• Notre-Dame de la Daurade (Toulouse)

     

     

     

    Notre-Dame de la Daurade

    (Toulouse)

     

     

     

    L'ancienne capitale des Tectosages, devenue chrétienne, s'est toujours distinguée par son attachement à la foi catholique, et le culte de la Vierge sainte y a toujours été en honneur.

    Marie y est invoquée dans toutes les familles, Marie y préside à une multitude d'œuvres de dévouement et de zèle, Marie y reçoit les hommages de tous les fidèles dans les nombreuses églises paroissiales que compte la cité.

    Pas une de ces églises où elle n'ait une ou plusieurs chapelles et qui ne présente fréquemment le spectacle d'une foule empressée qui s'y réunit pour payer à la Mère de Dieu, considérée dans ses différents mystères, un juste tribut de louanges et de supplications.

    II est même des paroisses entières qui lui sont spécialement consacrées et qui ressentent d'une manière plus visible les effets de sa protection.

    Telle est l'église dite Notre-Dame de la Daurade, où nous nous transporterons aujourd'hui en esprit pour honorer la Vierge sainte.

    Elle est bâtie sur l'emplacement d'un lac, ouvrage de la nature, ou peut-être aussi creusé par la main des anciens Gaulois, et qui recéla longtemps d'immenses richesses.

    Les auteurs observent que jamais peuple idolâtre n'eut, dans le principe, une idée plus noble de la divinité que nos anciens pères. Ils ne croyaient pas qu'elle dût être renfermée dans l'enceinte de quelques murs, abritée sous un toit élevé par la main des mortels, représentée par le ciseau du sculpteur ou les prodiges de l'art.

    C'était dans les grands phénomène, les grands ouvrages de la nature qu'ils cherchaient un Dieu caché. Les fleuves, les marais, les lacs recevaient leurs hommages. Le chêne aux rameaux séculaires était un des principaux objets de leur culte ; c'était sous son ombre sacrée qu'ils aimaient à offrir leurs sacrifices.

    Ils payèrent longtemps un tribut religieux à un lac célèbre qu'on voyait dans la capitale des Tectosages.

    Comme ils ne faisaient point usage de monnaies d'or et d'argent, c'était dans ce lac que, par un motif superstitieux, ils jetaient tout ce que leurs conquêtes, tout ce que les mines de la contrée leur procuraient de métaux précieux.

    Ces trésors étaient là comme placés sous la sauve-garde de la divinité, dans un asile inviolable.

    L'avarice romaine ne les respecta pourtant pas ; le consul Q. Servilius Cépion, ayant été envoyé en Gaule contre les Cimbres, réussit à s'emparer, par intelligence, de la ville de Toulouse, qui faisait cause commune avec eux, et la mit an pillage. Il fut enlevé du fameux lac, ou peut-être de plusieurs, un poids immense d'or que l'on fait monter au moins à 45 millions de notre monnaie.

    Le paganisme des Gaulois, leur éloignement pour les temples et les images de la divinité fabriquées de main d'homme, s'altérèrent bientôt et disparurent entièrement par l'effet de leurs rapports avec les peuples du Latium. « La religion des Romains, dit un historien distingue, triompha dans les Gaules avec la même rapidité que leurs armes. Les dieux des vaincus furent sacrifiés à la politique ou subjugués par la force. Soit pour plaire ou pour obéir aux vainqueurs, les Tectosages adoptèrent leurs divinités et leur élevèrent des temples. Esus ne reçut plus de culte que sous le nom de Jupiter ; Teutatès fut adoré sous celui de Mercure, Tarants sous celui de Mars ; Belenus sous celui d'Apollon.

    Toulouse se signala par son zèle pour cette nouvelle religion ; et, suivant plusieurs historiens, Jupiter, Apollon et Mercure y furent adorés dans des temples dignes de cette capitale. De tous ces superbes édifices, il n'en reste qu'un, qui a été converti depuis 1500 ans en une église connue sous le nom de Sancta Maria Fabricata ou de la Daurade.

