• Saint Bernard de Clairvaux

     
     

    Saint Bernard de Clairvaux

     

    Saint Bernard de Clairvaux

     

    Bernard de Fontaine, abbé de Clairvaux (1090 ou 1091, château de Fontaine-lès-Dijon, Dijon – † 20 août 1153, abbaye de Clairvaux) est un moine français, réformateur de la vie religieuse.

    Directeur de conscience de l'ordre cistercien, il recherche par amour du Christ la mortification la plus dure.

    Bernard fait preuve, toute sa vie durant, d'une activité inlassable pour instruire ses moines de Clairvaux, pour émouvoir et entraîner les foules, pour allier son ordre avec la papauté et pour élaborer une idéologie militante que son ordre et toute l'église catholique mettront en œuvre.

     

    C'est aussi un conservateur, qui se positionne en réaction contre les mutations de son époque (la « renaissance du XIIe siècle »), marquée par une profonde transformation de l'économie, de la société et du pouvoir politique.

     

    Il joue un rôle déterminant dans la transposition de la croisade en « guerre sainte » contre les cathares. Il est canonisé en 1174 et devient ainsi saint Bernard de Clairvaux.

    Enfance et entrée au monastère

    Né en 1090 ou 1091 à Fontaine près de Dijon, dans une famille noble de Bourgogne, Bernard est le troisième des sept enfants de Tescelin le Roux (Tescelin Sorrel) et d'Alette ou Aleth de Montbard, une femme de haute vertu.

    Son père, Tescelin, est un membre de la famille des seigneurs de Châtillon-sur-Seine. Modeste chevalier, il est au service du duc de Bourgogne et a cherché à faire un riche mariage.

    Il gère des terres autour de Montbard, d'Alise-Sainte-Reine, dans la vallée de la Laignes ou au confluent de l'Aube et de l'Aujon en plus de sa seigneurerie de Fontaine.

    La famille de sa mère, Alette ou Aleth, est de plus haute lignée.

    Le grand-père de Bernard règne sur la seigneurie de Montbard : ses terres s'étendent sur les plateaux situés entre l'Armançon et la Seine.

    Son frère, André de Montbard est l'un des neuf fondateurs de l'ordre du Templeet devient même maître.

    La famille de Bernard appartient donc à la moyenne noblesse.

    À l'âge de neuf ans, il est envoyé à l'école canoniale de Châtillon-sur-Seine.

    Après les rudiments, il suit le trivium, premier cycle d'enseignement consacré aux lettres (grammaire, rhétorique et dialectique). Montrant un goût particulier pour la littérature, il acquiert une bonne connaissance de la Bible, des Pères de l'Église et de divers auteurs latins : Horace, Lucain, Sénèque (Lettres à Lucilius), Tacite,Juvénal, Perse, Stace, Térence et, surtout, Cicéron, Virgile et Ovide (y compris, de ce dernier, l'Art d'aimer), ce qui fait de lui un parfait représentant des lettrés de son temps.

     

    En revanche, il ne suivra pas le quadrivium (second cycle, portant sur l'arithmétique, la géométrie, la cosmologie et la musique).

    À l'âge de seize ou dix-sept ans, il perd sa mère et en est très vivement affecté.

    Il mène ensuite l'existence mondaine des jeunes nobles de son âge mais semble très vite vouloir entrer dans les ordres.

    Dans un premier temps, il laisse entendre à sa famille qu'il prépare un pèlerinage à Jérusalem pour ne pas inquiéter sa famille par ses préparatifs à la vie monacale.

    En 1112, il entre à l'abbaye de Cîteaux avec trente membres de sa famille ou proches.

    L'abbaye de Citeaux a été fondée en 1098 par Robert de Molesme, et Étienne Harding en est l'abbé depuis janvier 1108.

    Les fondateurs se sont détachés de l'ordre de Cluny, alors en pleine gloire, pour vivre intégralement la règle de saint Benoît.

    Ils souhaitent répondre à un idéal plus rigoureux : retour à la simplicité dans la vie quotidienne, dans le culte et dans l'art ; rupture avec le monde, pauvreté, silence, travail manuel, tels seront les éléments principaux de la création cistercienne.

    Cela correspond aux souhaits de Bernard qui veut retourner à l'ascèse monastique la plus rude.

