• Notre-dame de Hal

     

     

     

    Notre-Dame de Hal

     

     

     

    La statue de la Vierge

    La statue miraculeuse de Notre-Dame de Hal serait un don de Sainte Élisabeth de Hongrie (XIIe siècle).

    Elle arrive dans l’église de Hal en 1267.

    Haute de 95 et large de 25 centimètres elle est en bois.

    La Vierge est présentée comme Virgo lactans, c'est-à-dire comme mère allaitant son enfant. Le lien intime entre la mère et l’enfant est souligné, même si l’un et l’autre portent une couronne royale. La Vierge est assise sur un petit banc. Des traces de peinture dorée très ancienne sont encore visibles. Elle est vêtue d’un long et large manteau bleu descendant des épaules qui est en partie couvert d'un voile blanc qui lui tombe de dessous la couronne.

    Source :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Basilique_Saint-Martin_de_Hal

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Hal_%28Belgique%29

     

    L'IMAGE DE NOTRE-DAME,

    DE L'ÉGLISE ET DE LA VILLE DE HAL.

     

     

    PREMIÈRE PARTIE.

    CHAPITRE PREMIER.

    Juste Lipse, premier auteur de cette histoire.

    Juste-Lipse, ce fidèle historien des sérénissimes Archiducs Albert et Isabelle, déclare dans ses écrits, que dès sa jeunesse il s'est dédié au culte et à l'amour de la Sainte Vierge, et que l'ayant choisie pour sa patronne et sa sauvegarde dans tous les périls auxquels la vie humaine est exposée, elle l'en avait toujours efficacement préservé. Dans ses études, il avait coutume de la réclamer, lorsqu'il était question de faire ou de dire quelque chose en public ; ce qu'il faisait aussi avec succès. Enfin, s'étant fait enrôler dans une des congrégations de cette Sainte Vierge, et animé d'un zèle tout particulier envers une si bonne Mère, il vint à Hal, pèlerinage déjà célèbre dans toute la chrétienté à cause des miracles qui s'y font à l'invocation de la Sainte Vierge. Là, s'étant mis en prières dans l'Église de sa sainte Protectrice, il se trouva saisi d'une joie mêlée de respect, qui lui fit connaître qu'une vertu divine résidait dans ce lieu, et que Dieu en avait fait le choix pour y faire honorer sa Sainte Mère. Il se mit ensuite à examiner avec une pieuse curiosité tous les tableaux qui représentaient le nombre prodigieux de ses miracles, et les riches présents que plusieurs souverains et autres personnes de qualité avaient faits à la Sainte Vierge. Mais ce qui l'étonna le plus, ce fut d'apprendre qu'il n'y avait encore aucun historien qui eût eu la dévotion d'écrire l'histoire de cette Image miraculeuse, ni de faire connaître au public tous ces beaux monuments de piété, qui font l'ornement de la sainte Chapelle. Cette réflexion qu'il fit sur l'ingratitude des siècles passés, l'engagea à faire toutes les recherches nécessaires pour en écrire la présente histoire, ainsi que les miracles qui avaient été faits jusqu'à ce temps la. C'est ce récit, traduit du latin en français, qu'on a reproduit ici en abrégé.

    CHAPITRE II.

    Origine de l'Image miraculeuse de Notre-dame De HAL.

    André II, fils de Bela III, succéda à la couronne de Hongrie l'an 1201, et il épousa Gertrude, fille du duc de Méranie, de Carinthie et d'Istrie, dont la sœur nommée Hedwige, mariée à Henri-le-Barbu, prince de Silésie et de Pologne, mérita d'être mise au nombre des Saints.

    Cet André eut de son épouse Gertrude quatre enfants, Bela, .Coloman, André et Elisabeth.

    André ne pouvant succéder à son père, à cause du rang de sa naissance, alla chercher fortune en Italie, et s'établit à Venise, où il avait épousé une femme très-riche, et laissa en mourant un fils nommé Marc.

    Celui-ci désirant acquérir de l'honneur, passa en France, y fit un mariage digne de son extraction royale, jet fonda l'illustre maison de Croy, signalée par les services qu'elle a rendu à ses souverains.

    Sainte Elisabeth, tante de Marc, et fille d'André II, roi de Hongrie, étant âgée seulement de trois ans fut promise à Louis, fils d'Herman, landgrave de Thuringe et de Hesse ; l'un des plus puissants princes d'Allemagne. A l'âge de quatre ans elle fut menée en Thuringe pour être élevée par les parents de son futur époux.

    Là, elle se fit admirer de tout le monde par sa piété exemplaire dans les trois états, de virginité, de mariage et de viduité ; et c'est de là que les peintres la représentent avec une triple couronne, qu'elle a méritée par ses éminentes vertus.

    Elle avait une très-grande dévotion envers Saint François d'Assise, dont elle embrassa le tiers-ordre, et surtout envers la bienheureuse Vierge Marie ; ce qu'elle fit paraître particulièrement par l'estime et le respect qu'elle avait pour ses images, par une patience admirable et par un parfait et tendre amour de Notre Seigneur Jésus-Christ.

    Elisabeth fut mariée à 1 âge de quatorze ans, elle devint mère d'un fils, après lequel Dieu lui donna une fille nommée Sophie, et plus tard encore une autre Sophie.

    Celle-ci, que quelques-uns appellent aussi Gertrude, touchée des rares exemples et des pieux avis de sa mère, ennuyée des choses de la terre, et ne respirant que pour le ciel, se mit au nombre des vierges dans le monastère de Kitzingen, en Franconie, ou, selon d'autres, elle se consacra au Seigneur à Adelberg.

    Louis, mari d'Elisabeth, animé du zèle de la religion, accompagna l'empereur Frédéric à la guerre sainte l'an 1227, et mourut en chemin, à Otrante, dans la Pouille, où se faisaient les préparatifs.

    Sa fille aînée vint en Brabant, et y fut mariée à Henri II, duc de Brabant, qui avait une sœur nommée Mechtilde, alliée en secondes noces à Florent IV, comte de Hollande et de Zélande.

    Or, Sophie, héritière de la dévotion de sa mère, ayant reçu d'elle quelques statues de la bienheureuse Vierge Marie, en donna une au monastère des religieuses de Vilvorde, et trois autres à Mechtilde, sœur du duc Henri.

    Celle-ci en désigna une pour Gravesande, ancienne ville de Hollande, voisine du couvent de Loosduinen, qu'elle avait bâti, et où elle avait vécu depuis la mort de son mari, dans les exercices d'une chaste et sainte viduité. L'autre fut pour les Carmes de Harlem ; et la troisième est le précieux legs, dont jouit la ville de Hal, où elle fut portée et donnée conformément aux dernières volontés de la pieuse princesse, qui avait voulu en gratifier sa fille Alixe, épouse de Jean d'Avesne, comte de Hainaut. Ceci arriva l'an 1267.

    Il y a au côté gauche de l'autel de Notre-Dame une statue qui représente un fait mémorable de Ste Hedwige, morte en 1243. Savoir : l'histoire rapporte qu'en levant ses Reliques pour les mettre dans un lieu plus honorable, on trouva toute la chair de son corps consumée, les nerfs dissous et les os détachés. Mais, chose merveilleuse ! trois doigts de sa main gauche étaient entiers, tenant une petite image de la Sainte Vierge, qu'elle avait coutume de porter ; et parce que en mourant elle l'avait retenue avec beaucoup de force, on l'avait ensevelie avec elle. C'est pour ce sujet qu'on la peint toujours portant une image entre ses doigts. Les peintres lui donnent aussi dans l'autre main un livre avec une chandelle allumée, en mémoire de ce qu'une nuit, s'étant endormie en lisant, la chandelle tombée sur le livre se consuma toute entière sans endommager le livre ni la main.

    CHAPITRE III.

    Ville de Hal. Église de Notre-Dame.

    La ville de Hal étant renommée dans toute la chrétienté, à cause de cette sainte Image, dont nous venons de montrer l'origine, nous en donnerons ici une petite description.

    Cette ville qui sépare le Hainaut du Brabant, à trois lieues de Bruxelles, est petite et peu considérable.

    La sainteté du lieu suffit pour sa défense et pour son ornement.

    Elle est située dans une plaine fertile, environnée de belles prairies et de riantes campagnes arrosées de la Senne, qui traversant la ville, et grossie des ruisseaux qui la joignent en passant, coule doucement vers Bruxelles.

    Hal tire son nom de sa sûreté et de sa conservation. En effet, comme on appelle Halles (d'où Halle ou Hal) les places où l'on dépose les vivres à vendre et où les hommes ont coutume de se retirer à l'abri des injures de l'air et de se mettre en sûreté ; de même ce nom appartient à bon droit à notre Hal, à cause de la protection de Marie.

    Cette protection est si extraordinaire envers ce lieu, que les habitants y ont toujours été en assurance, et à couvert de toutes les insultes de leurs ennemis.

    Dans les temps mêmes où le pays a été ravagé par des guerres intestines et étrangères, Hal n'y fut pas comprise ; mais elle est demeurée comme un rocher inébranlable au milieu d'une mer orageuse.

