• Rosalie Püt

     
     

    Rosalie Püt

     

     

    Rosalie Püt

     

    Source : http://orbis-catholicus.blogspot.com/2007/02/rosalie-pt-stigmatise-belge.html

    Rosalie Püt naquit en Belgique, près Hasselt, au village flamand de Lümmen.

    Elle vit le jour en la fête de Notre-Dame du Mont Carmel, le 16 juillet 1868 et fut la troisième des neuf enfants de pieux et très pauvres paysans.

    Dès sa septième année, sa mère la confia à une famille de Viversel qui avait promis de s'occuper de la fillette à condition que celle-ci se rendît utile dans quelques travaux domestiques.


    En réalité, la petite Rosalie fut accablée de toutes sortes de tâches parfois très lourdes. Elle était chargée du soin des enfants, devait mener un troupeau de vaches au pâturage après avoir fait le ménage le matin, etc. ...

    Comme l'école n'était nullement obligatoire à cette époque, Rosalie n'y fut envoyée qu'occasionellement, en hiver, lorsque le relentissement des activités permettait à ses gens de se débarrasser d'elle sans que la bonne marche, l'ordre et les finances de la maison en pâtissent.


    Tout de suite, la jeune maîtresse de maison a pris la fillette en grippe : les coups pleuvaient, sous le plus futile prétexte, notamment quand les enfants s'éveillaient la nuit en pleurant.

    Rosalie prit l'habitude de dormir à même le sol, une pierre sous la tête : elle s'assurait ainsi un sommeil assez léger pour être interrompu par les premiers cris des moutards, ce qui lui permettait d'être au pied de leur lit et de les consoler avant que leur complainte parvînt aux oreilles des parents.

    Ainsi formée par la nécessité du moment à une rude ascèse involontaire, Rosalie fut préparée à entrer dès l'heure de Dieu dans les voies où Il la conviait.


    Âme précocement silencieuse, Rosalie ne parla de rien de tout cela ; elle ne dit pas non plus que sa maîtresse se querellait fréquemment avec chacun de ses proches et dressait son époux contre tel ou tel, notamment contre sa propre mère qu'il lui arrivait de battre devant la fillette horrifiée.

    Ces querelles domestique attristaient l'enfant et son père constata qu'elle s'anémiait et se renfermait. Il la plaça dans une autre famille, à Eversel. Ce ne fut guère mieux, le travail était aussi pénible et une vieille femme acariâtre et gâteuse lui rendit la vie fort dure.

    Courageuse et pieuse, Rosalie ne paraissait à personne une enfant singulière : piété solide, bon sens pratique et discrétion vont souvent de pair !

    Elle fut admise à la première communion à l'âge de 9 ans et demi, comme toutes ses compagnes. Rien de particulier ne marqua ce jour, en apparence, du moins.

    En fait, Rosalie fut projetée, presque avec violence, dans le monde surnaturel. Le Christ lui apparut et lui montra une croix aux branches rudes ornées d'une couronne de roses.

    Comme l'enfant admirative tendait les mains vers ces fleurs, elle se fit violence et pria les mains jointes pour ne pas céder à l'attrait de la guilande parfumée : alors les corolles fraîches et veloutées firent place au lacis ensanglanté d'une couronne d'épines, Rosalie s'en empara et la mit sur sa tête résolument.

    Elle reçut au même instant l'impresson des stigmates ! Tout épouvantée, l'enfant supplia le Seigneur : il fallait que nul ne vît ces plaies. Et Jésus promit que rien ne serait perceptible aux autres.


    A partir de ce jour, Rosalie éprouva tous les vendredis des souffrances d'autant plus terribles, que personne ne les soupçonnait et qu'on profitait de ce jour précisément pour l'écraser de travail !


    En même temps, les phénomènes mystiques, bien malgré la volonté de la fillette, se multipliaient et infléchissaient insensiblement le cours qu'elle avait souhaité donner à sa vie.

    Une très vive faim de l'Eucharistie la tenaillait sans répit, et elle pleurait de ne pouvoir se rendre à l'église autant qu'elle l'eût souhaité.

    Finalement, elle reçut la consolation de communions mystiques qu'un archange de la suite de la Vierge Marie venait lui apporter toutes les nuits, plus ou moins tard.

    Le messager céleste était précédé par le tintement d'une frêle clochette argentine, et souvent accompagné de deux ou trois âmes du Purgatoire pour lesquelles il demandait des prières.

    M. Duchâteau, qui desservait la paroisse de Lümmen, et qui était le confesseur de Rosalie, fut une fois le témoin bouleversé d'un de ces passages surnaturels.


    La fillette d'à peine 10 ans désirait aussi, de tout son cœur et sans bien en comprendre toute la signification, faire vœu de chasteté.

    Elle put s'ouvrir de ce souhait à son confesseur, qui donna l'autorisation pour un an : "J'aimerais être pure comme la Sainte Vierge, disait Rosalie, et, ainsi, Dieu recevrait plus volontiers ma prière en faveur des pauvres âmes du Purgatoire."


    Au bout d'un an, Rosalie songait à reconduire son vœu.

    Etant fort occupée par son travail et pressée par sa maîtresse de faire plus vite ce qui lui était demandé, elle vit soudain devant elle la croix apparaître, avec une guirlande de roses tout ouvertes et d'une blancheur éclatante qui ornaient le bras droit ; sur le bras gauche, une couronne de piquants acérés et ensanglantés ; au milieu, toutes fraîches et fragiles, des roses rouges en boutons, à peine sur le point d'éclore.

    Très laborieuse, et n'attachant pas d'importance inconsidérée à toutes ces manifestations, la fillette poursuivit discrètement sa tâche et détourna les yeux. Mais c'était en vain, la vision s'imposait...


    Rosalie relata le fait à son confesseur, qui l'expliqua ainsi : "Le Seigneur veut te donner à porter une lourde croix et sa couronne d'épines : tu auras beaucoup à souffrir, mais l'acceptation, l'accueil des peines et des souffrances permettra aux boutons de roses de s'épanouir pour former la couronne qui sera ta récompense au ciel. Quant au collier de roses blanches, c'est le don de ta pureté et de ta chasteté. Tu pourras renouveler ton vœu après la communion d'aujourd'hui."


    Pendant la communion de ce jour, Rosalie vit dans chaque hostie une croix, symbole de celles à chaque âme proposées par le Seigneur.

    Voyant près d'elle une très vieille femme qui communiait, et, en même temps, la croix qui lui était présentée à son insu, Rosalie fut émue de compassion, et elle se tourna vers Dieu pour qu'il daignât la charger de ce fardeau à la place de la pauvre femme.

    Elle inaugura ainsi un des aspects les plus touchants, les plus cruels ausi, de sa mission : la substitution de souffrances pour en soulager ses frères et faire ainsi acte de réparation.


    Âme éminemment eucharistique et mariale, âme favorisée de grâces mystiques insignes, Rosalie a été surtout une âme réparatrice.

    Son grand désir, longtemps mûri dans le silence et la prière, était de se consacrer à Dieu comme religieuse, et comme missonnaire même, si cela était possible.

    Dieu a d'autres vues sur les âmes qu'Il se choisit, que celles, même les plus louables, qu'Il semble leur suggérer.