    Cette ascèse est comparable selon lui à la route de Jérusalem : "par la montée rude (...), vers la Jérusalem de la liberté, celle d'en-haut, notre mère"

    La fondation de Clairvaux

    En 1115, Étienne Harding envoie le jeune homme à la tête d'un groupe de moines pour fonder une nouvelle maison cistercienne dans une clairière isolée à une quinzaine de kilomètres deBar-sur-Aube, le Val d'Absinthe, sur une terre donnée par le comte Hugues de Champagne.

    La fondation est appelée « claire vallée » (clara vallis), qui devient ensuite « Clairvaux ». Bernard est élu abbé de cette nouvelle abbaye, et confirmé à Châlons-en-Champagne par Guillaume de Champeaux, évêque de Châlons-en-Champagne et célèbre théologien.

    Il demeure abbé de Clairvaux jusqu'à sa mort en 1153.

    Les débuts de Clairvaux sont difficiles : la discipline imposée par Bernard est très sévère.

    Bernard poursuit ses études sur les Saintes Écritures et sur les Pères de l'Église.

    Les gens affluent dans la nouvelle abbaye, et Bernard convertit même toute sa famille : son père, Tescelin, et ses cinq frères entrent à Clairvaux en tant que moines.

    Sa sœur, Humbeline, prend également l'habit au prieuré de Jully-les-Nonnains.

    L'attrait qu'exerce Bernard est parfaitement illustré par cette anecdote : vers 1129, l'évêque de Lincoln s'étonne de ne pas avoir de nouvelle d'un chevalier qui devait faire étape à Clairvaux sur la route des croisades.

    Bernard l'informe qu'il a économisé la route de Jérusalem en entrant au monastère.

    Dès1118, de nouvelles maisons doivent être fondées pour éviter l'engorgement de Clairvaux.

    Les trois premières fondations sont La Ferté, Pontigny, Morimond. Ces premières fondations sont implantées dans les domaines des seigneuries alliées ou amies.

    Ces trois abbayes, plus Citeaux et Clairvaux sont les cinq têtes de pont de l'ordre nouveau, chacune essaimant pour son compte.

    De 1115 à 1133, Bernard et ses moines vivent à Clairvaux dans les conditions les plus frustes.

    Le prieur du couvent (Geoffroy de Rochetaille) et le maître des novices (Achard) convainquent Bernard d'agrandir le monastère en 1133.

    En 1145, l'église est enfin consacrée et, en 1153, la partie occidentale réservée aux frères convers est achevée.

    Clairvaux donne naissance à soixante-huit abbayes nouvelles.

    En 1119, Bernard fait partie du chapitre général des cisterciens convoqué par Étienne Harding, qui donne sa forme définitive à l'ordre.

    La « Charte de charité » qui y est rédigée est confirmée peu après par Calixte II.

    En 1132, il fait accepter par le pape l'indépendance de Clairvaux vis-à-vis de Cluny.

    Un conservateur engagé

     

    Dès le début de son abbatiat, Bernard rédige des traités, des homélies, et surtout une Apologie, écrite sur la demande de Guillaume de Saint-Thierry, qui défend les bénédictins blancs (cisterciens) contre les bénédictins noirs (clunisiens).

    À l'austérité cistercienne, élaborée à partir de la fuite du monde, de la pauvreté et du travail manuel, Bernard ajoute la mise en valeur de la pureté et le mépris de la culture et de tout ce qui peut sembler un divertissement pour l'esprit. 

    Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, lui répond amicalement, et malgré leurs différends idéologiques, les deux hommes se lient d'amitié.

    Il envoie également de nombreuses lettres pour inciter à la réforme le reste du clergé, en particulier les évêques.

    Sa lettre à l'archevêque de Sens, Henri de Boisrogues dit Sanglier, intitulée par la suite De Officiis Episcoporum (Sur la conduite des évêques) est révélatrice du rôle important joué par les moines au XIIe siècle, et des tensions entre clergé régulier et séculier.

    Bernard a une prédilection presque exclusive pour le Cantique de Salomon et pour saint Augustin.

    Il est le dernier père de l'Église de par sa façon de raisonner.

    Il considère que l'homme n'a pas à tenter d'élucider les contradictions apparentes du dogme ou de trouver une explication rationnelle aux textes saints : la foi que l'on reçoit doit être transmise inchangée.