    On ne sait pas quand cette ville fut bâtie, elle paraît néanmoins fort ancienne par l'antiquité du château, qui était autrefois la demeure des seigneurs du lieu, ou le prétoire.

    On dit que Philippe le Hardi, qui a joint la Flandre au Brabant, y a souvent résidé, et même qu'il a fini sa vie dans cette ville l'an 1404.

    L'église principale de la ville est un superbe édifice gothique, dont l'aile gauche a une chapelle avec un magnifique autel, sur lequel repose l'Image miraculeuse de la Sainte Vierge. La chapelle est richement ornée de dons et de tableaux, offerts en mémoire de quelques miracles et de faveurs extraordinaires.

    C'est là que depuis le commencement jusqu'à présent, il s'est fait un grand concours de pèlerins, qui s'y rendent même des pays éloignés, à cause des continuelles merveilles qui s'y font pour la consolation des bons et la conversion des pécheurs, à la gloire de la très-sainte Mère de Dieu.

    CHAPITRE IV.

    Miraculeuse défense et protection de la ville de Hal, par la Mère de Dieu.

    Venons donc aux Miracles que nous avons diligemment et fidèlement transcrits des archives et des registres, attestant que nous y avons plutôt omis qu'ajouté quelque chose.

    Il y a plusieurs de ces faits auxquels la simplicité ou la négligence des siècles passés n'a pas joint les qualités des personnes, ni la date, surtout avant l'an 1400. Nous avons juste raison de nous plaindre de cet oubli, de même que S. Augustin se plaint de ce qu'en son temps où fleurissaient toutes les sciences, on a laissé périr la mémoire de plusieurs merveilles arrivées aux tombeaux des Martyrs, et qu'on ignorait dans les villes mêmes où ces faits avaient eu lieu. C'est ce qui est arrivé à Hal : mais excusons la simple dévotion de nos ancêtres qui se contentaient pour lors du fruit présent qui les concernait, sans prévoir l'incrédulité systématique des siècles à venir.

    La première chose admirable que je remarque en cette Statue (qui n'a pas trois pieds de haut) - c'est qu'étant en bois, et n'étant enduite d'aucune matière qui puisse la préserver des accidents, elle soit demeurée entière tant de siècles, sans pourriture, et sans avoir été endommagée par les incendies que la ville a souffertes plusieurs fois.

    La Reine du Ciel qui défendait des flammes cette Statue, ainsi que l'église où elle se plait à être honorée.

    Ce qu'il y a de plus étonnant encore, c'est qu'elle l'a conservée et défendue contre les ennemis qui l'attaquaient à force ouverte.

    En effet, les annales font foi, que la ville de Hal, qui n'est forte ni par sa position ni par l'art, malgré plusieurs attaques qu'elle a souffertes des ennemis, soit par stratagème, soit par la force des machines, est toujours demeurée invincible sous la protection de sa glorieuse Patrone.

    Du temps de la guerre civile entre les Belges et Maximilien Ier d'Autriche, qui en qualité de tuteur de son fils Philippe, gouvernait les Pays-Bas, les Flamands avec les habitants de Bruxelles, épousèrent le parti de Philippe de Clèves ; ceux du Hainaut et la plupart du reste des provinces, s'attachèrent aux intérêts de l'ancien souverain. Philippe, homme de cœur et de main, se trouvait alors à Bruxelles.

    Jugeant que la prise de Hal pouvait beaucoup servir à ses desseins, il l'attaqua deux fois pendant la même année. La première fois, par des intelligences secrètes ménagées dans la ville. Il avait déjà amené un corps d'armée de six mille hommes pour la surprendre à l'improviste. Mais par une protection spéciale de la Sainte Vierge, qui veillait pour les siens, les soldats de garde prennent un bourgeois de Bruxelles, qui découvre tout l'ordre de la conspiration et de l'exécution, nommant les traîtres. Le duc de Clèves qui ne savait rien de ceci, arrive, croyant trouver les habitants endormis. Ceux-ci se préparent sans bruit, les laissent passer les fossés et escalader les remparts : puis tout-à coup, soldats, hommes et femmes se jettent sur les ennemis qui ne les attendaient point, et les chassent honteusement.

    La seconde fois, et la même année, cette Vierge puissante fit voir un trait encore plus signalé de sa protection. Ce même duc de Clèves croyant réussir mieux à force ou verte que par la fraude, s'approche de Hal avec une armée de dix mille hommes, partie à pied, partie à cheval, et si inopinément que vingt-six soldats de la garnison de la ville qui étaient allés au fourrage, furent tous pris par l'ennemi. Ce fut un sinistre présage, et la perte était d'autant plus grande qu'il ne restait qu'environ deux cent cinquante soldats dans la ville. Mais la Vierge, qui voulait qu'on attribuât tout le succès à sa protection, souffrit que les remparts fussent entamés à coups de canon, et qu'on y fit une brèche assez grande, pour y faire passer trois chariots de front, et de plus qu'on jetât dans la ville plusieurs bombes pour mettre le feu aux maisons. Déja quelques-unes avaient fait leur effet : partout le péril était imminent : partout on n'entendait que cris de détresse. La défense semblait désespérée, quand les citoyens, pleins de confiance dans le secours de Marie qu'ils avaient appelée de tout leur cœur à leur aide, et encouragé par les Prêtres et le Clergé, courent de l'église aux ennemis, et fondent sur eux avec impétuosité : le combat fut rude de part et d'autre; d'un côté le nombre l'emportait, de l'autre le courage ; enfin sur le soir les assiégeants furent chassés avec grande perte, avouant hautement que le Ciel avait combattu ouvertement contre eux. Cependant les femmes et les autres personnes incapables de porter les armes, s'employaient à éteindre le feu. Dix d'entre elles étant montées sur une maison, tombèrent avec tout l'édifice. Chacun les tenait pour morte, écrasées sous les ruines, mais elles se relevèrent toutes saines et sauves, et s'en retournèrent à pied chez elles au milieu d'un concert de louanges et de remerciements à la Sainte Vierge. Le lendemain, comme l'ennemi se préparait à recommencer l'assaut, voilà un messager qui arrive aux assiégés avec des lettres de Charles de Croy, prince de Chimay, qui les assurait qu'ils seraient secourus dans trois jours. Cette nouvelle causa une joie extrême. Aussitôt on entend partout des cris d'allégresse, le tambour bat, les cloches sonnent, et les ennemis, comme autrefois les Syriens qui assiégeaient Samarie (IV. Reg. 7.) croyant que le secours à venir était déjà arrivé, et comme si la Sainte Vierge les eût chassés, se retirent avec tant de crainte et de hâte, qu'ils laissent les blessés et les morts dans les fossés et sur le chemin, avec tous leurs appareils de siège. On garde encore aujourd'hui dans l'église plusieurs boulets de canon, les uns en fer, les autres en pierre, du poid de trente, quarante et soixante livres.

    CHAPITRE V.

    Autres événements qui confirment cette protection de la Sainte Vierge.

    L'an 1580, durant notre funeste guerre civile, Olivier van den Tempel, bon soldat et capitaine expérimenté, commandait à Bruxelles, qui suivait le parti contraire, par erreur plutôt que par obstination ; et menaçait toujours la ville de Hal, qu'il savait être restituée au roi avec tout le Hainaut et l'Artois.

    Il l'attaqua donc par deux fois avec d'autant plus de hardiesse, qu'il avait pour lui toutes les villes voisines et qu'il savait qu'à peine il y avait quarante soldats fraîchement levés qui gardaient la ville.

    Le premier jour il fut repoussé, et se retira feignant d'abandonner l'entreprise, mais dans un dessein tout différent. Le soir il rassemble ses gens, renforce ses troupes, et les ramène à l'improviste la nuit suivante. Pendant qu'ils s'approchent avec leurs échelles et les préparatifs nécessaires, s'encourageant l'un l'autre, et croyant déjà la ville gagnée, un certain Jean Zwyk, homme sans mœurs aussi bien que sans religion, osa se vanter que de ses propres mains il couperait le nez à cette femmelette de Hal : c'est ainsi qu'il nommait la Mère de Dieu. Mais au moment où l'armée monte à l'assaut, ce blasphémateur se sent puni de la peine du talion, une balle de mousquet lui emporte le nez. Et depuis lors ce méchant fut un objet de risée perpétuelle à ses camarades qui le renvoyaient à Hal rechercher son nez.

    Dans la même attaque un autre soldat nommé Jean Ryselmans, osa dire qu'il apporterait la statue à Bruxelles, et la brûlerait publiquement. Dieu vengeant cette insulte faite à sa Sainte Mère, permit qu'un coup de canon brisa la bouche de ce sacrilège en punition de ce blasphème.

    Olivier Van den Tempel fut forcé de lever le siège et, couvert de honte, de retourner à Bruxelles.

