il te plaise me garder de mort subite et que je puisse avant ma mort faire pénitence de mes péchés et mourir en la sainte foi catholique avec la réception des saints sacrements et m'obtenir de ton fils le salut de mon âme pécheresse ; en témoin de quoi j'ai signé le présent acte en présence de messire Robert le Messier, prêtre curé de Chateauroux et de F. Orgier, religieux de saint François, le 29e mai 1616.

     

    « Henry De Bourbon ,

    « L. Le Messier, F. Orgier. » Nous pouvons citer encore un prince de Talmont ; — La douairière de Brézé, Jacqueline de Jevalle, se vouant, elle et son fils, Urbain de Maillé, maréchal de France (8 janvier 1615) ; — Mme de Sourches, qui s'engage avec Honorat le Boucher, seigneur de Sourches, et ses enfants (10 avril 1624) ; — La marquise de Ruffec, Hélène de Jalouet, pour le marquis de Ruffec son mari et sa famille (24 juin 1624) ; — Jeanne d'Erbrée, baronne de Saint-Brice, pour le baron de Saint-Brice, de Sancerre.... et sa famille (24 juin 1624) ; — Jean Bonneau, sieur de la Maison Neuve, sénéchal de Saumur, et sa fille (25 mars 1617) ;

     

    — Guillaume Bourneau, écuyer, sieur de Beauregard, procureur du roi à Saumur, pour lui et sa famille (1er novembre 1614) ; — Damoiselle Marie le Gauffre, femme de maître Gilles Elys, sieur de Riou, avocat au siège présidial d'Angers (7 juin 1623) ; Anne Chauveau(27 août 1623).

    Nous avons tous ces vœux écrits ou signés seulement de la main des personnes précitées. Ces actes sont faits ou par suite de grâces obtenues par l'intercession de la sainte Vierge ou pour se mettre sous sa protection spéciale pour l'avenir.

    Plusieurs des noms que nous avons cités, et d'autres personnages que nous nommerons plus bas, sont inscrits à la fois dans les fastes de l'histoire et sur le registre d'une humble association en l'honneur de Marie. Ce qui leur faisait honneur sur la terre, leur naissance, leur fortune, leurs lumières, tout à disparu, tout cela est devenu inutile pour eux. Ce qui fera leur grandeur dans le ciel, ce sera cette humilité, cette secrète jonction avec des hommes du peuple, dont ils se faisaient volontairement les égaux. L'égalité qu'on cherche de toutes manières, c'est là qu'on la trouve et c'est la religion qui la commande et qui la procure. Nulle autre loi ne la peut donner aux hommes si fiers de leur pauvreté, si inégaux d'ailleurs en toute sorte de façons. Grands, abaissez-vous ! Dieux de la terre, humiliez-vous ! voyez dans ces hommes qu'une si grande distance semble séparer de vous, vos égaux et vos frères ! Oui, voilà ce que la religion seule a enseigné, et elle seule a le droit de commander de pareilles choses. Et les heureux de ce monde ont entendu sa voix ; mais malheur à ceux qui refusent de la comprendre ! Vous l'aviez bien comprise, hommes illustres, reines, femmes célèbres qui vous étiez associés aux petits et aux dévots serviteurs de Marie ! Vous saviez donc que la piété ne retrécit ni l'esprit ni le cœur, et parce que vous vous étiez voués à la sainte Vierge, vous n'en avez pas moins joué dignement votre rôle en ce monde. Mais que dis-je, et pourquoi l'indifférence de notre siècle me force-t-elle à parler ainsi ? Ce serait donc parce qu'on se rapprocherait plus près de la divinité, qu'on prendrait pour modèles et pour protecteurs les saints dont la vie est l'idéal de la vertu ici-bas, ce serait là une raison pour déchoir, pour ne rien comprendre et pour mal faire ! 0 renversement de toutes les idées ! 0 destruction des plus simples règles du sens commun ! Mais non, nous ne pouvons pas penser de cette sorte. 0 mon Dieu, vous avez envoyé votre fils unique pour sauver le monde et non pour le faire périr. Il est venu, lui, la lumière de toutes les intelligences de ce monde, et les ténèbres ne l'ont point comprise. Quelques-uns l'ont comprise et ce sont les petits et les pauvres, mais les puissants et les orgueilleux l'ont dédaignée, l'ont rejetée. Se faire petit avec Jésus-Christ, c'est s'associer à la source même de la lumière, c'est attacher son cœur au cœur le plus large et le plus aimant qui fut jamais. C'est se dévouer pour ses frères, c'est aimer ses ennemis, prier pour ses bourreaux, c'est en un mot puiser à la source même tons les sentiments les plus exquis, les plus purs, et toutes les vertus les plus sublimes. Cette petitesse la vaut bien toutes les grandeurs de ce monde. C'est en la pratiquant  que le peuple se grandit et que les grands se rabaissent ; le niveau s'établit, l'égalité règne et l'harmonie se répand sur toute la terre. 

    Au temps où nous parlons, les petits avaient donné l'exemple ; les riches et les heureux de ce monde l'avaient suivi. C'est que au milieu de leurs joies et de leur bien-être, la main de Dieu vient quelquefois les saisir et déranger leurs petits projets. Alors ils s'aperçoivent qu'ils ne sont pas leurs maîtres absolus ; ils tremblent sous l'action de cette main puissante qui les tourne et les retourne sur leur lit de douleur, et ils s'humilient, et ils deviennent petits et humbles de cœur. Aujourd'hui, les rôles semblent changés. Les peuples voudraient ne plus croire en Dieu, faire leurs affaires sans la religion et ses ministres qui les gênent, et un sommeil d'indifférence les a surpris. Qu'ils redeviennent ce qu'ils étaient autrefois ; que les masses n'insultent plus au Christ qui les a émancipés et grandis ; car sans lui elles retomberaient bientôt dans la barbarie et dans le néant.

    Outre cette association, il y en avait une autre sous le patronage de saint Joseph. Le pape Urbain VIII, par sa bulle du 4 décembre 1626, l'avait approuvée et dotée d'une indulgence plénière que les associés pouvaient gagner le jour de leur entrée dans la congrégation, et à d'autres époques fixées dans le livre imprimé à cette occasion par Mgr l'évêque d'Angers.

     

    Dons les plus remarquables faits à Notre-Dame des Ardilliers

    L'église de Notre-Dame-des-Ardilliers, aujourd'hui si nue, si pauvre, était autrefois resplendissante des dons magnifiques offerts de tons côtés par la piété des associés.

    Nous ne pouvons parler de ceux qui y étaient avant l'entrée des protestants dans Saumur ; les richesses de la chapelle furent pillées sans pudeur.

    Après eux, la piété catholique, qui refait pièce à pièce et avec le temps ce qu'un orage violent mais passager détruit en un instant, avait rassemblé une foule de dons précieux dont nous allons parler.

    Un nouvel orage, plus affreux que le premier, est venu souffler sur cette œuvre du temps et l'a renversée.

    Nos pères avaient vu, avaient apporté ces trésors ; nous n'en avons plus que le souvenir ; gardons-le en mémoire de la piété de nos ancêtres et détournons les regards de ces jours de délire où s'est consommée cette dernière spoliation. 

    Voici les dons les plus précieux existants avant la révolution dans l'église de Notre-Dame-des-Ardilliers ; plusieurs vieillards se souviennent encore de les y avoir admirés.

    1° Une figure d'argent, représentant la reine Louise de Lorraine, envoyée par cette princesse elle-même, avec une fondation de six cents livres pour un salut à perpétuité.

    2° Une grande croix, du poids de dix marcs, donnée par Mme de Mercceur, et sur laquelle étaient inscrits les noms de Philippe-Emmanuel de Lorraine duc de Mercœur, à côté on avait gravé les armes du prince.

    3° Une figure d'argent, pesant dix marcs, portrait de Mme de Montpensier, donné par cette princesse.

    4° Un grand calice en argent, du poids de douze marcs, présent du maréchal Ornano.

    5° Un autre calice en vermeil ciselé et enrichi de quelques pierreries, avec une patène, donné par le maréchal de la Châtre.

    6° Une grande lampe d'argent ciselé, pesant vingt-trois marcs, donnée par la reine, mère du roi, avec un parement d'autel, de satin rouge cramoisi, couvert de broderies d'or et d'argent.

    7° Une couronne d'or enrichie de diamants, formant le nom de Jésus et entourée d'autres pierres précieuses, présent de la duchesse de Savoie. On avait gravé en dedans cette inscription : « L'an 1624, au mois de mai, Mme Christine de France, épouse de Mgr Victor Amedée prince de Piémont, a fait présent de cette couronne en l'honneur de la très-sainte Vierge, mère de Dieu, pour être posée à son image en cette église de Notre-Dame-des Ardilliers ».

    8° Une image de Notre-Dame, du poids de deux marcs, don de Mme Éléonore de Bourbon, grande tante de sa Majesté, abbesse de Fontevrault.

    9° Une couronne d'or émaillé, présent de Mgr le duc d'Orléans, avec un parement complet de velours rouge cramoisi, couvert de broderies d'or et d'argent. La couronne portait cette inscription : Gaston, fils de France, frère unique du Roi.

     

    10° Une autre couronne d'or émaillé, avec un chapeau d'épine entrelacé, donnée par la maréchale de Brézé, portant ces mots : « L'an 1628, cette couronne a été donnée par Mme la marquise de Brézé, pour quelque grâce qu'elle a reçue de la sainte Vierge ».

    11° Une lampe d'argent du poids de dix marcs, avec les armes de M. le maréchal d'Effiat, et un fonds pour l'entretenir d'huile à perpétuité, donnée l'an 1628. Le maréchal mourut pendant qu'on élevait le bâtiment destiné aux Pères de l'Oratoire, qu'il avait fait commencer à ses frais. L'inscription de la première pierre de l'édifice était ainsi conçue : « L'an 1626, sous le règne de Louis XIII, Antoine de Ruzé , marquis d'Effiat, chevalier des ordres royaux, gouverneur de la Touraine, et surintendant des finances, représenté en son absence par noble homme André Bourneau, procureur royal, a posé le dix des calendes d'août les fondements de cet édifice destiné aux prêtres de l'Oratoire ; témoignage de sa pieuse libéralité et de l'exécution d'un vœu fait à la mère du Sauveur.»

     

    12° Une barque en argent, garnie de ses chaînes et avirons pesant onze marcs. Mme de Cussé l'envoya en reconnaissance du secours miraculeux prêté par la sainte Vierge en un péril où s'était trouvé M. de Cussé, premier président du parlement de Bretagne.