    Il reste opaque aux changements de l'époque où, avec la naissance des universités, de plus en plus d'esprits s'attaquent à la compréhension des textes par la raison.

    Il défend avec la même fougue la société féodale, la division du monde en trois ordres, la théocratie pontificale.

    Pour lui, l'ordre établi est voulu par Dieu. Il suffit de corriger les vices des hommes pour résoudre les problèmes de la société.

    La spiritualité de Bernard est fortement marquée par la pénitence.

    Il fait subir à son corps les plus cruels traitements, mettant ainsi sa santé en danger.

    Son goût pour l'austérité s'accorde à merveille avec le dépouillement des églises cisterciennes.

    À ce sujet, il évoque « la sobre ivresse (sobria ebrietas) qui jaillit du dedans et opère des mutations et des métamorphoses, sans pour autant nécessiter le point d'appui d'une imagerie extérieure ».

    Il fulmine d'ailleurs contre les cloîtres sculptés à chapiteaux historiés dans son Apologie à Guillaume de Saint-Thierry(vers 1123-1125). Il considère que les décorations richement ornées de figures monstrueuses et que les narrations souvent profanes et coûteuses sont de nature à détourner l'esprit du moine de la méditation.

    Il est aussi porté par un amour fervent pour Dieu et pour la Vierge pour qui il a une dévotion particulière.

    Toutes les églises cisterciennes sont dédiées à la Vierge et Bernard cherche à développer le culte marial dans tout l'Occident.

    Il est parfois présenté sur des tableaux buvant le lait de la Vierge (lactation de saint Bernard).

    Il prône une religion faite d'élan du cœur plus que de comptabilité des actions bonnes ou mauvaises.

    Un abbé engagé dans les affaires de son temps

    Bernard, pourtant si engagé dans son monastère, sillonne les routes d'Europe pour défendre l'Église et porter témoignage de son Dieu.

    En 1129, il participe au concile de Troyes, convoqué par le pape Honorius II et présidé par Matthieu d'Albano, légat du pape.

    Bernard est nommé secrétaire du concile, mais en même temps il est contesté par une partie du clergé, qui pense que Bernard, simple moine, se mêle de choses qui ne le regardent pas.

    Il finit par se disculper.

    C'est lors de ce concile que Bernard fait reconnaître les statuts de la milice du Temple, les Templiers, dont il a grandement influencé la rédaction.

    L'existence d'un ordre de moines appelés à manier l'épée et à verser le sang était, selon Jean Flori, une « monstruosité doctrinale » que Bernard de Clairvaux réussit à faire accepter par le concile.

    Ce qui officialisa l'intégration définitive, dans la doctrine de l'église romaine, de la notion de guerre sainte.

    En 1130, il adresse une lettre aux chevaliers du Temple. Il explique que pour un chrétien il est plus difficile de donner la mort que de la recevoir. Il fustige le "chevalier du siècle" qui engage des guerres. Il rappelle que le Templier est un combattant discipliné sans orgueil et sans haine.

     

    Devenu une personnalité importante et écoutée dans la chrétienté, il intervient dans les affaires publiques, il défend les droits de l'Église contre les princes temporels, et conseille les papes. Il attache en effet, une grande vénération au trône de saint Pierre.

    Le schisme d'Anaclet

    En 1130, après la mort d'Honorius II, deux papes sont élus par les cardinaux : le cardinal Aimeric, qui prend le nom d'Innocent II, dont les adversaires désignent le cardinal Pierleone, qui prend le nom d'Anaclet II.

    Ce dernier reçoit le soutien de Roger II, duc des Pouilles et deCalabre, lequel reçoit le titre de roi de Sicile.

    En France, Louis VI convoque un synode à Étampes et demande à Bernard d'y siéger.

    Dans une intervention enflammée, Bernard se déclare en faveur d'Innocent II, car il le juge plus saint, donc plus apte, et certainement élu par le groupe le plus sain (sanior pars) des cardinaux.

    Il semble que l'origine juive d'Anaclet ait joué dans ce choix. Bernard, qui prendra par ailleurs la défense des juifs pendant la deuxième croisade, écrit qu'il considère comme une injure que la « race juive » puisse occuper le siège de saint Pierre.