    En mémoire de cette délivrance on fit chaque année une procession solennelle, le 10 juillet, et la bénédiction du Très-Saint Sacrement se donna sur le rempart au même lieu où Van den Tempel avait donné l'assaut. On y représenta aussi la punition de Jean Zwyk. Aujourd'hui on célèbre une messe solennelle en l'honneur de la Sainte Vierge, et on chante ensuite le Te Deum.

    Les historiens remarquent que les armées ennemies qui dévastèrent souvent le Hainaut, furent arrêtées devant la ville de Hal. De là proverbe : Usque Hallas (jusque devant Hal, et pas au delà).

    SECONDE PARTIE

    MIRACLES ENVERS DES PARTICULIERS.

    CHAPITRE PREMIER.

    Un fauconnier délivré du gibet.

    On voit dans la chapelle de la Sainte Vierge une statue de bois, dont les registres de la ville contiennent toute l'histoire, sans néanmoins faire mention de l'année : quoique la statue et le style de l'histoire, donnent des preuves certaines de son antiquité.

    En voici le récit. La chasse aux oiseaux étant autrefois fort commune chez nos ancêtres, principalement parmi les personnes de condition, on y employait l'agilité des faucons, qui étaient alors en grande estime.

    Or il arriva par malheur, ou par négligence d'un fauconnier, que le faucon d'un gentilhomme, dont le nom n'est pas marqué, s'envola et ne revint plus.

    Par occasion le gentilhomme demanda à voir son oiseau. Le fauconnier d'abord surpris n'osait répondre, et après avoir hésité quelque temps, il fut obligé de dire la vérité ; que le faucon était perdu.

    Le maître aussitôt emporté par la colère, l'accabla d'injures et de reproches, le menaçant que s'il ne le trouvait en cinq semaines, il lui en coûterait la vie.

    Notez que les maîtres en ce temps-là étaient absolus en ce qui touche la justice, et souvent ils procédaient d'une manière plus barbare que chrétienne.

    Le malheureux chercha partout, en parcourant les bois, les campagnes, les lieux écartés, et employant plusieurs personnes à chercher avec lui, mais en vain. Il obtint encore un mois de délai, mais sans mieux réussir. On prononce donc la sentence qui le condamne à être pendu. Ensuite, on le mène au lieu de l'exécution : le bourreau lui bande les yeux et se dispose à faire son office. Le malheureux abandonné des hommes mais non de la Mère de miséricorde, protectrice de l'innocence, adresse ses prières à N.-D. de Hal, et met son sort entre ses mains avec grande confiance. La bonne. Vierge le reçut, et pour marque de la grâce qu'elle lui allait faire, elle permit qu'il entendit d'abord le bruit des sonnettes, qu'on avait coutume d'attacher aux pieds des oiseaux de proie pour les retrouver lorsqu'ils s'étaient égarés. Le courage lui revint : il demanda à son maître qu'on lui débandât un peu les yeux, pour les lever encore une fois avec ses soupirs vers le Ciel, dont il ressentait déjà les secours : aussitôt le faucon sans avoir peur de l'assemblée, vint fondre sur lui, et se mettre sur son épaule.

    Imaginez quelles furent la joie de cet homme demi-mort, et les félicitations des assistants ; quels hommages et quelles actions de grâces on rendit à sa glorieuse libératrice.

    Voilà l'histoire, quoiqu'un peu différente de la statue. Celle-ci représente le faucon sur l'épaule du patient déjà pendu, soit pour indiquer le supplice qu'il devait subir ou peut-être qu'il l'eût déjà subi. Quoiqu'il en soit, cela ne servirait qu'à augmenter le miracle.

     

    CHAPITRE II.

    Un habitant d'Enghien miraculeusement sauvé d'une soudaine inondation.

    L'an 1290, la ville d'Enghien, située au pied d'une montagne dans le Hainaut, fut la proie d'une horrible tempête.

    Parmi les éclairs et les tonnerres, il tombait une pluie si abondante qu'il semblait que la ville dût être abimée dans un déluge. Chacun songeait à se sauver, les uns dans le fond des maisons, épouvantés par la foudre ; les autres sur les toits pour fuir l'inondation.

    Un bourgeois nommé Pastin, se jeta dans sa cave qui était fort profonde, pensant s'y sauver avec ses provisions ; mais il n'y fut pas plutôt entré que les eaux l'y suivirent, et la remplirent tellement, qu'il était impossible d'en sortir.

    D'où attendre du secours quand toute la ville se trouve dans de pareilles alarmes ?

    Il reconnaît que sa délivrance ne peut venir que du Ciel : il réclame le secours des affligés, Notre-Dame de Hal, et le fait avec tant de confiance que d'abord il se sent intérieurement exaucé.

    Poussé à gagner à travers les eaux une porte attachée à la voûte, il s'y tint plus de deux heures. Cependant les eaux ne laissaient pas de s'accroître et de lui monter jusqu'à la bouche. De plus, la nuit qui survint lui ôta le peu de soulagement qu'il recevait du jour, sans néanmoins le priver du secours qu'il recevait de la Mère de toute consolation ; car comme il redoublait ses prières, elle éclaira le lieu par des rayons de sa lumière plus brillants que le soleil. Ainsi par son assistance il continua à se tenir à la porte, jusqu'à ce que la nuit étant passée, et les eaux écoulées, il en sortit heureusement. Peu de temps après, il vint à Hal, où il rendit grâces et offrit une image à celle qui l'avait conservé, amenant avec lui dix-sept témoins dignes de foi, qui ont attesté tout ce qui vient d'être raconté.

    CHAPITRE III.

    Un enfant noyé est ressuscité.

    Voici un autre prodige fort ancien et véritable, quoique sans spécification de temps, de lieu, ni de personnes.

    Un enfant étant sorti de la maison, fut cherché plus de deux heures, sans pouvoir être retrouvé.

    Enfin le père l'aperçut tombé dans une fondrière, la tète dans la fange et les pieds en l'air ; il le retira, remplissant le voisinage de ses cris et de ses tristes plaintes, et ne manqua pas d'examiner soigneusement s'il ne restait pas à son fils quelque reste de vie, mais il n'en trouva aucun. Une heure s'était déjà écoulée lorsqu'il se sentit porté par un sentiment intérieur vers Notre-Dame de Hal.

    Il alla lui présenter son enfant avec ses prières, et incontinent celui-ci fut rendu à la vie, et s'en retourna avec son père au logis, rendant gloire à Dieu qui a mis la mort et la vie entre les mains de sa Sainte Mère.

    CHAPITRE IV.

    Un possédé est délivré.

    Un certain nommé Regnier Wileghem, à Audenaerde en Flandre, fut possédé du démon le jour même de l'assomption de la glorieuse Vierge Marie.

    Cet hôte ennemi le mit dans un misérable état, et le rendit enragé, écumânt et se déchirant lui-même, et tous ceux qu'il rencontrait.

    Mais le jour où le démon était entré en lui, donna occasion à ses amis de songer à celle qui a brisé la tête du serpent infernal, et de l'invoquer dans son image de Hal, leur prière fut exaucée ; la Sainte Vierge donna témoignage de sa puissance en faisant sortir l'ennemi, et rendant l'affligé à lui-même et aux siens tel qu'il était avant ce malheur.

    CHAPITRE V.

    Un enfant aveugle et paralytique, miraculeusement guéri.

    Un enfant de la ville de Liège, nommé Nicolas, étant aveugle et perclus de tous ses membres, causait une grande affliction à tous ses parents et à leurs amis.

    On employa tous les remèdes possibles pour le soulager, mais sans succès.

    On n'attendait plus rien des remèdes humains, lorsqu'un jour les parents entendirent parler de plusieurs miracles que Dieu avait opérés par l'invocation de N. -D. de Hal, ils lui firent un vœu pour le rétablissement de l'enfant ; et aussitôt il fut guéri.

    Il ne manqua pas d'en témoigner sa reconnaissance par le voyage qu'il fit avec ses parents et par une statue en argent, offerte à la Sainte Vierge.

    CHAPITRE VI.

    Treize personnes sauvées du naufrage.

    L'an 1403, treize hommes, dont les noms sont dans les registres, s'embarquèrent en Hollande pour Anvers, mais à peine furent-ils en pleine mer, qu'une furieuse tempête s'éleva, et la nuit qui sur vint, augmenta encore le mal et la crainte. Il n'y avait plus du tout d'espoir ni d'apparence de salut. L'industrie humaine était inutile, le pilote l'avoua franchement, exhortant un chacun de penser à sa conscience, puisque c'en était fait d'eux tous. Cette nouvelle effrayante leur fit lever les mains au ciel criant miséricorde, et n'attendant plus que la mort.

    Un homme de l'équipage les avertit de s'adresser à l'étoile de la mer, la Sainte Vierge honorée à Hal.

    Il ne fallut pas beaucoup les y engager : on eut recours à elle avec grande confiance, et aussitôt l'on vit une belle lumière au-dessus du navire, et Marie qui tenait le gouvernail les conduisit heureusement à bon port.

    Aussi dès qu'ils eurent mis pied à terre, sans perdre de temps, ils vinrent à Hal rendre hommage à Notre-Dame, et accomplir leurs promesses.

