• Notre-Dame de Chartres page3

     

     

    Notre-Dame de Chartres

    page 3

     

     

     

    CHAPITRE QUATRIÈME.

    De Notre-Dame de la Belle Verrière, de Notre-Dame Blanche, de Notre-Dame-Bleue.

    Notre-Dame de la belle verrière

     

    Pour suivre l'ordre chronologique, nous parlerons maintenant de ces trois images de la Mère de Dieu, devant lesquelles les pieux pèlerins allaient quelquefois offrir l'hommage de leurs prières, après avoir été à Notre-Dame sous-terre ou aux pieds de la sainte Châsse.

    I. Notre-Dame de la belle Verrière est placée dans le latéral méridional du chœur, à la 45° fenêtre de l'étage inférieur, à l'opposite de la Vierge-Noire du-Pilier.

    Elle est la plus ancienne image de Marie placée dans l'église haute ; elle le fut probablement ou par le bienheureux Yves ou par son successeur immédiat, Geoffroi de Lèves.

    Brisée lors de l'incendie de 1194, elle fut reproduite peu d'années après avec tous ses caractères archéologiques ; aussi au premier aspect paraît-elle avoir été faite dans les premières années du 12e siècle.

    Cette reproduction d'un type ancien (c'est le seul exemple que nous connaissions) prouve combien cette image était chère aux Chartrains du 13° siècle, puisque le peintre-verrier n'a pas osé suivre son inspiration personnelle pour représenter la très-sainte Vierge.

    Voici la description de cette image. Marie est assise sur un trône, et vêtue d'une double robe d'azur richement bordée ; un voile blanc et une magnifique couronne couvrent sa noble tête ; le saint Esprit plane au-dessus de la Mère de Dieu ; elle tient Jésus dans son giron. Le Sauveur a pour vêtement une robe blanche et un manteau bistre ; il porte la nimbe crucifère ; sa main droite bénit, et sa gauche tient un livre, sur lequel sont des lettres qui ne présentent aucun sens. — Quatorze anges rendent leurs hommages à la Reine des cieux : six l'encensent, deux l'éclairent, deux la prient en joignant les mains, et quatre soutiennent son trône.

    Dès le 13e siècle, et peut-être même auparavant, un autel fut élevé devant Notre-Dame de la belle Verrière ; il était adossé à un pilier.

    On l'appelait indifféremment l'autel de la belle Verrière, ou de Notre-Dame des Neiges.

    Il y avait plusieurs fondations. L'une, celle de messire Geoffroi des Feuchois, chanoine et archidiacre Bloisien, de dix livres de rente, à prendre sur la maladrerie d'Orgères, et encore sur deux maisons et vergers sis en la rue de Haurdenque à Chartres, ensembles sur quelques autres héritages. L'an mil cinq cens vingt, le chapellain fut condamné par les commissaires du Chapitre à y dire deux messes par semaine. »

    Une autre fondation a été faite avant 1376 par un évêque de Chartres, Ebles du Puy ; quand Ebles fit cette fondation, il n'était encore que sous-doyen du Chapitre. « Ce fut, dit Rouillard, son zèle au service de la très-sacrée Vierge qui le poussa et incita. » Voici en quels termes un nécrologue de la cathédrale en rend compte sous la date des Nones d'août : « A la gloire de Dieu tout-puissant et de sa Mère la bienheureuse Marie toujours Vierge, et surtout à la mémoire de l'éclatant miracle de la Neige, par lequel fut fondée à Rome la noble église de sainte Marie-Majeure ; à la demande et l'initiative de discret et dévot seigneur Ebles du Puy, du diocèse de Limoges, sous-doyen de l'église de Chartres ; le chapitre général a établi et ordonné que le 5 août prochain, et ensuite chaque année à pareil jour , il sera célébré par le collége de cette église une fête solennelle et office de la très-sainte Vierge avec les chapes de soie, la procession, la sonnerie des grosses cloches, les orgues et toute la pompe en usage jusqu'aujourd'hui pour les autres fêtes de la sainte Vierge, avec le luminaire de la perche et des quatre anges seulement. Voulant assurer ce service annuellement et à perpétuité et obtenir ainsi son salut, celui de ses proches et de ses bienfaiteurs, le vénérable Ebles du Puy a donné à cette église une rente perpétuelle de quinze livres tournois amortie, par lui achetée dans la ville de Dreux, ensemble avec les autres rentes amorties, achetées, par le Chapitre du comte de Vandemons et de Marguerite sa femme, comme on le voit plus au long dans le titre qui en est conservée au trésor de cette église. »