    Ce temple, de forme octogone, avec un portique dont des débris de colonne de trois pieds et demi de diamètre ont été retrouvés depuis dans la Garonne qui coulait presque à son pied, était un objet d'admiration pour les anciens Gaulois. A quelle divinité fut-il consacré ? On n'a sur ce point que des conjectures; les uns prétendent que ce fut à Jupiter ou à Pallas, les autres le nomment le temple d'Apollon,qui, disent-ils, était déjà honoré dans le lac dont cet édifice prit la place. On prétend qu'il fut converti en église et consacré sous l'invocation de la bien heureuse Marie par Exupère, évéque de Toulouse, sous le règne de l'empereur Honorius, qui, en 399, avait ordonné de purger de leurs idoles les temples païens et de les faire servir au culte du vrai Dieu.

    Quelques années après qu'il eut subi cet heureux changement, Placidie, sœur d'Honorius et femme d'Atolfe, roi des Visigoths, fit couronner l'édifice d'une voûte, et couvrir les murs d'une mosaïque qui offrait, revêtues d'or, les images de la Mère de Dieu et des Apôtres ; c'est de là que l'église a tiré le nom de Notre-Dame de la Daurade.

    La partie qui forme aujourd'hui le sanctuaire était originairement ce temple consacré à de profanes divinités.

    Les édifices que le paganisme élevait à ses faux dieux étaient, pour l'ordinaire, circonscrits dans d'étroites dimensions, comme l'attestent les divers monuments qui nous en restent en divers lieux, surtout à Rome.

    Sans doute que la foule des païens n'encombrait guère leur enceinte pour y offrir en vain ses hommages et ses prières.

    Le temple de Toulouse ayant été consacré au vrai Dieu sous l'invocation de la Reine du Ciel, il fallut donc songer à l'agrandir ; c'est ce qu'on fit en y ajoutant une vaste nef.

    Un auteur qui a écrit sur l'antiquité de Notre-Dame de la Daurade, en attribue la construction à Ragnacilde, épouse d'Euric, roi des Visigoths, qui vivait vers la fin du cinquième siècle, et veut que cette reine y ait été enterrée.

    Dès les premiers temps de la monarchie française, l'église de Notre-Dame de la Daurade était célèbre, et le plus ancien de nos historiens, Grégoire de Tours, en parle comme d'un asile inviolable.

    Dans le cours de l'année 384, Rigonthe, fille de Chilpéric et de Frédégonde, allant en Espagne épouser Récarède, fils de Leuvigilde , roi des Visigoths, tomba entre les mains de Didier, duc de Toulouse, qui lui enleva ses trésors et la fit garder à vue, tandis qu'il courait lui-même à Avignon pour se concerter avec un ambitieux qui se portait pour fils de Clotaire I, roi de Soissons, mort en 561.

    La princesse ayant trouvé moyen de se dérober à la vigilance de ses gardes, alla se réfugier dans l'église de Notre-Dame de la Daurade et députa un de ses domestiques à la reine sa mère pour l'instruire de son infortune.

    Le même historien ajoute que Rigonthe trouva dans cet asile la femme de Ragnovaldus, un des plus grands seigneurs du royaume, qui avait passé de l'église de Saint-Sernin ou Saint Saturnin dans celle de la Daurade, pour être plus en sûreté.

    D'où l'on peut conclure que la vénération qu'on portait alors à cette église, était si grande, que des hommes dont l'audace connaissait à peine des bornes, se faisaient une religion d'en conserver les droits et les immunités.

    Rigonthe, en effet, ne souffrit d'autre dommage que la perte de ses trésors, et quelque temps après elle fut assez heureuse pour rejoindre sa mère.

    Cette église porta encore dans la suite le nom de Sancta Maria fabricata, sans doute à cause du vaisseau qu'on y avait ajouté en ouvrant l'octogone qui formait l'ancien temple, et en y accolant la nouvelle construction.

    En 843, il se trouvait auprès un monastère qui avait le titre de prieuré et de chapitre, sans que l'histoire nous fasse connaître plus en détail quels étaient les religieux à qui le soin en avait été confié.

    Nous voyons seulement Samuel, évêque de Toulouse, obtenir de Charles-le-Chauve, une charte qui confirme à son église, de même qu'aux monastères de Sainte-Marie ou de la Daurade et de Saint Saturnin la possession de leurs biens.

