• Notre-Dame de la Garde (Marseille)

     

     

     

    Notre-Dame de la Garde

    (Marseille)

     

    Les dévotions des églises  des Bouches du Rhône : Marseille

     

    Il y a peu de villes où le culte de la Vierge ait été plus anciennement en honneur que dans la ville de Marseille ; il n'y en a peut-être pas où cette sainte et glorieuse reine compte plus de temples et d'autels.

    Nous ne parlerons que de Notre-Dame de la Garde, un des plus célèbres sanctuaires de la France et du monde entier.

    Située sur une colline aux portes de Marseille, l'église de Notre-Dame de la Garde domine la ville tout entière, la cité industrieuse et commerçante, aussi bien que les magnifiques quartiers où l'opulence a choisi sa demeure.

    Rien n'est plus beau, plus riant et plus grandiose que le panorama qui se déroule aux yeux du pèlerin, quand il a gravi la montagne bénie.

    Voici les tours, les dômes, les clochers des églises ; voici le port avec ses nombreux vaisseaux, qui versent sur les quais le mouvement et la vie ; voici la campagne riche et verdoyante, semée d'élégantes bastides, de bouquets d'arbres, de source d'eau vive ; et là-bas, bornant l'horizon, une chaîne de montagnes si bien groupées, que le peintre ne saurait mieux les disposer pour encadrer ce riant tableau.

    Enfin, voici la mer, la mer immense, sillonnée par les barques des pêcheurs, par les vaisseaux qui s'éloignent toutes voiles dehors on qui déploient leurs pavillons pour entrer dans le port.

    De ce point si bien choisi, la Bonne-Mère, nom tendre et touchant que les Marseillais aiment à donner à Notre-Dame de la Garde, la Bonne-Mère, disons-nous, veille sur la terre et sur la mer ; elle bénit la ville ; elle protège les marins qui l'invoquent à l'heure de la tempête ; et quand, au milieu des horreurs de la mort, ils aperçoivent la flèche de son église, ils reprennent aussitôt le courage et l'espoir.

    La montagne de la Garde était autrefois, comme son nom l'indique, un lieu d'observation ; une tour en occupait le sommet et correspondait par des signaux avec d'autres tours élevées sur les principaux points de la côte.

    L'an 1214, un pieux citoyen obtint de l'abbé de Saint-Victor l'autorisation de construire sur cette montagne, qui appartenait à son monastère, une chapelle à la Vierge et une maison entourée d'un jardin, afin d'y pouvoir vivre du fruit de ses sueurs.

    L'abbé accorda cette permission, à certaines conditions, que Pierre accepta.

    Il construisit donc-une modeste chapelle ; mais si pauvre qu'elle fût, Dieu y ayant accordé de grandes grâces à ses serviteurs, par l'intercession de Marie, tous ceux qui avaient des faveurs extraordinaires à solliciter, en apprirent bientôt le chemin.

    En 1477, l'oratoire de Pierre fit place à une belle église, que François ler enferma, cinquante ans plus tard, dans l'enceinte d'un fort qu'il fit élever sur la montagne de la Garde.

    Les pèlerins continuèrent d'y affluer, et la réputation de ce sanctuaire s'étendit au loin.

    La reconnaissance de ceux qui y avaient obtenu des faveurs signalées enrichit cette église, et l'orna d'une statue en argent, représentant la Vierge.

    Par un privilège unique, cette Vierge tenait entre ses mains le saint sacrement exposé. 

    Tous les jours de l'année, les samedis surtout, on voyait les pèlerins gravir par troupes les sentiers de la montagne, en chantant des cantiques ou en récitant le chapelet.

    Beaucoup d'entre eux marchaient pieds nus, et ni les ardeurs du soleil, ni les grandes pluies, ni les rafales du vent, ne pouvaient les empêcher d'accomplir leur pieux voyage.

    Les marins y venaient avant de s'embarquer pour des courses lointaines ; les pêcheurs n'y manquaient pas non plus, et les mousses sur le point d'entreprendre leur première traversée y étaient conduits par toute leur famille.

    Au retour d'un voyage plein de périls ou d'une heureuse navigation, les équipages, apercevant de loin la chapelle, se mettaient à genoux ; ils entonnaient le salve regina, et en passant à la, plage de Mont-Redon, au-dessous de l'église, les capitaines faisaient tirer le canon.