    CHAPITRE VII.

    Une jeune personne guérie de la frénésie.

    L'an 1407, une demoiselle de l'illustre maison de Hangerelles, possédant tout ce que pouvait posséder une personne de sa condition, fut subitement privée de l'usage de la raison et saisie d'une grande rage : sa pieuse mère en fut extrêmement affligée.

    Elle éprouva de tous les remèdes, mais sans réussir.

    Alors mettant son espérance en celle que l'Église appelle avec raison la Consolatrice des affligés, elle vint à N.-D. de Hal, et elle n'eut pas sitôt commencé ses prières dans l'église, que sa fille, qui était absente, fut guérie au même instant.

    Qui pourrait exprimer la joie qu'elles ressentirent en se revoyant ?

    Allons, disait la mère, allons ma fille en personne témoigner notre reconnaissance à la Consolatrice des affligés, de laquelle vous tenez la santé, et moi, la vie.

    Le voyage fut fait, et elles offrirent une image de cire de cent et dix livres, qui représentait la fille, et égalait le poids de son corps.

    CHAPITRE VIII.

    Un enfant près d'être noyé dans la Meuse, est délivré.

    L'an 1408, à Huy, ville du pays de Liège, traversée par la Meuse, un garçon de 14 ans et quatre de ses compagnons montèrent sur une barquette, et avec une étourderie ordinaire à la jeunesse, ils s'engagèrent dans le courant de la rivière pour s'y divertir : mais bientôt il se souleva un orage furieux, et la barquette devint le jouet des flots au milieu du fleuve grossi par les pluies précédentes.

    Cependant assistés de leur bon ange, ils gagnèrent le bord de la rivière, et les quatre premiers mirent pied à terre ; mais comme ils avaient tâché de se sauver avec vitesse, ils firent reculer l'esquif, et notre petit garçon y demeura seul.

    D'abord il fut emporté par la force de l'eau et la furie des vents. Peu de temps après, la nacelle se renversa sur lui.

    A ce triste spectacle ses compagnons crièrent au secours, plusieurs y accoururent et entre autres la mère de l'enfant qui se noyait. Que faire ?

    Elle lève les yeux au ciel, elle invoque la Mère de miséricorde ; elle s'écrie : 0 Sainte Vierge, N. D. de Hal, assistez une pauvre mère qui s'en va périr avec son enfant, nous ne manquerons pas de reconnaissance, et nous irons à Hal vous en remercier.

    A peine achevait-elle ses paroles, que l'enfant fut poussé au travers des eaux jusqu'aux environs du pont, qu'il passa sans se heurter, et quoiqu'il ne sut nager, il flotta sur les ondes jusqu'à une demi-lieue de la ville, où la rivière ayant débordé, il fut jeté dans une prairie et rendu à sa mère éplorée. Sans doute il fut soutenu et conduit par le bras de celle qu'il avait invoquée, comme aussi il le vint reconnaître à Hal avec sa mère, pour accomplir ses promesses.

    CHAPITRE IX.

    Un enfant noyé dans un puits, rendu à la vie.

    L'an 1410, au faubourg de Bruxelles, vers la porte de Hal, une paysanne nommée Lilie s'en alla dans son jardin couper de l'herbe, suivie de son fils, âgé de six ans, et d'un autre du voisinage.

    Ces deux enfants se mirent à jouer ensemble, près d'un puits, dans lequel celui de Lilie tomba.

    L'autre se mit à crier au secours : Lilie accourut aussitôt, mais hélas ! son enfant avait disparu sous l'eau, elle jeta des cris lamentables qui attirèrent les gens du voisinage : quelqu'un apporta un crochet, au moyen duquel l'enfant fut retiré, mais sans vie, et pâle comme la mort.

    On le mit ainsi par terre près de sa mère toute inconsolable, au milieu de plusieurs autres femmes.

    L'une d'elles, sans perdre courage, les engagea à faire vœu d'aller à N.-D. de Hal.

    A peine ce vœu est-il fait que l'enfant respire, se lève et s'en retourne à la maison comme si rien ne fût arrivé. Trois jours après, il vint à Hal avec sa mère et ceux du voisinage, pour y rendre grâces du grand bienfait qu'ils avaient reçu.

    CHAPITRE X.

    Un enfant étranglé est ressuscité.

    L'an 1419, à Binche, ville du Hainaut, une femme nommée Catherine, obligée à gagner sa vie et celle de ses enfants du travail de ses mains, sortit de sa maison la veille de Pâques pour aller à sa besogne ordinaire, laissant dans le berceau son petit enfant nommé Christophe.

    Quelques heures après, une voisine entra et trouva l'enfant pendu hors de son berceau, attaché par la lisière ; elle en fut fort épouvantée, et s'en étant approchée, elle vit qu'il était mort, et déjà tout froid.

    Les cris qu'elle jeta attirèrent le voisinage, et entre autres la triste mère qui à la vue de son enfant tomba par terre à demi-morte.

    Quand elle fut un peu remise, on lui conseilla de le consacrer à N.-D. de Hal, ce qu'elle fit avec grande confiance, et incontinent après, au grand étonnement de tous les assistants, l'enfant s'agite et reçoit de la nourriture comme auparavant ; après avoir été mort plus de trois heures.

    Sa mère l'apporta à Hal pour s'acquitter de son obligation, accompagnée d'une noble dame et de plusieurs hommes dignes de foi.

    CHAPITRE XI.

     

    Une fille recouvre la vue.

    Voici un autre miracle fort semblable au précédent.

    L'an 1419 une fille du château de Ligne, nommée Jeanne Maillart, alla tirer de l'eau à un puits de la profondeur de 40 pieds entouré d'un anneau de pierres, et en ayant une fort grande au devant ; or s'étant appuyée dessus, la pierre tomba dans le puits avec elle.

    De plus, au fond du puits il y avait un rocher, contre lequel elle heurta tellement, qu'elle en eut la tête, la jambe et le bras grièvement blessés.

    Une demi-heure après on la retira du puits toute froissée, livide, noire, et morte.

    A la nouvelle de ce funeste accident, bon nombre de personnes étaient accourues, ainsi que la mère affligée de cette fille.

    De la part des hommes, il n'y avait nul soulagement à espérer.

    Cependant on espéra. On fait vœu d'un commun accord à son Image de Hal, on implore son assistance, et d'abord la fille reprend sa couleur, puis le mouvement, la vie et la guérison de ses blessures. Bonté admirable ! La mère avec sa fille en vint faire les éloges à Hal, et remercier la Mère de miséricorde.

    Délivrez de même, ô Marie ! ceux qui ont le malheur de tomber dans l'abîme du péché.

    CHAPITRE XII.

    Un enfant né mort, est ressuscité.

    Quoique j'aie maintenant proposé plusieurs miracles presque de même nature, et que j'en doive encore ajouter quelques autres, je ne crois pas que ce sera mal à propos, puisqu'il n'y a rien qui nous assure plus de la toute-puissance de Dieu, et de la miséricorde de Marie, sa sainte Mère, que la restitution de la vie aux morts.

    Il existe des preuves authentiques de la Merveille que je vais écrire, et une tapisserie de la chapelle, qui la représente, sert à la confirmer.

    A Seneffe, village du Brabant, une femme après une malheureuse couche, mit au monde un enfant mort ; toute la parenté en fut affligée, et on l'enterra sans le dire à la mère, mais le lendemain comme elle demandait avec instance à le voir, on fut obligé de lui dire ce qui en était.

    Triste nouvelle, qui lui fit passer toute la journée en soupirs et en larmes, surtout parce que n'ayant pu recevoir le baptême, il resterait à toujours privé du bonheur du Paradis.

    Vers le soir, il lui sembla voir une femme fort belle et brillante, qui lui dit, que si elle désirait ravoir son enfant, il fallait faire vœu d'aller à N.-D. de Hal honorer la Mère de Dieu.

    Elle le fit avec grande confiance ; puis pria qu'on lui permît de voir une fois son enfant.

    La demande parut déraisonnable aux assistants, et on lui dit que c'était impossible, d'autant qu'il était enterré depuis trois jours.

    Après de nombreuses et inutiles instances, enfin la mère l'emporta, disant qu'elle ne mangerait, ni ne boirait avant d'avoir vu son enfant.

    On fut obligé de céder à ses importunités, on alla déterrer l'enfant et on le lui apporta.

    L'ayant mis dans son lit, et regardé attentivement, elle demanda de la lumière pour mieux le voir.

    L'enfant, de pâle qu'il était, devint rouge, remua ses petits bras et pleura deux ou trois fois : on le porta à l'église pour recevoir, avec le baptême, la vie spirituelle, qui était bien la plus souhaitée.

    Peu après vint le curé, qu'on avait trouvé occupé à dire la Messe ; mais il dit que l'enfant était mort ; les autres affirmaient qu'il vivait ; pendant cette contestation l'enfant respira, et donna d'autres signes de vie, puis ayant reçu le baptême, il rendit peu après son âme à Dieu pour vivre éternellement.

     

    CHAPITRE XIII.