    13° Un ciboire d'agathe, garni d'argent, ouvré à jour, donné par Madame.

    14° Une lampe d'argent à jour du poids de dix marcs portait les armes de M. le duc de Brissac.

    15° Un grand tableau d'argent ciselé, entouré d'un cadre d'ébène, représentant la chapelle des Ardilliers et la sainte image, aux pieds de laquelle étaient à genoux M. de Chandenier, sa femme et ses enfants, remerciant la sainte Vierge de son aide favorable en une affaire de très-grande importance et d'une heureuse issue pour sa maison.

    16° Le 8 septembre 1632, Louis XIII, en considération des grâces qu'il avait reçues de la sainte Vierge et de l'assistance particulière qu'elle lui avait prêtée pour la réduction de la Rochelle, donna à l'église des Ardiliers deux grands chandeliers d'argent de cinq à six pieds de hauteur. Ils furent présentés de la part du Roi par messire Pierre de Sasilly, sieur de Villeneuve, conseiller du roi en ses conseils, et lieutenant du roi au château de Saumur.

     

    17° L'an 1646, le 21 avril, la reine-mère envoya aux Ardilliers un cœur d'or, au nom de Louis XIV, qui entrait alors en âge de raison, avec l'intention que la sainte Vierge prît alors possession du cœur du roi et mit son royaume sous sa protection. Emblème délicieux d'une mère à une mère dont elle connaît le cœur plein de bonté ! De nos jours encore, bien des femmes viennent dans ce sanctuaire offrir leurs enfants au Seigneur par les mains pures et virginales de Marie.

    18° Le 15 août 1659, la marquise de la Vieuville envoya une très-belle lampe ciselée, chargée des armes et du nom de sa maison , ornée de trois anges, le tout du poids de soixante-dix marcs.

    19° Le président Baillet étant venu, vers le même temps, rendre ses hommages à la sainte Vierge aux Ardilliers, y conçut le désir de faire faire deux beaux chandeliers ciselés qu'il envoya effectivement dans la suite. Ils servaient à l'ornement de l'autel.

     

    20" L'an 1661, M. l'abbé de Sillery vint rendre grâces à la sainte Vierge de la santé qu'il avait recouvrée par son intercession, et il donna, par reconnaissance,un riche parement d'autel à fond d'or avec une chappe de même étoffe sur laquelle étaient brodées les armes de Mgr de Valençay, archevêque de Reims, oncle de l'abbé, dont les libéralités avaient d'ailleurs fort enrichi l'église.

    21° M. le chevalier de Rivau, pour s'acquitter d'un vœu qu'il avait fait à la sainte Vierge, vint lui-même offrir un très-beau tableau, représentant un Christ peint par Prévost, peintre du cardinal de Richelieu.

    22° Le 26 décembre 1664, M. le commandeur de Neuchèze, envoya un navire en argent, pour accomplir un vœu fait à la sainte Vierge, dans un péril évident ou il s'était trouvé sur mer, en commandant la flotte du roi.

    Tous ces magnifiques présents ornaient les murs, se balançaient suspendus à la voûte, ou brillaient sur l'autel.

    L'église, aux jours de fêtes, illuminée de mille flambeaux, remplie d'un clergé nombreux revêtu de superbes ornements, d'une foule empressée qui répondait aux chants des prêtres par des chants qui partaient du cœur : tel était le touchant spectacle que l'on voyait aux jours des grandes solennités.

    Aujourd'hui, nous ne comprenons plus qu'on fasse des présents si riches aux églises : c'est de l'argent perdu, nous dit-on. Mais ne comprendrons-nous jamais cette parole : tout homme, et tout peuple ne vit pas seulement de pain , mais des paroles sorties de la bouche de Dieu ? Nous n'aurons donc foi, nous autres, que dans ce qui se touche et ce qui se compte ! Nos pères, eux aussi, avaient foi a quelque chose, mais leurs regards plus pénétrons dépassaient ce monde matériel, et ils ne pensaient pas qu'il n'y eût de réel que le sensible : c'est le plus grand malheur comme la plus grande abjection où l'esprit humain puisse tomber. Ces présents faits à Dieu, auteur de toutes les richesses, étaient de l'argent perdu ?

    Mais je voudrais bien savoir à quoi nous dépensons le nôtre.

    Les pauvres de ces temps-là étaient-ils plus nombreux qu'aujourd'hui ?

    Il y en avait beaucoup moins, et l'on ignorait jusqu'au nom du paupérisme dont la réalité menaçante se dresse en face de la société, s'avance comme une lave brûlante qu'il faut fuir sous peine d'en être dévoré.

    Ces présents faits à Dieu, étaient aussi donnés au peuple. Il en jouissait dans ces belles cérémonies où l'église étale avec complaisance ses trésors aux yeux de ses enfants.

    Les pauvres étaient joyeux à la vue de ces ornements magnifiques, de ces tableaux, de ces lampes d'argent suspendues aux voûtes de l'église et qui éblouissaient les regards.

    Aujourd'hui, la nudité, la pauvreté de nos églises est désolante ; nous avons ôté au pauvre les spectacles légitimement dus a son malheur : nous ne pensons plus à lui ; contents de trouver, pour de l'argent, des spectacles et des jouissances, nous l'oublions, nous le laissons perpétuellement en face avec sa misère ! Ah ! que l'église catholique a bien d'autres pensées !

    Tout le monde ne les connaît pas, parce qu'on ne sait pas en sonder la profondeur.

    Oui, tout ce qui paraît puéril, inutile et matériel aux regards superbes des heureux et des savants de ce monde, tout cela est beau, est nécessaire, est consolant, pour l'homme malheureux.

    Vous qui blâmez sans réflexion les pratiques, les cérémonies extérieures de l'église, vous n'en avez donc jamais causé avec le pauvre ? Vous n'avez donc jamais joui de ses conversations naïves, et des épanchements de son cœur ? Sa femme, sa fille ne vous ont donc point attendri par le récit de leurs émotions à une belle cérémonie chrétienne ? Vous n'avez jamais souri de bonheur en apprenant de leur bouche demi-souriante qu'elles ont éprouvé un instant d'une douce et pure joie : elles avaient oublié leurs maux, et elles les oublient encore en vous racontant le plaisir innocent et pur qu'elles ont goûté à l'église. L'honnête ouvrier les avait accompagnées en ce jour de repos ; il partageait avec sa famille le bonheur dont il la voyait jouir. Oh ! malheur, malheur au peuple qui ne peut plus goûter cette sainte joie ! Il lui faudra encore des plaisirs et l'oubli de ses maux : mais où ira-t-il les chercher ? Il s'en ira ce père de famille, tristement et seul malgré ses remords, s'asseoir sur un banc coupable et y dépenser son argent et sa santé ; sa fille, au lieu des chastes plaisirs de l'innocence et la mère, dévorant ses larmes et son profond chagrin, descendra promptement dans la tombe, poussée par les mauvais traitements d'un époux et par l'inconduite de ses enfants. Ici, c'est l'impiété ou l'indifférence ; là était assise à la porte du pauvre la religion bienfaisante du Christ : peuples, c'est à vous de choisir.

     

    Mais le choix se fait au moment où je parle ; la religion triomphe, après avoir été abandonnée de ses enfants ; je les vois revenir dans ses bras. Le sanctuaire a perdu les richesses matérielles qui le décoraient, mais elles seront remplacées : attendons ; les vrais , les pins beaux ornements de nos temples, ce sont les pauvres, les malades, les affligés prosternés autour de l'autel. Ils viennent encore aujourd'hui prier aux pieds de l'auguste consolatrice de toutes les douleurs. Un concours nombreux de pèlerins se rend chaque année à Notre-Dame-des-Ardilliers, leur foi leur méritera des grâces égales à celles qu'obtenaient leurs pères et dont nous allons bientôt parler.


    Conversion de plusieurs hérétiques

    Sacrilège commis par deux étudiants calvinistes, leur condamnation

    Les hérésies sont des fléaux que le ciel nous envoie, comme la peste et la guerre.
     
    Ils servent à punir l'homme orgueilleux qui aime mieux s'en rapporter à ses propres lumières qu'à celles de l'église de Jésus-Christ, et ils affermissent aussi les esprits restés fidèles, par le spectacle terrible de ces grandes intelligences déchues et incapables d'apercevoir la vérité sur le point de tous le plus important, lorsqu'ils sont d'ailleurs si habiles et si éclairés sur les autres. Tout catholique solidement instruit ne s'effraie point des succès passagers de l'hérésie, il sait bien que ces doctrines de mort n'auront qu'un temps, au bout duquel elles disparaîtront comme une vaine fumée, laissant la postérité étonnée que l'intelligence humaine ait pu s'attacher à de telles et si grandes erreurs. Aujourd'hui, par exemple, les doctrines de Luther et de Calvin, battues en brèche de toutes parts, même par leurs propres adhérents, ne font plus que végéter. Les anciens partisans de ces erreurs diminuent journellement en nombre, et les nouveaux qui peuvent surgir, qui sont-ils ?
     
    Des femmes sans instruction ou sans esprit ; des ouvriers que l'on pipe avec de l'argent, de gros livres et un air pédantesque ; des hommes qui ont vécu sans mœurs et sans croyance, et enfin quelques prêtres, interdits par leurs évêques pour leur incapacité ou leur mauvaise conduite, et bons apparemment pour être protestants ; voilà dans quels rangs se recrute l'erreur. Quand on en est réduit là, on est frappé à mort, on est tombé pour ne plus se relever.

    La sainte Vierge, que l'église invoque toujours contre le fléau des hérésies, ne pouvait pas refuser son intercession pour les pauvres frères égarés qu'on lui recommandait dans l'église des Ardilliers. Plusieurs abjurations s'y sont faites, parmi lesquelles notre guide nous cite les suivantes.

     

    Demoiselle Magdeleine Gabonric, de Monchant, en Poitou, abjura le calvinisme aux Ardilliers le jour de la Nativité de la sainte Vierge, 8 septembre 1626.

    Marie Gaco , veuve de Nicolas Saumir, laboureur en la paroisse de Saint-Christophe , près Saint-Maixent, abjura le 12 décembre 1626.

    Charlotte Noël, de Loudun, le jour de la saint Jean-Baptiste, 24 juin 1627.

    M. Charles de l'Enfernal, écuyer, sieur de la Jacqueminerie, abjura entre les mains du R. P. Jacques Gassot, supérieur de la maison des Ardilliers, en présence du R. P. Suffren, de la compagnie de Jésus, confesseur et prédicateur du roi, de M. de Metz, docteur en théologie, curé de Saint-Germain-l'Auxerrois, conseiller et aumônier du roi, et d'autres personnes de qualité, le 15 février 1628.

