• Notre-Dame des Vertus (Aubervilliers)

     

     

     

    Notre-Dame des Vertus

    (Aubervilliers)

     

     

    Il en est bien autrement de Notre-Dame des Vertus, placée au nord-est de Paris, dans la plaine qui s'étend entre Saint-Denis et la capitale.

    Ce n'était autrefois qu'un hameau ou plutôt la maison de campagne d'un nommé Albert, Alberti villa, d'où est venu le nom actuel d'Aubervilliers.

    Alors il n'y avait là qu'une petite chapelle avec un autel et une statue de la sainte Vierge ; mais, en 1338, le second mardi de mai, une jeune fille voulant parer l'autel et entourer la statue de flambeaux et de fleurs, pria un jeune homme de venir l'aider dans ce pieux office.

    Pendant qu'ils s'occupaient de ce soin, voilà que tout à coup la statue se couvre de sueur, et l'eau coule sur sa face ; phénomène d'autant plus extraordinaire que le temps était très sec et la chaleur excessive pour la saison.

    Dans leur surprise, ils appellent d'abord un voisin, puis un cavalier qui passait : l'un et l'autre s'assurent du prodige par un examen attentif, montent même sur l'autel pour contempler la merveille de plus près, et enfin ils convoquent tous les habitants au son de la cloche.

    Le peuple accourt et admire.

    Bientôt le bruit du prodige se répand dans Paris et aux environs ; et de toutes parts on vient en foule à l'église d'Aubervilliers.

    Le roi Philippe VI et la reine s'y rendent eux-mêmes et y laissent des témoignages de leur munificence : à leur exemple, le duc d'Alençon, le comte d'Étampes et plusieurs autres seigneurs de la cour, non-seulement viennent avec leurs femmes, leurs enfants et toute leur maison, mais font présent de riches ornements à l'église.

    Le maréchal de Toulouse seul ose railler ce qu'il appelait la superstitieuse crédulité des visiteurs, et à l'instant il est affligé d'une enflure.

    Effrayé d'un châtiment si subit, il fait vœu d'être désormais plus respectueux envers la Vierge d'Aubervilliers si elle daigne le guérir ; à l'instant il se sent guéri ; et, sans tarder, il va rendre ses actions de grâces a Dieu et à la sainte Vierge dans l'église d'Aubervilliers.

    De là l'ex-voto de son portrait en cire, qu'il fit, quelque temps après, suspendre à la muraille.

    Ce miracle fut suivi d'un grand nombre d'autres qui firent appeler la statue Notre-Dame des Vertus, c'est-a-dire des Miracles, car c'est ce qu'on entendait au quatorzième siècle par le mot devenus.

    On cite, entre autres, la résurrection de deux enfants opérée subitement devant la statue et avec un concours de circonstances qui ne permet pas de révoquer les faits en doute.

    L'un de ces enfants, fils d'un mercier, s'était noyé dans la Seine ; le père, qui était absent au moment de l'accident, voyant à son retour le cadavre de son fils, le fait porter à Notre-Dame des Vertus ; bientôt l'enfant revient à la vie, et pour perpétuer le souvenir du prodige, les merciers du pays forment une confrérie sous l'invocation de la sainte Vierge.

    Un autre enfant était né mort ; on le porte à Notre-Dame des Vertus, et il est ressuscité : l'historien du fait précise le jour où la chose arriva, c'était le 21 février 1582 ; il nomme le père et la mère, le prêtre qui baptisa l'enfant, le parrain et la marraine qui le tinrent sur les fonts de baptême, et ajoute les noms de cinq ou six autres témoins.

    Quelque temps après, un enfant d'Argenteuil, sourd-muet de naissance, âgé de sept ans, est amené à la même église, et immédiatement il peut non-seulement émettre des sons articulés, mais parler très parfaitement.

    Un autre, venu au monde par un douloureux accouchement, après trois jours entiers passés sans aucun signe de vie, ressuscite, est baptisé et grandit heureusement.

    Un ex-voto suspendu au mur contenait le récit de ce miracle, et portait la date de l'année 1598.

    L'historien qui raconte les faits que nous venons d'énoncer ajoute que, lorsqu'il s'opérait ainsi un miracle, le son des cloches avertissait les populations voisines de venir en prendre connaissance et en rendre grâces à Dieu : « Par l'espace d'une heure, dit-il, on n'oyait que le son des cloches qui sonnaient en branle et carillon. »

    Ces miracles et plusieurs autres qu'il serait trop long de raconter mirent dans une vogue extraordinaire le pèlerinage de Notre-Dame des Vertus ; l'église se trouva trop petite pour l'affluence des fidèles ; on l'abattit pour en reconstruire une autre, dont on vantait au dix-septième siècle la belle architecture, jusque-là qu'on disait qu'elle ressemblait à une cathédrale plutôt qu'à une église de village.

    En 1452, le cardinal d'Estouteville, légat du pape, attacha à la visite de cette église cent jours d'indulgences aux fêtes de la Nativité et de l'Assomption, au second mardi de mai, fête patronale de l'église et du village, ainsi qu'au jour de sa dédicace et de Saint-Christophe, son ancien patron.

    En 1474 et 1476, Louis XI y vint lui-même en pèlerin ; en 1529, le clergé de toutes les paroisses de Paris, accompagné d'une multitude de fidèles, s'y rendit en procession, pour supplier la sainte Vierge d'arrêter les progrès du protestantisme qui commençait à envahir la France : on partit de la cathédrale, chacun portant à la main des torches ou flambeaux ; et il y en avait un si grand nombre, dit l'historien, que des hauteurs de Montlhéry on crut que Paris était en feu.

    Enfin tel devint le concours des pèlerins, surtout les jours de fête et les samedis, que, pour les recevoir et satisfaire à leur dévotion, l'archevêque de Paris ne trouva d'autre moyen d'y entretenir un clergé assez nombreux que de céder la cure à la congrégation de l'Oratoire.

    Celle-ci y plaça d'abord huit prêtres, mais bientôt il fallut dépasser ce nombre, tant les fidèles affluaient à Aubervilliers.

    Le père Garnier, savant jésuite, y allait tous les ans, à pied et à jeun : l'illustre madame de Pollalion y venait souvent de Paris, nu-pieds, même pendant les grands froids de l'hiver ; M. Alain de Solminihac et une foule d'autres saints personnages aimaient à venir prier Marie dans ce sanctuaire ; M. Olier s'y retira pour consulter Dieu sur la fondation de sa société ; M. de Bretonvilliers commençait toujours ses vacances par ce pieux pèlerinage ; enfin le séminaire Saint-Sulpice, tout entier, s'y rendait en corps tous les ans, le mardi de la Pentecôte, avec toute la paroisse, qui y allait en procession et en revenait de même, après avoir chanté la grand'messe devant l'image vénérée.

    Cette dévotion n'a point disparu avec les siècles ; encore aujourd'hui les populations s'y pressent le second mardi de mai ; les mères y apportent leurs enfants, et viennent les recommander à Notre-Dame des Vertus.

    Source : Livre "Notre-Dame de France ou Histoire du culte de la Sainte Vierge en ..., Volume 1" par André Jean Marie Hamon

    En savoir plus :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Notre-Dame-des-Vertus_d%27Aubervilliers