    Dans le siècle suivant, l'an 961, RaimondI, comte de Rouergue et marquis de Gothie, légua nombre de domaines à diverses églises, parmi lesquelles figure Notre-Dame de la Daurade, désignée sous le nom de S. Maria fabricata.

    L'an 1154, Louis-le-Jeune, se trouvant à Toulouse, confirma les privilèges accordés à la cathédrale, à Saint-Sernin et à la Daurade par Charles le Chauve.

    Dans le onzième siècle, nous voyons un prince, Guillaume IV, comte de Toulouse, animé d'un saint zèle pour la religion qu'il s'efforce de faire fleurir dans ses états, et montrant en toute rencontre une affection spéciale pour l'église de la Daurade.

    Il seconda les efforts d'Izan, évêque de Toulouse, qui aspirait à la réforme des églises de son diocèse, et le premier objet de leur commune sollicitude fut l'antique sanctuaire consacré à Marie.

    Les désordres produits par la simonie l'avaient réduit à un état si déplorable qu'à peine y faisait-on le service divin.

    Izan, affligé de Frétat de décadence où était tombée cette église, et voulant lui rendre son premier lustre, l'unit en 10T7 à l'ordre de Cluni, la faisant dépendre d'Hugues, abbé de ce célèbre monastère. Il fut réglé que la Daurade serait toujours desservie par des moines.

    Depuis cette époque, en effet, jusqu'au dix-huitième siècle, le monastère chargé du soin de la Daurade, fut soumis à la Congrégation de Cluni, sous la dépendance de l'abbaye de Moissac.

    Au dix-huitième siècle, il fut uni à la Congrégation de Saint-Maur, autre famille de Bénédictins qui l'a possédé jusqu'aux derniers moments de son existence.

    Jusqu'aux temps de Guillaume IV, la sépulture des comtes de Toulouse avait été à Saint-Sernin.

    En 1093 ce prince, par un effet de la prédilection qu'il avait pour Notre-Dame de la Daurade, sollicita du Souverain Pontife, Urbain II, la permission de faire construire pour lui et pour sa postérité un cimetière près de cette église.

    Urbain, se rendant à ses pieux désirs, lui accorda cette permission, et donna ordre à l'évêque de Toulouse de bénir le nouveau cimetière.

    Il fit plus, il accorda une indulgence plénière, non-seulement au comte, mais encore à ceux qui, comme lui, choisiraient pour lieu de leur dernier repos cet asile placé d'une manière spéciale sous la protection de Marie.

    Dans les temps qui suivirent, la Vierge sainte continua de recevoir dans cet antique sanctuaire des témoignages de plus en plus éclatants de vénération et d'amour.

    Voici comment s'exprime à ce sujet un auteur que de sérieuses et constantes recherches sur les Images et les églises consacrées à la Mère de Dieu ont mis à même de découvrir et de publier de précieuses notices.

    Après avoir dit que les hommes instruits font remonter la construction de la Daurade aux temps de la domination des Goths à Toulouse, ce qui ne peut s'entendre que de l'agrandissement de ce monument antique, puisqu'il reconnaît lui-même ailleurs que cette église avait été d'abord un temple païen ; il ajoute ces paroles : « Il est certain que ce lieu est célèbre depuis plusieurs siècles par le grand nombre de fidèles qui y accourent de tout côté. On y voit une statue faite de bois noir, représentant la divine Mère avec l'Enfant Jésus appuyé sur son sein ; cette Image est illustre par un grand nombre de miracles.

    Son origine est, je pense, inconnue ; les PP. Bénédictins qui desservent l'église n'ayant rien dans leurs archives qui puisse jeter de la lumière sur ce point.

    Ce qui est constant, c'est que toutes les fois que la sécheresse ou des pluies excessives affligent la contrée, les Toulousains ont coutume de recourir à Notre-Dame de la Daurade, et de chercher le remède à la disette qui les menace, aux pieds de sa statue ; et ils prétendent que jamais leurs vœux ne sont frustrés.

    En pareil cas, selon un usage antique, les huit capitouls ou magistrats annuels, demandent au nom de toute la cité à ceux qui sont chargés du soin de la Daurade, de tirer l'Image sainte de sa niche et de l'exposer, sur un trône élevé, à la vénération publique.

    On ne l'a pas plus tôt fait que les fidèles accourent de tous les quartiers pour réclamer la pluie ou le beau temps, selon le besoin.

