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    Samaritains

     

     

    Les Samaritains (autoethnonyme : Shamerim, qui signifie « les observants » ou « ceux qui gardent » ; en hébreu moderne : Shomronim - שומרונים, c'est-à-dire « de Shomron », la Samarie ; ou « Israélites-Samaritains ») sont un peuple peu nombreux se définissant comme descendant des anciens Israélites, et vivant en Israël et en Cisjordanie.

    On appelle parfois leur religion le samaritanisme.

     

    Les Samaritains offrent le paradoxe d'être à la fois une des plus petites populations du monde, puisqu'ils sont 712 en 2007, et une des plus anciennes dotées d'une histoire écrite, puisque leur existence est attestée au Ier millénaire av. J.-C. en Samarie.

    Ils ont dominé cette région jusqu'au VIe siècle, dans le nord de l'actuel Israël.

     

    Leur religion est fondée sur le Pentateuque, comme le judaïsme. Cependant, contrairement à celui-ci, ils refusent la centralité religieuse de Jérusalem.

    Bien qu'ils soient apparus avant le développement du judaïsme rabbinique et que cette différence ne soit donc pas à l'origine de leur divergence, ils n'ont pas de rabbins et n'acceptent pas le Talmud du judaïsme orthodoxe.

    Les Samaritains refusent également les livres de la Bible hébraïque postérieurs au Pentateuque (Livres des prophètes et livres hagiographes).

     

    Ils ne se considèrent pas comme Juifs, mais comme des descendants des anciens Israélites du royaume antique de Samarie.

    À l'inverse, les Juifs orthodoxes les considèrent comme des descendants de populations étrangères (des colons Assyriens de l'Antiquité) ayant adopté une version illégitime de la religion hébraïque, et à ce titre refusent de les considérer comme Juifs, ou même comme des descendants des anciens Israélites. Ils sont reconnus comme Juifs par l'État d'Israël.

    Origines

    Les Israélites des environs de l'an 1000 av. J.-C. vivaient semble-t-il sur les hautes terres se trouvant à l'ouest du Jourdain, et un peu au-delà, sur le territoire de l'actuelle Jordanie.

    D'après la Bible, ils auraient été divisés en 12 tribus plus ou moins rivales, puis unifiés vers l'an 1000 av. J.-C. par le roi Saül, puis par le roi David, et son fils Salomon.

    Après la mort de Salomon, vers 930 av. J.-C., les 10 tribus du Nord auraient fait sécession, et formé le royaume d'Israël, aussi appelé « royaume de Samarie », du nom de la ville qui devint sa capitale au IXe siècle av. J.-C. Ce royaume est alors devenu le voisin et parfois l'adversaire du royaume du Sud : le royaume de Juda, autour de Jérusalem.

    Les deux royaumes israélites

    Le royaume de Samarie et le royaume de Juda se sont définis de façon ambiguë l'un par rapport à l'autre.

    Ils faisaient partie d'une même communauté religieuse israélite, mais ils étaient aussi en concurrence territoriale, politique et au final religieuse. On peut lire dans cette concurrence l'origine des Samaritains.

     
    Frontières estimées des États du Levant vers 800 av. J.-C
     

    Dans un contexte où religion et politique ne sont pas séparées, le contrôle de la religion est un aspect important du contrôle du pouvoir, et des lieux de culte respectifs ont été mis en place par les deux royaumes.

    Celui de Juda a été installé à Jérusalem, tandis que le royaume de Samarie en installait plusieurs, les deux principaux étant situés « aux extrémités nord et sud du royaume, à Béthel et à Dan ».

    Dans les premiers siècles, cette diversité des temples n'a cependant pas semblé poser trop de problèmes, et n'a en tout cas pas entraîné de schisme officiel.

    Il faut rappeler que, jusqu'aux alentours de l'an mille avant Jésus-Christ, il n'y avait pas d'après la Bible de lieux de culte permanents et fixes.

    Le prophète Samuel est ainsi un prêtre du sanctuaire de Silo.

    C'était la traduction d'une absence de centralisation historique remontant à l'existence de tribus séparées.

    Avec la structuration en royaumes, la concurrence a commencé à se faire sentir, et chaque lieu de culte a été progressivement mis en avant par le royaume qui le gérait.

    La Bible « nous dépeint immanquablement les tribus du Nord […] désespérément enclines au péché ».

    Les temples de Samarie sont accusés d'avoir été ouverts aux rites païens, et de n'être pas vraiment israélites :

    « Les enfants d'Israël firent en secret contre l'Éternel leur Dieu, des choses qui ne sont pas bien. Ils se bâtirent des hauts lieux[…]. Ils se dressèrent des statues et des idoles sur toute colline élevée […]. Ils fabriquèrent des idoles d'Astarté, ils se prosternèrent devant toute l'armée des cieux, et ils servirent Baal. Ils firent passer par le feu leurs fils et leurs filles. »

    Les livres « historiques » de la Bible concernant les périodes avant la destruction du premier Temple en -586, appelé généralement « histoire deutéronomiste », sont datés du règne de Josias (-639 à -609) ou de la période suivant son règne, après la destruction de Samarie, mais intègrent des sources plus anciennes, pour certaines nordistes (comme les prophètes Amos ou Osée).

    « L'historien deutéronomiste transmet à ses lecteurs un double message, plutôt contradictoire. D'un côté, il dépeint Juda et Israël [Samarie] comme deux États jumeaux. De l'autre, il les décrit comme férocement antagonistes. Josias ambitionne de s'étendre au Nord. […] La Bible, à l'appui de son ambition, répète donc à satiété […] que sa population est composée d'israélites qui auraient dû accomplir leurs dévotions à Jérusalem, […]. La Bible se devait d'ôter toute légitimité aux cultes nordistes - principalement celui du sanctuaire de Béthel - et de montrer que les traditions religieuses du royaume du Nord étaient impies11 ». « Violence, idolâtrie, cupidité caractérisent le portrait peu édifiant du royaume nordiste d'Israël que nous brossent les deux Livres des Rois »

    Il est impossible de savoir si toutes ces accusations sont fondées, mais elles montrent une forte hostilité envers le royaume et les pratiques religieuses du nord, bien avant l'apparition « officielle » des Samaritains.

     
    Carte de la région après l'expansion assyrienne. La Samarie et Juda font partie de l'empire, Juda avec un statut de vassal et non de simple province.

    Le royaume de Samarie a été envahi et détruit par l'Assyrie en 722 avant notre ère, qui en a fait une de ses provinces.

    Le royaume de Juda accepta par contre la suzeraineté assyrienne, et survécut donc.

    Juda ne reprit une pleine indépendance que sous le règne de Josias (de -639 à -609), jusqu'à sa destruction par les Babyloniens et à la déportation de sa population en 586-587 avant notre ère.

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