    Le pieux Ebles du Puy obtint cent quarante jours de pardons et d'indulgences, pour ceux qui feroyent dévote assistance au service.

    Les bulles du pape Urbain en sont es registres du Chapitre. »

    Ces fondations et autres prouvent, nous semble-t-il, combien était grande la dévotion pour Notre-Dame de la belle Verrière.

    En effet les pèlerins et les fidèles allaient prier devant cette sainte image comme devant la Vierge-Noire du Pilier ; aujourd'hui quelques habitants de la campagne seulement y vont faire leur prière et allumer un cierge ; ils le posent sur le pilier où était autrefois l'autel de la belle Verrière.

    II Notre-Dame Blanche était ainsi appelée par ce qu'elle était en albâtre ; elle se trouvait adossée contre une des colonnes du jubé, à droite de la porte du chœur.

    Cette sainte image y avait été placée l'an 1329, à la prière du roi Philippe de Valois.

    Ce prince fit élever un autel devant, et il la dota de trente livres tournois de rente annuelle, à prendre sur la recette du comté de Chartres, et à la charge d'y célébrer trois messes par semaine. Pourquoi fit-il ériger cet autel spécial à la très sainte Vierge ? Nous l'ignorons ; l'histoire est muette là-dessus.

    Cependant on portait une grande vénération à Notre-Dame Blanche ; car plusieurs fondations se firent à son autel, outre celle du roi.

    « Une messe ha esté fondée par Me Garnier Gueroust, archidiacre de Jozas en l'église de Paris. Monsieur de Bourbon y ha aussi fondé une messe de soixante livres de rente. Et maistre Hasting de Baveux, seigneur de Maillebois, y en auroit aussi fondé une, avec quelque dotation. » De sorte qu'il y avoit des messes fondées pour tous les jours de l'année.

    En 1523, un nommé Boulan-Grelet, partisan exalté des doctrines de Luther et de Calvin, monta sur l'autel de Notre-Dame Blanche, et jeta violemment sur le pavé la sainte Image. Un profond sentiment d'horreur et d'indignation s'empara des témoins de cette odieuse profanation ; ils arrêtèrent le coupable et le conduisirent dans les prisons de Loëns.

    La nouvelle de cet attentat se répandit bientôt dans toute la ville, qu'elle plongea dans la consternation ; car Notre-Dame est la Mère tendrement aimée des Chartrains.

    Cependant le coupable fut interrogé par le maire de Loëns, garde-général de la juridiction temporelle de Notre-Dame.

    Au lieu de répondre aux demandes qui lui furent faites, il parla d'autres choses et contrefit le fou ; en sorte qu'on ne put savoir de lui les motifs qui l'avaient porté à commettre ce sacrilège attentat.

    On passa outre ; on instruisit son procès, et le furieux iconoclaste fut condamné, selon la loi de cette époque, à faire amende honorable devant la porte royale et à être brûlé vif.

    Les pieux Chartrains crurent que l'exécution de cette terrible sentence ne suffisait pas pour réparer l'injure faite à Dieu et à la sainte Dame de Chartres ; à leur prière, l'évêque ordonna une procession générale, à laquelle assistèrent les ecclésiastiques de toutes les paroisses de la ville et de la banlieue, tous les religieux des divers monastères, les magistrats avec toutes les autorités civiles et militaires.