    La Révolution n'épargna pas ce sanctuaire béni : il fut pillé, profané, et la statue d'argent fut vendue aux Génois.

    Mais à peine l'orage fut-il dissipé, que le peuple reprit le chemin de Notre-Dame.

    Une statue de bois remplaça la riche image, et la Vierge, non moins sensible qu'autrefois aux hommages des fidèles, signala par d'abondantes faveurs son retour sur le mont de la Garde.

    Mais les Marseillais regrettaient toujours la statue d'argent.

    La duchesse d'Angoulême ayant souscrit la première pour une somme de 3,000 fr., la chambre de commerce, le baron de Damas et plusieurs personnages distingués s'associèrent pour réparer cette perte.

    Le désir de tous était de racheter l'ancienne Madone ; mais comme elle avait été détruite, on fut obligée d'en faire une nouvelle et bientôt une Vierge en argent battu, haute de deux mètres, sortit des ateliers de M. Chanuel, artiste aussi recommandable par sa piété que par son talent.

    La bénédiction de cette statue, véritable chef d'œuvre de l'art, eut lieu le 2 juillet 1837, au milieu d'un immense concours de peuple.

    Le vénérable évêque de Marseille, alors âgé de quatre-vingt-neuf ans, voulut présider cette belle cérémonie.

    Il arriva, suivi de tout son clergé, sur l'esplanade du cours, où la statue avait été placée.

    Au moment où il gravissait l'estrade, au bruit des fanfares militaires, l'image sainte fut découverte.

    La bénédiction faite, le prélat prononça une allocution chaleureuse, qui ne put être entendue que des personnes placées au bas de l'estrade ; mais la vue de cet auguste vieillard, dont le front rayonnait d'une joie céleste, impressionna la foule ; et quand il bénit le peuple, chacun fléchit les genoux avec un profond respect.

    La procession défila devant l'évêque pendant plusieurs heures et se rendit à la cathédrale, où la statue demeura deux jours.

    Le 4, elle fut portée avec la même pompe dans l'église de la Garde.

    Le lendemain, l'évêque de Marseille y célébra la messe et ouvrit solennellement l'octave demandée, à l'occasion de cette belle fête.

    Depuis ce temps, la dévotion des Marseillais à Notre-Dame de la Garde n'a fait que se fortifier.

    Tous les ans, à l'époque de la Fête-Dieu, la Bonne-Mère quitte son sanctuaire et parcourt les rues de la ville ; car la joie de ses fidèles ne serait pas complète, si elle ne partageait pas en ce beau jour le triomphe de son Fils.

    A chaque pas, la Vierge rencontre de petits reposoirs, près desquels est assise une petite fille vêtue de blanc, qui se lève à l'approche de la sainte image, lui adresse une prière apprise d'avance, lui présente l'offrande de la famille, et en reçoit un bouquet qu'elle garde précieusement, comme un gage de la bénédiction de la Bonne Mère.

    La procession achevée, on dépose la statue dans l'église du Calvaire, et le lendemain, elle reprend au milieu d'un nombreux cortège le chemin de son sanctuaire.

    Par combien de prodiges la Reine du ciel a-t-elle répondu à l'amour et à la confiance de ses enfants ? C'est ce qu'il serait impossible de dire.

    Les murs de Notre-Dame de la Garde sont couverts d'ex-voto, et tous ceux qu'elle a miséricordieusement sauvés de la tempête ou de la maladie, tous ceux qu'elle a consoles et soulagés, n'ont pas laissé là des témoignages de leur reconnaissance.

    A peine un sur cent, dit un ancien auteur, pense à publier les faveurs qu'il reçoit au pied des autels de Marie ; et nous n'avons pas de peine à le croire, non seulement parce que nous sommes oublieux et ingrats, mais parce que beaucoup de ceux qui ont obtenu ce qu'ils demandaient, se contentent d'en remercier Dieu et sa sainte Mère dans leurs cœurs.

    Toutefois, le 18 juin 1843 eut lieu une guérison si merveilleuse, que l'évêque de Marseille crut devoir en donner avis à son clergé, et ordonner qu'une messe solennelle, suivie d'un Te Deum fût chantée à Notre-Dame de la Garde.

    Voici en quels termes s'exprime le prélat :

    « La sœur Marie-Julie Dugas, religieuse du premier monastère de la Visitation, dit des Grandes-Maries, à Marseille, était retenue depuis cinq ans à l'infirmerie, par suite d'une complication de maux toujours croissants.

