• Légendes, coutumes et croyances populaires : Mariage

     

     

    Légendes, coutumes

    et croyances populaires

     

    Mariage

     

    Si, dans un repas, un jeune homme ou une jeune fille est placé entre deux sœurs ou entre deux frères c'est, dit-on, un signe que l'un ou l'autre se mariera dans l'année, la jeune fille qui veut voir en songe quel sera le garçon qu'elle aura pour mari, doit, en se couchant, mettre un miroir sous le chevet de son lit.

    Au nombre des meilleurs secrets indiqués par Albert le Grand pour faire de beaux rêves, il suffit, dit ce philosophe, de manger avant de se mettre au lit une pomme de rainette cueillie au lever de la lune le jour de la saint Jean-Baptiste.

    Dans quelques villes lorraines les jeunes filles qui désirent connaître, dans un songe, les noms de ceux qu'elles épouseront, ont soin de manger, la veille du jour de la fête de saint André (30 novembre), le soir en se couchant, une pomme de l’année qui doit avoir été mise dans une de  leurs poches à  leur insu,  il faut qu’elles n'oublient pas, avant de s'endormir, de réciter avec foi la  prière suivante :

    Saint André en songe faites-moi voir

     Celui que pour  époux je dois avoir.

    A Cornimont, les jeunes filles qui ont la même curiosité ont soin de jeûner le premier vendredi de la lune et le soir avant de se coucher, de faire aussi une fervente prière au même saint, après avoir placé sous leur lit le soulier ou le sabot de leur pied gauche. On voit par les deux vers qui suivent et que cite Walter Scott dans le roman de Guy-Mannering, que la coutume de jeûner la veille de la fête de saint André existe encore en Ecosse.  

    Pour que tout aille à votre gré
    Jeunez le jour de la saint André.

    Une autre pratique a encore lieu dans la même commune de Cornimont pour parvenir à la même découverte, elle consiste à écrire, le 26 octobre, jour de la fête de saint Amant, sur deux petits billets les noms des deux amants préférés, ces petits billets, plus hauts que larges, sont mis en croix et placés sous l'oreiller ou dans le bonnet de nuit des belles curieuses qui ne doivent également pas oublier d’adresser, en se couchant, une courte prière à ce saint patron des amoureux et des amoureuses ; on assure que pendant la nuit un beau rêve leur apprend quel est le nom du jeune garçon indiqué sur un des deux billets mystérieux qui sera leur époux.

    Le jour de saint Thomas (21 décembre), les filles de la Belgique adressent aussi une prière à ce saint et lui demandent de leur accorder des époux selon leur vœux, et on dit qu’il est fort rare quand elles ne les voient pas en songe (Coremans, ouvrage cité).

    La pelure d'une pomme enlevée légèrement en spirale, qu’une jeune fille jette derrière elle, pardessus sa tête, doit former étant tombée à terre, la première lettre ou monogramme du nom de l'époux qui lui est destiné.

    Dans un bois voisin du hameau de Hangoxet, commune de Plainfaing, est une roche fort élevée et ayant la forme d’une tour carrée, au pied existe une petite grotte dans laquelle se trouve une vierge en bois que l’on regarde comme très-ancienne ; les jeunes filles disent les auteurs de la Statistique des Vosges, viennent lui adresser des prières pour apprendre d'elle si elles seront bientôt mariées.

    Cette pratique ne serait-elle pas encore un autre reste du culte des rochers auxquels on adressait des vœux et des prières.

    Nous avons dit précédemment qu'à Comimont on invoquait saint Amant comme patron des amoureux et des amoureuses.

    Saint Nicolas, évêque de Myre, est le saint tutélaire des garçons en Lorraine, les jeunes filles recourent à sa puissante protection pour avoir des époux, en allant, comme le font encore, assure-t-on, celles de Saint-Etienne, en pèlerinage à l'église de ce saint, près de Nancy. On ajoute que quand elles ont obtenu la faveur de voir leurs vœux accomplis, elles ne manquent pas encore de venir lui demander de leur accorder de beaux enfants semblables à ceux qu'un hôtelier avaricieux et cruel avait égorgés et mis dans un saloir et que le saint rappela à la vie.

    Une épingle que les jeunes filles jettent dans une fontaine, située à quelques pas de l'humble chapelle de Madame sainte Sabine, lieu d’un grand pèlerinage le jour commémoratif du martyre de cette sainte dame italienne (le 29 août), annonce, si elle surnage, que les jolies pèlerines ne tarderont pas à trouver des époux ; espérance que conçoivent aussi les jeunes lyonnnaises en jetant également une épingle détachée de leur justin (corset) dans les eaux limpides de la fontaine du bois de l’eglise (bodilis) (Emile Souvestre,  les demiers  Bretons, in-12, page 22), nous ajouterons à ces naïfs témoignages de confiance dans le pouvoir des éléments, le récit que fait M. Pitre Chevalier de sa visite à la merveilleuse fontaine de Barenton (voyage en Bretagne, Musée des familles, 1847, page 195). «(Quand nous arrivâmes à cette fontaine nous y  trouvâmes une jeune fille penchée sur l'eau, et qui disait en faisant le signe de la croix avec une épingle détachée de son fichu : ris, ris, fontaine de Barenton, je vais te donner une belle épingle, et l'épingle plongée dans le bassin le fit réellement bouillonner, et la jeune fille,  voyant un miracle dans cet effet commun à tant de sources, s'en alla en rougissant de pudeur et de joie, convaincue qu'elle  aurait un  mari à la Pâques.