    La sainte Châsse y était portée par les chanoines ; toutes les rues étaient tendues de tapisseries ; et au retour, l'évêque célébra pontificalement le messe ; ensuite il replaça sur son autel la statue de Notre-Dame Blanche.

    Cette solennelle réparation eut lieu le dimanche26octobrc 1523.

    Le mercredi suivant fut un jour de jeûne général dans tout le diocèse, pour achever de satisfaire à la justice divine.

    Notre-Dame Blanche demeura exposée sur son autel à la vénération des fidèles jusqu'à la destruction du jubé, en 1763 ; placée sur un autre autel, elle fut brisée sans retour lors de la funeste révolution de 1793.

    A la même époque disparut une autre statue de Notre-Dame Blanche.

    L'inventaire de 1682 la décrit en ces termes : « Une grande Vierge d'argent, de 24 pouces de hauteur, pesant dix mares et demi, nommée Notre-Dame Blanche, ou de lacte. Au milieu du reliquaire est une petite boite d'or dans laquelle il y a une petite fiole de cristal pleine du lait de la sainte Vierge. »

    III. Notre-Dame Bleue fut peu connue des pèlerins ; elle ne sortait du trésor qu'aux jours de fête solennelle ; on l'exposait alors sur le maître autel.

    Voici la description qu'en donne l'inventaire de 1682 : « Une Vierge d'or émaillé (hauteur 17 pouces), ayant un grand manteau émaillé de bleu, et à cause de cela nommée Notre-Dame Bleue. Elle tient par la main gauche son fils debout à côté d'elle, et qui est aussi en or. L'or et l'argent de cette figure pèsent ensemble 35 mares. La Vierge est assise dans une chaise. Au pied de cette chaise est un reliquaire contenant des cheveux de la sainte Vierge, donnés en 1384, par le pape Clément VII à Jean de France, duc de Berry, lequel en a depuis fait présent à l'église, avec cette belle figure de la Vierge, comme il parait par les registres de l'œuvre de l'an 1404. Les mêmes registres constatent aussi qu'en 1416, Jean Tarenne, changeur et bourgeois de Paris, donna le pied ou base de cette statue, qui est d'argent doré environné de panneaux de même, émaillés de bleu et semés de fleurs de lis. »

    Rouillard parle aussi de Notre-Dame Bleue ; sa description complète celle de l'inventaire : « La dicte Image de Nostre-Dame, dit-il, est assise, son Fils debout près d'elle. Son habit est un long manteau d'esmail blanc et violet. Le Fils ha une robe d'esmail blanc, semée de petites roses d'or. » La dicte Dame est richement couronnée de perles et rubis, avec une pièce de semblables pierreries sur son sein, et un bouquet de mesmes, qu'elle porte en l'une de ses mains. »

    Il va sans dire que les révolutionnaires de 1795 ont mis la mains sur cette précieuse statue, et l'ont jetée dans leur creuset sacrilége.

     

    CHAPITRE CINQUIÈME.
    De la Vierge-Noire-du-Pilier.


     

    Cette sainte Image est la plus moderne de toutes les statues de Marie vénérées dans la cathédrale, puisqu'elle ne date que des dernières années du 15° siècle, comme le proclament tous ses caractères archéologiques.

    La première mention qu'en fasse l'histoire, remonte à l'an 1497.

    Il paraît qu'elle fut d'abord placée sur le jubé, aux pieds du Crucifix qui le surmontait.

    Vers 1520, elle fut posée sous l'une des arcades du même jubé, à gauche de la porte d'entrée du chœur ; elle était posée sur une colonne en pierre de liais, et entourée de colonnettes et de traverses en cuivre.

    Ce fut le chanoine Vastin des Fugerais, président de l'œuvre, qui la fit ériger en cet endroit, afin que sans troubler le divin service du chœur, elle fut librement exposée à la vénération de tout le peuple.

    Aussi l'affluence y est si commune, et la dévotion si grande, que la coulomne de pierre, qui soustient la dite Image se voit cavée des seuls baisers des personnes dévotes et catholiques. » Ainsi parlait Rouillard en 1608.