    Dans le même but, on porte aussi en procession et avec beaucoup de solennité cette Image dans l'intérieur de la ville.

    Cet auteur n'est pas le seul qui rende témoignage du culte particulier que recevait autrefois la Vierge sainte dans cet antique sanctuaire.

    Les savants Bénédictins, auteurs de la Gaule chrétienne, et les topographies de la France, contiennent de semblables documents : nous y lisons que les habitants de Toulouse avaient une grande confiance à la Vierge de Notre-Dame de la Daurade ; qu'on ne l'invoquait pas seulement dans les temps de sécheresse ou de pluie excessive, mais dans les grandes calamités, dans les fléaux publics ; que là où se déclarait le mal, on portait la Statue en procession et avec la plus grande solennité ; que cette confiance obtenait à-peu-près toujours un effet visible, et que la chose était de notoriété publique.

    Selon les Bénédictins, il y avait à Notre-Dame de la Daurade une confrérie érigée en l'honneur de l'Immaculée Conception, dont Bernard de Boserge, archevêque de Toulouse, approuva les règlements en 1452 : ses successeurs, Hector de Bourbon et Gabriel de Grammont, y apposèrent également leur sanction.

    Ces règlements ayant été publiés en 1533, on remarqua avec édification que des personnages du plus haut rang , tels que des présidents, des conseillers du parlement avaient inscrit leurs noms parmi les confrères.

    Cette sainte Association avait été louée, encouragée par les souverains pontifes et enrichie d'indulgences et autres faveurs spirituelles.

    L'ancien temple, avec sa physionomie gauloise et les ornements ajoutés par les Visigoths, a subsisté jusqu'à la fin du dix-huitième siècle.

    Un savant Bénédictin, qui écrivait en 1727, nous donne de ce superbe monument une description détaillée, qui n'est propre aujourd'hui qu'à exciter des regrets, quand on la rapproche de l'édifice tel que l'ont fait l'art et le prétendu progrès.

    L'ancien temple, comme nous l'avons dit, servait de sanctuaire, et formait avec ce qui avait été abattu pour faire la nef de l'église, un décagone complet. Tout autour de l'hémicycle réservé, régnaient l'un sur l'autre trois rangs de niches ménagées dans le mur, et qui paraissent avoir été remplies par les statues des députés gaulois qui représentaient la nation des Tectosages.

    Tout le massif du mur était incrusté d'une mosaïque admirable, principalement les niches dans chacune desquelles les chrétiens avaient placé un Saint de l'ancien ou du nouveau Testament.

    Cette mosaïque était l'ouvrage des Visigoths qui avaient fait de Toulouse leur capitale.

    Dans leur jalousie, pour tout ce qui avait l'air romain, ils avaient voulu par cet ornement étranger effacer la première beauté du temple.

    La cavité de chaque niche était de sept pieds trois pouces de hauteur et d'un pied deux pouces de profondeur sur une largeur proportionnée.

    Elles étaient séparées les unes des autres par des colonnes de marbre, saillantes, isolées et cannelées, d'ordre ionique avec des chapitaux partie composites, partie corinthiens et quelques-uns ioniques.

    Ce beau décagone était couvert d'une coupe qu'on fut obligé de mettre bas en 1703, parce qu'on s'aperçut que son poids énorme faisait surplomber le mur de tous côtés. On fut alors fort surpris de trouver au centre une ouverture par où pénétrait autrefois le jour, comme au Panthéon de Rome, et qui avait été, on ne sait à quelle époque, bouchée par les deux extrémités.

     

    Nous ne donnerons pas une description plus détaillée de ce beau monument.

    L'auteur de la Religion des Gaulois l'a tracée fort au long et l'a comme mise sous les yeux à l'aide d'une gravure fort exacte et fort curieuse.

    Il suffit de dire que ce temple ou plutôt la plus grande partie de l'hémicycle qui formait le sanctuaire de la Daurade, était encore tel que nous venons de le dire, en 1759.