     A Labresse on  dit «qu'une jeune fille qui ramasse dans un grand chemin une épingle par la pointe, est exposée à n'avoir pas de lait quand, mariée, elle sera mère.    

    A Fresse on dit aussi qu’une épine accrochée à la robe d'une jeune fille ou d’une veuve, annonce que l'une ou l'autre épousera un veuf.

    Le jeune homme qui, dans une veillée, a l'attention de tenir le ruban destiné à fixer à la quenouille d'une jeune fille le chanvre qu"elle a étendu sur ses genoux, apprend d'elle, dans une confidence, qu'elle est celle de toutes ses amies qui a pour lui la plus tendre et la plus  constante affection..

    Si, dans une de ces veillées, une jeune fille laisse tomber son fuseau et que ce soit le plus petit bout de cet instrument qui arrive le  premier à terre, c'est un signe, suivant les femmes de Cornimont, qu’on recevra bientôt à la maison la visite d’une personne qui n'y est jamais venue.

    Dans quelques communes on connaît qu’il y a des filles à marier dans une maison quand l'auge des fon taines est constamment tenue avec propreté.

    Dans plusieurs autres localités, c’est à la manière dont le fumier sorti des écuries est arrangé, si on remarque de la négligence, un défaut de soin, les garçons s'en  éloignent promptement, au contraire si la paille en est relevée avec une certaine recherche, comme nattée ou tressée en forme  de réseaux, ils s'empressent immédiatement de demander d'entrer dans la maison, faveur  qui leur est rarement refusée et qui est ordinairement accompagnée de la part des propriétaires de la formule  affectueuse : Beniam sin vos ; Soyez le bien venu.  Ces expressions de politesse qu'on adresse à un visiteur, quand il a franchi le seuil de la demeure d’un habitant de la campagne ; rappellent le mot "salve, je vous salue," inscrit sur la porte d'un très-grand nombre de maisons découvertes à Pompéi et à Herculanum.

    La douceur du caractère était autrefois avec l'amour du travail, les premières qualités que les jeunes gens recherchaient lorsqu'il s'agissait de se choisir une compagne, aujourd’hui il est triste de reconnaître que le progrès incessant du luxe autant que le vaniteux désir de sortir de l'humble état dans lequel leurs aïeux ont souvent vécu heureux et honorés, n’ont pas peu contribué à modifier singulièrement ou à faire disparaître les bons sentiments qui les animaient. C'est, il n’en faut pas douter, à ces causes qu’on peut attribuer la diminution, tous les jours plus remarquable et plus affligeante des mariages heureux, suite du peu de prix qu’on paraît attacher au mérite modeste d’une jeune fille, à ses bonnes et délices qualités ; Si elle manque de, fortune, si ses parents, quand elle est parvenue à l'âge de la marier, n'ont à lui donner pour dot que l'exemple de leurs vertus et la rente assurée de leurs goûts simples et laborieux, croyez que la blanche couronne de Phyménée n'ornera pas son front pudique, et que le cœur d'une excellente mère n'aura point à se briser à une cruelle séparation. Le temps est déjà bien éloigné, ou l’on choisissait une compagne, comme elle-même faisait choix d'une robe, non pour le brillant mais pour le bon user (Goldsmith, le Vicaire de Wakefield, chapitre II). Il faut de l'argent et ce qu’on est convenu d'appeler vulgairement un trousseau bien cossu. Il convient également qu'un père, qui a plusieurs filles à marier, fasse des noces splendides pour la première qu’il établit et offre à de nombreux convives un repas pantagruélique ; alors seulement, alors on le croira riche, il n‘éprouvera plus ni inquiétude ni souci sur l'avenir des plus jeunes, elles ne pourront manquer de trouver bientôt des épouseurs.

    Inutile de demander si ont s'informera le moins du monde si les folles dépenses qu’il s'est cru obligé de faire pour se conformer à de ruineux usages, n'ont pas fait une large brèche à une fortune acquise par son labeur, et s’il ne s'est pas mis dans la dure nécessité de contracter des dettes, que de longues années d'économies et de privations ne parviendront peut-être à éteindre que dans ses vieux jours. Ainsi, s’en vont les bonnes habitudes du passé, les joies calmes du village, à mesure que l’on oublie davantage que les bénédictions du ciel ne peuvent être refusées à la jeune fille qui apporte, en venant prendre possession du foyer rustique, non une brillante dot ou de riches joyaux, mais le plus, précieux de tous les trésors, la gloire d’une pure et sainte vie et l'amour traditionnel du travail. »

     

    Au Val-d’Ajol, dit M. le baron de Ladoucette (Usages du Val-d'Ajol ou, Val-d'Ajou. Mémoires de la société royale des antiquaires de France, volume X, page 466), « quand les parents d'un garçon savent qu’il plaît à la jeune fille qu’il aime et que dès lors elle ne le rebutera pas en lui mettant de la braise dans la poche, ils se présentent en grand nombre devant la maison dont le père ferme la porte. Ils frappent, s'annonçant comme des étrangers sans gîte et qui demandent un abri ; on leur répond qu’ils sont peut-être des brigands et que la prudence empêche qu'on les laisse entrer. Ils s'écrient que tout le monde les connaît pour des honnêtes gens, qu’ils ne feront aucun embarras, qu'ils ne viennent pas les mains vides, après quelques difficultés la porte s’ouvre, on prend les provisions, on se met à table, ils content le motif de la visite et l’on finit par convenir de tous les arrangements.