    Résurrection d'un enfant trouvé dans un bourbier.

    L'an 1427, à Cantimpré, abbaye et village près de Cambrai, un homme nommé Jean Bidau, sortit le dimanche au matin avec sa femme pour aller à la Sainte Messe, comme font des bons chrétiens.

    Sur le midi ils furent retenus chez quelques amis, et ne retournèrent au logis, qu'à deux heures après le dîner.

    De retour chez eux, ils se trouvèrent en peine de ne point voir leur enfant, âgé de deux ans, qu'ils avaient laissé à la maison.

    N'ayant pu le retrouver, ils prirent plusieurs personnes à leur secours. On employa toute la journée, la nuit et le lendemain jusqu'au soir à le chercher, et pour lors, comme il n'y avait plus d'espoir de le retrouver, chacun se retira chez soi, comme aussi le père tout affligé, et d'autant plus, que comme c'était l'hiver, il croyait que le petit serait exposé à un froid excessif et insupportable à son âge tendre.

    Néanmoins il ne perdit pas tout à fait courage, mais eut recours à N.-D. de Hal, et lui voua un pèlerinage.

    Peu après s'étant endormi, il lui sembla qu'on l'avertissait de chercher de nouveau, et qu'assurément il retrouverait son enfant.

    Il ne manqua pas à la pointe du jour avec plusieurs autres de se mettre en route, traversant les lieux les plus couverts.

    Il arrive enfin à un bourbier, et comme par inspiration divine, il dit aux autres : voyez ici, je vous prie, je crois que mon enfant y est. Ils firent quelques refus, d'autant plus qu'il leur semblait impossible qu'il y pût aborder : enfin ils y entrèrent sur sa parole, et trouvèrent le malheureux petit dans l'eau, tout couvert de fange. La police y étant appelée pour donner la permission de remporter, il fut enlevé et porté à l'église pour y être enterré.

    Le père cependant plein de confiance en la bonne Vierge, et encouragé par la vision qu'il avait eue, le plaça sur son autel, et s'étant mis à genoux, implora son assistance avec larmes.

    Alors, en présence d'un grand nombre de spectateurs, parmi lesquels se trouvait Nicolas, abbé de Cantimpré, l'enfant mort depuis trois jours, reçut la vie, parla, se leva, et s'en retourna à la maison avec son père, qui l'amena quelques jours après à Hal, pour y rendre gloire à Dieu, et à la dispensatrice de ses grâces, la glorieuse Vierge Marie.

    CHAPITRE XIV.

    Un enfant enterré est ressuscité par plusieurs prodiges.

    Le Dieu de miséricorde qui ne cesse de répandre ses grâces par sa bienheureuse Mère, se plaît quelquefois à les faire couler sur nous comme par torrents. Vous le verrez dans le miracle, ou plutôt dans le concours de miracles qui vont suivre.

    L'an 1428, à St Hilaire, village près de Cambrai, Firmine, femme d'Etienne Morel, accoucha d'un enfant mort, et après les preuves ordinaires étant

    reconnu tel, il fut porté en terre profane sans qu'on y songeât plus. La mère seule en retenait le souvenir dans son esprit, et s'en affligeait d'autant plus qu'il n'avait point reçu le baptême.

    Or comme elle avait une dévotion particulière à la Sainte Vierge, à laquelle elle venait rendre ses devoirs tous les ans à Hal ; elle sentait dans son cœur une vive foi, et contre l'ordre de la nature quinze jours durant elle persista à lui redemander son enfant.

    Alors, pleine de confiance, elle publia qu'il vivait, alléguant une vision qu'elle avait eue la nuit à différentes reprises, et par des prières réitérées, elle obligea son mari avec les femmes, qui étaient chez elle, d'enlever la terre sous laquelle l'enfant était enterré.

    Ceci étant fait, on le trouva d'une couleur naturelle, vive et vermeille, sans la moindre marque de mort ou de blessure, excepté qu'une joue semblait un peu froissée par la terre.

    A cette première merveille, ce ne fut que cris de surprise et de joie, de la part de la mère et de tous les témoins.

    Or, pour éviter toute calomnie, le curé fut appelé. Il admira la bonté de Dieu et de sa Sainte Mère, et conseilla, puisque l'enfant était en sa protection, de le porter à Vertaigneux, village voisin où elle était le plus honorée.

    La résolution en fut prise : et comme la nuit approchait, la mère donna à ceux qui le devaient porter, un bout de cierge béni, de la longueur d'une palme et demie, dans une lanterne.

    Autre merveille : après avoir marché fort lentement, approchant du village, qui était éloigné de deux lieues, on trouva le cierge encore brûlant, et de la même grandeur qu'au commencement. De plus, il brûla encore depuis six heures du soir jusqu'au lendemain matin sans aucune diminution.

    Un troisième prodige fut que le chemin qui était devant cette troupe était entièrement clair, et ressemblait au jour, et celui de derrière avait l'obscurité de la nuit. Les voilà donc arrivés à Vertaigneux, mais le curé étant à souper chez le gouverneur du château de Vertain, Etienne avec la femme du marguillier de S'-Hilaire, qui l'avait accompagné, y coururent, mais comme on était à table, les portes étaient fermées. Ils y frappèrent plusieurs fois sans que personne vint ouvrir. Ils attendaient avec impatience, lorsque la seule bonté de Marie permit que le guichet de la première s'ouvrit de lui-même, ce qui arriva aussi à la seconde et à la troisième porte.

    Voilà le quatrième miracle. Enfin ils entrèrent sans conducteur dans la salle du gouverneur, nommé Henri Deman, lequel tout surpris, demanda qui les avait fait entrer ? s'ils étaient amis ou ennemis ? et même se jeta sur le portier l'épée à la main, lui reprochant sa négligence ; mais étant informé par sa propre fille, que les portes avaient été bien fermées ; sa colère se changea en admiration, et il leur donna audience. Alors ils déclarèrent ce qui s'était passé, suppliant le curé de se rendre à Vertaigneux pour y baptiser l'enfant. Aussitôt il se mit en chemin, accompagné de vingt-cinq personnes du festin et du gouverneur même, qui commanda d'ouvrir les grandes portes ; mais cela n'était point nécessaire, d'autant qu'elles étaient déjà ouvertes, sans doute par permission de Marie, qui voulait ce jour-là faire paraître sa magnificence, et rendre le miracle d'autant plus éclatant. Toute l'assemblée en fut fort étonnée. En arrivant à l'église, ils y trouvèrent le petit enfant placé sur l'autel de la Vierge, plein de vie, ouvrant la bouche et les yeux, desquels on vit couler de grosses larmes, après quoi il fui baptisé en présence de soixante-dix personnes.

    Le cinquième miracle, c'est qu'ayant encore reçu cinq heures de vie il pâlit en un instant, et rendit son âme à Dieu et à la Sainte Vierge, maintenant capable de le bénir toute l'éternité.

    Enfin une dernière merveille, c'est qu'à la même heure qu'il mourut, sa mère, qui était au logis, sentit que son lait, que jusqu'alors elle n'avait pu faire tarir par aucun moyen, se sécha tout d'un coup.

     

    CHAPITRE XV.

    Un innocent délivré du supplice.

    L'an 1405, un certain Jean Sampenoy, Français de nation, natif d'Epernay en Champagne, par un mouvement de dévotion se mit en chemin pour aller à N.-D. de Hal ; mais il rencontra deux malheureux compagnons, Nicolas Barren et Pierre Norman. S'étant joint à eux pour faire le voyage ensemble, ils arrivèrent à Avesnes. Suivis et arrêtés par des gens envoyés pour les prendre ; ces deux brigands, accoutumés à mal faire et peu touchés du châtiment qu'ils allaient bientôt recevoir, entraînèrent dans leur malheur le pauvre Sampenoy : ils l'accusèrent d'être aussi de leur bande, et tous trois furent mis entre les mains de la justice. Mis à la question, ils confessèrent plusieurs vols et un homicide ; et de plus, que ledit Sampenoy était complice de toutes leurs mauvaises entreprises.

    La sentence fut prononcée, et tous trois condamnés à être pendus. Arrivés au lieu du supplice, Nicolas considérant que la mort de l'innocent lui coûterait la mort éternelle, déchargea sa conscience, et confessa que tout ce qu'il avait dit de lui, n'était que calomnie. Pierre soutint le contraire, et ratifia tout ce qu'il avait dit contre Jean ; protestant qu'il n'avait garde à l'article de la mort de tromper Dieu et les hommes. Sur cette ratification le prévôt commanda qu'on passât outre à l'un comme à l'autre : il dit seulement aux assistants, parce que Jean se proclamait innocent et ne confessait rien, qu'on voulut prier Dieu de lui donner la grâce de reconnaître ses péchés et d'en obtenir le pardon. Mais Jean cria à haute voix : Non, monsieur, je veux bien qu'on prie pour moi, mais que ce soit pour la protection de mon innocence. Je demande un Pater et un Ave Maria, à l'honneur de N.-D. de Hal, vers laquelle je faisais le voyage ; c'est à elle que je me recommande. J'en appelle à sa miséricorde. Ces paroles étant dites, le bourreau le jeta de l'échelle, et fit tous ses efforts pour hâter sa mort : mais au grand étonnement de tout le monde, Jean ne laissait pas de vivre et d'espérer, ayant pour protectrice la Très-Sainte Vierge, qu'il voyait près de lui toute brillante, soutenant et embrassant son fidèle serviteur, comme il le fit connaître après sa délivrance. L'exécution durait depuis une heure, et comme toute l'assemblée en suspens en attendait la fin, un gentilhomme nommé Jean de Selles, connu de tous par sa vertu et ses bonnes qualités, survint à cheval et dit au prévôt : Monsieur, je vous supplie de me donner la vie de cet innocent, on plutôt à la Mère de Dieu qui m'a envoyé ici pour ce sujet.