    Seulement, les cinq autels qu'on avait élevés dans l'intérieur et quelques grands tableaux qu'on avait scellés dans le mur, avaient en partie dégradé et en partie caché le dernier rang des niches. Alors la dégradation fut complète. Sous prétexte d'élever un superbe dôme, sous lequel on doit placer un autel à la romaine, comme s'exprime un auteur du temps ; on fit disparaître la mosaïque qu'avaient respectée les siècles et les hommes si décriés du moyen-âge.

     

    La révolution de 93 mit le comble à la désolation.

    L'Image miraculeuse de la Vierge, objet de la vénération des Toulousains depuis un temps immémorial, et instrument de tant de faveurs, fut arrachée à son sanctuaire et jetée dans les flammes : le culte du Fils de Dieu et les hommages que la foi et la (reconnaissance rendaient à sa sainte Mère furent interrompus, et tant que la tourmente révolutionnaire pesa sur nos contrées, les âmes affligées de cette grande cité durent concentrer en elles-mêmes leur amertume, sans pouvoir, comme autrefois, l'alléger en la répandant aux pieds de Notre-Dame de la Daurade.

    L'orage passé et l'astre de l'antique foi ramenant des jours de calme et de prospérité sur la France, la Daurade fut rendue au culte et devint une des paroisses principales de Toulouse.

    C'est un vaisseau magnifique, qui étonne par sa hauteur et la hardiesse de la voûte.

    Il est dans le goût grec, en forme de croix.

    Le sanctuaire, ou partie supérieure de la croix, fait en hémicycle, est grand, régulier et remplace le décagone gaulois.

    Tout autour règnent sept grands tableaux, qui retracent la vie et les principaux mystères de la Vierge sainte.

    Au fond du bras droit, se trouvait, avant les jours de désastreuse mémoire, l'antique Statue.

    En consultant les traditions et les souvenirs que la piété avait gravés dans les cœurs, on a fait une nouvelle Image de la Mère de Dieu, noire comme la première et tenant comme elle le Sauveur sur son sein, et on l'a placée au-dessus de l'autel, dans la niche qu'occupait l'ancienne.

    La dévotion s'est ranimée ; mais il faut avouer qu'elle était loin de rappeler et d'égaler ce que l'histoire rapporte du pieux concours des Toulousains en des temps meilleurs.

    Le zélé pasteur auquel le soin de cette église a été confié, ayant eu l'heureuse idée d'établir dans la chapelle de la Vierge l'archiconfrérie du saint et immaculé Cœur de Marie, la dévotion envers la Mère de Dieu a pris tout-à-coup un essor extraordinaire.

    Dès le premier appel fait à la piété des fidèles, il s'en est trouvé une multitude qui se sont empressés d'écrire leurs noms sur les pages du livre fortuné, avec la pensée que s'enrôler parmi ceux qui font profession d'une dévotion spéciale à Marie, c'était en quelque sorte écrire son nom sur le livre de vie.

    La Daurade était autrefois riche en reliques et elle possédait, entre autres trésors de ce genre, une partie du titre de la vraie Croix. La première statue recélait grand nombre d'ossements sacrés, qu'on y avait déposés, selon la dévotion du temps.

    La chose était connue, et, aux jours de la révolution, un fervent, chrétien prévoyant l'invasion des spoliateurs des temples, enleva ces reliques et les cacha soigneusement.

    L'orage passé, elles ont été rendues à M. l'abbé Marceille, curé de la Daurade, pasteur plein de zèle, mort en 1825, et honoré des regrets de toute la ville.

    Comme les sceaux avaient été brisés, il n'osa les exposer à la vénération des fidèles, et il se contenta de les placer dans la statue.

    Cependant le nouveau pasteur à la sollicitude, duquel cette importante église est confiée, ne doute point qu'on ne puisse, en les rapprochant de ce que disent les savants auteurs de la Gaule chrétienne touchant les reliques apportées de Rome, en 1241, par Pierre d'Albs, prieur de la Daurade, en constater pleinement l'authenticité et obtenir que l'autorité y appose de nouveau ses sceaux.

    Nous ne raconterons pas en détail des traits merveilleux de la protection de Marie, invoquée sous le nom de Notre-Dame de la Daurade : les mémoires ayant péri dans la révolution, il n'en est resté qu'un souvenir confus.

    On voit encore dans l'église, au-dessus de la chaire, un ancien tableau qui représente un incendie arrêté par Notre-Dame de la Daurade : c'est en vain que : nous avons demandé des explications sur ce pieux monument.