    Demoiselle Françoise Jousseaume, veuve de maître Pierre Bell ou Privé, écuyer, sieur de Beaumont, native de Thouars, entre les mains du même supérieur et devant témoins qui ont signé en l'acte du 6 mai 1628.

     

    M. Josias de Querleau, chevalier, baron de l'Isle, du diocèse de Treguier, abjura devant le P. Gassot et plusieurs témoins, le 26 juillet de la même année.

    Jean Signorin, de la paroisse de Meningonde, près Lusignan, diocèse de Poitiers, le 9 septembre 1628.

    Gedéon Govineau, natif de Chinon, le 28 octobre 1629.

    Catherine Mathars, de Chavaigné, diocèse de Poitiers, le 20 mars 1630.

    Françoise Jossier, le 23 mars même année.

    Noble Didier Derbier, le 16 juin.

    Demoiselle Antoinette Pinault, fille de noble homme Pierre Pinault, écuyer, sieur des Ouches, et de dame Perrine Goustant, native de Moustier sur le Lain , diocèse de Luçon, abjura le 26 juillet.

    Elisabeth Bruneau, femme de Noël Reau, marchand, demeurant au faubourg des Bilanges de Saumur, fit son abjuration avec Elisabeth Lefebvre, sa fille d'un premier mariage, le 30 décembre 1630.

     

    Hector Hanot, de Varenne en Argonne, le 28 avril 1631.

    Martial Bouchery, de Sainte-Foi sur Dordogne, le 8 juin 1632.

    Elisabeth Binard, 5 septembre.

    Louis Micbau, de Moulins, le 25 décembre 1632.

    Maître Jean Remani, ancien notaire à St Jean-d'Angely, abjura le 7 mai 1634.

    Ainsi puissent tous nos frères dans l'erreur rentrer dans le sein de la vérité ! Ainsi, veuille encore le Seigneur, par l'intercession de Marie, dissiper l'erreur involontaire, mettre fin à celle qui pourrait ne pas être de bonne foi, convaincre les esprits, toucher les cœurs et les rassembler tous avec nous autour d'une même table où le père de famille voudrait réunir tous ses enfants.

    A côté de ces faits consolants, on en raconte un autre d'une nature toute différente, et dont les auteurs furent punis comme ils le méritaient.

    « L'an de grâce 1631, la veille de Noël, André Brigaud et Samuel Huet, tous deux écoliers, étudiants à Saumur, passèrent toute la soirée en débauche dans un cabaret. Ne sachant plus que faire, ils entrèrent dans la chapelle de Notre-Dame-des-Ardilliers pour entendre la musique des matines et de la messe de minuit. Ils, s'y comportèrent décemment jusqu'à la fin de la sainte messe. Là, voyant une infinité de peuple s'approcher de la sainte table pour communier, ils attentèrent de faire de même, à leur malheur : car, comme ils ne s'étaient pas étudiés à reconnaître la révérence qu'un chacun de la troupe apportait à cette sainte cérémonie, ils se présentèrent avec les gants aux mains. Ce dont le prêtre ne s'étant aperçu qu'après les avoir communiés, il les reprit de leur irrévérence ; cela les fit remarquer de quelques uns que cet avertissement fit détourner pour les mieux remarquer au visage.

    La foule était assez grande pour se dérober aux yeux de si peu de personnes, qui n'eussent pas voulu user de violence dans l'église et devant le Saint Sacrement pour les retenir ; mais, la peur les saisit tellement devant la grille, qu'ils ne purent passer outre. Cependant le peuple s'était mis en haie à la porte de la chapelle pour les prendre au passage, de sorte que, crainte qu'il ne leur fût même fait contre raison, on les mit en sûreté dans une sacristie jusqu'au lendemain que la justice en voulant connaître, les envoya prendre ».

    On ne nous a pas dit qu'elle fut la condamnation de ces deux jeunes gens, mais il paraît qu'on n'usa pas d'une grande sévérité, puisque le procureur-général appela de la sentence à minima auprès du parlement de Paris. Ils avaient été jugés à Saumur dès le 5 janvier 1632, et la cour, à Paris, rendit son arrêt le 17 février suivant.

    « Tout considéré la cour a condamné et condamne lesdits Havet et Brigaud, dire et déclarer à jour d'audience, icelle tenant en la juridiction ordinaire de la sénéchaussée de Saumur, y étant la tête nue et à genoux, que témérairement et scandaleusement, et contrevenant aux édits de pacification, ils sont allés, la nuit de Noël dernier en l'église de Notre-Dame-des-ardilliers, lors de la célébration de la messe de minuit, et là, indiscrètement reçu le Saint-Sacrement de l'autel ; en demanderont pardon à Dieu, au Roi et à la justice. Ce fait, les a bannis de cette ville, prévôté et vicomté de Paris, pour trois ans, et de la sénéchaussée de Saumur a perpétuité ; en outre, les condamne à douze cents livres tournois d'amende envers le roi, applicables, savoir : deux cents livres au pain des prisonniers de la Conciergerie du Palais, et la somme de mille livres tournois qui sera, à la diligence du substitut du procureur-général en ladite sénéchaussée, employée en l'achat d'une lampe d'argent de la valeur de deux cents livres, qui sera mise dans ladite église de Notre-Dame-des-Ardilliers au-devant du lieu où repose le très Saint-Sacrement ; les huit cents livres restant à fonder une rente pour entretenir et faire luire à perpétuité ladite lampe, et pour faire mettre et attacher proche du lieu où est le Saint-Sacrement une lame en laquelle sera écrit le présent arrêt. Pour le payement de laquelle somme de douze cents livres, lesdits Havet et Brigaud tiendront prison ; leur enjoint de garder leur ban et leur fait défense de récidiver à peine de la vie. Et pour l'exécation du présent arrêt, a renvoyé et renvoie lesdits Havet et Brigaud prisonniers par devant ledit assesseur criminel à Saumur. Fait en parlement, le 17 février 1632. » 

     

    {Extrait des registres du parlement). La lame dont parle l'arrêt n'existe plus, mais on avait placé au-dessus d'elle une table de marbre que nous avons encore et sur laquelle est gravée une inscription latine dont voici la traduction :

    LOIN, LOIN D'ICI LES PROFANES !

    Cet arrêt repousse tous les crimes du sein de ce sanctuaire, il venge très-justement un sacrilège commis envers Jésus-Christ et proclame la majesté de la Vierge Mère et de ce temple célèbre par les miracles qui s'y opèrent. Lisez, o voyageur, ce châtiment infligé à l'impiété, par le très-religieux parlement de France, afin d'apprendre à garder la justice et à respecter le Seigneur.

     

    Miracles opérés à Notre-Dame des Ardilliers

    Nier la possibilité du miracle, c'est nier la toute-puissance de Dieu.

    La crédulité populaire établit de faux miracles, comme la vaine subtilité des savants refuse d'en reconnaître de véritables.

    Mais, s'il y a du faux, il y a aussi du vrai, car l'erreur s'appuie toujours sur une vérité qu'elle altère. Un miracle est un fait contraire aux lois naturelles qui régissent le monde, mais Dieu qui a fait ces lois peut bien, quand il lui plaît, y déroger. Je dis que cette dérogation est bonne et même nécessaire. Ainsi, par exemple : « Un homme dit : Je suis l'organe de la divinité, écoutez-moi. Mais, quel est l'imposteur ou l'enthousiaste qui n'en puisse dire autant ? sa parole ne suffit donc pas, ainsi que l'avouait Julien l'apostat lui-même. Il faut qu'elle soit appuyée d'une sanction ; il faut en un mot que le Tout Paissant accrédite son envoyé près de ceux auxquels il doit parler en son nom.

    Or, par cela même qu'il est choisi pour promulguer ses commandements, il est aisé de comprendre quelle doit être la nature de cette sanction indispensable, dont tons les hommes, savants ou ignorants, doivent être également frappés. Le pouvoir se manifeste par des actes, l'envoyé divin devra donc manifester un pouvoir divin.

    Cette action divine est ce qu'on appelle miracle. »

     

    J.-J. Rousseau admettait volontiers la divinité de la religion chrétienne ; il eut voulu seulement que cette religion n'eût point imposé des miracles à la croyance des hommes. Ne semble-t-il pas que le philosophe ait raison ? Pourquoi la religion catholique ne se contente-t-elle pas d'exposer à tous les yeux son admirable morale ? Et qu'est-il besoin de venir imposer aux intelligences le récit de tel ou tel fait miraculeux, extraordinaire, que les beaux-esprits traitent d'enfantillage ou d'absurdité ? Il n'y a qu'un petit malheur : c'est que les hommes n'ont embrassé la religion catholique que par suite des miracles qu'ils ont vus de leurs yeux ; sans cela, ils n'auraient jamais cru à la divinité de son fondateur. Ouvrons l'histoire : j'en appelle aux faits ; c'est sur ce terrain solide que se décidera la question et non sur ces terres vagues et mouvantes où une imagination insaisissable va toujours se réfugier. Admettez on non la véracité des récits évangéliques, traitez l'établissement de la religion chrétienne de chose sérieuse ou plaisante ; mais remarquez que tous les fondateurs de religions ont prétendu prouver la légitimité de leur mission par des miracles. Les premiers hommes qui ont cru à la divinité de JésusChrist se sont attachés à sa personne à cause des merveilles qu'ils ont vues ou qu'ils ont cru voir. Et nous-mêmes aujourd'hui nous ne croyons, nous ne pouvons croire que sur le récit de ces mêmes hommes. Que nous dit saint Jean, après avoir raconté le changement d'eau en vin aux noces de Cana : « Ce fut la le premier des miracles de Jésus. Il manifesta sa puissanoe et ses disciples entrent en lui. »

    Lorsque les apôtres se séparèrent, après l'ascension du Sauveur, pour aller prêcher sa doctrine à travers le monde, convertissaient-ils seulement par leurs paroles ? Non, le miracle est toujours à côté du discours pour l'appuyer, et le livre sacré le remarque avec soin. « Ils allèrent prêcher de tous côtés, le Seigneur concourant avec eux et confirmant leurs paroles par les miracles qui suivaient. »

     

    On ne peut donc s'empêcher de le dire, d'après le raisonnement et les faits de l'histoire : ceux qui ne veulent pas croire aux miracles ne connaissent pas le cœur humain. Jamais les masses n'auraient été converties sans avoir vu des miracles. C'était sans doute la manière la plus courte et la plus frappante de leur faire apercevoir l'assistance de la divinité. «On nous a enseigné, dit saint Augustin, que nos ancêtres sont arrivés à ce degré de foi qui fait passer des choses temporelles aux éternelles après s'être rendus à des miracles : Ils n'auraient pu le faire autrement. » C'est ignorer complètement ce qui se passe au fond de son propre cœur, que de nier la puissance des faits miraculeux. Je vous re mercie, ô Père, de ce que vous avez caché ces choses aux grands et aux superbes, et de ce que vous les avez révelées aux humbles et aux petits. Oui, telle est la religion chrétienne. Essentiellement amie du petit, du pauvre, du malade, elle ne rejete point le riche, mais elle réserve toutes ses tendresses pour les malheureux. L'unique moyen qu'elle ait de pénétrer dans leurs esprits, c'est le miracle. Ceux qui veulent détruire la croyance aux miracles dans l'esprit du peuple, montrent d'abord qu'elle est leur propre ignorance dans ces matières sérieuses et philosophiques, et de plus, ils sont convaincus d'être les plus grands ennemis de ce même peuple. En même temps qu'ils sont impuissants à lui donner un bonheur matériel, ils lui enlèvent la consolation la plus suave, la plus puissante qu'on ait pu inventer à ses maux. Que ceux-là sont coupables ou qu'ils sont à plaindre ! 