    Il est toujours d'usage que la jeune fille recherchée en mariage quand on fait solennellement la demande de sa main à ses parents. Là, les yeux timidement baissés, elle’ s'occupe silencieusement à rapprocher, par de petits plis, les deux angles inférieurs de son devantrier (tablier) qu'elle s'empresse vivement d’étendre aussitôt que le consentement desiré est accordé, en disant  d'une voie émue : puisque cela. est fait, c’est donc fait ; expression qu'elle accompagne de quelques larmes et de quelques soupirs, indices du chagrin qu'elle éprouve de la perte qu'elle va faire de sa douce indépendance de jeune fille.

    Les vœux du jeune homme ayant été accueillis, on fait encore, dans quelques communes, venir plusieurs bouteilles de vin d’un cabaret voisin et les deux amants boivent tour à tour dans le même verre, prémices d'une communauté de biens qui doit bientôt s'établir entre eux. On donne à cette collation le nom de créanter, c'est-à-dire : assurances et mutuelles promesses faites par les deux familles. C'est ce qu'on appelle dans la Cornouaille, partie de la Bretagne : la demande de la parole (Emile Souvestre, les derniers Bretons).

    A Argentan (Orne), les bonnes paroles, ou la venantise.

     

    On pense bien que ce jour la maison de la jeune fille est tenue avec plus de propreté, que ce n'est point sans intention qu’on a laissé entrebaillées les portes des grandes armoires renfermant le linge le plus fin et le plus blanc, que l'on a point négligé de cirer, à s'y mirer, les huges en noyer, la boîte de la vieille horloge à coucou, au timbre un peu fêlé, qui a sonné tant d'heures si doucement écoulées, la crédence séculaire chargée de la vaisselle la moins ébréchée et de faire disparaître l'ignoble poussière qui couvrait les belles images coloriées, offrant les portraits, d'une ressemblance sans doute fort équivoque, des saints patrons et des saintes patronnes de la famille, le tout pour montrer au prétendu, à ses parents et à ses amis que le toit, sous lequel ils sont venus passer quelques instants, ne couvre pas la demeure d'un pauvre habitant besogneux de la campagne.

    Dans la commune du Val-d'Ajol que nous venons de nommer, des épingles en fil de laiton sont toujours offertes en nombre impair, savoir : cinq ou sept aux hommes et une ou trois aux personnes du sexe que les futurs époux vont inviter à leurs noces. Ces épingles sont fixées au parement de la manche droite de l'habit ou de la robe, et indiquent des arrhes offertes et reçues comme promesses d'assister à cette cérémonie. Dans le département de l'Orne, la sœur ou la parente qui accompagne, la veille du mariage, le trousseau de la jeune future dans la demeure qu'elle doit habiter ; le lendemain, est munie de quelques paquets d'épingles qu’elle distribue une à une aux curieux qui se présentent devant elle. Les épingles sont offertes de fort bonne grâce, et à moins d'être tout à fait incivil on ne peut les refuser. On assure aussi, comme dans notre Lorraine, qu'elles portent chance et bonheur aux jeunes filles qui les reçoivent en présent et qu'elles leur font trouver des maris dans un bref délai. Les personnes auxquelles ces épingles ont été offertes embrassent toujours celles qui les ont données soit le jour même, soit celui de la veille du mariage, jour auquel elles sont présentées par la nouvelle mariée en personne.

    Dans quelques cantons du même département de l'0rne (annuaire de 1809), la mariée va offrir un millier d'épingles décorées de rubans aux personnes qu'elle considère et qui doivent en revanche lui faire don d'une belle quenouillée.

    Un jeune homme qui marche involontairement sur le pied d'une jeune fiancée passe, pour faire un appel à son amitié afin d’être invité à ses noces“

    A Labresse, si les jeunes filles n'ont rien appris qui puisse porter atteinte à la réputation d'une jeune fiancée, elles vont, quelques jours avant la célébration de son mariage, la conduire devant l'autel de la sainte Vierge et y chantent ensemble de pieux cantiques.

    Dans les environs de Lunéville, c'est en entrant à l'église le jour de la célébration du mariage que cette présentation a lieu devant le même autel qui a été orné à cet effet de rubans et de fleurs. Là, agenouillée, la jeune future témoigne par ses pleurs et ses soupirs le regret que son cœur éprouve de bientôt changer d'état et de quitter le toit paternel. Pendant le peu de moment qu’elle reste dans cette posture, ses compagnes chéries ne cessent d’appeler sur elle toutes les bénédictions de celle qui fut un modèle de vertu et sera toujours un exemple de sagesse (Beaulieu, Archéologiede la Lorraine). Hesychius (Lexicon) dit que les jeunes filles d'Athènes devaient être présentées avant leur mariage à Diane, protectrice aussi de la virginité et qu’elles déposaient sur son autel des corbeilles remplies d'objets précieux, afin de se rendre cette déesse favorable.

    Dans la même commune de Labresse, la mère et la marraine, et à défaut, les deux plus proches parentes (les pronubæ des Romains), vont conduire sur un char et en cérémonie les meubles et effets de la jeune future au domicile de son prétendu et préparer le lit nuptial.