    Mais nous citerons, comme en dédommagement, un prodige éclatant, arrivé dans la Dalbade, église pareillement consacrée à la Mère de Dieu, qui dépendait autrefois, de la Daurade, et qui aujourd'hui est une des principales paroisses de Toulouse.

    Le fait est rapporté par plusieurs auteurs. Le voici tel que nous le lisons dans l'antique et naïve traduction de l'histoire des Albigeois et des gestes de Simon de Montfort :

    Il nous a semblé bon de rédiger par écrit un certain miracle qui advint à Tolose du temps que Minerbe (ville et château du diocèse de Narbonne) fut susplantée (prise en 1210).

    Il y a en ladite cité et près du palais du comte Tolosain, une certaine église fondée à l'honneur de Dieu et révérence de la benoiste Vierge Marie, de laquelle la muraille avait été nouvellement blanchie.

    Un jour, sur le vespre, on commença à voir contre lesdites murailles, et par tous les environs du dedans de ladite église, des croix comme argentées, et surpassantes en blancheur ladite muraille ; et étaient en perpétuel mouvement, de manière que plusieurs les voyaient, sans pourtant les pouvoir montrer à autrui et étaient plutôt évanouies, qu'aucun eût levé le doigt pour les montrer, attendu qu'en forme d'éclair elles apparaissaient tantôt grandes, tantôt moyennes, et tantôt infinies. Et dura icelle vision environ quinze jours, apparaissant tous les jours sur le vespre, en sorte que tout le peuple de la cité de Tolose le voit. Et afin qu'on ajoute foi à mon rapport, faut que le lecteur sache, que Fulco évêque Tolosain, et Raimond évêque de Vizance, et l'abbé de Cisteaux, légats du saint siège apostolique, ensemble maître Théodose, car tous étaient pour lors à Tolose, l'ont vu et me l'ont raconté par ordre en la manière susdite.

    Advint par la prudence de Dieu qu'un certain prêtre de ladite église, n'ayant moyen de voir lesdites croix, entra de nuit en icelle, et se mettant en oraison, pria Dieu qu'il lui daignat montrer ce que presque tous les autres avoient vu ; et soudain il vit innombrables croix non aux murailles, mais éparses en l'air. Entre lesquelles y en avait une grande et plus éminente que les autres, laquelle sortant de l'église, fut suivie de toutes les autres ; et commencèrent à droit fil de s'acheminer vers la porte de la cité. Mais le prêtre grandement étonné les suivait, et étant à l'issue de la cité, lui fut avis qu'il voyait un certain homme vénérable et beau de regard, tendant vers la cité, tenant un couteau desdaigné, à qui les croix présentaient secours ; et lui sembla d'abondant, qu'un grand homme sortait de la cité, que le premier tua à la même issue. Le susdit prêtre donc évanoui presque pour la crainte, accourut au seigneur d'Usez évêque, et se prosternant à ses pieds, lui récita par ordre tout ce discours. »

    Que présageait un tel prodige ? Il nous semble que la chose n'est pas douteuse et que la suite des évènements l'explique assez naturellement. Peut-on s'empêcher d'y reconnaître un signe de l'éclatante protection que le Seigneur, fléchi par les prières de sa sainte Mère, accordait aux armes des croisés contre les nouveaux Manichéens, qui n'étaient pas moins les ennemis de la société que de l'Eglise. Ne voit-on pas dans ces croix l'emblème de ces braves soldats chrétiens qui, trois ans après, remportèrent, sous les remparts de Muret, une des plus signalées victoires qu'on lise dans les fastes de l'art militaire ? Quel est ce grand homme qui sortait de la cité et qui devait sitôt être frappe par le ministre des vengeances célestes, sinon Pierre d'Aragon qui était venu joindre à Toulouse les défenseurs des Albigeois et qui périt dans cette mémorable journée de la main même de Simon de Montfort, ou, selon d'autres, de celle d'Alain de Rouci et de Florent de Ville.

     

    Source : Livre "Histoire des principaux sanctuaires de la mère de Dieu, Volume 2" par Firmin Pouget

    En savoir plus :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Basilique_de_la_Daurade

     

     

     

     

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