    La demande fut accordée : le prévôt y était déjà assez incliné.

    Jean étant détaché et mis en liberté se jeta aux pieds de son avocat pour le remercier ; mais celui-ci dit : Mon ami, ce n'est pas à moi, c'est à N.-D. de Hal que vous devez votre vie, tâchez de continuer votre voyage, comme vous l'aviez promis, et souvenez-vous de prier pour mon salut. Admirez la bonté de Marie, et apprenez dans vos nécessités à recourir à sa miséricorde.

    CHAPITRE XVI.

    Un prisonnier délivré.

    Pendant la guerre entre l'Angleterre et la France, l'an 1428, Guillaume Mostier, Picard de nation, s'en alla en Poitou pour ses affaires ; mais par malheur il fut pris par les ennemis et mené à la ville de Saint-Michel, où on l'enferma dans un puits avec les fers aux pieds. Les misères d'une si horrible et étroite prison, et la rançon de quatre-vingt écus qu'on lui demandait, somme excessive pour ses petits moyens, lui causèrent une extrême affliction. Sa captivité durait depuis dix mois, lorsqu'un jour il se ressouvint de N.-D. de Hal, qui pour lors était fort honorée, même en Picardie ; il ne manqua pas de l'invoquer avec confiance, et aussitôt sa prière fut exaucée, car après avoir été assoupi d'un doux sommeil, le matin s'étant éveillé, il se vit hors de la prison transporté sur une campagne à trois lieues de la ville. Il en fut fort étonné et rempli d'une joie mêlée d'incertitude de ce qu'il en devait dire ou croire. Cependant il survint là une troupe d'officiers anglais, entre lesquels il y avait un capitaine nommé Tournebol, qui le reconnut d'abord, et lui demanda comment il était sorti de son puits. Guillaume ayant le cœur gros de ce qui lui était arrivé, répondit : Monsieur, je vous dirai la franche vérité, vous savez en quel cachot on me tenait prisonnier : ni l'art ni la violence n'ont pu m'en retirer ; mais le tout doit être attribué à la Mère de Dieu ; car lui ayant fait mes prières j'ai été transporté ici pendant que je dormais. Vous voyez l'effet de sa bonté, je vous supplie de le croire et de seconder de votre faveur ce bienfait du ciel. Ils furent tous touchés de cette merveille, mais avant de le laisser aller, ils ne manquèrent pas d en prendre une pleine information, qui fut apportée à Hal, par ce prisonnier délivré.

    CHAPITRE XVII.

    Une femme conservée sous la roue d'un moulin.

    Près de l'abbaye de Lobbes, en Hainaut, l'an 1440, Catherine, femme de Jean Massart, meunier, quoique enceinte et proche de son terme, voulut faire avancer l'ouvrage en l'absence de son mari.

    Or, comme il lui semblait que le moulin allait trop lentement par manque d'eau, elle alla lever le vantail ; mais par malheur la planche ou le pont sur Jequel elle était, se rompit, et ainsi elle tomba dans l'eau et fut portée sous la roue, où elle demeura arrêtée plus d'une demi-heure, plongée dans l'eau, en danger inévitable d'être noyée et écrasée.

    Mais elle avait invoqué en tombant N.-D. de Hal qui la sauva.

    Quand le mari survint, épouvanté à cette vue, il cria à l'aide. Il fut assisté par le voisinage, et entre autres par l'abbé de Lobbes avec quelques religieux. Ils retirèrent la femme avec beaucoup de peine, croyant tous qu'elle serait morte ; mais la Sainte Vierge par sa miséricorde, l'avait préservée, et il ne lui était arrivé aucun mal, même quelques jours après, elle accoucha d'un enfant plein de vie qui avait participé à l'avantage de sa mère. — Bénie soit celle qui conserve ceux qui l'invoquent !

    CHAPITRE XVIII.

    Un tailleur qui avait avalé une aiguille, en est miraculeusement délivré.

    La même année à Dendermonde, en Flandre, Barthélemy Broek, tailleur, avala par mégarde une aiguille avec le fil. Il sentit bientôt son malheur, et employa tous les remèdes possibles quatre jours durant, mais en vain. Il alla à Malines consulter son frère qui était médecin. Celui-ci ne manqua pas avec d'autres médecins de tenter tous les moyens ; mais ils ne purent le soulager. Cependant le frère, à l'occasion d'un samedi parla d'aller entendre le salut de la Sainte Vierge. Ce fut là le principe du bonheur de l'affligé : car ayant entendu ces paroles il se rendit tout pensif auprès du feu, il se ressouvint de N.-D. de Hal, qui faisait de grands miracles. Sainte Mère, dit-il en lui-même, je vous supplie, que je ne sois pas indigne de votre miséricorde, et quoiqu'indigne, que je ne sois pas le seul à qui elle ait été refusée. Sa prière fut exaucée, aussitôt il sentit quelque chose remuer dans sa bouche, il y porta les doigts et en tira l'aiguille avec le fil. La vérité de ce miracle fut attestée par son frère et par les autres témoins.

    CHAPITRE XIX.

    Guérison d'une blessure à l'œil.

    L'an 1543 au village de Wachel près de Lille, en Flandre, deux petites filles de Jean Cuvelier, se mirent à jouer en l'absence des parents : la cadette trouva un couteau et commença à s'en servir de jouet. L'ainée craignant que sa sœur ne se blessât, tâcha de le lui ôter des mains, ce qu'elle fit ; mais avec tant de violence qu'elle se perça la prunelle de l'œil. Toutes deux se mettent à pleurer et à crier : les parents accourent promptement, mais quel remède ? Le bon ange inspira au père d'invoquer N.-D. de Hal. Il le fait, promet un pèlerinage avec sa fille, et au même instant sa petite se sent guérie.

    Elle vint à Hal avec lui et les voisins, pour y accomplir sa promesse et rendre témoignage de ce qui était arrivé.

    CHAPITRE XX.

    Un gentilhomme préservé de la mort.

    L'an 1442 un gentilhomme de Bavière au retour d'un voyage qu'il avait fait à la terre Sainte, s'étant embarqué sur la mer tomba dans une grande maladie, et fût bientôt réduit à l'extrémité.

    Les mariniers, gens sans compassion et ennemis des malades, s'en étant aperçus le jetèrent au fond du navire, ce qui augmenta beaucoup sa maladie ; on avait même déjà pris la résolution de le précipiter dans la mer.

    Cela toucha vivement un autre gentilhomme des Pays-Bas, qui était alors dans le même vaisseau ; il aborda le malade qui avait déjà perdu la parole et presque le jugement, le consola le mieux qu'il put, et entre autres choses lui dit, qu'à Hal, ville du Pays-Bas, il y avait une image de la Sainte Vierge Marie, qui faisait plusieurs miracles et était le refuge de tous les affligés, qu'il ferait bien d'y avoir recours, et de la réclamer de cœur, puisque la parole lui manquait. La nécessité persuade efficacement les hommes : d'abord il prit ces sentiments et quoique jamais il n'en eût entendu parler, il ne laissa pas d'invoquer avec ferveur, celle qui est toujours prête à secourir les malheureux.

    Il eût une vision, où il lui sembla voir au-dessus du navire une quantité de démons, mais qui disparurent bientôt à l'arrivée d'une Dame pleine de majesté, portant un enfant sur un bras, et de l'autre main un cierge ardent. S'imaginant alors par une inspiration divine, que c'était la Sainte Vierge, il l'honora et demanda sa bénédiction. Il sentit sur l'heure revenir ses forces, la parole, et enfin une parfaite santé. Cette guérison merveilleuse lui causa la plus grande joie, et étonna tous les autres. Étant arrivé en son pays, il ne manqua pas de s'acquitter de son obligation, et il fit le voyage de Hal à pieds nus avec son valet et retourna de même en son pays, quoiqu'avec beaucoup de peine : car il fallait passer à travers toute l'Allemagne. Bel exemple de gratitude ; Dieu nous fasse la grâce de l'imiter.

     

    CHAPITRE XXI.

    Un charretier recouvre la vie et la santé.