    Le roi de France et son clergé reconnaissent alors Innocent II, qui se réfugie en France.

    L'empereur germanique, Lothaire III le reconnaît à son tour et conduit une expédition pour l'installer à Rome.

    Bernard accompagne l'empereur et le pape quand ils entrent dans Rome en 1133.

    Mais Innocent II est rapidement attaqué par les partisans d'Anaclet.

    Il réunit un concile à Pise en mai-juin 1135, pour anathématiser son rival. Bernard y prononce un discours très violent.

    Il négocie ensuite le ralliement de la ville de Milan au pape.

    En 1137, il essaye en vain de faire changer Roger II de camp. Quelques semaines plus tard, Anaclet meurt (janvier 1138), mettant ainsi fin au schisme.

    Bernard et la seconde croisade (1146)

    Prêche pour la croisade

     

    En 1145, Bernard de Clairvaux donne un pape à l'Église, Eugène III, dont Bernard devient le maître à penser.

    Il suggère à celui-ci la création de l'auditorium, ancêtre du tribunal de la Rote. Cette institution permet au pape de se dégager des procès de plus en plus nombreux que la papauté devait régler.

    Lorsque le royaume de Jérusalem se trouve menacé après la chute du comté d'Édesse, Eugène III demande à Bernard de prêcher ladeuxième croisade, laquelle sera entreprise en grande partie à l'initiative du roi de France Louis VII le Jeune.

    À cette époque, Bernard de Clairvaux a cinquante six ans. Plus préoccupé par le développement de l'hérésie cathare, il est réticent à l'idée de s'associer à une croisade en Terre sainte. Il ne s'incline que par obéissance au pape.

    Il prend la parole le 31 mars 1146, le jour de Pâques au milieu d'une foule de seigneurs et chevaliers réunis et d'étendards au pied du versant nord de la colline de Vézelay, l'église étant trop petite pour contenir cette assemblée. Son discours enflamme la foule.

    Il évoque Édesse profané et le tombeau du Christ menacé.

    Il invite les chevaliers qui veulent se croiser à l'humilité, à l'obéissance et au sacrifice.

    Après son prêche, on lui arrache même des morceaux de son vêtement pour en faire des reliques.

    Son prestige entraîne donc le peuple de France. Néanmoins,certains historiens comme Pierre Bauduin remarquent que la présence de Bernard à Vézelay n'est attesté par aucune source de l'époque et qu'il ne subsiste pas la moindre partie du sermon.

    Il prêche aussi à Spire. Finalement, le roi de France Louis VII et l'empereur Conrad III prennent la croix.

    L'échec de la deuxième croisade lui est ensuite reproché de partout, de Rome, de la cour de France, des évêques et des maîtres des écoles.

    Bernard est blessé par ces attaques mais soumis au pape, il accepte d'être mis à la tête d'une nouvelle croisade qui ne partira d'ailleurs jamais.

    Lutte contre les violences antijuives

    En Germanie, sa campagne pour la croisade lui donne l'occasion de combattre les excès du prédicateur populaire Raoul ou Rodolphe, un ancien moine cistercien de Clairvaux qui, forçant les Juifs à choisir entre le baptême et la mort et provoque contre eux une flambée de violences. Bernard, qui est partisan du baptême forcé des païens, suit, au sujet des juifs, la doctrine traditionnelle de l'Église selon laquelle leur conversion doit être obtenue par la prière : « Serait-elle abolie cette prière universelle que l'Église élève du lever au coucher du soleil pour les Juifs incrédules - pro perfidis Iudaeis - pour que le Seigneur Dieu ôte le voile de leurs cœurs et qu'ils passent de leurs ténèbres à la lumière de la vérité ? ».

    S'en prenant à Rodolphe, il affirme que celui-ci "n'a reçu de personne mission de prêcher". "Ni les anges ni les apôtres", dit Bernard, "n'approuvent le meurtre des Juifs. L'Église prie au contraire pour leur conversion et elle est assurée", poursuit-il en paraphrasant l'apôtre Paul, "qu'à la fin des temps tout Israël sera sauvé ; la doctrine de Rodolphe ne procède pas de Dieu : elle vient du Démon, le père du mensonge qui est homicide depuis le commencement". Lors de ses déplacements en Allemagne, Bernard ne cesse de répéter : "Ne touchez pas aux Juifs, ils sont la chair et les os du Seigneur."