    Au terme d'une adolescence fervente que nul ne soupçonnait si profondément empreinte par Dieu, Rosalie se prépara à entrer dans un couvent d'Anvers.

    Tout était réglé, tout allait se faire et tout s'écroula d'un coup...

    Une mystérieuse et atroce maladie s'abbatit sur la jeune fille et la terrassa en quelques jours, elle qui n'avait été, dans toute sa vie, que rarement fatiguée. Bientôt réduite à la dernière extrémité, semblant arriver au terme de sa vie, elle fut administrée, le jour même où son entrée en communauté avait été fixée. La seconde partie de son existence s'ouvrait...

    Rosalie Püt ne mourut point.

    La maladie prit possession de son corps : paralysie, crampes douloureuses furent les séquelles d'une foudroyante infection généralisée.

    Pendant 3 ans le corps lutta, balloté entre la vie et la mort, le mal se stabilisa enfin.

    Rivée à son lit, la malade n'en devait plus sortir que tous les vendredis, mystérieusement, pour être associée à la Passion et au crucifiement du Christ.


    Tous les vendredis, les plaies des stigmates s'ouvrirent, larges et profondes, répandant flots de sang et effluves odorants.

    L'extase douloureuse se produisit, régulièrement, de 9 à 13 heures. La paralysée était comme projetée hors de son lit et tombait face contre terre sur le dur carrelage de la petite chambre, puis mimait les trois actes de la Rédemption : les chutes, la mise en croix à midi précis, la mort enfin...

    Toutes les extases, sans exception, s'achevaient par une prière d'oblation en faveur des âmes du Purgatoire.


    Plusieurs phénomènes accompagnaient ce noyau mystique de la participation à la croix : don des langues (elle priait en araméen, en latin, en allemand, en français, en grec, toutes langues qui, bien évidemment, lui étaient inconnues) ; missions extraordinaires en bilocation (plusieurs exemples en furent attestés) ; discernement des reliques et des objets bénits ou consacrés etc....

    Rosalie Püt présente des analogies remarquables avec la stigmatisée de Dülmen, Anne-Catherine Emmerick, et ce non seulement sur le plan des charismes ; comme la visionnaire allemande, Rosalie Püt fut favorisée, dans ses extases, de révélations fort intéressentes sur la vie du Seigneur et celle de la Vierge ; nous n'en possédons malheureusement que de minces données, car Rosalie n'écrivait pas et elle n'eut à son chevet nul Brentano qui se souciât de prendre en note ses paroles.

    Quelques comptes-rendus, notamment sur la mort de la Vierge Marie à Ephèse et son Assomption, soulignent la concordance dans les moindres détails entre les révélations d'Anne Catherine Emmerick et celles de Rosalie Püt.

    Fort significatif aussi est le fait que la stigmatisée de Dülmen apparaissait fréquemment à Rosalie, lui apportant consolation et encouragements.


    A Lümmen, la stigmatisation de Rosalie fut à peine connue.

    Sa famille, par discrétion, jeta un voile de silence autour d'elle, si bien que toute la communauté villageoise se borna à constater le retrait de celle qui n'avait toujours été qu'une pauvre servante à gages.

    Il y eut assez de commères en mal de parlotte pour insinuer que la jeune fille était devenue une sorte de sorcière, que la famille n'acceptait presque pas de visiteurs, que "quelque chose n'allait pas chez les Püt."

    Il y eut également des calomnies grossières, comme les curieux insatisfaits sont capables d'en inventer. La famille elle-même ne semble pas avoir saisi la portée des faits, et la mère Püt, souvent énervée et agressive envers les rares visiteurs, a donné, bien involontairement, prise à tous les ragots de la campagne.


    La plupart des visiteurs étaient des prêtres mis dans la confidence par le confesseur de Rosalie : franciscains d'Hasselt, religieux allemands et belges.

    Quelques laïcs purent assister parfois aux extases du vendredi.

    On vit, dans l'humble et triste maisonnette des évêques et des personnages politiques venus clandestinement pour chercher au chevet de la stigmatisée lumières ou conseils.

    Le pape Pie X recevait une information régulière sur Rosalie et lui adressa sa bénédiction pontificale à l'occasion du 25° anniversaire de sa stigmatisation.

    Elle fut également visitée par Mgr Van Rossum et par l'écrivain J. Joergensen.


    A l'évêché de Liège, on s'émut quelque peu en apprenant les faits de Lümmen : prudence et silence furent recommandés au clergé, il n'y eut pas de démarche officielle.

    Aucune enquête n'a été ouverte sur Rosalie Püt.

    L'évêché défendit aux prêtres de Lümmen et des environs de porter chaque jour la communion à la stigmatisée, ce qui lui fut une douloureuse épreuve qu'elle accepta sans aucun soupir, sans un murmure.

    Dans les années précédant la première guerre mondiale, une violente campagne de presse fut menée dans divers journaux religieux contre Rosalie et son entourage : calomnies insensées et tentatives d'explication naturelle de tout le phénomène de stigmatisation.

    Ces articles, tous rédigés par des personnes qui n'avaient jamais approché la stigmatisée, n'eurent pour effet que de faire connaître ce qui était resté jusque là caché au plus grand nombre. Cela ne dura pas longtemps.


    La guerre éclata, le silence retomba, encore plus dense qu'auparavant, sur Rosalie Püt.

    Elle ne parlait presque plus, sa vie entière était offertre en Holocauste ; les souffrances s'accrurent avec la guerre, généreusement demandées par la stigmatisée "si cela peut contribuer à vous faire aimer plus, ô mon Jésus, et à faire cesser cette horrible boucherie !"


    Le conflit cessa enfin. Rosalie était devenue énorme, le corps enflé par l'hydropisie était plié en deux, les membres noués.

    Ayant fait le sacrifice de sa vie, la stigmatisée de Lümmen mourut dans la nuit du 17 au 18 février 1919, après une agonie très brève et parfaitement lucide. Son visage fut, pendant quelques jours, d'une étonnante beauté.

    Source : Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 3 : Les Anges et leurs Saints - Le jardin des livres - BP 40704 - 75827 Paris Cedex 17 - Tél.: 01.44.09.08.78 - http://www.lejardindeslivres.com.

    Immobilisée par la maladie, la stigmatisée belge Rosalie Put (1868-1919) ne put, en l'espace de trente années, se rendre à l'église paroissiale qu'une seule fois, mais elle recevait chaque nuit l'eucharistie des mains d'un ange.

    Cette communion mystique s'accompagnait de tout un cérémonial :

    Chaque nuit, Rosalie recevait la communion des mains d'un ange du choeur de la Mère de Dieu. Une fois, l'archange apparaissait vêtu comme un prêtre, l'autre fois comme un pèlerin. Il était accompagné de trois ou quatre âmes, que Rosalie venait de racheter la veille du purgatoire. Une clochette argentine annonçait leur arrivée. 