    A Rochesson, quand la mariée doit aller demeurer dans une autre commune que celle qu’habitent ses parents, ses amies, pour lui témoigner le chagrin qu'elles éprouvent, s'empressent, comme on le fait encore dans le pays de Gex (M. Depery, ouvrage cité), d'enlever les roues de la voiture qui doit servir au transport de son armoire et de son trousseau, de cacher le joug des bœufs qui doivent être attelés, et à élever de hautes barrières sur le chemin qui conduit a sa nouvelle demeure, afin de montrer par ces différents obstacles leur tendre affection et les regrets qu'elles éprouvent de perdre bientôt une compagne chérie. Cette journée est terminée par un repas de famille donné chez le futur et auquel les lois de la bienséance ne permettent pas à la future d'assister, son prétendu va souper avec elle et lui apporte une assiette de riz ou de millet au lait, toujours fort sucré. Ce mets, sans aucun doute symbolique, est destiné également à lui offrir tout à la fois une image des douceurs de l'union conjugale et un témoignage de sa galanterie.

     

    Au Val-d'Ajol, encore aujourd'hui, dit M. de Ladoucette (ouvrage précédemment cité) la veille des noces le futur amène quinze jeunes gens, précédés d’un violon, pour demander les effets de sa prétendue, le père assure qu'il n'est maître, chez lui, la fille se montre avec ses compagnes et quelques défenseurs. On apporte un vieux coffre pour ne pas abîmer le véritable ; une lutte sérieuse s'engage ; si les garçons réussissent à s'emparer de la huche, les effets sont livrés ; s’ils éprouvent trop de résistance, ils concluent une trêve, et en donnant des épingles, des lacets et des rubans, ils achètent le coffre ; alors les filles, qui avaient ôté les roues du chariot et caché le cheval, remettent tout en ordre, chargent elles-mêmes les vêtements et le bagage de la fiancée ; tous soupent ensemble, et le bal finit la journée.

    Un mariage célébré un jour qu’il pleut, annonce, dit-on, dans quelques communes, que les mariés ne peuvent manquer de devenir très-riches et que la fortune les comblera de toutes ses faveurs. 

    A Sapois, on regarde comme d'un très-mauvais augure quand les futurs ont tué ou simplement saigné un animal quelconque pendant l'intervalle, souvent assez long, qui s'est écoulé de la publication de leurs bans à l’église et celui de la célébration, de leurs noces. ’ " ” J‘ '

    Une personne de la paroisse qui décède dans le même intervalle peut compromettre aussi la félicité future des époux.

    Le jour fixé pour la célébration d'un mariage, on s'empresse, dans quelques communes, d'aller placer un morceau d'étoffe de couleur sur le rucher afin d'associer les abeilles aux joies de la famille. Les jeunes gens invités à cette cérémonie se rendent ensuite au domicile du futur qui les conduit, accompagné par son père et par ses parents, à la demeure de la prétendue.

    Pendant ce trajet, on n'oserait se permettre aucune démonstration de joie, soit par des cris, soit par des explosions d'armes à feu, dans la  crainte de montrer trop de présomption avant d‘être assuré d'un dernier consentement de la future. Arrivé chez elle, on la trouve entourée de ses jeunes amies, ne paraissant pas être très surprise d'une visite aussi nombreuse et des préparatifs d’une fête dont elle doit être le principal ornement. Tout ce qui se passe autour d'elle semble lui être étranger, presque même indifférent. Habillée comme pour un jour ouvrable, les yeux modestement baissés, cousant ou filant tranquillement sa quenouille dans un coin retiré du foyer, elle ne quitte pas son ouvrage afin de ne montrer aucune indiscrète curiosité.

    Le père de son prétendu s'approchant d'elle, lui demande affectueusement pourquoi elle est la seule de toute la maison qui n'est point encore habillée pour se rendre à l'église, elle répond, sans lever les yeux, qu'elle ignore entièrement le motif sérieux qui a amené dans la demeure de son père toutes les personnes qu'elle y aperçoit ; sa mère prenant alors la parole lui dit avec douceur et souvent en répandant quelques larmes, qu'elle ne tardera pas a en être instruite et elle l'engage à aller promptement faire sa toilette. A cette invitation maternelle, ses jeunes amies s'empressent de l'enlever et de la porter plutôt qu'elles ne la conduisent dans sa chambre, où cette grave opération n'est jamais troublée par la présence d'aucun jeune homme.

     

    Pendant cet intervalle les parents des deux familles et les amis invités à la noce, réunis autour de l’âtre domestique, ne manquent pas de faire l'éloge des futurs époux. Jamais la flatterie ne préside à cet entretien, tant on est persuadé, sans doute, qu'on ne peut louer sans ménagement qu'une personne sans pudeur. Le prétendu est un bon cultivateur et, un excellent marcaire (1), aucun jeune homme ne s'entend mieux à, l’irrigation des prairies, ne prend plus de soin des bestiaux et, aux foires, ne sait faire des marchés plus avantageux et des ventes plus profitables à la maison : Celle qui va devenir sa compagne est active et laborieuse, c'est aussi une bonne et diligente ouvrière qui peut filer plusieurs quenouillées dans une veillée d'hiver, elle sait avec habilité traire les vaches et faire le beurre le plus recherche à la ville, elle dirige avec beaucoup de soin, d'ordre et d'économie le ménage de ses père et mère, elle répand en même temps quelques fleurs sur leurs vieux jours par la douceur de son caractère, l'égalité de son humeur et par un aimable enjouement.

    (l) Nom donné dans les montagnes des Vosges aux habitants qui s'occupent de la fabrication des freinages dits de Gérardmer ou de vachelin, généralement moins estimé que celui de Gruyères.

    Pendant ce colloque, les jeunes filles qui ont vivement désiré la faveur de placer les premières épingles à la couronne nuptiale de la mariée et qui doivent leur être rendues après la noce pour leur servir de talismans, destinés à leur procurer bientôt des époux, n'étant plus nécessaires près de la future, s'empressent de venir attacher des rubans de couleurs et des branches de laurier ou de romarin à la boutonnière de l'habit des jeunes gens qu'elles ont choisi pour les conduire à l'église.