    Il n'hésite pas à prêcher devant les synagogues incendiées mais les émeutiers de la vallée du Rhin ne comprennent ni son latin, ni son français. Il parvient cependant à faire cesser les persécutions. La reconnaissance de la communauté juive est immense.

    La lutte pour la sauvegarde de l'orthodoxie catholique

    Dans cette période de développement des écoles urbaines, où les nouveaux problèmes théologiques sont discutés sous forme de questions (quaestio) et d'argumentation et de recherche de conclusion (disputatio), Bernard est partisan d'une ligne traditionaliste.

    Lutte contre Abélard

    Il combat les positions d'Abélard, approximatives d'un point de vue théologique, et le fait condamner au concile de Sens en 1140. Abélard incarne tout ce que Bernard déteste : l'intelligence triomphante, l'arrogance dominatrice, les prouesses dialectiques, une célébrité immense, fondée sur la foi passée au crible de la raison au détriment de la vie intérieure, l'obstination à tenir des positions.

    Bernard refuse que les secrets de Dieu soient examinés et questionnés par la raison. Il veut que la raison reconnaisse ce qu'il y a d'infiniment profond et d'incompréhensible dans les choses divines. Son attitude tranchante entraîne des pamphlets contre lui comme celui que Bérenger de Poitiers écrit après l'affaire Abélard : « Depuis longtemps la renommée aux ailes rapides a répandu dans l'univers entier le parfum de ta sainteté, proclamé tes mérites, pompeusement propagé tes miracles. Tu as pris Abélard comme cible de ta flèche pour vomir contre lui le venin de ton aigreur, pour le rayer de la terre des vivants, pour le mettre au rang des morts. Tu étais enflammé contre Abélard non du zèle de la correction, mais du désir de ta propre vengeance»

    Bernard combat la thèse de l'Immaculée Conception

    Parmi les positions théologiques soutenues par Bernard, certaines sont contraires à des dogmes définis plus tard par l'Église. C'est ainsi qu'en 1139, il écrit une Lettre aux Chanoines de Lyon (épître 174), où, malgré sa dévotion à la Vierge, il combat la pratique, alors relativement nouvelle, de fêter l'Immaculée Conception et argumente contre la thèse qui fonde cette fête.

    Indissolubilité du mariage

    En 1141-1142, Bernard intervient dans un conflit entre le roi de France Louis VII et le pape Innocent II. Le pape a mis l'interdit sur Louis VII et excommunié Raoul Ier de Vermandois, sénéchal du roi, qui, sur le conseil du roi, a répudié sa première épouse, Éléonore de Blois, pour épouser Pétronille d'Aquitaine. C'est Thibaud IV de Champagne, oncle de l'épouse répudiée, qui a porté l'affaire devant le pape. Louis VII fait marcher son armée sur la Champagne et la situation de Thibaud est bientôt désespérée. Louis VII propose la paix, à condition que Thibaud IV obtienne du pape la levée de l'interdit et de l'excommunication. Thibaud IV accepte et Bernard se porte garant pour lui. Cependant, Bernard s'acquitte de ses engagements d'une façon où l'abbé Vacandard voit « une combinaison dont la loyauté était absente » : il propose au pape de lever l'excommunication « puisque vous auriez le droit de renouveler immédiatement une excommunication qui n'est que trop juste et de la confirmer pour toujours. Ainsi, la ruse déjouerait la ruse, la paix sera rétablie, et celui qui se glorifie de sa mauvaise foi n'en tirera aucun avantage. » L'intervention de Bernard semble l'avoir mis en disgrâce aux yeux du pape, mais Innocent II entre dans la manœuvre qui lui est proposée : il lève l'excommunication, puis somme Raoul de Vermandois de cesser son adultère avec Pétronille et de reprendre sa première épouse sous peine d'une nouvelle excommunication.