    Ces communions nocturnes auraient eu au moins un témoin :

    A cette époque, Duchâteau était vicaire à Lummen. Pendant dix ans il fut le confesseur de Rosalie. Par obéissance elle dut lui avouer les visites nocturnes de l'archange. Le vicaire Duchâteau lui dit : « Je viendrai moi-même la nuit, pour m'en convaincre », mais Rosalie répondit : « De cela, je ne puis en décider moi-même, puisque ma mère est la maîtresse ici. » Le vicaire étant le confesseur de toute la famille, il parvint à convaincre la mère. Un fauteuil fut installé à côté du lit. Rosalie me raconta plus tard : « En entendant la sonnette tinter, il se leva. A la vue de l'archange accompagné de trois âmes, il fut saisi d'effroi. Plus tard il me confia : « De ma vie, je ne veux plus rien voir de pareil ; si le Seigneur ne m'avait pas aidé, je serais mort de peur et d'épouvante » La famille ignorait tout des visites de l'archange et des autres phénomènes.

    Ce n'est cependant qu'un récit de seconde main, et le témoignage de l'abbé Duchâteau l'est également, rapporté par la stigmatisée et non par lui-même.

     

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      Joachim Bouflet

    Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 3 : Les Anges et leurs Saints - Le jardin des livres - BP 40704 - 75827 Paris Cedex 17 - Tél.: 01.44.09.08.78 - http://www.lejardindeslivres.com.


    Chapitre 5 : "Le Pain des Anges" : les Anges et l'Eucharistie
    Adorateurs du Verbe Incarné et amis des hommes qu'Il est venu sauver, les anges savent quelle importance revêt pour ces derniers l'eucharistie, sacrement de l'Alliance nouvelle et éternelle, source de toute Vie et signe de la communion ecclésiale dans le Christ ressuscité. Eux-mêmes entourent l'hostie consacrée d'une telle déférence que la piété populaire a longtemps désigné les espèces eucharistiques sous le nom de « pain des anges ». Aussi ne ménagent-ils pas leurs efforts pour que le plus grand nombre des fidèles s'engagent résolument dans la voie d'une pratique sacramentelle régulière. Ils procèdent de façon discrète, tout intime, et l'ange gardien de chacun n'est jamais à court d'inspirations et de motions intérieures propres à aviver ou à réveiller dans nos âmes la ferveur eucharistique, le désir de la communion fréquente ou le recours régulier au sacrement de la réconciliation. Il est arrivé toutefois – dans des circonstances particulières – que les anges agissent dans ce dessein de façon visible, voire matérielle. Plusieurs saints et serviteurs de Dieu ont ainsi bénéficié d'une initiation surnaturelle à la remarquable dévotion eucharistique dont ils ont fait preuve durant leur vie.

    Isidore le Laboureur était un pieux laïc des environs de Madrid, époux de Maria de la Cabeza. En service auprès d'un maître exigeant, il souhaitait concilier son devoir d'état et les obligations religieuses auxquelles il s'était engagé, à savoir assister chaque jour à la messe. Pour lui permettre de répondre à ses aspirations, Dieu lui envoya deux anges, qui tantôt l'aidaient à pousser sa charrue, tantôt apparaissaient à ses côtés avec une seconde charrue tirée par deux bœufs d'une blancheur éclatante. La durée du travail s'en trouvait singulièrement réduite, et le laboureur pouvait aller tranquillement à l'église pour y faire ses dévotions, sans que le rendement en souffrît. Mort vers le milieu du XI° siècle, Isidore est – si l'on excepte Françoise Romaine, qui fut religieuse après son veuvage – le premier laïc canonisé (en 1622) suivant la procédure en vigueur depuis 1588, date de l'institution de la Congrégation des Rites, ancêtre de la Congrégation pour les causes des saints. Il est patron de Madrid.

    Avec Felice Porri, natif de Cantalice, les anges procèdent autrement. Placé à l'âge de douze ans comme berger chez un certain Tullio Piccarelli, le garçonnet se distinguait par sa piété et son amour du silence. On lui reprochait de se tenir à l'écart des autres, mais il répondait en souriant : « Eh quoi, il faut nous faire saints ! » Pour assister à la messe, il confiait tout bonnement son troupeau à la Providence, assuré qu'il n'arriverait rien à ses bêtes. En effet, jamais aucune ne s'échappait ni ne causait le moindre dommage aux champs voisins. Intrigués, ses compagnons l'épièrent pour savoir de quoi il retournait. Ils le virent partir vers l'église, tandis qu'un pâtre mystérieux le remplaçait : son ange gardien. A l'âge de vingt-huit ans, Felice entra en qualité de convers chez les capucins, qui l'envoyèrent après son noviciat comme frère quêteur à Rome. Il s'y lia d'amitié avec saint Philippe Néri, et tous deux furent les figures les plus originales et les plus populaires de la Ville à cette époque, particulièrement chères au cœur des Romains. Fra Felice mourut en 1587, à l'âge de soixante-douze ans, en murmurant, le visage extasié : « Oh, oh, oh ! Je vois la Sainte Vierge et tous les anges du paradis ! » Il a été canonisé en 1712.

    A la même époque, en Espagne, un petit pâtre connaît semblables aventures avec son ange gardien. Il s'appelle Jorge de Calzado, et garde ses brebis dans les prés aux alentours de Tolède. Quand il se rend à l'église pour prier ou pour assister à la messe, son ange gardien le remplace auprès du troupeau en prenant son apparence. Des bergers jaloux de sa simplicité et de sa bonté le dénoncent au maître : ce petit Jorge, si apprécié, n'est qu'un fainéant, qui volontiers abandonne les bêtes pour aller se donner du bon temps. Le bonhomme décide de se rendre compte sur place, il se cache derrière un buisson et observe son employé. Mais oui ! Voici que celui-ci part tout bonnement, plantant là brebis et agneaux ! Comme le maître sort de sa planque pour le tancer, il se trouve nez à nez avec lui qu'il a pourtant bien vu s'éloigner sur la route vers la ville ! Le pauvre homme n'y comprend rien et se retire fort embarrassé, sans dire un mot. Le soir venu, il demande des explications à son jeune pâtre, et celui-ci de lui conter, simplement, que son ange gardien lui rend le service de se substituer à lui, en prenant son apparence, pour lui permettre de faire ses dévotions.
    Edifié, le maître s'attache ses services pour de nombreuses années, jusqu'à ce que, cédant à ses prières, il lui permette d'entrer chez les franciscains, dans l'austère réforme de Pierre d'Alcantara. Jorge a alors trente ans, il vivra jusqu'à un âge avancé, avec la réputation d'un grand pénitent et d'un maître spirituel : l'ancien pâtre illettré, éclairé en permanence par son ange gardien, est très versé dans la science de Dieu et des âmes.

