• Notre-Dame de Laghet (La Trinité)

     

     

     

    Notre-Dame de Laghet

    (La Trinité)

     

     

     

    Vers le milieu du XVIIe siècle, existait, au pied de la montagne où se trouve aujourd'hui le célèbre pèlerinage del Laghetto, une pauvre petite chapelle qui tombait en ruines et qui n'était plus fréquentée par personne, si ce n'est par les bergers ; encore s’y rendaient-ils bien moins pour prier que pour y trouver, eux et leurs troupeaux, un asile contre la pluie ou l'orage.

    On savait que cette chapelle avait été jadis consacrée à la Vierge ; mais on ne se rappelait pas à quelle époque elle avait été abandonnée, et l'on ne s'en inquiétait guère.

    Mais Dieu, qui avait résolu de faire de cet humble sanctuaire un lieu de grâce et de bénédiction, permit que, dans une maladie grave, un habitant de Monaco, Hyacinthe Casanova, songeât à invoquer Notre-Dame del Laghetto, et qu'il en reçût une prompte assistance.

    Dans le transport de sa joie, il fit part à ses parents et à ses amis du bienfait que lui avait accordé la madone, et beaucoup d'entre eux voulurent l'accompagner dans le pèlerinage qu'il avait promis de faire à la pauvre chapelle.

    Tous eurent le cœur serré en la voyant remplie de décombres, au milieu desquels croissaient les buissons et les mauvaises herbes.

    La statue de la Vierge, demeurée sur l'autel en ruines, avait perdu la peinture qui la recouvrait, et sous l'influence du vent et du soleil, la tête s'était fendue.

    Nos pèlerins, ne pouvant réparer tant de désastres, s'efforcèrent du moins de débarrasser la chapelle des pierres et des ronces qui l'encombraient, et peu après, un jurisconsulte de Nice, Antoine Fighiera, remplaça l'image de Notre-Dame par une belle statue de la Vierge, qu'il avait dans son oratoire et à laquelle il tenait beaucoup.

    On la plaça dans une niche, et l'on enferma dans le mur l'ancienne madone, qui ne pouvait être restaurée.

    Dès lors, la petite chapelle fut assidûment fréquentée par tous ceux qui avaient quelque grâce à solliciter, et bientôt on s'y rendit en procession, non-seulement des paroisses voisines, mais de toute la côte de Gênes, du Piémont et de la Provence.

    Il n'était bruit partout que des miracles qui s'opéraient au Laghetto, et l'évêque de Nice, persuadé que la crédulité publique les admettait trop facilement, fit voiler la statue, puis fermer la chapelle, dans la crainte de fournir aux hérétiques, très nombreux alors, un sujet de raillerie.

    Mais l'empressement des populations redoublant encore, et de nouveaux miracles bien justifiés ayant lieu, le prélat, après avoir réuni plusieurs fois en conseil les personnages les plus capables de l'aider de leurs lumières, consentit à rouvrir la chapelle, et se rendit lui-même, avec le clergé, les magistrats et toute la population de Nice, à Notre-Dame del Laghetto.

    La pauvreté de ce saint asile leur rappela celle de la crèche ; mais le grand nombre d'ex-voto suspendus autour de l'autel leur inspira le désir de se montrer généreux.

    Outre les dons des particuliers, la ville offrit 100 écus d'or pour la construction d'une fontaine, que l'aridité du sol et l'âpreté des sentiers devaient rendre très-précieuse aux pèlerins.

    Trois années se passèrent ; d'abondantes aumônes versées par la piété et la reconnaissance, servirent à jeter les fondements d'une nouvelle église.

    Chacun s'empressa de contribuer à cette œuvre ; l'église s'acheva ; elle fut entourée d'une belle place, d'un vaste cloître, et de bâtiments nécessaires au logement des prêtres chargés de la desservir.

    Une inscription ainsi conçue fut gravée sur la façade de l'édifice : "Bienheureuse Vierge de Laghetto, vos nouveaux prodiges méritent un nouveau nom et un nouveau culte. Avec le concours généreux de tous les peuples de la Ligurie, l'évêque, Désiré de Palletis, a bâti une église et un hospice, ouvert une place, tracé une route, et amené une fontaine au milieu de ces montagnes, le 21 novembre de l'an du Seigneur 1656, troisième année des miracles."