    Lutte contre le catharisme

    À la même époque, l'hérésie cathare fait de grand progrès dans le midi de la France. Bernard intervient pour réfuter les doctrines cathares. En 1145, il accompagne en Languedoc Albéric d'Ostie, légat du pape Eugène III, et Geoffroy de Lèves, évêque de Chartres afin de prêcher contre l'hérésie dans cette région. Il passe par Poitiers, Bergerac, Périgueux, Sarlat, Cahors,Albi, Verfeil. C'est dans cette dernière localité où rencontrant les cathares, que Bernard, enflammé du zèle de la foi, aurait prononcé ces mots en quittant la ville : « Verfeil (= verte feuille), que Dieu te dessèche ! » 

    Prélats, légats et lui-même, « lumière de Cîteaux » en personne, furent exaspérés par ces rencontres conviviales pendant lesquelles les chevaliers, adeptes du christianisme cathare, n'hésitèrent pas à l'accueillir par un charivari qui le blessa dans son orgueil. Le petit peuple des campagnes avoisinantes, moins contaminé, écouta ses prédications d'une oreille plus sage. Mais la consolation qu'il trouva notamment auprès des habitants d’un village qui porte aujourd'hui le nom de Bourg-Saint-Bernard, ne fut pas suffisante pour calmer sa haine naissante. Le défi fut fatal. Après cette expérience, saint Bernard n'eut qu'une seule idée en tête : redonner à la papauté le prestige et le pouvoir en ces lieux où germait une église concurrente qui remportait un insupportable succès auprès du peuple et de l'aristocratie locale. Les représentants de l'église cathare devaient payer le prix fort. Avant de se retirer au monastère de Cîteaux pour des problèmes de santé, Bernard de Clairvaux écrivait dans un sermon : « on ne les convainc ni par le raisonnement (ils ne comprennent pas) ni par les autorités (ils ne les reçoivent pas), ni par la persuasion (car ils sont de mauvaise foi). Il semble qu’ils ne puissent être extirpés que par le glaive matériel ». Et la conclusion de Bernard fut : « saisissez-les et ne vous arrêtez pas, jusqu’à ce qu’ils périssent tous car ils ont prouvé qu’ils aimaient mieux mourir que se convertir ».

    Par ces mots, Bernard de Clairvaux fut à l'origine de la croisade des Albigeois et des massacres qui suivirent. Cette croisade, mise sur pied par l'Église catholique et le pouvoir royal, eut pour but de déraciner une foi bien ancrée dans les populations méridionales. Il s'agissait d'éliminer ce mouvement, jugé hérétique, par l'extermination. En partie, grâce aux prédications de saint Bernard, au nom de l’unité entre la royauté et le sacerdoce, le 22 juillet 1209, les croisés répondent à l’appel du pape Innocent III autorisant à tuer, à voler et prendre les biens conquis. Ils donnent l'assaut à Béziers assiégée, exécutant et brûlant tous les habitants. Ce massacre était le début d'une longue série de grandes boucheries (« Lo gran mazel ») : Carcassonne, Minerve, Lavaur...

    Suivirent ensuite les années noires de l'inquisition, tribunal ecclésiastique chargé de réprimer les hérésies par recherche et punition des moindres adeptes qui, selon l'église chrétienne, étaient doublement rebelles : à Dieu d'abord, mais aussi aux autorités pontificales ou royales, voulues et instaurées par Dieu sur la Terre. La procédure d'inquisition, à laquelle le pape Grégoire IX accorda des pouvoirs spéciaux, permettait de poursuivre, sur simple soupçon, les hérétiques qui apparaissaient comme une menace pour la foi. Les fidèles étaient sommés de dénoncer les hérétiques qui étaient ensuite traduits devant le tribunal inquisitorial. Prononcées publiquement, les sentences pouvaient aller de la flagellation à la peine de mort par le feu. Par la suite, les abus des inquisiteurs provoquèrent des révoltes populaires. En France, l'Inquisition fut supprimée au début du XVIIIe siècle. Elle ne sera abolie, à Toulouse, grâce à Voltaire, que le 28 juin 1771.

    Tentative de faire condamner Gilbert de la Porrée

    Au concile de Reims, en 1148, il porte une accusation d'hérésie contre Gilbert de la Porrée, évêque de Poitiers. Il n'obtient qu'un mince avantage, et son adversaire conserve sonévêché et toute sa considération. Plein de zèle pour l'orthodoxie, Bernard combat aussi les thèses de Pierre de Bruys, Henri de Lausanne, d'Arnaud de Brescia, et condamne les excès de Raoul, qui demandait le massacre des juifs. En cette même année il prêche la croisade en Hainaut et séjourne à Mons, la capitale des comtes de Hainaut. Son arbitrage est accepté dans toute l'Europe du XIIe siècle.