    Pascal Baylon (1540-1592), un autre berger espagnol devenu également franciscain, se distinguait par une semblable piété. Dès l'âge de douze ans, il aimait s'isoler pour prier : « Tout en gardant ses brebis, il sculpta un jour un crucifix très bien réalisé et y accola une image de la Vierge. Il le plantait dans le sol en guise d'oratoire ambulant » (283). A l'âge de quinze ans, il savait déjà qu'il voulait être moine franciscain, et ses compagnons s'édifiaient à son contact. Son ami Juan Campos, qui gardait les moutons avec lui à Torrehermosilla, attesta au procès de béatification :
    J'ai gardé le troupeau avec Pascual durant deux années et, outre que j'ai vu en lui Pascual de nombreuses vertus, j'ai remarqué qu'il était extrêmement réservé, de mœurs très pures et serviable avec tous. Jamais je ne l'ai entendu jurer, comme le font habituellement les autres bergers, mais il louait Dieu et ses saints, spécialement la Vierge Marie. Et quand il arrivait quelque malheur, comme la mort ou la maladie d'une bête, il n'en rendait pas moins grâces à Dieu. (284)
    S'il n'abandonna jamais son troupeau pour se rendre à l'église, il n'en participait pas moins par la pensée et par le cœur à la messe qui se célébrait dans l'église voisine. Et les anges favorisaient de façon étonnante sa piété eucharistique : un jour où la cloche de la paroisse annonçait l'élévation, un ange lui apparut, qui présentait l'hostie à son adoration. Une autre fois, il vit des anges soutenir un ostensoir renfermant une hostie éblouissante de blancheur. Signes précurseurs de sa profonde dévotion eucharistique, et de sa vocation particulière d'adorateur et d'apôtre du Saint Sacrement. La légende dit aussi que les anges lui apprirent à lire - car il souhaitait méditer les vies des saints - et à écrire. De fait, sans avoir jamais fréquenté ni maître ni école, il sut assez tôt lire couramment et écrire fort convenablement, mais peut-être le dut-il à sa vive intelligence et à son sens aigu de l'observation. Devenu frère convers franciscain, il étonna ses contemporains par les manifestations extraordinaires de sa vie intérieure - lévitations spectaculaires, accompagnées parfois de phénomènes lumineux -, par ses charismes de lecture des cœurs, de prophétie et de guérison, mais plus encore par ses éminentes vertus, qui lui valurent d'être canonisé en 1691.

    Sainte Germaine Cousin (1579-1601), la petite bergère contrefaite de Pibrac, appelée familièrement la Germaneta, n'hésite pas non plus à répondre à l'appel de la cloche de l'église, quand sonnent l'angélus ou la messe du soir. Même si sa marâtre l'accueille ensuite à coups de balai, pour l'avoir vue ailleurs qu'auprès de ses bêtes. Il ne leur arrive pourtant jamais rien, aux brebis, et on dit que lorsque la fillette fiche sa quenouille en terre pour leur annoncer qu'elle doit les laisser quelques instants seules, un ange vient garder son troupeau à sa place. Que ne raconte-t-on pas ! Qu'elle marche sur les eaux des ruisseaux grossis par les intempéries, toujours avec l'aide de son bon ange. Que celui-ci l'aide à filer la laine, travail rendu si pénible à l'adolescente par sa main estropiée. Elle laisse les langues aller, elle ne veut rien d'autre que pouvoir se rendre à l'église :
    Assister à la messe est un acte de présence auquel les gens sont attachés. A cette époque, en dehors d'une petite frange d'esprits forts, tout le monde croit au Ciel. Foi naïve, sincère, sans place pour le doute, foi enracinée dans les superstitions jusqu'au pied des clochers qui rythment, selon la loi de Dieu, les existences terrestres. On court consulter les sorciers de village quand les intercessions aux saints n'ont pas marché. Le sacrement eucharistique s'apparente, pour certains, à des pratiques visant à se protéger de la cécité ou de la mort subite. (285)
    Pour Germaine, la foi est chose toute simple, transparente, pure de toute déviation. Aussi n'y aurait-il rien de surprenant à ce que les anges soient intervenus dans son existence, pour lui en faciliter l'exercice. Elle est morte sans bruit, toute seule dans la bergerie, un beau matin de l'été 1601. Elle n'avait pas vingt-deux ans. Cela a suffi à la grâce de Dieu pour en faire une sainte.

    La clarisse espagnole Catalina de Santa Clara, moniale à Zafra, bénéficiait de fréquentes visites de son ange gardien qui, pour encourager sa dévotion envers le mystère de l'eucharistie, venait chanter avec elle le Pange lingua. Si grande que fût dans la communauté sa réputation de sainteté, les autres religieuses souriaient quand, pour stimuler leur zèle pour l'eucharistie et leur confiance en leurs anges gardiens, elle leur racontait tout simplement ce qui lui arrivait. A son agonie, en 1618, elle demanda aux sœurs qui l'assistaient d'entonner le Credo. Comme les voix s'élevaient, un peu hésitantes à cause de la gravité du moment, des chants harmonieux s'y joignirent : les anges venaient rendre un ultime témoignage à leur confidente.

    *     *     *
    De tels faits n'appartiennent pas seulement a un passé delà lointain, dans lequel on serait porté à suspecter quelque enjolivement légendaire.
    Anna Schäffer (1882-1925) devient grabataire en 1900, à la suite d'un accident : une de ses compagnes de travail, la bousculant par mégarde, l'a fait tomber dans un baquet de lessive bouillante. Elle en a été retirée affreusement brûlée, et les vingt-cinq années qui lui restent à vivre seront un martyre continuel, rythmé chaque jour par des soins extrêmement douloureux. Elle a dix-huit ans au moment de l'accident, et doit renoncer à ses aspirations à la vie religieuse - elle voulait être missionnaire - pour se retrouver confinée à jamais dans une chambrette de la maison paternelle, à la charge de sa mère, veuve d'un pauvre menuisier bavarois. Pendant plusieurs mois, ballottée d'hôpital en hôpital, elle n'a fait que survivre, grâce à sa robuste constitution : elle subira trente opérations ! Puis, avec une force de caractère peu commune, elle a accepté ses souffrances comme une véritable vocation, et a fait à Dieu le sacrifice de sa vie. Cela ne s'est pas fait sans luttes, sans tentations de découragement, de désespoir. Peu à peu, elle s'est laissée saisir par la grâce divine, emporter vers les sommets de la contemplation.
    Depuis 1901, elle voit son ange gardien. C'est la première des nombreuses grâces mystiques qui, après la stigmatisation, en 1910, l'élèveront en 1914 au mariage spirituel avec le Christ, puis l'établiront dans l'union transformante. Elle voit son ange, d'une beauté indescriptible, qui se tient à sa droite, et elle l'appelle « mon plus fidèle ami ». Lui confiant tout, elle recourt fréquemment à lui, en particulier les jours où elle doit communier :
    « Je veux m'adresser à lui par la prière spécialement au moment de la communion : qu'il veuille bien substituer à mes faiblesses et à ma misère l'ardeur de son adoration ! » (286)
    Elle aspire de tout son être à recevoir la communion sacramentelle, d'autant plus que son ange gardien stimule sa ferveur eucharistique par des visions où il vient lui-même lui apporter l'hostie, quand il ne l'emmène pas dans tel ou tel sanctuaire pour y adorer le Saint Sacrement ou y participer à de grandioses célébrations liturgiques. Simples visions, ou bilocations ? Sans doute un harmonieux ensemble des unes et des autres : « Le 31 août 1918, je me trouvai dans une grande église devant le Saint Sacrement exposé, devant lequel brûlaient d'innombrables cierges » (287). Tout absorbée dans l'adoration, elle ne remarque pas d'emblée les anges qui se tiennent en grand nombre autour de l'autel. Quand, au bout d'une heure, elle voit un fleuve de lumière qui jaillit de l'hostie pour s'écouler dans son âme, la comblant d'une joie indicible, elle constate que cette lumière ruisselle jusqu'à elle à travers les choeurs angéliques, et que deux anges majestueux se tiennent agenouillés de part et d'autre du Saint Sacrement, dans une attitude de profond respect.
    Plus d'une fois, son ange gardien l'emmène - en esprit ou en réalité ? - au pied de l'autel dans l'église paroissiale ou dans d'autres sanctuaires, afin qu'elle y passe une heure d'adoration devant le tabernacle. En d'autres circonstances, il la fait prendre part à des messes célébrées au loin, et elle y reçoit l'eucharistie. Constamment à ses côtés, il l'assiste lorsque le curé de la paroisse vient jusqu'à elle pour la communier, et il se produit alors un phénomène étonnant, visible à tous :
    Je me rendis tôt le matin chez Anna. Je l'aspergeai d'eau bénite ; elle fit le signe de la croix, mais ne dit rien. Vers 6 h 45, le prêtre arriva, avec la sainte eucharistie. Elle était couchée dans son lit, comme un ange. Et lorsque le prêtre eut déposé la parcelle consacrée sur sa langue, il y eut autour de son lit une lumière très belle, indescriptible. Je demandai à sa mère : « Est-ce tous les jours ainsi ? » Sa mère me répondit par l'affîrmative (288).
    Anna Schäffer est morte en 1925, en grand renom de sainteté. Elle a été béatifiée en 1999.