    Ces préliminaires, quelquefois assez longs, étant terminés, on cherche les souliers de la mariée qu'une sœur chérie avait caché dans la bonne intention de suspendre son départ de la maison paternelle.

    A Fresse, on dit que si une jeune mariée a de l'argent dans sa poche le jour de ses noces, elle ne peut manquer à l'avenir d’en avoir toujours et que, tant qu'elle aura soin de le conserver sur elle, son ménage sera constamment prospère.

    A Bellefontaine, la jeune future avant de quitter sa demeure pour aller recevoir la bénédiction nuptiale met une petite pièce de monnaie dans un de ses souliers, dans la persuasion que cette amulette doit lui porter bonheur.

    Cette dernière pratique citée dans le Traité des superstitions du chanoine Thiers (liv. X, chap 5) , se rattache sûrement à l'usage qui existait chez les Romains dans le mariage par achat (coemption), où la femme en entrant dans la demeure conjugale, apportait trois as (15 centimes), l'un qu'elle tenait dans sa main pour donner à l'époux qu'elle achetait, l'autre qu'elle plaçait dans sa chaussure pour l'offrir aux dieux Penates et pour sa participation au culte religieux de la famille dont elle va faire partie, quant au troisième elle le déposait dans une espèce d'abri, fait à la hâte, nommé le compitum vicinale, afin d'acquérir l'entrée de la maison (Michelet, Origines du droit français ; page 21. — Desobri, volume II, page 274).

    Il est encore d'usage, dans plusieurs communes, que les parents du futur se réunissent à la cuisine de la demeure de la future, et les amies de celle-ci dans une chambre adjacente, à la porte de laquelle vient se placer le père du prétendu qui dit à celui de la future : qu'en suite des promesses faites à son fils, il se présente aujourd'hui afin d'en demander l'exécution souhaitée depuis si longtemps par toute sa famille. Le père de la prétendue répond que ce vœu est partagé sincèrement par la sienne, mais qu'avant de voir sa fille quitter une maison où elle va laisser tant de regrets, il serait bien aise de savoir dans quel village on a le projet de la conduire, si le chemin qu'on doit prendre pour s'y rendre n'est ni trop mauvais ni trop long à parcourir.

    A ces questions inspirées par la tendresse et l'affection, on s‘empresse aussitôt de répondre que c’est là une très-faible distance de sa demeure actuelle. Cette assurance donnée, le père de la future ajoute toujours, quand même il, aurait encore plusieurs filles à marier, que celle dont on demande la main, remplissant chez lui les devoirs d’une maîtresse de maison, il ne peut en être privé sans de graves inconvénients, mais qu’il est cependant disposé à en faire le pénible sacrifice, si on veut bien la remplacer par une personne sachant tenir un ménage. Le père du prétendu en convenant de l'étendue de la perte qu'il va faire par cette séparation, répond, avec l'intention d’en adoucir l'amertume, qu'il partagerait volontiers toute sa sollicitude, s'il était moins assuré que sa fille ne peut manquer d'être heureuse dans la nouvelle famille où elle va incessamment entrer, qu'il sait bien que le spectacle de deux époux également empressés de remplir chaque jour les saints devoir du mariage, est infiniment plus agréable au cœur d'un père et lui procure une plus douce satisfaction que la triste vue d'une célibataire. Cela est très-vrai, ajoute le père de la future, mais la personne que vous me témoignez le désir de voir unie à votre fils est dans ce moment occupée avec ses jeunes amies, à donner des soutiens à quelques fleurs qu'elle cultive et qu’une rosée trop abondante a fait courber sur leurs frêles tiges, si vous le souhaitez, je vais immédiatement la chercher. S'avançant ensuite vers la fille d'honneur et la présentant par la main au père du prétendu, je n'ai pas été longtemps, lui dit-il, pour vous amener celle que vous désirez, ce dernier répond que ce n'est point la personne recherchée en mariage par son fils, Une réponse à-peu-près semblable , mais toujours accompagnée d'expressions polies et aimables, est toujours aussi faite à toutes les présentations (1) qui ont lieu ensuite en y comprenant celle des filles qui, par leur âge, ont commencé à perdre l'espérance d'être mariées et qui, néanmoins, attachent un grand prix à n'être pas tout-à-fait oubliées ou négligées dans ces présentations.

    (l) Celte coutume de présenter au père du futur toutes les jeunes.