    M. Lejeune, dans une Notice sur les Vierges miraculeuses de l'église Notre-Dame de Chartres, suppose à la statue de la Vierge-noire une antiquité presque fabuleuse :

    « On ignore, dit-il, à quel endroit de l'église haute se trouvait cette statue de la Vierge-noire, avant l'incendie de 1194.

    Puis il ajoute : «elle ne reposait pas sur l'autel principal, dont le couronnement était alors un magnifique cyborium. Mais, après la reconstruction du temple, on l'exposa à la vénération des fidèles au sommet du nouvel autel ; un double escalier, ménagé de chaque côté de ce petit édifice, permettait aux pèlerins d'approcher de la Vierge-noire, et de lui faire toucher des linges et des amulettes. »

    Il en coûte de contredire un vénérable ami ; mais la vérité m'oblige de déclarer qu'il y a ici plus d'une inexactitude.

    Avant l'incendie de 1194, la Vierge noire n'existait pas, et l'autel principal n'était point couronné par un ciborium ; après la reconstruction de la cathédrale, la Vierge-noire ne fut pas même un instant placée au sommet du nouvel autel, et jamais les fidèles n'y ont fait toucher des amulettes. Je serais trop long et je dépasserais le but du Manuel, si j'entrais dans les détails. Qu'il me suffise d'opposer assertion à assertion.

    Après la destruction du jubé en 1763, la Vierge noire fut adossée au pilier du transept qui lui faisait face, et elle demeura à cette place jusqu'au mois de juillet 1791, époque où elle fut reléguée dans un coin de la crypte, d'après les ordres de l'évêque constitutionnel Bonnet. Les anciens chanoines appelaient cette Image leur Vierge stationnale, parce que devant elle ils faisaient une station dans toutes les processions où le saint Sacrement n'était pas porté. Ils avaient aussi établi le pieux usage de l'encenser à Magnificat et à Benedictus, usage qui se continue de nos jours.

    Challine, après avoir décrit le jubé, sur lequel reposait la Vierge-Noire-du-Pilier, ajoute : Devant cet image de la Vierge se voit un cercle de cuivre fleurdelysé où il y a quatre lampes d'argent et une grosse lampe d'argent au milieu, et un autre chandellier où brûle continuellement la bougie que la ville donne pour cet effet devant la Vierge, dont le tour est attaché au gros pilier de devant la nef. » Dès la pose de cette statue, la ville de Chartres représentée par ses magistrats, voulut faire brûler devant la Vierge-Noire le long cierge appelé la Chandelle du Tour, le Tour de cire, le Tour de ville ; lequel fait et institué d'ancienneté de la part du corps et communauté de la dite ville, pour être présenté par oblation pour le salut d'icelle, doit brûler et arder devant les images de la sainte Vierge et du Crucifix, en la nef de l'église Notre-Dame. »

    Ce Tour de ville consistait dans un cierge de cire jaune, d'une longueur considérable, qui égalait, dit-on, l'enceinte muraillée de la ville ; il était roulé sur un cylindre en bois et pesait quelquefois plus de deux cents livres.

    Chaque jour, l'attacheur de chandelles coupait un morceau de ce cierge, et l'allumait sur le chandelier de la ville. Il recevait à cet effet de la ville un salaire annuel qui, après avoir été longtemps de 10 sols tournois, s'éleva à 20 sols dès 1321.

    Pendant plus de deux siècles, le Tour de ville fut présenté indistinctement à quelqu'une des fêtes de l'année ; c'était assez souvent le 17 octobre, fête de la dédicace de la cathédrale ou à la fête de Noël, et on le portait à la procession qui se faisait par l'église haute et basse.

    Mais après l'an 1568, la cérémonie annuelle de la présentation du Tour de ville, fut fixée au 15 mars, jour de la fête de Notre-Dame de la Brèche.

    Tout le corps de ville se rendait, avant la procession, devant la Vierge noire.