    La fontaine reçut aussi une inscription : « Pèlerin, tu trouves ici deux fontaines, celle-ci et celle du ciel. L'une est un trésor que la Vierge répand sur les pieux fidèles ; l'autre a été amenée des montagnes par les habitants de Nice. Bois à l'une et à l'autre, si tu as soif des deux. » 

    En 1674, les religieux du Mont-Carmel, chargés de l'église du Laghetto, y construisirent un couvent et donnèrent aux pèlerins tous les soins dont ils avaient besoin pour l'âme et pour le corps.

    Mais quand, après la Révolution française, nos troupes pénétrèrent en ltalie, le sanctuaire fut pillé et les religieux mis en fuite.

    Toutefois, le général Hamel consentit à laisser au père Rossetti la statue de la Vierge, qui fut portée à la Turbie, où elle resta pendant dix ans.

    Ce fut seulement en 1802 que cette image vénérée fut rendue à l'église du Laghelto ; mais pendant son exil, elle n'avait cessé de recevoir les vœux et les hommages des fidèles.

    Ce sanctuaire avait perdu les magnifiques ornements, les précieux ex-voto qu'il devait à la reconnaissance publique et en particulier à celle des princes de la maison de Savoie ; mais il n'a rien à envier aujourd'hui à nos églises les mieux décorées. Les colonnes revêtues de stuc imitent le marbre à s'y méprendre ; l'autel de la Vierge a été renouvelé ; la niche et la couronne qui la surmonte ont été restaurées et embellies. Dans cette niche repose sur un trône la statue miraculeuse, couverte d'un manteau royal, la tête couronnée d'un diadème d'or enrichi de pierres précieuses. Elle tient d'une main son divin fils, de l'autre un sceptre et un scapulaire. Cette image est admirable de douceur, de grâce, d'angélique bonté ; il est impossible de la contempler sans éprouver un attendrissement qui dispose à la confiance.

    L'autel de la Vierge et les murs du sanctuaire sont ornés d'emblèmes pieux, de cœurs d'or et d'argent, d'ouvrages d'orfèvrerie donnés par les pèlerins. Deux lampes de très-grand prix ont été offertes par le roi Charles-Félix et la reine Marie-Christine, en 1826. Les successeurs de ce prince ont aussi laissé à Notre-Dame del Laghetto des témoignages de leur munificence.

    La dévotion à ce sanctuaire semble grandir de jour en jour, et rien ne peut donner une idée de l'aspect que présentent, aux principales fêtes, les longues processions qui serpentent, bannières en tête, à travers les sentiers escarpés des montagnes.

    Aussi loin que la vue peut s'étendre, on les voit s'avancer lentement vers l'église, aux chants des cantiques : les unes viennent du Piémont, de la Rivière de Gênes, de Nice ou de Monaco ; les autres, de la Provence ; et même avant que le comté de Nice nous appartînt, les Français prenaient leur part de ces saintes cérémonies.

    On apporte de bien loin des infirmes et des malades à Notre-Dame del Lagbetto.

    On les présente tous ensemble à la sainte Vierge, dit M. l'abbé Pouget ; un prêtre les bénit, aux pieds de la statue, et quelquefois on est témoin de guérisons subites.

    En ce moment solennel, un saint enthousiasme s'empare des cœurs et leur fait répéter, de la manière la plus affectueuse, ce cri : Grâce, Marie! Grâce !... Cette parole seule, que la compassion et la confiance font jaillir des âmes d'une foule de pèlerins de tant de contrées différentes, prosternés devant la reine des cieux, vibre si fort dans les cœurs de tous les spectateurs, qu'il faut s'éloigner ou laisser couler ses larmes.

    Il est un genre de prodiges moins admiré pour l'ordinaire, quoique réellement plus admirable que les guérisons et les laveurs temporelles, objets de tant de demandes ; ce sont de fréquentes et innombrables conversions de pécheurs obstinés, d'hérétiques endurcis, qui s'opèrent dans ce lieu.

    Non, on ne s'approche point de cette image vénérée, on ne jette point sur elle un regard respectueux et suppliant, sans qu'il en sorte comme un rayon de céleste lumière, qui éclaire l'esprit, touche le cœur, réveille dans les uns le repentir, ranime la ferveur et le zèle dans les autres, en un mot, excite le chrétien, quel qu'il soit, à marcher d'un pas ferme et rapide dans le chemin qui mène à l'heureux terme du salut. 

    Source : Livre "Les pèlerinages de France" par Eugène Rosary

    En savoir plus :

    Livre "Histoire des principaux sanctuaires de la mère de Dieu" par Firmin Pouget