    Si c'est un oncle ou le parrain de la prétendue qui représente son père il va chercher sa propre fille ou une de ses plus proches parentes et la présentant par la main au père du futur, il lui dit : voici une personne qui, je le crains, pourrait bien ne pas être celle que vous demandez, mais comme elle est une bonne ouvrière, il vous sera facile, je n'en doute pas, de lui procurer un établissement-avantageux. Celui-ci répond que toutes les jeunes filles qu’il vient d'apercevoir lui ayant paru réunir les meilleures qualités, il espère qu’elles ne seront pas-longtemps sans trouver à se marier, et qu'étant devenues mères elles n'auront aussi que de bons exemples à offrir à leurs filles, mais qu’il n’a pas aperçu, à son grand regret, au nombre de celles qu'on lui a présentées la personne qui doit faire  le bonheur de son fils ; si vous voulez bien me le permettre, ajoute-t—il, j’irai moi-même dans votre jardin et certes je serais bien malheureux si je ne pouvais parvenir à la découvrir, je ne veux pas vous donner cette peine lui répond le père de la future, et s'avançant ensuite vers sa fille qu'on distinguait autrefois au milieu de ses jeunes compagnes par une robe noire, simple et modeste parure traditionnelle, dans laquelle s'étaient mariées sa bisaïeule, sa vieille grand-mère et sa mère (1), mais aujourd'hui par un habillement d'une couleur moins sombre, par une ceinture en ruban argenté, qu'elle a soin de conserver pour en faire un lieu de berceau à son premier né, comme le faisaient les mariées dans la Bretagne qui renfermaient le ruban des noces dans la cassettedes joyaux de la famille (de, Lavillemarqué, ouvrage cité, volume I. page 238), et par une petite couronne de fleurs blanches fixée par de nombreuses épingles derrière son bonnet, il dit-au père de son futur gendre, je serais fort aise que la personne que vous désirez pour votre fils fût bien celle que je vous amène, oui, répond aussitôt celui-ci, c'est bien la jeune fille que nos cœurs désirent depuis longtemps pour épouse chérie à notre fils et qui, par son union avec lui, procurera à nos familles le bonheur de posséder un enfant de plus, des appuis et des soutiens à notre vieillesse.

    (l) Au Val-dfljol, la jeune mariée, en allant à l'église, portait sur son cœur et attaché par quelques épingles à sa robe de noce une petite image bénite de la sainte Vierge.

     

     

    A Saulxures, arrondissement de Remiremont, le père de la future après avoir successivement présenté toutes les jeunes filles invitées à la noce, dit qu’il éprouve un véritable regret d'en avoir oublié une qui pourrait bien être celle qu’on recherche, si elle n'était occupée journellement aux gros ouvrages de la maison, ce qui lui fait douter qu’elle puisse être l'objet d'une demande très-sérieuse, le père du futur répond qu’il serait bien aise qu'on lui procurât au moins le plaisir de la voir. On la cherche aussitôt, elle n'est point encore habillée ; ce qui n'empêche pas qu'on la présente et après beaucoup de choses flatteuses qui sont adressées, le même père du futur ajoute que c'est bien cette jeune fille que son fils désire, et sa toilette est bientôt faite.

    Toutes ces présentations étant terminées, le père de la future invite sa fille et son futur gendre à se mettre à genoux et il leur donne sa bénédiction, ordinairement précédée d'un petit discours dans lequel on remarque les conseils suivants, que nous avons entendus en 1804, à la célébration d'un mariage dans la commune de Cleurie, près de-Remiremont.

    « Mes chers enfants, je vous engage à vous aimer toujours de toute la tendresse que mon cœur et celui de votre bonne mère vous ont voués»

     

    « Rien n'est plus agréable qu'un beau printemps et, une belle et riche moisson, si ce n'est le spectacle de deux époux également pénétrés des saints devoirs du mariage. »

    Si vous avez des défauts, et qui est-ce qui au monde n’en a pas quelques-uns ? vous devez vous les pardonner doucement, sans fiel et sans aigreur en vrais enfants de Jésus-Christ animés d'une véritable charité chrétienne. » Pensez souvent que la vie est un bien court pèlerinage et que les meilleurs compagnons que Dieu a donné à l'homme pour en adoucir les fatigues, les tribulations amères et les peines de presque chaque jour, sont la religion et la vertu.

    « Pensez souvent, ou mieux encore, ne négligez aucune occasion de vous procurer la douce satisfaction d'entendre prononcer le grand merci d'un pauvre, auquel vous n'aurez refusé ni un escabeau à votre foyer, ni une place à votre table.

    « Si la divine providence accorde des enfants à vos vœux, apprenez-leur de bonne heure que rien n'est plus sacré que le malheur.

    Cette allocution paternelle achevée on se rend à la mairie. Les mariés, dans quelques communes des environs de Saint-Dié, sont montés sur des chevaux parés de fleurs et de rubans. Au Val-d’Ajol, le garçon et la fille d’honneur tiennent, suivant une ancienne coutume, des cannes garnies d'une faveur bleue, et fichent sur leur manche deux grosses épingles de laiton (M. de Ladoucette, (notice déjà citée) ; Le cortège est précédé d'un violon et d’une clarinette, musique obligée et traditionnelle du village, les garçons ne faisant faute de crier de toutes la force de leurs poumons le thiou hihi va longue, expressions ordinaires de la joie bruyante et quelquefois un peu sauvage des montagnards vosgiens assistant à des fêtes, et qui ne sont peut-être qu'une altération du iou, iou, des Grecs et des Romains ou du io, io des Brctons. (de La Villemarqué, Chants populaires de la Bretagne, in-12, volume 1, page 103), n’oubliant pas le vieil usage de leurs pères de tirer fréquemment des coups de pistolets près de la jeune mariée, souvent même entre ses jambes. On assure que loin de s'effrayer de ces explosions subites d'armes à feu, elle paraît s'en divertir beaucoup tant elle est persuadée aussi que son mariage ne serait pas convenablement célébré si on n'y faisait qu'une faible et mesquine consommation de poudre ; ce qui ferait augurer encore que devenue mère, elle ne sera pas bonme au lait, c'est-à-dire bonne nourrice. 