    C'était ordinairement le Maire qui allumait le premier cierge détaché du Tour ; mais quand il se trouvait à Chartres quelque prince ou quelque grand personnage, le Maire lui cédait cet honneur.

    C'est ainsi que, le 14 mars 1789, lors de la dernière présentation du Tour de ville, ce fut M. le duc de Doudeauville, récemment nommé gouverneur de Chartres, qui alluma le premier cierge.

    On lit en effet dans le registre de l'hôtel de ville : « Aujourd'hui samedy 14 mars 1789, 8 heures 1/2 du matin, fète de N.-D. de la Victoire (qui i, a été remise aujourd'hui et non lundi par M. l'évêque, ainsi que la procession générale, altendu que lundi est le jour que les trois ordres du Bailliage s'assemblent pour les États-Généraux, le corps de ville, précédé des deux fourriers, des gardes de MM. les gouverneurs, des tambours et musiciens, a rencontré à la porte de son hôtel MM. les officiers du Bailliage présidés par M. le lieutenant-général et précédés de leurs huissiers. Les dites deux compagnies réunies ensemble, le Bailliage tenant la droite et la Ville la gauche, auraient été conduites  l'évêché pour prendre M. le duc de Doudeauville, et l'auraient amené à leurs têtes jusqu'à l'église cathédrale Notre-Dame de cette ville : où étant arrivé par la Porte-Royale, le Présidial se serait rendu dans la chapelle de quatre heures, et le corps de ville ayant à sa tête M. le gouverneur auroit été conduit jusqu'à l'endroit de la nef vis-à-vis l'Image de la sainte Vierge, où étoit le nouveau tour de Bougie de cire jaune que la ville est dans l'usage de présenter de temps immémorial pour être consumé devant l'image de la sainte Vierge ; et à l'instant l'un des portiers auroit allumé un cierge de cire blanche qu'il aurait remis au plus ancien fourrier qui l'aurait présenté à M. Triballet du Gort, Maire, qui l'aurait remis aussitôt à M. le Gouverneur qui aurait allumé ladite bougie, pendant laquelle cérémonie les tambours et musiciens auraient battus et joués de leurs instruments ; après quoi le dit fourrier avec le dit cortège auraient été déposer icelui cierge dans un chandelier de fer qui étoit devant la dite Image de la sainte Vierge. »

    Nous aimons à voir ces pieux et solennels hommages rendus à la gracieuse Dame de Chartres par les hauts représentants de la cité mille fois sauvée par sa puissante protection. Ne verra-t-on plus reparaître ces beaux jours où les dépositaires de l'autorité croyaient s'honorer en honorant la Reine du ciel ?

    En 1806 la Vierge-Noire fut placée par l'abbé Maillard, curé de la cathédrale, dans l'endroit où nous la voyons maintenant ; c'est-à-dire près de la porte de la sacristie.

    Elle repose encore sur une colonne ; mais ce n'est plus celle qui était cavée par les baisers des pèlerins, et qui fut brisée en 1793.

    La colonne actuelle est une des dix colonnes de l'ancien jubé.

    Cette sainte image a été faite par le célèbre Jehan Texier, dit Jehan de Beauce.

    Elle est peinte et dorée ; on ne peut en voir que le visage, parce qu'elle est toujours couverte d'un vêtement assez singulier : sans ce vêtement elle serait plus vénérable encore.