    En Pologne, c'est une humble servante nommée Aniela Salawa qui, dans les mois précédant sa mort, le 12 mars 1922, reçoit de son ange gardien d'ultimes consolations. Depuis son adolescence, elle travaille dur, partageant avec plus pauvre qu'elle ce qu'elle gagne. A cause de la guerre, puis de sa santé chancelante, elle a perdu son emploi, ne survit que grâce à de petits boulots et à la générosité des quelques amis qui lui restent : sa piété, les manifestations insolites qui parfois l'accompagnent, l'ont fait traiter plus d'une fois de simulatrice, ses extases sont qualifiées d'hystérie. Pourtant, tous ceux qui l'ont connue louent sans réserve sa droiture, sa discrétion et son inépuisable bonté. A présent qu'elle dispose d'un peu plus de temps à elle, que beaucoup de ses proches l'ont abandonnée, elle aimerait s'adonner encore plus, s'il est possible, à l'adoration eucharistique et à la contemplation de la Passion de Jésus. Les cinq ou six heures de prière d'affilée qu'elle pouvait donner à Dieu le dimanche et les jours de congé lui paraissent peu de chose. Elle brûle d'offrir davantage au Seigneur, mais ce n'est pas toujours facile, à cause de la tuberculose qui la mine, la tenant au lit des journées entières, et des quelques travaux qu'elle parvient encore à effectuer et qui dévorent les heures où elle se sent mieux.
    Le soir du 15 juin 1921, elle a quelques minutes devant elle, avant que l'église Saint Nicolas ne ferme. La nuit tombe sur Cracovie. Comme elle arrive à l'église, la sacristine s'apprête à en fermer la porte :
    J'ai vu Aniela qui, depuis une demi-heure déjà se traînait le long de la rue Radziwill. Je me sentis contrariée en voyant qu'elle venait à l'église précisément à l'instant où j'allais la fermer. Je la fixai durement, pour lui faire comprendre que je m'apprêtais à fermer l'église. Mais Aniela ne parut pas s'en rendre compte. (289)
    Comme Aniela entre dans le sanctuaire, la sacristine lui demande de ne pas s'attarder. La pauvre malade va en silence s'agenouiller à une place discrète, dans la chapelle de Sainte Anne. Quant à la sacristine, elle se poste à la porte d'entrée, priant Dieu que l'oraison ne se prolonge pas trop. Finalement, impatiente, elle va fermer la porte de la sacristie, en agitant bien les clefs, puis va vers l'endroit où se trouve Aniela : plus personne. Elle court à la porte d'entrée de l'église. Personne sur le parvis, ni dans la longue rue Radziwill : « J'ai fait au moins vingt fois le tour de l'église. Il me semblait qu'il y avait quelqu'un, mais je ne pouvais voir personne » (290). Finalement bien assurée qu'Aniela n'est plus dans l'église, la sacristine ferme la porte et rentre chez elle :
    Le lendemain matin, j'ouvris l'église et observai s'il s'y trouvait quelqu'un. Il n'y avait personne. Je mis cinq minutes à en faire le tour et à ouvrir la porte de la sacristie, revenue dans le sanctuaire, je vis Aniela agenouillée devant le très Saint Sacrement, près de la statue de saint Joseph. Elle était toute radieuse et semblait privée de sens. Je me demandai alors par où elle était entrée, car, en ouvrant la porte de l'église, je ne l'avais vue ni dans la rue ni aux abords du sanctuaire. Et pensez que, chaque fois que je la voyais, elle marchait lentement, se traînant en s'appuyant aux murs. (291)
    Aniela a relaté elle-même dans son Journal – écrit par obéissance à son directeur spirituel - ce qui s'est passé cette nuit : pour lui permettre de rester aussi longtemps qu'elle le souhaitait devant le Saint Sacrement, vers lequel il l'exhortait fréquemment à se tourner, et qu'il l'encourageait à visiter fréquemment, son ange gardien l'avait rendue invisible, tout simplement ! Aniela Salawa a été béatifiée en 1991.

    Symphorose Chopin bénéficiait aussi de secours extraordinaires de la part de son ange gardien, quand elle voulait entendre la messe ou aller prier devant le Saint Sacrement. Agée de huit ans à peine, elle était obligée par ses parents, qui avaient à nourrir une famille nombreuse, de gagner quelque argent sur un terrain de golf : elle courait ramasser les balles égarées et les rendait aux joueurs, qui lui glissaient une piécette. Malheur à elle si, le soir venu, elle ne rapportait pas suffisamment à la maison ! Après avoir reçu quelques taloches, elle se couchait sans avoir eu le droit de manger, au terme d'une journée épuisante passée à courir de ci de 1à. Et pas question d'aller à l'église, c'était du temps perdu ! Plus d'une fois, elle préféra se voir punie, plutôt que de manquer la messe : elle y allait le soir, après sa journée de « travail », même si elle n'avait pas récolté la somme exigée par son père. Bientôt, son ange gardien l'assista : vif comme l'éclair, il courait chercher à sa place les balles égarées et les lui apportait, lui faisant gagner un temps appréciable, ce qui lui permettait d'assister tranquillement à la messe. Quelques années plus tard, il agit de la même façon quand elle fut chargée par ses parents d'aller récupérer sur les crassiers, ou au bord des voies de chemin de fer, des bouts de charbon et des débris de coke, pour les revendre ça et là.