    Je crois bien, dira-t-on, à la possibilité des miracles, mais dire que tel fait est miraculeux, c'est la une tout autre question. Sans doute, et l'église catholique ne se rend pas très-facilement sur ce point ; ce n'est qu'après les plus scrupuleuses investigations qu'elle se détermine à autoriser la publication d'un miracle.

    Lorsqu'elle canonise un saint, par exemple, on sait toutes les précautions qu'elle prend pour ne rien admettre qui ne soit bien prouvé, et encore cette mère sage et indulgente n'oblige point ses enfants à croire ces faits sous peine de péché. Elle laisse la foi et la piété se décider elles-mêmes dans le secret du cœur, et la raison éclairée d'une lumière divine prononcer en dernier ressort. 

    Ainsi donc, pieux chrétiens qui lisez ce petit livre, que votre foi ne s'alarme point. Nous allons vous raconter ici plusieurs faits attestés par des témoins oculaires, revêtus de l'approbation des évêques et par eux regardés comme véritablement miraculeux.

    D'autres faits racontés simplement, signés de témoins et des personnes exaucées dans leurs prières nous ont paru assez sérieux pour ne point être rejetés comme des bagatelles ou des erreurs. Ne les croyez pas, la religion catholique n'a aucun besoin de ces faits pour attester sa divinité. Croyez-les, croyez-en l'évidente possibilité, et vous arriverez bientôt à aimer davantage et Dieu qui dispense ses dons quand et à qui il veut, et la très-sainte Vierge, instrument des miséricordes de son divin fils. Vous irez vous-même, quand le malheur viendra vous frapper vous et les vôtres (il ne tardera guère), vous irez au sanctuaire des Ardilliers retremper votre foi, vous humilier devant Dieu et avouer votre impuissance ; vous prierez Marie d'intercéder pour vous, et elle obtiendra de son fils tout ce que vous lui demanderez avec amour et confiance.

     

    Écoutez donc, pour prendre cette confiance si nécessaire, écoutez comme ont été exaucés ceux qui l'avaient au fond du cœur et qui priaient Marie, comme un enfant plein de naïveté et d'abandon prie sa mère, de lui accorder l'objet de ses désirs.

    Guérison de Pierre Cardin

    Pierre Cardin était né à Auzay, et il habitait au bourg de Doix une maison appartenant à M. Jean Le Rayé, procureur au siège royal de Fontenay. Il était muet sans être sourd, et, jusqu'à l'âge de 35 ans, il ne proféra jamais une seule parole.

    Ce n'est pas qu'on eût négligé cette infirmité ; ses parents n'épargnèrent ni soins, ni remèdes, mais tout fut inutile et le temps même, en développant ses forces, ne put délier cette langue que Dieu avait liée pour sa gloire.

    Après avoir épuisé tons les moyens naturels, on eût recours aux remèdes divins.

    On voua l'enfant à Dieu sous la protection de la sainte Vierge, et suivant ces pieuses intentions, Pierre Cardin vint plusieurs fois implorer la miséricorde divine à la chapelle des Ardilliers.

    Mais Dieu qui est le maître des siècles et des moments n'avait point encore fait sonner l'heure de sa miséricorde, et Cardin s'en revint chez lui quatre fois sans avoir pour sa guérison une lueur d'espérance.

    Néanmoins, cet homme d'une foi ardente, entreprit un cinquième voyage en l'année 1642.

    Il ne fut pas plus tôt arrivé à Saumur qu'il se mit en prières avec une grande ferveur.

    Il se contentait de pain et d'eau à ses repas, et ses compagnons de voyage ne purent jamais le déterminer à prendre les viandes qu'ils lui présentaient.

    Il passait les nuits entières couché sur le plancher de sa chambre, sans vouloir qu'on y étendit même un peu de paille. Ses journées, il les employait à prier dans la chapelle, prosterné devant l'image de la sainte Vierge, pour fléchir cette bonne mère et attirer sur lui ses faveurs.

    Il finit sa neuvaine le jour de la Pentecôte, toujours humble et soumis à Dieu, qui ne voulut pas encore le guérir.

    Il partit plein de foi dans la providence divine et dans la puissance de Marie. Arrivé chez lui, la veille de la saint Barnabé, il tomba en défaillance vers le milieu de la nuit et quand il reprit ses sens, ce fut pour se jeter au cou de son père en poussant un cri et prononçant très-distinctement le nom sacré de Jésus.

    Depuis ce moment, il a continué à parler et nous avons ses réponses verbales aux interrogations qui lui furent adressées de la part de Mgr l'Évêque de Maillezais.

    Le bruit de cette guérison extraordinaire se répandit dans le pays, et l'évêque l'ayant appris nomma une commission pour en informer. Hilaire de la Pommeraye, docteur en théologie de la faculté de Paris, et Pierre de la Pommeraye, vicaire-général et official, accompagnés du promoteur Julien Godet, de noble homme Jean Marchand, docteur en médecine, et de maître Louis Guérin, nommé greffier d'office, se transportèrent à la commune de Doix le 20 juin, dix jours après l'événement.

    Là , ils commencèrent l'interrogatoire dont nous avons la rédaction sous les yeux.

    Pierre Cardin comparut le premier, et entre autres demande on lui adressa les suivantes.

     

    « Enquis s'il sait quelques prières de l'église, — a dit savoir le Pater, l'Ave-Maria, le Credo et le Benedicite, lesquelles prières il a dit au long en notre présence et des sus-nommés ».

    « Interrogé comment il a pu apprendre lesdites prières, vu qu'il était muet, — a dit avoir appris lesdites prières, tant en ayant le prône à la messe, qu'en entendant André Cardin, son oncle, enseigner au soir et au matin les petits enfants ».

    « Interrogé si, depuis peu de temps, il n'a point eu recours à quelque médecin ou chirurgien pour avoir l'usage de la parole, — a répondu que non ».

    L'enquête dura plusieurs jours. On entendit plusieurs témoins, entre autres les personnes qui avaient accompagné Cardin à Saumur, le curé de la paroisse qui jusque-là l'avait confessé au moyen de signes, et un protestant nommé Billaud, sieur de Pigasse, lequel a dit bien connaître ledit Pierre Cardin dès l'âge de quatre à cinq ans, pour être lors demeurant au bourg d'Auzay où ledit témoin faisait aussi sa demeure et l'a toujours vu et connu, sans qu'il l'ait jamais vu parler, hors ce-jourd'hui qu'il s'est trouvé aux réponses que ledit Cardin a fait à nos interrogatoires, sur lesquels il lui a ouï proférer plusieurs paroles bien intelligibles.... « et a signé après avoir pris lecture et déclaré n'être parent ni allié dudit Cardin.

     

    « Signé Billaud. »

    On entend en suite un chirurgien de Fontenay, nommé Chaigneau, qui a vu et visité la langue de Cardin plusieurs années auparavant, sans avoir rien découvert de lésé dans les organes de la prononciation.

    Enfin, le docteur Marchand consigne dans un long procès-verbal les raisons qui le portent à croire au miracle.

    « La dernière raison , dit-il, est tirée du procédé de la guérison de Cardin, lequel est si extraordinaire et prodigieux que, sans aucun secours naturel, nous voyons ledit Pierre Cardin, parfaitement remis d'une maladie jugée incurable par quelques chirurgiens qui par occasion l'avaient vu et visité, qu'il faut que j'avoue cette cure être un ouvrage qui part immédiatement de l'auteur de la nature. En foi de quoi j'ai signé ces présentes.... »

     

    Après cette enquête, l'évêque tint plusieurs fois conseil, comme il le dit lui-même, et donna la déclaration suivante :

    « Henri, par la grâce de Dieu et du saint siège apostolique, évêque et seigneur de Maillezais, à tous ceux qui ces présentes verront, salut en notre Seigneur. Vu les informations faites par notre vicaire-général, en conséquence de notre ordonnance du présent mois de juin 1642, contenant que Pierre Cardin, natif de la paroisse d'Auzay et à présent demeurant en la maison de la Martinière, paroisse de Doix, de ce diocèse, âgé de 35 ans, muet de naissance, aurait depuis peu, au retour d'un dernier pèlerinage fait à Notre-Dame-des-Ardilliers de Saumur, obtenu de Dieu,par l'intercession de la sainte Vierge, l'usage libre de la parole ; procès-verbal de la visite de Pierre Cardin faite, de notre autorité par M. Jean Marchand, docteur en médecine, en date du même jour 20 dudit mois de juin, rapport de Jacques Chaigneau, maître chirurgien de cette ville, le 25 dudit mois, les délibérations et avis des supérieurs des maisons religieuses de cette ville de Fontenay, et d'autres personnes doctes et considérables qui se seraient rencontrées en cette ville et assemblées pour ce sujet en notre palais épiscopal, d'eux signé, en date du 24 dudit mois de juin ; antres enquêtes faites par notredit vicaire général en date du 27 dudit mois de juin ; le tout vu mûrement et diligemment examiné, nous avons déclaré que ce fait en sa substance et en ses circonstances, arrivé en la personne dudit Pierre Cardin, muet de naissance, ayant à présent l'usage libre de la parole, surpassait les forces de la nature et était un vrai miracle ; en foi de quoi nous avons signé ces présentes de notre main et scellé du grand sceau de nos armes et fait signer à notre secrétaire.

     

    « Fait en notre palais épiscopal, à Fontenay-le-Comte, l'an de l'incarnation de N.-S. 1642.