    Dans plusieurs villages de l'arrondissement de Remiremont, on avait la coutume, quelques années avant la révolution, de porter en tête du cortège de la noce une poule vivante qui devait être entièrement blanche. C'était un hommage offert à la vertu de la jeune mariée et qui était inexorablement refusé à toutes celles dont la conduite n'avait pas été toujours exemplaire. Ce volatile, placé à l’extrémité d’une haute perche, de chaque côté de laquelle on fixait en sautoir deux quenouilles garnies de chanvre avec leurs fuseaux ornés de fleurs et de rubans, était confié à un parent ou à un ami du marié qui ne manquait jamais de faire crier la poule, au moyen d'une cordelette attachée à une de ses ailes, toutes les fois que le joyeux cortège passait devant la demeure d'une jeune fille à marier, c'était sans doute une invitation et en même temps un avis destiné à l'engager à mériter qu'on rendit aussi un jour un pareil témoignage de sa sagesse et de ses goûts laborieux, symbolisés par les quenouilles et les fuseaux qu’on aime toujours à voir dans les mains des bonnes et diligentes ouvrières.

    On sait que chez les Grecs et chez les Romains ces présents de Minerve n’étaient point oubliés dans les solennités des mariages. Aujourd’hui on les porte également aux mêmes cérémonies dans plusieurs provinces.

    Arrivé à la maison où avait lieu le repas de la noce, on tuait la poule blanche qui, après avoir été aussi un des ornements de la fête, en devenait la première victime, et on la servait rôtie aux mariés quelques heures après leur coucher.

    Cette coutume existait déjà pendant le moyen-âge en Allemagne, où, suivant J. Grimm (Antiquités du droit, 441, cité par M. Michelet, origines du droit français, page 45).

    Le matin on servait aux époux un mets qu’ils mangeaient ensemble. Chez les riches, c'était aussi une poule rôtie, qu’on appelait : poule des noces ou poule d'amour.

     

    A Martigny-les-Lamarches, on observait, disent les auteurs de la statistique des Vosges, la coutume suivante : lors des mariages une longue chaîne en argent ou en cuivre argenté enfermait les deux époux par le milieu du corps lorsqu’ils allaient recevoir la bénédiction nuptiale. Cette pratique ne se rattacherait-elle pas à l’ancien usage des Romains, d'imposer un joug (jugum) sur l’homme et la femme prêts à s’unir, d'où viendrait la dénomination de conjuges ? (Servius in Virgil. En. IV, l6, — Adam, Antiquités romaines, vol.2, 310.) ou cette chaîne dont on entoure les époux ne serait-elle pas destinée à les mettre à l’abri des maléfices des noueurs d'aiguillettes ? (Voyez ce mot, page 49.)

    On est toujours persuadé que celui des deux époux qui se lève le premier après avoir reçu la bénédiction nuptiale sera infailliblement le maître dans la maison, aussi remarque-t-on assez souvent que la jeune mariée se laisse prévenir par son mari, à moins que celui-ci, jaloux de la conservation de ses droits, n'agisse de ruse en plaçant sous un de ses genoux un coin du tablier de sa jeune épouse, afin de l'empêcher, par cette feinte maladresse, d’être disposée à usurper le gouvernement du foyer domestique et à le faire tomber en quenouille.

    Au Val-d’Ajol, la mariée après avoir reçu cette consécration religieuse doit rester sous le poêle jusqu’au moment où son beau-père vient lui offrir la main pour la conduire près de son époux, déjà retiré quelques pas derrière elle. Si ce parent mettait peu d’empressement à s'acquitter de ce simple devoir de politesse, il donnerait sujet à gloser sur le compte de sa belle-fille, et à beaucoup de personnes de penser que son union avec son fils ne lui est pas infiniment agréable.

    Au Tholy, si la jeune mariée appartient à la congrégation des filles, établie dans cette grande paroisse, la préfète de cette association religieuse, accompagnée de la plus jeune congréganiste, viennent, avant la bénédiction nuptiale, lui enlever le ruban blanc, auquel est suspendu une petite médaille en argent, insigne de son titre de membre de la congrégation. C'est la même préfète avec ses trois plus jeunes compagnes qui tiennent le poêle sur les époux quand on leur donne cette bénédiction.

    A Gerbamont on augure qu'un mari sera jaloux quand, à la célébration de son mariage, il témoigne une vive inquiétude et regarde avec anxiété autour de lui, au moment où la préfète de la congrégation vient chercher son épouse et la conduire derrière l'autel pour lui ôter sa médaille de congréganiste, avant de recevoir la bénédiction nuptiale. On croit aussi que la jeune mariée pourra bien aussi être jalouse si elle n'est point émue, ne verse aucune larme, quand on lui enlève cette décoration.

    L'usage de bénir le lit nuptial n'existe plus guère que dans un petit nombre de communes, Au Val d'Ajol, nous avons vu la mère du marié porter à la messe consacrée à la bénédiction des époux les draps de ce lit roulés et entourés d'un ruban de couleur.