    La stigmatisée allemande Anna Henle (1871-1950) vécut grabataire durant près de soixante-cinq ans, à la suite d'une mystérieuse paralysie qui la frappa le jour de sa première communion. Durant ces années, elle bénéficia, comme tous les malades à l'époque, de la communion à domicile, que les prêtres venaient apporter trop rarement à son gré. Depuis qu'elle avait reçu l'eucharistie pour la première fois, elle était littéralement consumée par le désir de communier. Ce désir était encore attisé par son ange gardien, qui, en de grandioses scénographies, lui montrait en vision le déroulement de la liturgie céleste et la joie parfaite des élus rassasiés par le Pain de vie.
    Ces visions se terminaient invariablement, depuis 1894, par un phénomène des plus remarquables : le lit de la stigmatisée, ainsi que le crucifix et la statue de la Vierge placés sur sa table de chevet, se couvraient d'une rosée argentée qui, aux jours de solennité, exhalait un parfum suave :
    Après l'extase, je vois jaillir une source, en l'honneur de la fête du jour. Elle se déverse dans un bassin circulaire, de la taille d'une grande table, qui se remplit d'une eau transparente. Puis mon ange gardien s'approche, tenant une palme qu'il plonge dans l'eau et dont il m'asperge copieusement le front et les mains. Le reste tombe sur le lit et sur les images pieuses. Réveillée par cette rosée, je reviens à la vie normale parmi les hommes. (292)
    Cette mystérieuse paraliturgie était étroitement liée à la célébration eucharistique, à laquelle Anna assistait en extase, et autour de laquelle s'ordonnait la fête du jour. Dans la nuit de Noël, son ange la transportait - en esprit, ou en bilocation ? - dans l'église de la Nativité à Bethléem, où elle prenait part au sacrifice eucharistique : l'ange la communiait, et les rares personnes qui étaient alors à son chevet pouvaient voir l'hostie se matérialiser sur sa langue. Quand un prêtre était présent, l'hostie apparaissait suspendue en l'air et entourée de lumière en avant des lèvres de la stigmatisée, et c'est à lui qu'il revenait de communier celle-ci. Le père Joseph Busert en fit l'expérience durant la nuit de Noël 1896 :
    Tandis qu'Anna soupirait, le visage tout enflammé, une hostie immaculée apparut soudain dans sa chambre, tenue par une main invisible, et s'approcha lentement, comme en planant dans l'air, de la bouche de l'extatique. Dix-sept personnes, parmi lesquelles - fait remarquable - étaient deux prêtres (l'autorité ecclésiastique leur avait accordé la permission à cette occasion de rendre visite à Anna Henle, mais non de célébrer la messe chez elle), furent témoins de ce fait prodigieux et virent l'hostie sainte.
    Le jeune abbé Busert s'approcha alors du lit et demanda à la stigmatisée :
    - Anna, le Seigneur permet-il que je vous communie moi-même ?
    Sans sortir d'extase, Anna fit un signe de la tête et manifesta l'acquiescement du Seigneur. Et, tout ému, le jeune vicaire prit la sainte hostie. Comme il allait la poser sur la langue d'Anna, une vague de doute le submergea : et si cela était un leurre, une illusion ? Alors, entre ses doigts qui tremblaient, l'hostie se mit à saigner. Le sang, en lourdes gouttes, ruissela sur les doigts et sur l'étole du prêtre. D'une voix plaintive, sur le point de défaillir, la stigmatisée s'écria :
    - Mon père, donnez-moi mon Sauveur, il saigne !
    Alors, devant les témoins bouleversés, le père Busert communia Anna Henle qui retomba très doucement sur son lit, le visage radieux.
    (293)
    L'ange communiait rarement Anna Henle, respectueux du ministère du prêtre et des lois de l'Eglise alors en vigueur relativement à la communion des malades. En revanche, il lui présentait de l'eau qu'il avait puisée avec un vase d'argent dans le bassin mystique, et il lui en faisait boire afin qu'elle fût associée aux mérites du saint dont on célébrait la fête. La stigmatisée en retirait réconfort et joie. Elle bénéficia de cette faveur jusqu'à la fin de sa longue vie offerte pour l'unité de l'Eglise et la conversion des pécheurs. La rosée du Ciel, comme elle l'appelait, pouvait être recueillie sur des tampons d'ouate : de consistance huileuse, elle séchait instantanément, quitte à redevenir liquide, parfois même lumineuse, et se manifestait dans les lieux où Anna était emmenée en bilocation par son ange gardien : plusieurs prêtres en virent le corporal couvert pendant qu'ils célébraient la messe, à laquelle assistait invisiblement la stigmatisée souabe. Cette rosée du Ciel apparut pour la dernière fois sur le lit d'Anna à l'instant où celle-ci rendait le dernier soupir, le mercredi des Cendres 21 février 1950.

    *     *     *
    Parmi les grâces eucharistiques extraordinaires que les anges gardiens obtiennent aux mystiques confiés à leurs soins, la plus fréquente est sans conteste la communion « miraculeuse » (télékinésique) déjà évoquée dans les cas précédents : en cas de nécessité (le domaine est vaste, allant de l'impossibilité matérielle de communier jusqu'à la faim torturante de l'eucharistie), l'ange se fait ministre de l'eucharistie. De faits semblables, le dépouillement des Acta des martyrs de l'Eglise du silence - dans l'ancienne U.R.S.S., en Chine etc. - apportera sans doute de nouveaux exemples récents, que, par prudence, jusqu'à l'effondrement du bloc communiste on aura tenus cachés par crainte de représailles : on commence à peine, depuis quelques années, à étudier les conditions de vie (et de mort) des chrétiens persécutés pour leur foi dans la seconde moitié du XX° siècle. Il est à gager que leur épopée n'aura rien à envier à celle des martyrs des premiers siècles de l'Eglise, et que les secours « miraculeux » de Dieu ne leur auront pas fait défaut, quand bien même ils seront, par définition, restés exceptionnels.

    Les sources des premiers siècles du christianisme et les Acta Sanctorum mentionnent plusieurs exemples de ces communions angéliques. Le moine Marc, ermite dans le désert de Scété, recevait ainsi l'eucharistie par le ministère des anges, de même que saint Onuphre, ermite à la même époque (IV° siècle) dans le désert de Thébaïde - il communiait miraculeusement le samedi ou le dimanche -, et leur contemporain Nil l'Ancien : épris de solitude et de silence, cet ancien courtisan de Byzance s'était retiré au Sinaï avec son fils Théodule, qui partageait son idéal. Théodule fut enlevé par des brigands et réduit en esclavage, puis, ayant pu s'évader, il vint retrouver son père, et ils finirent par se faire prêtres. Avant leur ordination sacerdotale, les deux hommes reçurent plus d'une fois l'eucharistie de la main d'un ange. Plus tard, Nil se lia d'amitié avec saint Jean Chrysostome et fut nommé évêque d'Ancyre, où il mourut vers 430.
    Saint Bonaventure aurait communié de la main de son ange gardien avant son ordination sacerdotale (294), mais c'est là une légende. Les saints Stanislas Kostka et Gerardo Majella, de pieuses femmes telles Emilia Bicchieri en Italie, Ida de Louvain en Flandre, et, à une époque plus récente sœur Bertine Bouquillon (1800-1850), religieuse hospitalière française, ont connu semblable faveur, tantôt une seule fois, tantôt fréquemment. La liste, jusqu'à nos jours, pourrait être aisément allongée, mais il suffira de citer quelques cas particuliers dignes d'attention.

    Sainte Agnese da Montepulciano (1268-1317) reçut la communion de la main d'un ange, parce que, étant en extase, elle ne pouvait s'y arracher pour aller à la messe :
    Ici, le côté merveilleux de l'événement l'emporte sur le sens ecclésial : la préférence est donnée aux douceurs de l'extase et non à la participation à la célébration liturgique. (295)
    Le phénomène se reproduisit dix fois, toujours pour le même motif. Il est vrai que le Ciel semblait prendre plaisir à exaucer les caprices de cette pieuse moniale, appelée par ailleurs à une vie d'austérités et de sacrifices peu commune. Il fallait bien ces quelques compensations pour l'encourager!