    « Signé Henri , évêque de Maillezais. »

     

    Guérison de Marie Lebrun

    Le fait que nous allons raconter a été reconnu pour un miracle par Henri Arnaud, évêque d'Angers, frère du docteur Antoine Arnaud.

    Marie Lebrun, fille de Pierre Lebrun et de Mathurine Arnault, née à Chatellerault, demeurait depuis quelques années à Poitiers, paroisse Saint-Germain.

    Cette fille, d'une conduite reconnue irréprochable, fit, à l'âge de 22 ans, une dangereuse maladie qui lui laissa tout le côté droit du corps paralysé.

    Elle ne pouvait marcher qu'appuyée d'un côté sur une béquille, et de l'autre sur une personne chargée de la soutenir.

    Réduite en ce triste état, si jeune encore, abandonnée des médecins, elle fit vœu d'aller à Notre-Dame des-Ardilliers pour obtenir de Dieu sa guérison par l'intercession de la très sainte Vierge.

     

    Pour accomplir cette promesse, elle se fit conduire à Saumur ; une partie du chemin se fit à cheval, l'autre en bateau, et la malade arriva dans notre ville le 21 juin 1676, veille de la fête du très-saint Sacrement.

    Dès le lendemain matin on la transporta dans la chapelle où elle fit ses prières avec une telle ferveur qu'elle édifia tous les assistants.

    On la regardait avec admiration et l'on ne pouvait s'empêcher de se dire à soi-même, comme saint Augustin : « Seigneur, quelles prières exaucerez-vous, si vous n'exaucez pas celles-ci ? »

    Cette humble fille, pour se rendre plus digne d'être écoutée de Dieu et favorisée de l'intercession puissante de la sainte Vierge, s'était confessée et avait communié avec une piété singulière à la fin de la première messe qu'elle entendit.

    Elle assista à une seconde pour faire son action de grâces, et elle conjura le Seigneur de la guérir de ses infirmités corporelles, aussi bien que de celles de son âme, en considération de sa très-sainte mère.

    Tout à-coup, au moment de l'évangile, elle se trouva si forte qu'elle se leva seule, laissant à terre sa béquille et s'écriant avec un transport de joie : Je suis guérie ! je suis guérie ! je marcherai bien.

    Je laisse à penser aux lecteurs quelles louanges, quels remerciements adressèrent à Dieu et à la sainte Vierge cette fille miraculeusement guérie et toutes les personnes présentes à cette scène inattendue.

    Il s'éleva un pieux tumulte et tous criaient à l'envi, dans l'excès de la joie : Miracle ! miracle !

     

    A ce bruit, plusieurs des Pères oratoriens sortirent de leurs confessionaux, ils conduisirent Marie Lebrun dans une salle où une foule de personnes la suivirent. Elle s'y transporta sans béquille, sans aucun aide et marcha sans peine dans cette chambre en présence de tous les assistants. On fit venir les bateliers qui l'avaient amenée, ainsi que dix-huit ou vingt personnes qui étaient arrivées dans le même bateau qu'elle, pour savoir si Marie Lebrun était vraiment paralytique et boiteuse.

    Ils répondirent unanimement qu'elle l'était au point d'exciter la pitié et l'intérêt de tous ses compagnons de voyage et que sa subite guérison était sans aucun doute un miracle évident.

    On alla chercher un notaire qui dressa un acte authentique de toutes ces dépositions.

    La fille fut reconduite dans l'église où elle fit son action de grâces au milieu de tout le peuple, qui bénissait le Seigneur d'avoir opéré, sous ses yeux, une si grande merveille.

     

    Comme on ne saurait s'entourer de trop de précautions quand il s'agit de publier un miracle, on écrivit quelque temps après au sujet de cette fille au curé de Saint-Germain de Poitiers.

    Il répondit qu'elle habitait sa paroisse depuis plusieurs années ; qu'elle était certainement paralytique à l'époque de son départ pour Saumur et qu'elle jouissait maintenant d'une parfaite santé.

    Muni de cette lettre, le supérieur de l'oratoire informa de tout ce qui s'était passé Mgr l'Évêque d'Angers. L'Évêque jugea à propos d'adresser une commission rogatoire au curé de Saint-Germain à Poitiers pour faire une information authentique et juridique de l'état de Marie Lebrun avant et après son voyage à Saumur Le curé s'empressa de satisfaire à cette demande, et, dans un acte que nous avons encore, le curé, son vicaire, trois marchands de la paroisse, le chirurgien qui avait soigné la malade, et le maître d'école de ladite paroisse attestent que tout ce qu'on a raconté ci-dessus était la vérité même.

    Sur le vu de cette pièce, Mgr Arnauld approuva le miracle en ces termes : « Vu la déclaration, notre commission rogatoire et l'information ci-dessus, nous avons reconnu que la guérison subite de ladite Marie Lebrun est un effet de la toute puissance de Dieu par l'intercession de la sainte Vierge et nous l'avons approuvée comme un miracle que nous ordonnons être publié dans notre diocèse, afin que Dieu en soit glorifié par les fidèles. Donné à Angers, le 24 août 1676.

    « Signé Henry, évêque d'Angers.»

     

    Vœu de la paroisse de Saint-Sulpice de Sauzelé

    Au mois de mars 1679, une maladie contagieuse frappa les habitants de cette petite paroisse, de telle sorte qu'en cinq ou six semaines, trente-quatre ou trente-cinq chefs de famille et quatre ou cinq petits enfants furent conduits au tombeau. C'était en vain qu'on avait appelé tous les médecins de la localité et ceux des villes voisines ; aucun d'eux ne connût cette maladie, et tous ceux qui en étaient atteints mouraient inévitablement.

    Tout le village était consterné ; il n'y avait pas une maison, pas une famille qui n'eût à regretter la perte d'un parent ou d'un ami.

    Cependant le mal poursuivait ses ravages, sans qu'aucun obstacle parvînt à l'arrêter.

    Un dimanche, le curé monte en chaire et propose de faire un vœu solennel à Notre-Dame-des-Ardilliers de Saumur.

    « Nous déclarâmes à nos paroissiens qu'afin de nous faire connaître s'ils étaient dans cette pieuse disposition, ils se trouvassent le jeudi suivant, jour de la fête de l'Ascension, dans l'église, et qu'au moins un de chaque famille se confessât et se communiât, afin qu'ensuite nous pussions faire le vœu au nom de tous et publiquement 

    Et ce vœu public de recourir à la sainte Vierge et de nous transporter à Saumur, n'eût pas plus tôt été fait, que trois malades agonisants de notre paroisse, désespérés des médecins, à qui nous avions donné l'extrême-onction le matin de ce saint jour, se trouvèrent beaucoup mieux et hors de danger. Et attestons que depuis ledit jour que nous fîmes le vœu, aucun des habitants n'est mort ni tombé malade ».

     

    Le curé, accompagné de soixante-trois habitants de sa paroisse, vint processionnellement à Notre-Dame-des-Ardilliers, et pour monument de sa reconnaissance, il voulut laisser une déclaration écrite de ce fait entre les mains du supérieur de l'Oratoire. Comme aucun de ses paroissiens ne savait signer, il fit venir un notaire qui rédigea l'acte en leur présence et signa au nom et du consentement de tous.

    Au bas de cette pièce est l'approbation de Mgr Henry Arnauld, évêque d'Angers, qui permet de publier ce fait comme vraiment, miraculeux. L'Évêque donna cette permission à Saumur, le vingtième jour de juin 1679.

     

     

    Catherine ou la petite limousine

    Cette jeune fille n'avait que quinze ans, elle était pauvre, et, accompagnant une de ses tantes, elle sortit de son pays pour aller de ville en ville mendier son pain de chaque jour.

    Sa tante espérait sans doute que l'état du la jeune fille ne manquerait pas d'exciter la pitié publique : Catherine était jeune et sourde-muette de naissance.

    L'organe de la langue ne s'était point développé chez elle, et on ne lui voyait dans la bouche qu'une petite membrane fixée à la mâchoire inférieure.

    Ce triste état ne l'empêchait pas seulement de parler, mais elle éprouvait encore les plus grandes difficultés pour prendre de la nourriture.

    Elle ne pouvait manger que du pain déjà détrempé ou des mets presque liquides, et, quand elle devait boire, il lui fallait lever la tête à la manière des petits oiseaux.

    Tout le monde sait en effet combien la langue est indispensable dans l'opération de la nutrition.

    L'infirmité de cette fille étant très facile à reconnaître et à vérifier, était notoire à toute la ville de Bressuire où la petite Limousine (c'est ainsi qu'on l'appelait, du nom de son pays) habitait depuis deux ans.

    Or, en l'année 1697, sa tante la mena en pèlerinage à Saumur.

    Après avoir prié quelques temps dans l'église de Notre-Dame-des-Ardilliers, elle éprouva subitement dans la gorge une cuisante douleur qui lui arracha beaucoup de larmes et l'empêcha de manger pendant près de deux jours.

    Cependant sa tante la reconduisit à Bressuire.

    Chemin faisant, et le Puy-Notre-Dame se trouvant sur leur route, ces deux femmes entrèrent dans l'église pour vénérer la célèbre relique qui s'y trouve conservée. Elles arrivèrent au moment de l'office, et le chant des prêtres fut le premier bruit qui frappa l'oreille de Catherine. La pauvre fille en fut si fort épouvantée, qu'elle s'enfuit auprès d'une personne de connaissance, et commença à articuler quelques sons.

     

    Bressuire faisait alors partie du diocèse de la Rochelle ; l'évêque, Mgr de la Frezelière, apprit, dans le cours de sa visite, ce miracle dont toute la ville parlait avec étonnement.

    Ce prélat vint lui-même en pèlerinage à Notre-Dame-des-Ardilliers, le 5 octobre 1697.

    A la prière du supérieur de l'Oratoire, il nomma une commission pour informer et recevoir sur ce fait les dépositions des témoins.

    Obligés de choisir parmi le nombre immense de personnes qui pouvaient attester cet événement, les commissaires en entendirent trente-quatre, au nombre desquelles sont trois chirurgiens.

    Tous ces témoins déposent, sous la foi du serment, des faits que nous venons de relater : la surdité, le défaut de langue, la difficulté pour manger, les épreuves faites par plusieurs d'entre eux pour s'assurer que l'état de Catherine n'était ni un jeu ni une supercherie, tout cela est déposé et signé des témoins.

    On avait fait de grands bruits subitement derrière elle, on l'avait enivrée dans l'espoir de l'entendre parler, tout avait été inutile.