    Les médecins signalèrent d'abord dans son état des caractères de phtisie.

    Vinrent se joindre ensuite des fièvres intermittentes, et, depuis trois ans, une violente irritation d'entrailles, qui ne permit plus à la malade de quitter un seul jour le lit.

    Son état devenait sans cesse plus grave et déconcertait toutes les ressources de l'art.

    Elle éprouvait un dégoût insurmontable pour toute espèce de nourriture.

    Sa faiblesse était si grande, qu'elle ne pouvait se tenir sur son séant dans son lit, ni supporter dans sa chambre la conversation de deux personnes parlant entre elles.

    Elle avait de longs et fréquents évanouissements, pendant lesquels, au dire des médecins, elle pouvait expirer.

    Des sueurs abondantes, des ulcères dans la bouche, d'horribles douleurs aux dents, atteintes de carie par un effet de la maladie, la fatiguaient sans cesse.

    La fièvre lente qui la consumait l'avait réduite a un amaigrissement affreux ; enfin, il s'était manifesté, depuis un an, une sorte d'hydropisie qui, jointe à la consomption qui la minait, ne laissait que l'espoir de quelques mois de vie.

    Tel était l'état que l'on remarquait dans la sœur Julie, et dont nous avons été nous-même bien des fois témoin.

    Les médecins l'avaient déclarée incurable. On donna deux fois le saint Viatique à la malade, le danger devenant imminent.

    Cependant, voilà que, le 18 juin de cette présente année (1843), la communauté apprend que le lendemain la procession de Notre-Dame de la Garde doit passer sous les murs du monastère.

    A cette nouvelle, la supérieure se sent pressée intérieurement de demander, par l'intercession de la sainte Vierge, la guérison de la sœur Marie-Jolie, à qui elle s'empresse de communiquer sa pensée.

    La communauté entière s'y associa, sur l'invitation de la supérieure, qui offre en outre à le sainte Vierge, au nom de ses sœurs, la promesse de faire tous les jours, pendant un an, une communion pour la conversion des pécheurs.

    Plusieurs de ces pieuses filles passent en prières une partie de la nuit devant le saint Sacrement.

    Il est enjoint en vertu de la sainte obéissance, à la sœur Marie-Jolie, de s'unir dans son cœur à leurs supplications.

    Le 18 juin, on transporta la malade de sa cellule, dans une autre pièce, d'où elle puisse apercevoir, sans quitter son lit, dressé près de la fenêtre, l'image de la sainte Vierge, au moment du passage de la procession.

    Ce moment arriva. A la vue de la statue vénérée, elle ressent un vif saisissement. Ses larmes coulent. Elle remplit le vœu de l'obéissance, qui exige qu'elle demande sa guérison ; elle fait cette demande, et à l'instant la grâce est obtenue...

    La sœur Marie-Jolie a aussitôt retrouvé ses anciennes forces.

    Pendant trois ans elle n'avait pu sortir de son lit, où la violence de la maladie la retenait immobile, et tout à coup elle descend de celui où elle était placée, elle ne fait pour cela que s'appuyer sur la main de la supérieure, qui la lui tend, comme pour lui prescrire d'en sortir.

    Elle marche, elle parcourt sans aide une partie considérable de la maison, pour se rendre à une tribune de la chapelle, où elle va rendre à Dieu ses actions de grâces.

    Le lendemain matin, elle se lève, comme si elle n'avait pas été malade.

    Elle a un entretien avec ses médecins, aussi surpris que touchés de ce qu'ils voient, et qui reconnaissent hautement le miracle opéré en quelque sorte sous leurs yeux.... »

    Toute la ville voulut assister au Te Deum, et la dévotion envers la Vierge reçut de ce miracle une nouvelle impulsion.

    Deux ans après, la générosité des Marseillais envers leur patronne se signala par le don d'une cloche pesant dix mille kilogrammes.

    Ce magnifique bourdon peut être mis en branle par quatre hommes seulement, tant le mécanisme de sa pose est ingénieux.

    On en entend le son à une distance de vingt-quatre kilomètres, et les marins qui reçoivent de loin ce salut de la Vierge bien-aimée se signent avec joie ; car c'est la dernière voix qui leur parle, au milieu des flots, de leur pays et de leur famille, la première qui les accueille au retour.

    Source : Livre "Les pèlerinages de France" par Eugène Rosary

     

     

     

     

     

     

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