    Réfugiée en Italie après la mort tragique de son mari, potentat de l'île de Chios, Maria Raggi (1552-1600) entra dans le tiers-ordre dominicain et vécut ses dernières années à Rome. Très effacée, vivant pauvrement, consacrant ses journées à l'oraison et au soin des malades, elle reçut les stigmates en 1593, sept ans avant sa mort. Quand elle allait communier, deux anges l'accompagnaient ; et, s'il arrivait qu'elle ne pût se rendre à l'église, à cause des maux dont elle souffrait, son ange gardien venait lui apporter l'eucharistie, à moins que ce ne fût saint Thomas d'Aquin ou saint Vincent Ferrier (296).

    La bienheureuse dominicaine française Agnès de Jésus Galand (16021634), dite communément Agnès de Langeac, fut un jour mise à l'épreuve par son confesseur, qui lui interdit de communier. Après la messe, le prêtre constata qu'une hostie manquait dans le ciboire, et Mère Agnès de lui dire en souriant que, pour la communier, son ange gardien avait bien dû prendre les saintes espèces là où elles se trouvaient ! Le prêtre comprit la leçon et n'importuna plus jamais la pieuse moniale.

    Sa contemporaine Paola Cianosi (1572-1634) se fit dominicaine à Naples après un veuvage précoce, sous le nom de Paola di San Tommaso. Elle fut l'une des figures les plus étonnantes de la spiritualité baroque italienne stigmatisée - ses stigmates étaient lumineux ! -, son corps émettait une clarté si vive qu'elle pouvait se passer de chandelle pour lire ou écrire. Ses extases étaient fort courues, on l'y voyait le cœur embrasé au point qu'on devait verser de l'eau glacée sur sa poitrine, quand elle ne s'élevait pas au-dessus du sol en lévitation. Elle était également réputée pour les miracles de guérison qu'elle accomplissait. Son ange gardien venait régulièrement la communier, et plus d'une fois l'hostie fut rendue visible à ses confesseurs et à ses proches.

    Egalement veuve, Juana Guillén entra en religion. Elle fut accueillie chez les tertiaires franciscaines régulières de Valence. Durant sa dernière maladie, elle devait recevoir la communion à l'infirmerie, avec les soeurs souffrantes. Mais, passant dans le corridor et voyant la porte de sa cellule fermée, l'aumônier alla communier les autres malades, puis il regagna la sacristie. Il s'aperçut alors qu'il manquait une hostie dans le ciboire. Il chercha en vain où il avait pu la laisser tomber. La religieuse le fit appeler et lui dit qu'un ange avait pris l'hostie pour la lui apporter, parce qu'on avait tiré par inadvertance la porte de sa cellule et qu'ainsi le prêtre l'avait oubliée. Elle mourut peu après, en 1636, réconfortée par les chants des anges qui se pressaient à son chevet.

    Une mésaventure du même ordre arriva un jour à sa compatriote, la tertiaire carmélite Catalina de Jesus Morales (1555-1612) : étant restée un jour absorbée en oraison durant toute la matinée, elle voulut ensuite aller communier. Or il était midi, toutes les messes avaient été dites dans la ville, toutes les églises étaient fermées. Comme elle parcourait les rues de la ville à la recherche d'un sanctuaire où elle eût, par chance, trouvé un prêtre qui voulût bien la communier, son ange gardien lui ouvrit la porte de la chapelle du couvent de la Victoria : au pied de l'autel, un autre esprit céleste l'attendait au pied de l'autel, qui lui donna une hostie qu'il avait prise dans le tabernacle...

    La tertiaire carmélite Marie-Angélique de la Providence était souvent invitée par son ange gardien à se lever la nuit pour adorer le Saint Sacrement dans l'hostie consacrée qu'il lui présentait. Parfois, pour répondre à sa faim eucharistique, il cédait à ses suppliques et finissait par la communier. Il le faisait également les jours où, conformément à l'usage - qui ne connaissait pas la communion fréquente -, elle n'était pas autorisée à s'approcher de la Sainte Table :
    « Un jour, au moment de la communion, la sainte hostie s'échappa des mains du prêtre, et la soeur reçut le corps de Notre-Seigneur de la main d'un ange ». (297)
    Plus originale est la communion mystique d'Anna Maria Gallo (1715-1791), tertiaire alcantarine à Naples sous le nom de Maria Francesca delle Piaghe et canonisée en 1867. Grabataire, elle ne pouvait se rendre à l'église, et elle s'unissait de cœur et d'esprit à la messe que célébrait son confesseur :
    Le désir de la communion était, chez elle, si ardent que parfois, pendant ma messe, Dieu daignait la consoler par le ministère des anges, au point de lui permettre de participer au Précieux Sang du calice [...] Elle prenait parfois très peu, quelques gouttes seulement, mais c'était suffisant pour m'amener à la questionner et à m'assurer du fait. Une fois où elle but presque la moitié, je notai l'absence évidente et indubitable d'une partie du contenu du calice, et fus extrêmement surpris. Quand je la questionnai sur ce qui était arrivé, elle me répondit : « Si l'Archange ne m'avait pas rappelé que le Saint Sacrifice doit être consommé dans les règles, j'aurais bu le tout. (298)
    L'ange - le plus souvent saint Raphaël, parfois son ange gardien - la communiait à distance au sang du Christ :
    En réalité, rapporte son confesseur, saint Francesco Saverio Bianchi (il lui survécut plus de vingt ans, et fut canonisé en 1951), l'Archange Raphaël, après la consécration ou, en tout cas, avant ma communion, lui apportait le calice de l'autel et lui permettait de boire tandis qu'elle était agenouillée chez elle (299).
    Non sans réalisme, l'auteur se pose la question du mode de cette communion extraordinaire :
    Je suis incapable de comprendre comment le Bienheureux Francesco Bianchi en vint à supposer que le calice lui-même avait été retiré de l'autel tandis qu'il disait sa messe ; [par ailleurs] il est difficile d'imaginer un liquide transporté dans l'air comme une hostie pourrait l'être (300).
    La même question se posera plus tard pour Maria della Passione Tarallo, déjà évoquée : elle aussi recevait le vin du calice, et après la communion ses sœurs sentaient autour d'elle une subtile odeur de vin.

    Pour la mystique espagnole Marina de Escobar, les anges font encore mieux : quand la messe n'est pas célébrée dans son oratoire privé, au lieu de lui apporter la communion - sous la forme du pain ou du vin - ils la transportent elle-même dans l'église voisine, où sa maladie l'empêche de se rendre, pour qu'elle y reçoive la communion sacramentelle ! Simple communion en esprit, bilocation, translocation ? Il semble bien assuré que, sans être vue des fidèles, Marina pouvait se trouver dans des lieux éloignés de chez elle, qu'elle était capable de décrire dans les moindres détails, citant les personnes présentes. Elle attribuait ces « voyages » à son ange gardien, ou à d'autres esprits célestes.