    Et voilà que tout d'un coup, ces mêmes personnes conversent avec cette fille, l'entendent articuler des sons, visitent sa bouche et y voient une langue parfaitement bien développée, au retour de son voyage à Notre-Dame-des-Ardilliers.

    Aussi, Mgr de la Frezelière n'hésita-t-il pas à faire publier ce fait comme évidemment miraculeux.

     

    « Vu l'information ci-dessus, faite en conséquence de notre ordonnance en date du cinquième octobre dernier, mise au bas de la requête qui nous a été présentée par le R. F. Passavant, supérieur de la maison des Pères de l'Oratoire de Notre-Dame-des-Ardilliers de Saumur, par laquelle il nous demandait la permission d'informer d'un miracle qu'on disait être arrivé dans l'église Notre-Dame-des-Ardiliiers, sur une petite fille qui revînt à Bressuire, parlant et entendant ; ce que nous avons vu de nos propres yeux ; et pour qu'on rende gloire à Dieu dont le bras tout puissant n'est point raccourci, et pour autoriser la dévotion à la très-sainte Vierge, mère de Dieu, et pour y porter les fidèles confiés à notre sollicitude pastorale par l'autorité que Jésus-Christ nous a confiée, nous avons déclaré et déclarons le miracle fait par l'intercession de la sainte Vierge en faveur de ladite petite fille, et permettons de le publier et de l'écrire partout où besoin sera, à l'honneur de Dieu qui seul est l'auteur dudit miracle et l'exaltation de la très-sainte Vierge, mère de Dieu.

     

    « Fait à la Rochelle, en notre palais épiscopal, le seizième décembre mil six cent quatre-vingt-dix-sept.

    » De La Frezeliere, évêque de la Rochelle. »

     

    Jeune fille paralytique guérie

    Mêmes soins, mêmes formalités, mêmes précautions pour constater l'exactitude du fait suivant.

    Par ordonnance de Mgr de Raglion de Saillant, évêque de Poitiers, le sieur François de Nesde, licencié ès-lois, archidiacre de Thouars, assisté de plusieurs antres personnes, reçut les dépositions des témoins.

    Jeanne Trichet, disent les témoins, fille de Julien Trichet, procureur au présidial de Poitiers, âgée de 17 ans, était paralytique.

    Cette maladie avait attaqué particulièrement ses bras et ses jambes, de manière qu'elle ne pouvait marcher, ni porter elle-même ses aliments à sa bouche.

    Cet état durait depuis près de quatre ans.

    Ses parents la transportèrent à Saumur et commencèrent une neuvaine à Notre-Dame-des-Ardilliers.

    A la seconde messe qu'elle entendit, Jeanne se sentit prise d'une si violente douleur qu'elle s'évanouit.

    Cependant elle sentait un travail intérieur dans ses membres, qui semblaient comme se développer et s'allonger ; reportée à la maison, elle eût soif et déclara qu'elle boirait sans l'aide de personne ; on lui présenta le verre qu'elle porta à ses lèvres avec la plus grande facilité.

    Sa mère et les personnes présentes, dans l'extase du bonheur, se jetèrent à genoux pour rendre grâces à Dieu d'une guérison si prompte et si inespérée.

    On acheva la neuvaine, pendant laquelle la maladie finit par disparaître complètement.

    La jeune fille reparut à Poitiers où les témoins qui l'avaient connue infirme, la virent, à son retour de Saumur, marcher, agir et travailler.

     

    Mgr l'Évêque a permis la publication de ce fait en ces termes :

    « François-Ignace de Baglion de Saillant, par la miséricorde de Dieu et la grâce du Saint-Siège apostolique, évêque de Poitiers, vu l'information ci-dessus, faite en conséquence de notre commission, nous avons reconnu que la guérison de la demoiselle Jeanne Trichet, est un effet de la toute-puissance de Dieu par l'intercession de la sainte Vierge, et l'avons approuvé comme un miracle. — Donné à Poitiers, en notre palais épiscopal, le 30 d'août 1697.

     

    « F.-I. B., év. de Poitiers.»

     

    Élisabeth Horthense de Jon

    Élisabeth du Jon était fille de messire François du Jon, chevalier, seigneur de Chassigny, et de dame Marie-Anne de Pomeuse.

    Elle avait perdu son père ; et sa mère qui était née protestante s'était convertie à la religion catholique depuis plus de vingt-cinq ans, lorsqu'arriva le fait que nous allons raconter.

    Elisabeth, à l'âge de quatorze ans, fit une chute qui eut des suites terribles.

    Elle resta paralysée des deux jambes, et elle éprouvait souvent des convulsions et un tremblement général de tout le corps.

    Longtemps les médecins la traitèrent sans obtenir aucun résultat. La pauvre malade eut alors recours aux remèdes divins.

    Elle eut l'idée de se vouer à Notre-Dame-des-Ardilliers, et de s'engager à faire un pèlerinage à Saumur.

    Pour s'y préparer, elle se confessa et le curé de la paroisse (Saint-Pierre-du-Marché à Loudun), lui apporta le corps de N.-S. Deux heures après cette communion, elle se sentit guérie, et, en présence du curé, de sa mère et d'une femme de chambre, elle se leva et marcha seule et sans appui.

    Les deux médecins, Jean Boursault de la Tour et Jacques du Vidal sont au nombre des témoins interrogés dans l'enquête et attestent qu'elle a été l'impuissance de leur art sur cette maladie.

    Mgr de Poitiers a approuvé la publication de ce fait en ces termes :

    « Nous, évêque de Poitiers, vu l'information et enquête faite par notre archiprêtre et doyen de Thouars, de la guérison de ladite demoiselle Elisabeth-Hortense du Jon de Chassigny, obtenue par l'intercession de la très sainte Vierge, avons donné acte de tout le contenu dans ladite enquête pour servir ce que de raison, et permettons de publier ladite guérison miraculeusement obtenue afin d'exciter les fidèles à reconnaître le pouvoir de la très sainte Vierge auprès de Dieu, et de renouveler la dévotion des catholiques pour le lieu saint de Notre-Dame-des-Ardilliers de Saumur, où elle est honorée par le concours des peuples, et par la piété des RR. PP. de l'Oratoire qui desservent cette église. Donné à Thouars, dans le cours de nos visites, ce cinquième octobre 1712.

     

    « Jean Claude, évêque de Poitiers. »

     

    Anne Avril, Dame de la Rousselière

    Épouse de Thomas de la Rousselière, ancien conseiller au présidial d'Angers, Anne Avril était depuis longtemps affligée d'une grande infirmité.

    Les tendons des muscles qui font mouvoir la jambe s'étaient raccourcis au point qu'elle ne pouvait ni étendre sa jambe, ni s'appuyer dessus.

    Tous les remèdes avaient été inutiles, quelques-uns même avaient augmenté le mal ; Mme de la Rousselière était allée prendre les eaux de Bourbon, mais elle en était revenue dans le même état qu'auparavant.

    Cette pieuse dame vint alors à Saumur, en pèlerinage à Notre-Dame-des-Ardilliers.

    Là, elle fit une neuvaine ; et au dixième jour, elle se trouva subitement délivrée de son mal.

    L'Évêque d'Angers, informé de cette guérison si étonnante, nomma M. Claude Heard de Boissimont, chanoine de l'église cathédrale pour entendre les témoins et dresser procès-verbal.

    Le miracle fut reconnu et approuvé.

    « Tout considéré, et le saint nom de Dieu invoqué, nous permettons la publication du miracle opéré en la personne de ladite dame de la Rousselière, comme d'un véritable miracle et d'un effet de la toute-puissance de Dieu par l'intercession de la sainte Vierge. — Donné à Angers, dans notre palais épiscopal , le neuvième jour de janvier 1715.

     

    « Michel, évêque d'Angers, »

    Je le répète, tous les faits miraculeux jusqu'ici rapportés sont approuvés par l'autorité ecclésiastique : nous avons entre les mains les actes originaux, revêtus de l'approbation, de la signature et du cachet de chacun des évêques : il est impossible de les révoquer en doute : c'étaient des faits publics, bien faciles à vérifier, et vérifiés en effet par des gens instruits, des médecins, des personnes capables, ce qui exclut toute erreur.

    Voudrait-on supposer de la fourberie ? En vérité il faut avoir un surcroît de niaiserie un peu trop fort pour faire une pareille supposition. L'église catholique n'a pas besoin de ces petites preuves en sa faveur : elle a autre chose à faire qu'à s'amuser à jouer un pareil râle, et ceux qui lui supposeraient une pareille petitesse et de telles allures ne la connaissent pas. Qu'ils l'étudient au moins avant de la calomnier.

     

    A côté de ces faits authentiquement approuvés, il en est d'autres dont nous n'avons pour garants qu'une seule voix. Mais cette voix est bien douce et bien éclatante : c'est la voix de la reconnaissance, c'est le cri de joie, c'est l'élan d'amour vers le bienfaiteur.

    Plusieurs personnes qui reconnaissaient avoir reçu quelque grâce spéciale de l'intercession de la sainte Vierge avaient fait à la chapelle un présent pour en perpétuer le souvenir.

    Si l'on ne veut pas croire au miracle, on croira du moins au témoignage pieux qui attribuait à Dieu telle ou telle guérison, telle ou telle grâce, tel ou tel évènement heureux.

    La révolution a fait disparaître ces objets : ils étaient pourtant placés dans le temple à perpétuelle demeure : c'est un devoir pour nous, c'est faire une chose agréable à ces personnes pieuses qui les avaient offerts, c'est honorer la sainte Vierge que d'en rappeler ici le souvenir.

     

    L'an 1595, un habitant de Florence, atteint d'une maladie grave, implora le secours de la sainte Vierge dans la chapelle des Ardilliers ; il guérit, et par reconnaissance, il envoya un tableau où il s'était fait représenter à genoux devant la statue miraculeuse. Une inscription en italien expliquait le motif de cet ex-voto. « Raphaël Salveti, affligé d'une très-grave infirmité, se recommanda à la très sainte Vierge aux Ardilliers, et fut délivré de son mal, l'an 1595.»

    Un autre tableau représentait la guérison de Christophe de Sanzay, chevalier des ordres du roi, seigneur de Saint-Macaire et de Vauchretien en Anjou. Ce pieux gentilhomme tomba malade chez son neveu le comte de Sanzay, au château de la Neufville-le-Roi en Picardie. Il se recommanda à la sainte Vierge des Ardilliers, et, quatre jours après son vœu, il fut en état de monter à cheval pour revenir en Anjou. Ceci se passait en 1602.