    L'an 1442, dans le Brabant-wallon, un charretier passant par le village de Longchamp, était arrivé au milieu d'un pont, quand par malheur sa charrette avec le cheval tombèrent dans l'eau, le maître lui-même, en voulant la retenir tomba dessous. Dieu permit qu'une fille vît ce funeste accident. Elle cria au secours ; mais on tarda assez longtemps d'y accourir ; enfin le prévôt lui-même y vînt en personne avec plusieurs autres. On releva premièrement la charette, et on trouva dessous le pauvre charretier mort, étouffé par l'eau et le poids de la charrette. Il fut ainsi porté à la maison du prévôt, qui était assez éloignée de là, sans le moindre signe de sentiment ni de vie. Un ou deux de l'assemblée par compassion l'offrirent à N.-D. de Hal et firent vœu pour lui. Cette bonne Mère, qui n'aime qu'à répandre ses grâces, lui rendit aussitôt la vie et les forces du corps, tellement qu'il retourna à sa charette, et acheva son voyage. Quelques jours après il vînt à Hal, pour s'y acquitter de ses devoirs envers la Très-Sainte Vierge.

    CHAPITRE XXII.

    Protection admirable en faveur d'un soldat blessé.

    L'an 1443, pendant la guerre entre l'Angleterre et la France, Jean de Gertrude, fidèle serviteur du comte de St- Paul sortit un samedi matin avec son maître du château de Cartelier en Picardie pour repousser une troupe d'ennemis qui ravageaient la campagne. Le comte n'avait que quatre-vingt hommes, et les ennemis étaient environ quinze cents, partie à découvert, partie en embuscade.

    Jean de Gertrude s'en aperçut, en avertit son maître, et le pria plusieurs fois de se retirer ; mais le comte trop courageux pour reculer engagea le combat. Bientôt Jean eût le bras percé de deux traits d'arbalète, et le cou percé d'un troisième trait. Il crie à son maître : c'en est fait de moi ; mettez vous en sûreté. Alors il tombe de son cheval. Tous prennent la fuite avec le comte qui était fort triste d'avoir perdu un si fidèle sujet.

    Mais en tombant, il s'était souvenu de N.-D. de Hal et l'avait invoquée avec grande confiance.

    Cependant Dieu permit que le mal s'augmentât pour faire éclater davantage la bonté de la Mère de grâce. Il survînt trois des ennemis qui s'étaient écartés pour le butin, après l'avoir dépouillé, l'un d'entre eux lui fendit la tête d'un coup de sabre, dont il ne mourût pas.

    Invoquant avec beaucoup d'ardeur la Sainte Vierge Marie et Sainte Barbe pour obtenir le temps de se confesser, il eût encore la force de prier les soldats, au nom de la Sainte Vierge de lui amener vite un prêtre, et Dieu permit que son malheureux état attendrit leurs cœurs. Ils appelèrent un prêtre, qui était près de là, attendant qu'il eût fini pour l'achever. En effet, l'un des trois, en présence même du prêtre, lui porta un coup d'épée au gosier, croyant l'avoir percé ; mais par la protection de la Sainte Vierge, il ne fit que couper la camisole. Le prêtre cependant pria avec beaucoup d'instance pour lui, et ils se retirèrent. Alors le prêtre traîna le malheureux blessé dans une grange voisine, et banda ses plaies le mieux qu'il pût. Peu après, ces trois bourreaux retournent, et voyant qu'il vivait encore, le plus cruel lui donne un coup d'épée de toutes ses forces sur la tête, mais celle qui avait commencé de l'assister, détourna le coup qui ne fit qu'effleurer l'épaule. Le croyant mort, ils résolurent de jeter le corps dans la rivière, et en effet ils le traînèrent cruellement jusqu'au bord de l'eau. Mais Marie dans ce dernier danger de son serviteur lui apparût et l'encouragea, lui conseillant même de contrefaire le mort. Il le fit, et ces scélérats le précipitèrent dans la rivière, lui donnant encore un coup de pique, pour éteindre jusqu'au dernier reste de vie. La miséricordieuse Vierge para encore ce coup, et le conduisit dans le courant de l'eau, jusque sur une petite île limoneuse, où il demeura presque trois heures, blessé de neuf grandes plaies, et ne pouvant ni se lever, ni se mouvoir, à cause de la perte de son sang. Le prêtre, dont nous avons parlé, touché de compassion, alla chercher son pénitent ou mort ou vif, et ayant suivi la trace de son sang, il vint droit à la rivière, et ne l'y trouvant pas, il fût tout effrayé, et crût qu'assurément il était noyé. Mais tandis qu'il porte ses regards de tous côtés, il l'aperçoit sur l'île, sans toutefois distinguer ce que c'était. Il se mit donc à crier, en observant si cet objet faisait quelque mouvement. Jean, qui l'entendit, leva la main, et le prêtre faisant le signe de la croix, entra dans la rivière, arriva près du moribond, et le tira en lieu sec. Puis il courût au village voisin, d'où il amena une charrette pour transporter ce malheureux. Là, on pansa ses blessures, qui se guérirent en fort peu de temps. Peu de semaines après, il vint à Hal, où il raconta les merveilles que la Sainte Vierge avait opérées en sa personne.

     

    CHAPITRE XXIII.

    Un gentilhomme délivré de prison.

    L'an 2471, Philippe de Clèves, fils naturel de cette illustre maison, demeurant à Dijon, en Bourgogne, faisait profession de la guerre.

    En une rencontre, il fût pris par des Français, ses ennemis, mené à Vaucouleurs, en Lorraine, et mis dans une tour de la hauteur de 80 coudées. Pour lui rendre la liberté, on exigeait une rançon de cinq cents écus, parce qu'il était gentilhomme.

    L'impossibilité où il était de payer une telle somme lui causa tant de chagrin qu'il en devînt malade.

    Un jour, sur le midi, ayant refusé de dîner, il s'endormit, et, dans une vision qu'il eût, il lui parût qu'il était à Hal, priant sur les degrés de la chapelle de N.-D., qui semblait lui promettre une prochaine délivrance.

    Ce songe fit sur lui une impression si forte, qu'à son réveil, il se mit à genoux et pria la Sainte Vierge de vouloir exécuter ce qu'elle lui avait montré. Alors plein de foi et de confiance, il prit un os de bœuf, et commença à s'en servir en guise de lime, pour limer ses fers. Ce singulier instrument le servit si bien, qu'en peu de temps les fers de son cou, de ses mains et de ses pieds furent rompus. Puis il fit une corde de ses habits, et se laissa descendre par la fenêtre ; mais comme par la grande hauteur de la cour elle était trop courte, il fut obligé de se laisser tomber, sans perdre l'espérance que sa délivrance s'achèverait heureusement comme elle avait été commencée, par l'assistance de la Mère de Dieu.

    En effet, il se trouva à terre sans s'être aucunement blessé. Alors il fallait fuir la vue des ennemis ; il se cacha donc dans un bois voisin, où il demeura toute la journée : ce qu'il continua de faire pendant quelques jours, marchant seulement de nuit, sans guide, sans vivres et sans habits.

    La Sainte Vierge le conduisit dans cet état jusqu'à Hal, où il reconnut sa Bienfaitrice, et lui offrit des actions de grâces de toute sa puissance, pour ces trois faveurs extraordinaires qu'il avait reçues.

    CHAPITRE XXIV.

    Un soldat délivré de la mort.

    L'an 1604, pendant la rébellion de l'armée des Pays-Bas, quatre ou cinq mille mutins se retirèrent dans la ville de Weerd, et afin d'avoir abondance de vivres, ils firent une loi, par laquelle ils défendirent sous peine du gibet, que personne n'achetât quoique ce fut autrement qu'argent comptant.

    Un certain Jean Collignon, du duché de Luxembourg, acheta quelques harengs, et ayant dans l'autre main l'argent pour les payer, il fût emporté par la presse sans l'avoir donné. Un trompette qui vit ceci, poussé par intérêt, car le délateur avait 25 écus, l'accusa, et il fut présenté au juge, qui le condamna à mort. On appela deux prêtres pour l'y disposer, Jean protestait qu'il était innocent et le voulait prouver ; mais on ne voulût pas l'entendre.

    L'unique moyen de salut qui lui restât, fût de s'adresser à la Mère de miséricorde. 0 très-puissante Reine des Cieux, dit-il ; ô N.-D. de Hal, puisque vous n'abandonnez jamais les innocents qui demandent votre protection, soyez maintenant mon Avocate. Sa prière étant faite, il se sentit rempli de confiance et d'espoir : néanmoins on ne laissa pas de le conduire au gibet, le bourreau l'attacha avec deux cordes et le jeta en bas de l'échelle, mais l'une se rompit, ce qui fit crier miracle aux assistants ; et quoique l'autre fut assez bonne pour l'étrangler, et que le bourreau le pressât des pieds et des genoux, il ne put en venir à bout. Ainsi comme on vit que le Ciel faisait paraître l'innocence du supplicié, un soldat coupa la corde avec son épée : et Jean, remis en liberté, s'en vînt à Hal, remercier sa libératrice, apportant les témoignages authentiques du fait, dont on dressa acte.

    CHAPITRE XXV.

    Une religieuse guérie d'une convulsion de nerfs.