    *     *     *
    Dans les dernières années de sa vie, la mystique italienne Teresa Palminota (1896-1934) reçut plusieurs fois l'eucharistie selon le même mode extraordinaire. Son confesseur était convaincu de l'authenticité de son expérience, contresignée par des phénomènes d'hyperthermie et de fragrance humainement inexplicables, sans parler de sa stigmatisation, bien réelle :
    Dévorée par la faim du pain eucharistique, Teresa souffrait un véritable martyre quand, à cause de la maladie, elle n'était pas en mesure de le recevoir. Ce martyre dura plusieurs années, mais Jésus eut pitié de ses souffrances, et il accomplit des prodiges pour éteindre, ou plutôt pour combler ces ardeurs séraphiques de sa fille, qu'il avait lui-même allumées. Il réalisa en elle ce qu'il fit pour de nombreux saints, ainsi qu'on le lit dans leur vie, et fit en sorte que cette âme reçut selon un mode prodigieux la sainte communion, quand elle ne pouvait absolument pas sortir de chez elle pour la recevoir. Parfois c'était Jésus lui-même, parfois la Madone, ou l'ange gardien, qui la communiait. Je ne me rappelle pas qu'elle ait jamais reçu l'hostie de la main d'un saint ou d'une sainte. Quand débuta le prodige ? Je ne saurais le dire avec précision. Je me rappelle que vers la dernière année de sa vie, en 1933-34, quand la faiblesse de la jeune femme s'est aggravée, le phénomène s'est répété avec une certaine fréquence. Il s'est produit encore une fois la veille de sa mort, le 21 janvier 1934, fête de sainte Agnès, un dimanche, comme elle me l'affirma elle-même l'après-midi de ce jour, lorsque j'allai lui faire ma dernière visite. Ce fut un des motifs qui, outre le fait qu'elle était dans l'impossibilité de déglutir, me porta à lui refuser la communion en viatique. Le viatique, elle l'avait déjà reçu de façon insolite. Bien sûr, je lui aurais néanmoins fait apporter le viatique, si d'autres motifs, et spécialement sa maladie, ne l'avaient empêché. (301)
    L'auteur, prêtre passioniste, expose ensuite longuement - avec des arguments qui emportent la conviction - la signification de ce phénomène dans l'itinéraire spirituel de cette grande mystique méconnue.

    *     *     *
    Les « communions miraculeuses » de Jeanne-Louise Ramonet, modeste paysanne bretonne du village de Kérizinen qui aurait eu des apparitions de la Vierge de 1938 à 1965, seraient attestées par quelques personnes qui eurent l'occasion d'en voir la réalité :
    Jeanne-Louise, qui habite à 4 km de l'église et a une infirmité à la jambe, ne peut se rendre à la messe que le dimanche. Les autres jours, elle serait communiée par un ange, sur le lieu des apparitions. Cela se serait produit quotidiennement pendant longtemps. Je crois comprendre qu'elle se rend chaque matin à l'oratoire pour prier et là reçoit, à intervalles réguliers, cette visite qui, pour elle, n'a rien d'inattendu. Madame R. l'a déjà vue deux fois, mais n'a pas vu l'hostie. Madame Le B. et Madame P. l'ont vue chacune trois fois. Elle entre à ce moment en extase, le temps d'une ou plusieurs dizaines de chapelet, et l'une de ces personnes au moins a été témoin d'une expérience : Jeanne-Louise est à ce moment insensible aux piqûres et brûlures aux mains et au cou. (302)
    Ces communions apportées par un ange auraient été parfois visibles :
    Monsieur l'abbé B. a recueilli sur ce point les déclarations d'une douzaine d'enfants, dont 4 âgés de plus de 12 ans. Ces enfants ont déclaré séparément avoir assisté à la communion miraculeuse et avoir vu l'hostie, « ronde et blanche » comme à l'église, selon une expression employée par plusieurs d'entre eux. L'un des enfants déclare avoir vu l'hostie descendre vers Jeanne-Louise, et non venir de la direction de l'église paroissiale, comme on aurait voulu le lui faire dire. (303)
    Que valent ces témoignages ? Il est difficile de se prononcer. Jeanne-Louise Ramonet, décédée en 1994 à l'âge de quatre-vingt-quatre ans, était une femme simple et discrète, presque effacée. Les messages qu'elle attribuait à la Vierge Marie semblent avoir été le fruit de pieuses méditations, inspirées en partie par ses lectures. Mais plusieurs prêtres avaient d'elle la meilleure opinion, de même que le docteur Assailly, qui a pu la visiter et l'interroger longuement :
    Née dans une famille pauvre, Jeanne-Louise n'a jamais eu de satisfactions sur le plan matériel ; et l'on sait que, très tôt, elle a trouvé un certain épanouissement dans la vie intérieure, sans que sa constitution mentale puisse poser le problème de tendances schizoïdes ou hystéroïdes [...] On a vraiment l'impression qu'elle est absolument loyale et fidèle à des clichés particulièrement nets qu'elle ne cherche nullement à enjoliver ou à interpréter (304).

    Les communions mystiques de Jeanne-Louise Ramonet ne sont pas partie intégrante des apparitions mariales dont elle affirmait bénéficier, contrairement à ce qui se rencontre dans les faits de Fatima ou de Garabandal, par exemple, auxquels un chapitre particulier sera consacré. Quelques cas contemporains de communions miraculeuses par le ministère des anges méritent une attention spéciale. Bien documentés, ils illustrent la pérennité du phénomène dans l'histoire de la mystique.

    Immobilisée par la maladie, la stigmatisée belge Rosalie Put (1868-1919) ne put, en l'espace de trente années, se rendre à l'église paroissiale qu'une seule fois, mais elle recevait chaque nuit l'eucharistie des mains d'un ange. Cette communion mystique s'accompagnait de tout un cérémonial :
    Chaque nuit, Rosalie recevait la communion des mains d'un ange du choeur de la Mère de Dieu. Une fois, l'archange apparaissait vêtu comme un prêtre, l'autre fois comme un pèlerin. Il était accompagné de trois ou quatre âmes, que Rosalie venait de racheter la veille du purgatoire. Une clochette argentine annonçait leur arrivée. (305)
    Ces communions nocturnes auraient eu au moins un témoin :
    A cette époque, Duchâteau était vicaire à Lummen. Pendant dix ans il fut le confesseur de Rosalie. Par obéissance elle dut lui avouer les visites nocturnes de l'archange. Le vicaire Duchâteau lui dit : « Je viendrai moi-même la nuit, pour m'en convaincre », mais Rosalie répondit : « De cela, je ne puis en décider moi-même, puisque ma mère est la maîtresse ici. » Le vicaire étant le confesseur de toute la famille, il parvint à convaincre la mère. Un fauteuil fut installé à côté du lit. Rosalie me raconta plus tard : « En entendant la sonnette tinter, il se leva. A la vue de l'archange accompagné de trois âmes, il fut saisi d'effroi. Plus tard il me confia : « De ma vie, je ne veux plus rien voir de pareil ; si le Seigneur ne m'avait pas aidé, je serais mort de peur et d'épouvante » La famille ignorait tout des visites de l'archange et des autres phénomènes. (306)
    Ce n'est cependant qu'un récit de seconde main, et le témoignage de l'abbé Duchâteau l'est également, rapporté par la stigmatisée et non par lui-même.