    Sacra : Virgini soteria. ClaudiumNicole, cœnomanum, in morbi gravis periculo sacrât Virgini pia mater devovit rapta fato prœcipili, votum flenli conjugi mandavit, qui votivam tabellam huic saero parieti beneficii in fitium memor appendi curavit. 29 1621 ».

    « Claude Nicole, du Mans, atteint d'une grave maladie, fut recommandé à la sainte Vierge par sa pieuse mère, enlevée depuis par une mort précipitée.

    Elle confia, à ses derniers instants, l'exécution de ce vœu à son époux en pleurs, qui, plein de reconnaissance pour la guérison de son fils, a fait suspendre ce tableau dans cette sainte chapelle, le 29 juillet 1621 ».

    Celte inscription brillait en lettres d'or dans le tableau où l'on voyait le jeune Claude rendu a ses parents par la sainte Vierge.

    L'an 1622 , un officier du roi fut voué à la sainte Vierge, par ses parents, à l'occasion d'une grave maladie qui l'avait rendu infirme et avait de plus, altéré ses facultés intellectuelles. Il guérit, et en reconnaissance de ce bienfait, il envoya un tableau, ouvrage d'un excellent peintre, sur lequel était écrit en lettres d'or ce distique :

     

    Corpus, et offensant sanasli corpore mentem, Corpus ne offendat mens modo, virgo fave.

    M. de Montmort, conseiller au parlement de Paris, fut atteint d'une grave maladie au siège de la Rochelle, en 1628 , où il avait accompagné le Roi. Il se voua à la sainte Vierge et fut miraculeusement guéri. Pour perpétuer le souvenir de cette grâce, il donna et fit placer près de la grille de la chapelle de la sainte Vierge, un tableau dans lequel il était représenté à genoux, remerciant son auguste bienfaitrice de la santé qu'elle lui avait rendue.

    Le tableau portait cette inscription :

    Henricus Ludovicus de Montmort, senator paruientis, pro sainte vovebat, anno 1628. Cùm moriturus eram, per te mihi vita resurgit:

    Cùm vivo, pro te, da mihi posse mori.

     

    Le 10 juin 1634, on apporta de Blois un tableau où l'on voyait une demoiselle à genoux devant une image de la sainte Vierge, et au bas on lisait : « Une demoiselle ayant une grande affliction, eût recours à la sainte Vierge, et obtint ce qu'elle désirait par son intercession. »

    Le 13 juin de la même année une maison faite en cire fut apportée du Mans par maître François Hoyau, cirier de cette ville. Le feu avait pris à sa maison et menaçait de la brûler en entier ainsi que les maisons voisines : cet homme de foi eut recours à la sainte Vierge et l'incendie s'arrêta tout-à-coup. L'inscription suivante accompagnait l'ex-voto.

    D. O. M. Virginique Deiparœ Salmurianœ. Pro servatis ubique suis et vicinorum œdibus, tedatisque prœter omnium morlalium expectationem ingruentibus, jamjam que fastigia devorantibus flammis, aclulùm invocato sacratissi mœ Virginis patrocinio, hanece domum ceream F. Hoyau, cenomanensis cerarius, vovil 7 octob. i 633, et supplex appendit Hjunii 1634.

    Nous nous bornerons aux faits que nous venons de rapporter. Le lecteur examinera quel degré de foi, quelle humilité sont nécessaires pour mériter de pareilles faveurs. On se plaît à dire aujourd'hui : il ne se fait plus de miracle. Parole accusatrice, proférée sans réflexion et qui retombe sur notre tête pour nous condamner. Dieu, l'auteur du miracle, n'existe-t-il plus ? Sa force et sa bonté ne sont-elles plus ce qu'elles étaient autrefois ? Nous souhaitons de voir un effet extraordinaire de ces vertus divines, mais il faut le demander, il faut prier. Savons-nous ce que c'est que prier ? Avons-nous le sentiment de notre impuissance radicale ; croyons-nous fermement à la toute-puissance de Dieu ? Nous humilions-nous ? Nous résignons-nous complètement entre ses mains ? Voyez l'humilité de Cardin, son genre de vie austère, sa pénitence sérieuse et sincère : rappelez-vous la manière de prier de Marie Lebrun. Si nous demandons froidement a un homme une grâce, si nous la demandons avec hauteur, elle nous sera justement refusée, et personne ne plaindra ce solliciteur orgueilleux et sans persévérance. Injustes que nous sommes, nous  prions Dieu froidement et sans humilité, et nous voulons qu'il nous accorde l'objet de notre demande ! Non, non : sachons donc bien qu'on ne trompe pas le Seigneur et que l'on ne peut se moquer de lui. 

    Mais, j'en appelle à vous, chrétiens pleins de foi, et à qui il est donné de bien prier et d'aimer : aucun de vous n'est-il plus exaucé ? Est-ce en vain que vos ardentes prières montent vers le ciel ? Non ! je ne crains pas de le dire : il n'y a pas de jour où quelque grâce ne vous soit accordée. Sans doute, vous ne proclamez pas ces faits comme miraculeux. Votre modestie vous fait cacher les faveurs que le ciel vous envoie : mais à quoi doit-on attribuer la guérison de ce mal qui vous tourmentait depuis longtemps ? A quoi la conversion de ce mari, de ce fils, jusqu'ici refusée ? A quoi la réussite dans vos projets, cette patience dans les épreuves, cette victoire sur une passion terrible et qui dévorait votre âme ? La prière a tout fait ; car ce n'est pas en vain qu'il a été dit : « Demandez et vous recevrez , afin que votre joie soit accomplie. »

     

    Pèlerinages de M. Olier et du R.P. Montfort

    Outre les pèlerins célèbres dont nous avons parlé, il en est venu quelques autres dont nous croyons devoir entretenir en particulier le lecteur.

    M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-Sulpice à Paris, vint a N.-D. en 1641. MM. de Foix et du Ferrier, ses associés pour l'établissement des séminaires, avaient fait une tentative infructueuse à Chartres. Ils vinrent à N.-D.-des-Ardilliers ; là, M. Olier les rejoignit.

    Tous les trois demandèrent instamment à Dieu, par l'intercession de la sainte Vierge, les grâces et les lumières nécessaires pour accomplir leur pieuse entreprise.

    Dieu bénit leur dessein , le séminaire de Saint-Sulpice fut fondé, et, après lui, tous ceux qui existent aujourd'hui. C'est à Saumur que cette œuvre a été sanctionnée, approuvée du Seigneur : œuvre capitale, et qui retrempa le clergé français au XVIIe siècle.

    M. Olier fit depuis plusieurs autres pèlerinages à N.-D.-des-Ardilliers, notamment en 1653, après une longue maladie. « Les faveurs dont il avait toujours été comblé dans ce lieu, par l'entremise de Marie, lui faisaient espérer d'y recevoir encore de nouvelles marques de sa bonté ».

     

    En l'année 1706, vint à Saumur le vénérable Grignon de Montfort.

    C'est lui qui a fondé l'institut des Sœurs-Grises ou sœurs de la Sagesse, à Saint-Laurent-sur-Sèvre, si florissant et si nombreux aujourd'hui.

    Le vénérable de Montfort revenait de Rome et avant de commencer ses missions apostoliques, il voulut faire deux pèlerinages afin d'attirer sur ses travaux la protection de la mère de Dieu et de l'archange saint Michel. Son premier pèlerinage fut à Notre-Dame-des Ardilliers Une circonstance particulière de celui de Saumur fut le service qu'il rendit aux filles de la Providence, dans la personne de leur fondatrice sœur Jeanne de la Noue, morte en odeur de sainteté en 1736. « Cette humble servante du Seigneur était conduite par une voie extraordinaire et se livrait à des austérités que plusieurs trouvaient excessives. Ses filles avaient la-dessus bien des peines ; elle-même craignait d'être dans l'illusion.

    Dès qu'on sut Montfort à Saumur, on s'empressa de le consulter. L'homme de Dieu parut d'abord indécis; mais un jour, après avoir dit la messe pour demander à Dieu ses lumières, il confirma, du ton le plus assuré, Jeanne de la Noue dans les résolutions qu'elle avait prises. Continuez, lui dit-il, comme vous avez commencé, c'est l'esprit de Dieu qui vous conduit et qui vous inspire les austérités que vous pratiquez. Tenez pour assuré que c'est là votre vocation et l'état où Dieu vous veut. Ce conseil fut reçu comme un oracle, et l'évènement a fait voir qu'il venait du ciel. »

     

     

    Jeanne de la Noue. Hospice de la Providence

    Jeanne de la Noue naquit à Saumur en 1666.
    Fille d'un marchand du faubourg de Fenet, sans fortune, sans crédit, elle fut destinée par la divine providence à fonder au sein de cette ville un hôpital pour les enfants, les infirmes et les vieillards. Entreprise gigantesque que ni les ordonnances de Louis XIV, ni les lettres de Mgr l'Intendant de la province, ni les délibérations du conseil municipal n'avaient pu fonder. Elle essuya d'abord mille contradictions. Les habitants de Saumur se moquaient de son entreprise ; c'était par orgueil et sans aucune chance de succès qu'elle voulait créer un tel établissement, et l'on disait, par dérision que la maison de Melle de la Noue était la maison de la Providence. Cependant, elle ne se rebuta pas. Quelques-uns, plus avisés et plus chrétiens vinrent à son secours. Jeanne de la Noue ne put suffire à soigner seule toutes les personnes qu'elle avait recueillies. Elle s'attacha quelques filles du faubourg de Fenet qui l'aidèrent dans sa pieuse entreprise. L'évêque d'Angers, Poricet de la Rivière, approuva tout ce qui s'était fait ; il donna un habit et un règlement particulier à cette petite communauté naissante, en 1709 ; et ce fut là l'origine de l'Ordre de la Providence. Ce nom, donné par moquerie, devint le nom sérieux de cette œuvre, et l'on fut trop heureux d'avoir dans la ville de Saumur une pareille institution.
     
     

    Louis XIV, et plusieurs rois avant lui, avaient rendu une ordonnance par laquelle les villes devaient fonder un asile, une maison de refuge pour les pauvres mendiants, les infirmes et les enfants. C'est notre dépôt de mendicité, il n'y a de différence que dans les mots ; mais ces ordonnances ne furent jamais exécutées. Cependant, le conseil municipal de Saumur reçut une lettre de l'Intendant de la province qui l'invitait à délibérer sur les moyens de fonder cet hôpital.