    L'an 1602, dans l'abbaye de Forêt, entre Hal et Bruxelles, Adrienne Tserats, demoiselle âgée de vingt un ans, fille de Lancelot Chevalier, fut surprise au bras droit d'une convulsion et de retirements de nerfs, qui lui causaient de très-grandes douleurs jour et nuit ; on apporta tous les remèdes possibles, mais en vain : il fallait ceux du Ciel, qui furent inspirés à la patiente. Elle s'en alla donc trouver son abbesse et lui dit : puisque ma profession m'empêche de sortir du cloître, et que néanmoins, le cœur me dit que je serai guérie par un voyage à N.-D. de Hal, je vous prie qu'une autre personne le fasse en mon nom et qu'elle y prie pour ma santé, si elle m'est salutaire. La demande fut accordée ; on y envoya une pieuse femme, et à la même heure qu'elle fit son offrande, et qu'un prêtre dit la Messe à l'intention de la malade, celleci étant à l'église avec les religieuses, sentit son bras comme pressé par quelqu'un, et aussitôt elle fût quitte de la convulsion, dont elle n'eût plus jamais dans la suite la moindre atteinte. C'est l'ordinaire de la Mère de Dieu de guérir parfaitement.

    CHAPITRE XXVI.

    Miracles divers, recueillis des tableaux ou des inscriptions, et mis en ordre selon leur temps.

    Les miracles que je viens de rapporter à la réserve de deux, sont tous d'un siècle, à savoir depuis l'an 1400 jusqu'à 1500 environ : les registres ne contiennent rien de ce qui s'est passé durant le seizième siècle.

    Ce n'est pas que la Très-Sainte Vierge ait laissé tarir les sources de sa miséricorde : car nous avons d'ailleurs des preuves suffisantes, que jamais elle n'a cessé de les faire couler sur ses serviteurs ici bas ; mais peut être à cause de la trop grande quantité de merveilles, et de. la suffisante renommée qu'elle s'était acquise dans tous les pays, on a jugé qu'il n'était pas nécessaire de les enregistrer, et on s'est contenté de nous en laisser quelque mémoire ou témoignage exprimé dans des offrandes et sur des tableaux, qui se voient dans la sainte Chapelle. En voici quelques-uns :

    L'an 1555, lorsque l'empereur Charles V, partit pour la conquête de l'Afrique avec plus de courage que de bonheur et assiégea la ville d'Alger ; Jean de Près, qui avait été à cette expédition, s'en retournant avec sa femme fut assailli par une furieuse tempête. Le vaisseau qui le portait fut renversé et coula à fond. Dans ce danger il se recommanda à N.-D. de Hal et fut heureusement conduit à bon port sur une planche avec sa femme. Voilà ce qu'il en a témoigné par un tableau, sans marquer d'autres circonstances.

     

    L'an 1564, à Madrid, une petite fille native de Hal, qui avait suivi la Cour avec ses parents, tomba d'une fenêtre élevée de plus de 40 pieds, sans se faire le moindre mal, étant conservée par le secours de la Sainte Vierge qu'elle avait invoquée de cœur, comme elle rit aussi de bouche, étant doucement couchée par terre, et disant : Sainte Vierge assistez-moi ; mais ayant déjà obtenu ce qu'elle demandait, ce ne fut que pour reconnaître de bouche ce qu'elle avait voué de cœur.

    L'an 1571, Alphonse de Guzman, gentilhomme d'Espagne, reçut une blessure mortelle à la gorge, et son fils, une à la tête, les médecins désespéraient de leur vie, mais s'étant adressés à la mère de miséricorde, ils ressentirent bientôt son assistance, et à l'étonnement d'un chacun en peu de jours leurs plaies furent guéries.

    L'an 1591, un gentilhomme d'Anvers dont la discrétion a fait taire le nom, s'étant abandonné à la violence d'une mauvaise passion, avait résolu de se détruire. Il en fût venu à l'exécution, si une bonne pensée ne l'eût disposé à invoquer N. D. de Hal : par la grâce de laquelle d'abord le feu de sa rage étant éteint, il commença à détester son crime. Le démon qui l'avait poussé à cette extrémité, mécontent de ce changement le précipita d'une hauteur de 17 degrés, sans néanmoins qu'il en arrivât au gentilhomme le moindre mal. Il n'y eut que le poignard qui devait servir à l'exécution de son mauvais dessein, qui fût brisé. C'est en reconnaissance de cette grâce que le gentilhomme présenta un tableau à la Sainte Vierge.

     

    L'an 1593, Nicolas Biatte, soldat de bonne réputation, et capitaine de cavalerie dans le régiment des Albanois, au service du duc de Mayenne, qu'on croyait attaché au parti de la vraie religion, était avec sa seule compagnie dans un village près du Cateau-Cambresis. Le duc de Longueville, qui tenait pour Henri IV, l'attaqua tout-à-coup avec deux cents chevaux et quatre cents fantassins : le combat était inégal, et le seul nombre était capable de le faire périr. Son cheval fut tué sous lui, et lui-même fait prisonnier : et comme dans les guerres civiles on recherche plutôt le sang que le butin, on se jeta sur lui pour lui ôter la vie. Il reçut donc un coup mortel à la tête et vingt autres encore en différents endroits du corps. Dans cette extrémité il réclama N.-D. de Hal, et fut laissé pour mort. Néanmoins il en échappa sain et sauf, et vînt peu après à Hal s'acquitter de ses vœux, laissant à la postérité sur un tableau la représentation de son heureuse délivrance.

    L'an 1395 ; Antoine Chamber, anglais, lieutenant de la compagnie du colonel Stanley, alla avec plusieurs autres dans le pays de Liège aux fontaines de Spa. Ils s'y virent tout-à-coup attaqués par trois cents cavaliers hollandais qui se jetant sur eux, en tuèrent beaucoup et en firent aussi un grand nombre prisonniers. Antoine se voua à la Reine du Ciel, et couvert du manteau de sa sainte protection, il demeura en sûreté au milieu des ennemis, sans blessure, sans même que personne l'aperçut. Aussi ne manqua-t-il pas de reconnaître ce bienfait, et de le publier par un tableau. Je puis bien en rendre témoignage, dit Juste-Lipse, en écrivant cette histoire, car moi-même j'étais présent, et j'ai eu part au même danger.

     

    L'an 1597, Etienne Robin, natif de Mons, au retour d'un voyage qu'il avait fait en Portugal, étant en pleine mer, tout-à-coup une horrible tempête brisa le navire qu'il montait, et la plupart des passagers périrent dans les flots. Pour lui, se voyant dans ce péril extrême, il jeta les yeux vers l'étoile de la mer, la Très-Sainte Vierge Marie J'éclaire au travers des ténèbres par sa lumière, il saisit une planche et arriva à bon port. Ce qu'il reconnût par un tableau, ayant au-dessous un petit récit du fait, avec ces paroles ; Dieu est admirable dans ses Saints.

    L'an 1602, un gentilhomme nommé Géri Parmentier, servait au château de Tournay, sous le prince Philippe de Croy, comte de Solre, si recommandable par ses vertus. Au mois de février sur le soir, à 8 heures, il tomba dans l'Escaut qui passait sous le pont du château. Dès qu'il sentît que le pied lui manquait, il réclama N.-D. de Hal et lui fit un vœu. Elle ne manqua pas aussitôt de l'aider de son secours, et même de sa présence ; car il la vît devant lui, telle qu'elle est sur son autel de l'Église de Hal, et il se sentit soulevé et poussé par une main invisible, jusqu'au bord ou il attrapa une branche de saule, à laquelle il se tînt jusqu'à ce qu'on lui amena de l'autre côté une barquette : et ainsi il fut heureusement secouru, ce qu'il a attesté, de même que tous ceux qui étaient alors de garde au château qui l'ont vu et ouï.

     

    L'an 1603, la femme de Nicolas Lange, était malade à la mort et abandonnée des médecins. Son mari fit un vœu à N.-D. de Hal, et elle reçut aussitôt la santé ou plutôt la vie ; car on l'avait crue morte, l'espace de dix heures. Ils vinrent tous deux à Hal, et laissèrent une offrande pour mémoire à la postérité.

    Je pourrais, dit Juste-Lipse, ajouter plusieurs autres miracles, mais ou trop semblables aux précédents, ou trop obscurs, ni assez marqués des circonstances, des lieux, des temps et des personnes. Dans la chapelle il se voit de tous côtés des tableaux et des ex-voto, qui rappellent quelque bienfait signalé obtenu par l'intercession de la Sainte Vierge. Je me bornerai à ceux que j'ai présentés au lecteur. Ils sont suffisants pour publier la bonté et la puissance de la Sainte Vierge, pour faire naître une tendre piété et accroître la dévotion dans les cœurs de ceux qui ne font pas profession d'en être ennemis par système...................

     

    Source : Livre "Histoire de Notre Dame de Hale augmentée du récit de quelques merveilles" par Juste Lipse

     

     

     

     - La basilique Saint Martin de Hal

     - Notre-dame de Hal