    Relations avec le pouvoir temporel

    Bernard, qui interprète le passage des deux glaives dans l'Évangile de Luc, comme subordonnant le pouvoir temporel au pouvoir spirituel59, s'oppose plusieurs fois aux rois de France. Il traite Louis VI de nouvel Hérode quand celui-ci cherche à déposer l'archevêque de Sens, il accuse Suger de négliger son abbaye de Saint-Denis, le poussant ainsi à se consacrer davantage à l'administration de son abbaye à partir de 1127. En 1138, une crise éclate lorsque le roi Louis VII accorde son investiture pour l'évêché de Langres à un moine de Cluny et non au candidat de Bernard de Clairvaux.

    Bernard fonde jusqu'à soixante douze monastères, répandus dans toutes les parties de l'Europe : 35 en France, 14 en Espagne, 10 en Angleterre et en Irlande, 6 en Flandre, 4 en Italie, 4 au Danemark, 2 en Suède et 1 en Hongrie.

     
    En 1151, deux ans avant sa mort, il y a 500 abbayes cisterciennes. Clairvaux compte 700 moines. Bernard meurt en 1153, à soixante-trois ans. Canonisé le 18 janvier 1174 parAlexandre III, Bernard de Clairvaux a été déclaré docteur de l'Église par Pie VIII en 1830. On le fête le 20 août.

    La spiritualité de Bernard de Clairvaux

    Bernard s'adresse à des moines. Sa théologie mystique concerne des hommes qui se vouent à la prière et à l'amour de Dieu. Pour lui, tout savoir humain n'a d'importance que dans la mesure où il est ordonné à la vérité religieuse.

    La paix intérieure

    En entrant au monastère, le moine laisse tout, sa vie est rythmée par la liturgie. Rien ne doit le perturber dans sa vie intérieure. Le monastère a pour fonction de favoriser cet aspect de la spiritualité cistercienne. C'est pourquoi les rituels cisterciens sont précisément codifiés dans les Ecclesiastica officia et que l'architecture des couvents doit répondre avant tout à cette fonction suivant les instructions précises de Bernard de Clairvaux. Avant d'être une mystique, la spiritualité cistercienne est une spiritualité incarnée : que la vie quotidienne aille de soi est la condition sine qua non de la paix intérieure et du silence, propice à la relation avec Dieu. Tout doit y conduire et rien en distraire. Ainsi, l'architecture, l'art ou les manuscrits cisterciens adoptent un style pur et dépouillé. Sous l'impulsion de Bernard de Clairvaux, mû par un idéal d'austérité, un style très épuré est utilisé pour les manuscrits à partir de 1140. Il se caractérise par de grandes initiales peintes en camaïeu d'une seule couleur, sans représentation humaine ou animale ni utilisation d'or.

    Le cheminement vers Dieu

    Bernard de Clairvaux, dans son traité De l'Amour de Dieu est à la source d'une véritable école spirituelle en faisant passer un pas décisif à la littérature descriptive des états mystiques. Il développe un ascétisme extrême de dépouillement qui est très visible d'un point de vue artistique. La liturgie développe des mélodies épurées totalement au service de la parole divine pour en révéler toute la richesse et le mystère qui y est contenu. Il est donc crucial que l'écoute ne soit pas perturbée par d'autres signaux, d'où la recherche du silence. Il n'y a pas d'écoute vraie sans l'attitude fondamentale d'humilité.

    Pour Bernard de Clairvaux, « l'humilité est une vertu par laquelle l'homme devient méprisable à ses propres yeux en raison de ce qu'il se connaît mieux ». Cette authentique connaissance de soi ne peut être obtenue que par le retour sur soi. Par la connaissance de sa propension au péché le moine se doit d'exercer, comme Dieu, la miséricorde et la charité envers tout homme. En s'acceptant tel qu'il est, grâce à cette démarche d'humilité et de travail intérieur, l'homme connaissant sa propre misère devient capable de compatir à celle d'autrui.