    Le conseil se réunit le 3 février 1679. Les échevins étaient MM. Chol et Hurtault sieur de Champfleury ; ses membres, au nombre de onze, délibèrent et trouvent de grands obstacles à l'établissement du dépôt de mendicité : le plus grave est le manque d'argent, parce qu'outre que la ville est chargée de sel, taille et autres impositions, la plus grande partie des habitants sont entrés cautions pour les corps de ladite ville dans des dettes très considérables contractées pour le service de S. M., notamment pendant les guerres passées....» Néanmoins, et, pour marquer leur zèle et leur obéissance aux pieux desseins de S. M., ils arrêtent les bases de la formation de l'hôpital général. Ils passent ensuite à la discussion d'une seconde proposition, et comme ces affaires sont fort importantes, on ne les décide point, on n'arrête rien, car il faut pour cela le consentement des habitans. « Et, afin d'informer le général des habitants des deux propositions, les y faire homologuer et agréer, suivant le règlement de l"hôtel-de-ville, nous ordonnons que l'assemblée générale, sera convoquée à vendredi 17° de ce mois, à la diligence desdits sieurs échevins qui, pour cet effet, le feront publier où besoin sera...»

    Nous donnons ici un extrait du procès-verbal de cette assemblée. Nos concitoyens seront bien aises de connaître les noms de leurs devanciers, et ils nous pardonneront pour ce motif la longueur de cette citation. « Du 17 février 1679.

    « En l'assemblée générale des officiers, bourgeois, manants et habitants, publiée et convoquée à ce jour, tenue par devant nous Joseph Foullon, conseiller du Roy, lieuteuant-général criminel en la ville, ressort et sénéchaussée de Saumur, où étaient MM. Jean Chol, conseiller, premier échevin, Vincent Hurtault, sieur de Charopfleury, aussy échevin ; Me Jacques Sigogne, avocat, procureur-syndic desdits habitants, M. Antoine Lebœuf sieur de la Rue, M. Mathurin Cirot ; Charles Drugeon, sieur des Portes ; François Ayrault ; Pierre Fournier, sieur de Rois-Ayrault ; M. Hilaire Coustis, conseiller du Roy à la prévosté de Saumur; Gilles Valette, sieur de la Mothays ; Clément Phelippeaux, sieur des Rues; Joseph-René Jacob; Michel Lebœuf, Clément Vallette , Jean - François Couronneau , et Denis Ledoyen, advocats; H.-H. Guille, Salmon, marchand, René X..., Jean-Michel Huguet, Rousseau, le sieur de Launay-Lebœuf, Meschine, bourgeois, le sieur de Baigneux, Gilles Gistan, Jean Prunier, notaire royal; le sieur Thomas, chirurgien; Pierre Desbordes, marchand droguiste; Desbordes imprimeur; les sieurs X ... et Bousnier, marchands épiciers; les  sieurs Leger, Corbière, Aymon, Chapelle, Maupassant, Gilles Hardouin, Dclaonay, Monneux, Hulquin, Gaultier, Contlon, Grillon, Joullain, Dandenacq, marchands ; Cailleau, chirurgien, et Thomas, anssi chirurgien ; René Roux, huissier proclamateur ; Lefort ; Jean Despeignes, boulanger ; Urbain Lecomte, François Fouqueau, Pierre Chardon, Sébille, Denis Péan, marchands, Louis Gillot, marchand confiseur ; Claude Nobilleau, marchand chappelier ; Commeau, droguiste ; Gibault, boucher ; Lelièvro, Laperrière ; Gondouin, entrepreneur et architecte ; Jean Joullain, marchand, procureur des autres marchands ; Berthelot, aussy marchand ; Claude Blondeau, huissier de ville, et plusieurs autres personnes et affluence de peuple. 

    « Sur ce qui a été présenté par lesdits sieurs eschevins, qu'ils avaient reçu lettre de Mgr l'Intendant, du 26 janvier dernier, avec un arrêt du conseil du septième juin précédent rendu en exécution de la déclaration du mois de juin 1672, par laquelle S. M. avait ordonné qu'en toutes les villes et gros bourgs de son royaume, il serait procédé incessamment à l'établissement d'un hospital général pour y loger, nourrir et enfermer les pauvres mendiants et invalides, natifs des lieux où se feraient lesdits établissements où qui y auroient demeuré pendant un an , comme aussy les enfants orphelins ou nés de parents mendiants, pour y être instruits à la piété et religion chrétienne et aux métiers dont ils se pourront rendre capables, sans qu'il leur fut permis de vaguer, avec injonction aux Maires, échevins des villes de faire assembler les principaux habitants des villes, afin d'adviser aux moyens les plus convenables en chascun lieu pour l'establissement desdits hôpitaux 

    « La matière mise en délibération, l'assemblée a été d'advis de l'établissement dudit hôpital général, comme utile et nécessaire, et a cru que le nombre des pauvres se pourrait monter jusques à 300, une année portant l'autre, eu égard à la misère commune et au grand passage ; que pour l'entretien et nourriture d'iceux et des préposés à leur gouvernement tant pour le spirituel que pour le temporel il conviendra bien pour chacun an la somme de quinze mille livres qu'il sera remontré à sa Majesté qu'il serait préjudiciable au bien de ladite ville d'unir ledit hôpital général à l'ancien hôpital des pauvres malades établi depuis longues années en l'un des fauxbourgs de cette dite ville, qui subsiste des aumônes et charités desdits habitants, parce que dans ledit hôpital ancien on ne reçoit pas toute sorte de malades joint même que dans ledit ancien  hôpital il n'y a pas d'espace ni d'étendue suffisante pour y establir ledit hôpital général ; et avant que de donner advis sur le surplus, et du lieu où ledit hôpital général doit être bâti et de ce qu'il peut coûter tant pour le bâtiment, emplacement qu'ameublement, ladite assemblée a prié et requis lesdicts sieurs échevins de se transporter avec architecte, entrepreneurs et prud'hommes sur les lieux du grand jardin Courcouronne, place du Chardonnet, et autres lieux qu'ils jugeront à propos afin de les voir et visiter et remarquer le plus propre el commode pour remplacement dudit hôpital général, pour leur rapport fait et examiné à l'assemblée qui se tiendra à leur diligence conformément aux ordres du Roi, y être statué et donné advis ainsi que de raison.»

    On ne donna aucune suite à ce projet, le 30 décembre 1712, et le 16 juin 1713, le conseil s'assembla encore pour arriver à créer cet hospice mais sans plus de succès.

    Ce que n'a pu faire la puissance humaine, une humble fille du peuple l'exécutera.

    Dépourvue du crédit et des richesses de ce monde, mais avec l'assistance divine, elle élève un vaste hôpital ; son œuvre subsiste encore, et depuis 150 ans, les pauvres ouvriers de notre ville trouvent un refuge où ils peuvent reposer leurs membres brisés par le travail.

    Pourquoi s'en étonner ? ne voyons-nous donc pas cette force cachée qui se joue dans le monde ? douze pauvres pêcheurs ont changé la face de la terre ; une simple fille pourra bien, si Dieu est avec elle, fonder un hôpital : « cinq sous restent à Thérèse : cinq sous et Thérèse ce n'est rien ; mais, cinq sous, Thérèse et Dieu c'est tout.

    La puissance de Louis XIV avait pu détruire des villes, ravager des provinces, augmenter lus impôts et la misère du peuple, mais il ne lui fut pas donné de réparer ces malheurs.

    La même vérité subsiste toujours : « ce qui est faible selon le monde, Dieu l'a choisi pour confondre ce qu'il y a de plus fort. Il a choisi enfin ce qu'il y avait de moins noble et de plus méprisable, même ce qui n'est pas pour détruire ce qui est, afin que nul homme ne puisse se glorifier devant lui.»

     

    Dévotion à Sainte Magdeleine, aux Ardilliers

    Un rocher pour s'abriter, des racines et de l'eau pour se nourrir, un désert pour cacher ses larmes, c'est là tout ce qu'il fallut à la pénitence de Magdeleine. Beaucoup de péchés lui furent remis, parce qu'elle avait beaucoup aimé ! Magdeleine nous montre à la fois le modèle et la récompense du repentir.

    Le repentir sincère suppose l'amour : la colère d'un père ou d'une mère s'anéantit devant le repentir de l'enfant qui a oublié ses devoirs : Dieu notre père ne tient pas non plus contre nous, lorsque nous implorons notre grâce. Cette conversion d'un seul cœur réjouit plus tous les anges que la persévérance de quatre-vingt-dix-neuf justes. Rien de plus noble que le repentir : les hommes y croient peu : une première faute n'est jamais oubliée : le pauvre prisonnier qui a fini sa peine veut-il se promettre de vivre en homme honnête et chrétien, on le repousse, on en a peur : la jeune fille séduite par un esprit corrupteur ou abandonnée, vendue par sa famille, veut-elle changer les inclinations de son cœur, ô Dieu! si vos serviteurs, si d'humbles religieuses n'étaient là pour la recueillir, pour la consoler et la serrer contre leur cœur, le monde loin de l'encourager, la rejette... ce monde se fait prude et ne veut pas la toucher du bout du doigt. Et vous savez, Seigneur, la pureté de ce monde !

    La tradition rapporte que la Magdeleine se relira dans la solitude pour pleurer ses péchés pendant le reste de sa vie. On a profité des grottes naturelles creusées dans le rocher des Ardilliers pour y établir le culte de cette sainte pénitente. Autrefois on montait au sommet de ce coteau par un escalier de cent marches et l'on arrivait à une grotte étroite et mystérieuse où reposait la statue vénérée.

    Au fond était un autel où les pères de l'Oratoire célébraient la messe.

    Cette statue n'existe plus : elle fut enlevée en 1793, et traînée sur la place de la Bilange où l'instrument de mort était en permanence. On hissa la statue sur l'échafaud où elle fut guillotinée comme aristocrate.

    Pauvre peuple ! qui reniait ainsi les plus grands amis et les vrais civilisateurs des peuples ! Revenus à de meilleures idées, nous avons replacé la Magdeleine dans son temple et le repentir dans nos cœurs.

    N'oublions jamais à l'aspect de ses autels cette parole du maître : « en vérité, je vous le dis : les femmes de mauvaise vie vous précéderont dans le royaume des deux. « Tremblons, humilions-nous : point d'arrogance : paix dans le cœur, douceur, humilité, amour de Dieu et des hommes : voilà les vertus de ceux qui n'ont jamais failli, et de ceux aussi qui ont senti leur cœur se briser sous le double poids de l'amour et du repentir !

    Source : Livre "Notice sur Notre-Dame des Ardilliers de Saumur"

     

     

     

     

    Saumur, Notre-Dame des Ardilliers

     

    SAUMUR

    - Notre-Dame des Ardilliers

    - Chapelle Notre-Dame des Ardilliers