    Marie est assise sur un trône fort simple ; elle est figurée dans toute la grâce de la jeunesse ; son visage noir-brun offre l'impression de la bonté et de la candeur ; ses cheveux sont dores ; un petit voile jaune couvre le haut de sa noble tête ; sa main droite tient une poire, et sa gauche soutient son enfant assis sur ses genoux. Son vêtement consiste en une tunique, une robe et un manteau royal : la tunique d'azur et d'or ne montre que ses manches étroites ; la robe est d'or fleuronné d'écarlate, bordée d'azur et doublée de noir ; cette robe est retenue par une ceinture rouge-poupre ; le manteau jeté sur les épaules revient gracieusement se replier sur les genoux, et trouve pour attache, au milieu de la poitrine, une belle agrafe losangée ; il est d'azur parsemé de fleurs d'or et doublé d'écarlate ; sa bordure est aussi d'or et porte une inscription trois fois répétée, sans doute pour indiquer que chaque personne de l'auguste Trinité adresse ces paroles à la bienheureuse Vierge : Totapulchra es, arnica mea, et macula non est in te; — Vous êtes toute belle, ô ma bien-aimée, et il n'y a point de tache en vous. — Jésus qui est assis sur les genoux de sa tendre Mère, bénit de la main droite, et sa gauche s'appuie sur le globe terrestre ; sa tête est nue ; son visage est gracieux et plein d'une intelligence divine ; il est vêtu d'une tunique d'or bordée de rouge et doublée de vert. La sculpture et la peinture de cette belle statue sont irréprochables.

    La sainte Image est entourée d'une boiserie soi-disant gothique, et qui a été faite en 1831, par M. Bravet. — Un magnifique autel, en style du 12e siècle, ne tardera pas à y être placé, afin qu'il soit enfin loisible d'offrir le divin sacrifice devant l'Image miraculeuse : depuis longtemps les prêtres pèlerins de Notre-Dame ambitionnaient ce bonheur. C'est à la pieuse munificence de Mgr Regnault qu'ils le devront.

    La Vierge-Noire-du-Pilier était, après Notre-Dame-sous-Terre, la plus célèbre des Vierges de la cathédrale.

    Elle voyait chaque année à ses pieds une multitude innombrable de pèlerins qui venaient y déposer l'hommage de la reconnaissance et de la prière.

    Les pèlerins ne sont plus aussi nombreux qu'autrefois ; néanmoins à toute heure du jour, on voit de pieux fidèles allumer des cierges et prier devant cette image de la Mère de Dieu.

    Un prêtre garde constamment la sainte Madone, depuis cinq heures du matin, jusqu'à neuf heures du soir ; il récite l'évangile de Marie proclamée bienheureuse, sur la tète des zélés pèlerins et des pieux fidèles.

    Depuis que l'image quatre fois séculaire de la Vierge-Noire est replacée sur son pilier, la piété des fidèles et des pèlerins s'est plu à l'enrichir et à l'orner ; c'est avec leurs deniers que l'on a élevé la boiserie aux mille clochetons et aux mille découpures qui entoure la sainte Image ; c'est leur reconnaissance qui lui a offert ce riche vêtement brodé en or et évalué à six mille francs, cette couronne et ce sceptre en vermeil, ces cœurs nombreux en vermeil ou en argent, ces deux lampes en argent massif, ces candélabres et ces chandeliers en cuivre argenté, et ces broderies, et ces vases, et ces fleurs, etc.

    Deux lampes brûlent jour et nuit devant l'Image sacrée ; l'une est entretenue par les offrandes des pèlerins ; la seconde a été fondée en 1849 par Mgr. l'évêque de Poitiers, afin que la flamme rappelle à la Mère de Dieu l'ardeur de sa tendresse pour elle. L'éloquent prélat, grandi à l'ombre du sanctuaire de Notre-Dame de Chartres, a en outre voulu, dans sa fidèle dévotion pour la Vierge-Noire, placer son Image bénie dans ses armes épiscopales, afin qu'elle fût comme un sceau toujours posé sur son cœur et sur toutes ses œuvres. 

    Enfin, pour terminer ce chapitre, nous dirons que la vénérable statue de la Vierge-Noire sera, au mois de mai prochain, solennellement couronnée par Mgr. l'évêque de Chartres, assisté d'un grand nombre d'autres évêques de France et de l'étranger, qui viendront ainsi offrir leurs hommages et leurs prières à Notre-Dame de Chartres. — La couronne sera en or et enrichie de pierres précieuses.

    Source : Livre "Manuel du pèlerin à Notre-Dame de Chartres" par Marcel-Joseph Bulteau

     

     

     

     


     

     

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