    Selon Bernard de Clairvaux, on doit alors parvenir à aimer Dieu par amour de soi et non plus de Lui. La prise de conscience que l'on soit un don de Dieu ouvre à l'amour de tout ce qui est à Lui. Cet amour est, pour Bernard, le seul chemin qui permette d'aimer comme il le faut son prochain puisqu'il permet de l'aimer en Dieu. Au final, après ce cheminement intérieur on parvient au dernier stade de l'amour qui est d'aimer Dieu pour Dieu et non plus pour soi.

    Le libre arbitre

    Pour Bernard de Clairvaux, du fait de son libre arbitre, l'homme à la possibilité de choisir sans contrainte de pécher ou de suivre le cheminement qui conduit à l'union avec Dieu.

    Par l'amour de Dieu il lui est possible de ne pas pécher et d'atteindre au sommet de la vie mystique en ne voulant plus autre chose que Dieu, c'est-à-dire de s'affranchir de toute possibilité de pécher en étant totalement libre.

    Ce qui meut le désir des cisterciens de quitter le monde, c'est l'union dans l'amour de la créature avec le créateur. Union parfaitement vécue par laVierge Marie qui est le modèle exemplaire de la vie spirituelle cistercienne. C'est pourquoi les moines cisterciens lui vouent une dévotion particulière.

    Réflexions sur la croisade

    À la fin de sa vie, dans une de ses œuvres majeures, De la Considération (1152), il accepte la responsabilité de l'échec de la deuxième croisade.

    Il écrit : « Je préfère voir les murmures des hommes s'élever contre moi que contre Dieu ». Continuant sa réflexion il demande :« L'homme doit-il cesser de faire ce qu'il doit parce que Dieu fait ce qu'il veut ? » Il compare ensuite, il exclut que Dieu a choisi Moïse pour sortir les Hébreux d'Égypte et de les conduire en Terre promise mais il ne les a pas fait entrer en Pays de Canaan car les Hébreux se sont montrés rebelles et incrédules.

    Dans une lettre à son oncle, André de Montbard, maître du Temple, il écrit : « Le monde devra reconnaître qu'il vaut mieux mettre sa confiance en Dieu qu'en nos princes ». Il adjure les Templiers à rester des moines avant d'être des soldats.

    Principales œuvres

    • Prologus in graduale Cisterciense « Sicut notatores antiphonariorum praemunivimus »
    • De gradibus humilitatis
    • Apologia ad Guillelmum abbatem
    • De diligendo Deo
    • De gratia et libero arbitrio
    • De laude novae militiae
    • De praecepto et dispensatione
    • Vita S. Malachiae
    • De consideratione
     
    Le miracle eucharistique
     
     
    Guillaume d'Aquitaine (1157) qui menait une vie de débauche, prit parti pour l'antipape Anaclet contre le pape Innocent II.
    Saint Bernard de Clairvaux fut envoyé en mission par Innocent II auprès du Duc.
    Plus de 7 heures de discussion ne lui firent pas changer d'avis.
    Saint Bernard comprit alors que ce n'étaient pas des moyens humains qui parviendraient à convaincre le duc entêté, mais la puissance de Dieu.
    Saint Bernard célébra donc une messe et, après la consécration, partit avec la patène et l'hostie : "Voici le fils de la Vierge, le Chef et le Seigneur de l'Église que tu persécutes, qui vient devant toi" ; le duc fut projeté à terre.
    Ses officiers le relevèrent mais il retomba.
    Saint Bernard lui ordonna alors de se lever et de choisir son camp.
    Ce fut le point de départ de tout un chemin de conversion qui permit à l'église de reconnaître sa sainteté.
    Le grand miracle fut bien sûr celui de la conversion du duc et non le phénomène de la chute !
     
     

    Bernard (20 août)

    L'apparition de la Vierge
     
    La Vierge Marie lui mit sa sainte mamelle dans sa bouche et lui enseigna la divine science.
     
    Source : Dictionnaire des apparitions de l'Abbé Laurentin
     
    En savoir plus :
     

    Les œuvres complètes de Saint Bernard : 

    http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/bernard/index.htm

    Les lettres de Saint Bernard :

    http://jesusmarie.free.fr/bernard_de_clairvaux.html

    En savoir plus : 

    http://www.dieu-parmi-nous.com/NIC/Saint.Bernard.de.Claiveaux.pdf

     

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