     

    A Labresse, aussitôt que le prêtre a bénit l'anneau nuptial, qui était autrefois en argent et aujourd'hui en or, par suite d'une plus grande aisance dans les familles, le marié le place au doigt de son épouse, d'où il est immédiatement retiré par la sœur de l'époux qui passe à travers un large ruban noir, le remet à la mariée et le lui lie avec ce ruban par plusieurs nœuds autour du poignet. Elle lui dit : souvenez-vous, ma très-chère sœur, que vous devez amour et fidélité à mon frère, conservez très-soigneusement ce gage de la tendre affection qu’il vous a vouée. L'anneau reste ainsi fixé jusqu'au dimanche qui suit la célébration du mariage, jour auquel la jeune épouse est conduite par sa belle-mère à l'offrande de la messe paroissiale, ayant toujours à la main ce ruban noir qu'elle a grand soin de montrer. Le lendemain il disparaît. Cet usage, assure-t-on, est fort ancien et on y attache ingénieusement l'idée de l’indissolubilité du lien conjugal et du devoir de la fidélité. La couleur toujours noire de ce ruban, doit apprendre à la nouvelle mariée que désormais éloignée des ris et des frivolités du jeune âge, son devoir est de s'occuper de soins plus intéressants, plus sérieux et plus dignes de son nouvel état. On a quelquefois regretté que ce signe ne fût présent à la vue de la jeune mariée que durant un trop petit nombre de jours. On sait que, pendant le moyen-âge, les veuves qui se remariaient devaient avoir la main couverte quand elles recevaient, à l'autel, une nouvelle bague d'alliance (Michelet, ouvrage cité, page 37).

    On remarque encore à Labresse un témoignage précieux du respect que les habitants ont conservé pour les personnes mariées. Aussitôt que les époux ont reçu la bénédiction nuptiale leurs parents, leurs amis et amies les plus intimes cessent de les tutoyer. Le jeune homme qui tutoyait une jeune fille en la recherchant en mariage, quitte immédiatement cette manière de parler le jour même qu’il est devenu son époux ; l'honnêteté succède à la familiarité, et dans les commencements de cette union, si, par distraction des amies du même âge que la jeune épouse la tutoyent encore, elles s’empressent de se reprendre et de s’excuser comme si elles ont commis une impolitesse.

    Dans un très-grand nombre de communes les jeunes gens qui assistent à une noce cherchent encore à mettre des obstacles au départ de la jeune mariée pour se rendre à la demeure de son époux, et elle-même, par un sentiment de pudeur, ne manque pas de montrer le désir qu’elle a de retourner chez elle, en disant qu'elle ne connaît pas le chemin qui conduit à cette maison. Chacun des garçons de la noce tenant une des opposantes l'oblige doucement à s’avancer, tandis que le frère ou un ami du marié (le camille des Romains ou le compagnon de l'époux, dans les cérémonies des mariages chez les Israélites), garde soigneusement la jeune épouse qui, résistant de toutes ses forces, parvient quelquefois à lui échapper, pour être bientôt reprise et ramenée après de nouvelles courses inutiles et sans succès en tête du cortége. Ainsi, dit Helder, ouvrage déjà cité (liv. VII, chap. i), « il faut employer la force pour réduire les jeunes filles à l'esclavage que le mariage entraîne avec lui ; » et ce n’est pas là une répugnance forcée ; elles se précipitent hors de leurs huttes et fuient dans le désert ; elles reçoivent en pleurant la guirlande de Phymenée, car c’est la dernière fleur de leur jeunesse si libre et si promptement fanée. Presque toujours les épithalames n’ont pas d’autre but que de les encourager et de les consoler : le rhythme en est mélancolique et, peut-être, ne ferions-nous qu'en sourire, incapables que nous sommes d’en sentir l’innocence naïve et la vérité attendrissante. La jeune fille dit adieu à tout ce qui fut cher à sa jeunesse, elle quitte la maison de ses parents comme si elle était morte à jamais pour eux ; elle perd son ancien nom et devient la propriété d’un étranger qui, selon toute apparence, la traitera comme une esclave. Il faut qu’elle lui sacrifie tout ce qu'il y a de plus cher à un être humain, sa personne, sa liberté, sa volonté, probablement aussi sa vie et sa santé, et cela pour complaire à une passion grossière à laquelle la vierge modeste est encore étrangère et qui, bientôt, sera étouffée sous le poids des ennuis. »

    Il est encore d'usage dans plusieurs communes de placer un balai ou une quenouille, une pioche ou un rateau, couchés en travers de la porte par laquelle la jeune mariée entre dans sa nouvelle demeure en revenant de l'église, et on ne manque pas d’augurer qu'elle n'y aura aucun esprit d'ordre, qu'elle n'y sera pas même soigneuse si, avant de franchir le seuil de la porte, elle ne met aucun empressement à relever ces instruments de travail et à les redresser dans un coin de la maison (l).

    A Sapois, on présente à la jeune épouse un grand plat sur lequel est un œuf qu’elle donne à la personne

    (l) Cet amour de l'ordre existe encore parmi les habitants de beaucoup de villages et on m'a raconté, à Labresse, qu'un jeune homme de cette commune embarrassé de fixer son choix entre trois jeunes sœurs , également belles , consulta son père qui lui proposa de l'accompagne!‘ la première fois qu'il irait Izlomler, äest-à-dire faire sa cour à ces jeunes filles. S'étant donc rendu dans la maison qu'elles habitaient ils remarquèrent que l'aînée revenant des champs, laissa tomber un balai à la porte de la cuisine et passa dessus sans se donner la peine de le relever, négligence que commit aussi sa sœur cadette en rentrant chez elle peu d'instants après, et que la plus jeune qui vint ensuite s'empressa de le relever en souhaitant la bienvenue au père du jeune homme. Aussitôt celui -ci dit à son fils , en lui monlrantla jeune fille qui venait de lui offrir une preuve d'esprit d'ordre et (le politesse, que c'était bien (‘elle qu'il devrait désirer pour épouse, car elle ne devait pas manquer de faire la prospérité de sa maison......

    Source : Livre "Traditions populaires, croyances superstitieuses, usages et coutumes de l'ancienne Lorraine"  par Nicolas Louis Antoine Richard

     

     Légendes, coutumes et croyances populaires