• Le mois de Marie 20 mai

     
     

    Le mois de Marie

    ou méditations sur sa vie, ses gloires et sa protection

     

     Les gifs animés de la Vierge Marie page3

     

    Source : Livre "Le mois de Marie ou méditations pour chaque jour du mois sur sa vie, ses gloires et sa protection"  par Aleksander Jełowicki

     

    POUR LE 20ème JOUR DU MOIS.

    DE LA FOI DE MARIE.

    I.

    « La foi, dit saint Paul, est ce qui rend présentes les choses qu'on espère, et ce qui nous prouve celles qu'on ne voit point (') ; » celles qu'on ne voit ni par les yeux du corps, ni par ceux de l'esprit. La foi est donc la base de l'espérance, car pour espérer il faut croire que la chose dans laquelle on espère peut arriver. La foi, c'est la raison et la preuve de notre confiance en Dieu ; la foi, c'est l'hommage, c'est le culte rendu à la vérité et à la source de toute vérité, qui est Dieu.

    La foi est la condition du salut, car Notre-Seigneur l'a dit : « Celui qui croira, et qui sera baptisé, sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné (2). » La foi est la condition de la justification : « Quiconque croit est justifié (3), » par les actes de la foi et par la foi, « qui est animée par la charité ('). » La foi est la condition de la vie. « Le juste vit de la foi (2), » dit l'Apôtre. La foi est la condition des grâces efficaces de Dieu. « Croyez-vous que je puisse le faire (3) ? » demandait ordinairement le Christ à ceux qui le priaient de faire des miracles. La foi est la condition d'action efficace pour la cause de Dieu et de notre salut ; Jésus-Christ lui-même nous l'apprend, lorsqu'il dit : « Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : transporte-toi d'ici là, et elle s'y transporterait, et rien ne vous serait impossible (4). » Voici pourquoi les apôtres suppliaient Notre-Seigneur en disant : « Augmentez notre foi (5). » En un mot, la foi est une condition indispensable pour être agréable à Dieu : « Il est impossible de plaire à Dieu sans la foi, » dit saint Paul (B). »

    « C'est par la foi, dit l'Apôtre, que nos pères ont conquis les royaumes, ont accompli les devoirs de la justice, ont reçu l'effet des promesses, ont fermé la gueule des lions, ont arrêté la violence du feu, ont évité le tranchant des épées, ont été guéris de leurs maladies, ont été remplis de force et de courage dans les combats, ont mis en fuite les armées des étrangers... Les autres ont souffert les moqueries et les fouets, les chaînes et les prisons. Ils ont été lapidés, ils ont été sciés, ils ont été éprouvés, ils sont morts par le tranchant de l'épée (') ; » leur foi augmentait leur force et leur courage, et ils se consolaient d'avoir à souffrir pour la cause de Dieu.

    L'Eglise et toutes les vertus qui y fleurissent doivent leur durée et leur développement à la foi. Et tout cela par Marie, qui est la mère et la conductrice de tous les croyants. Les patriarches et les prophètes contemplaient la foi de Marie : contemplons-la aussi et tâchons de l'imiter.

    La foi de Marie fut vive, simple et persévérante. La foi de Marie fut si vive qu'elle nous a donné la vie. Car, dit saint Irénée, « ce qu'Eve avait noué par l'incrédulité de la foi, Marie l'a dénoué par sa foi (2). » — « Eve, dit Tertullien, avait cru au serpent, Marie a cru à Gabriel ; ce que l'autre avait perdu en croyant au mal, Marie l'a racheté en croyant au bien (3). »

    Au mépris de la parole de Dieu, Eve, abandonnant la foi et croyant à Satan, ferma le paradis, enfanta la mort, ouvrit l'enfer ; en respectant la parole de Dieu, en conservant la foi et croyant à l'ange, Marie vainquit la mort, enfanta la vie, ouvrit le ciel. « La foi de Marie, dit saint Augustin, en adhérant d'esprit et de cœur à l'annonciation de l'ange, a ouvert le ciel ('). » Et voici pourquoi elle sera appelée bienheureuse dans la suite des siècles, voici pourquoi Elisabeth, la saluant au nom de tous les peuples et de toutes les générations, au nom de toutes les nations et de toutes les langues, au nom de tous les cœurs qui aiment Dieu, s'écria : « Vous êtes bienheureuse d'avoir cru (2) ! »

    0 Marie ! nous vous saluons aussi par les mêmes paroles : « Vous êtes bienheureuse d'avoir cru ! » Par votre foi si vive, vous nous avez donné la vie ; par votre foi si vive, ce n'est pas seulement la montagne que vous avez transportée, mais vous avez remué le ciel et la terre : du ciel, vous avez fait descendre Dieu même sur la terre ; de la terre, vous élevez tous les croyants jusqu'à Dieu. Par votre foi si vive, vous avez réparé l'incrédulité d'Eve, vous nous avez conquis le paradis, vous nous avez donné Dieu. « Oui, vous êtes bienheureuse d'avoir cru ! »

    0 Marie ! mère de la foi et de tous les croyants, vous qui, par votre foi, avez brisé la tête du serpent, obtenez-nous une foi pareille à la vôtre, afin que nous puissions toujours être les vainqueurs de Satan !... « Vous, dont la foi si vive a dompté pour toujours toutes les hérésies ('), » faites-nous avoir la foi libre de toute erreur, la foi vive et resplendissante comme la lumière de Dieu qui nous la donne. Vous avez cru, Marie, « et il est accompli tout ce qui vous a été dit de la part du Seigneur (2). » Augmentez donc notre foi, pour que sur nous s'accomplissent aussi, non les menaces du Seigneur", mais bien ses promesses !

     

    II.

    Le deuxième caractère de la foi, c'est la simplicité, qui consiste dans la soumission volontaire de la raison et du cœur à la foi. Il ne suffit pas de croire seulement par la raison, car Satan croit ainsi : « Les démons croient, et ils tremblent (3) ! » dit saint Jacques ; mais il faut que le cœur aussi soit pénétré de la foi. L'Apôtre le dit : « Il faut croire de cœur pour être justifié (4). » La simplicité de la foi éclaire la raison, enflamme le cœur, car elle nous attire les dons de la sagesse et de l'amour de Dieu ; et c'est pour cela que Jésus-Christ en rend grâces au Père éternel, en disant : « Je vous rends gloire, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et que vous les avez révélées aux simples et aux petits (') ; » c'est-à-dire à ceux qui, se reconnaissant simples et petits, humilient leur esprit devant la sagesse divine, tournent leurs cœurs vers Dieu, comme l'enfant les tourne vers sa mère, croient à tout ce que Dieu leur révèle, exécutent tout ce que la foi leur commande. Plus l'esprit de l'homme est vif et droit, plus il y a de simplicité dans sa foi ; car, sachant que Dieu est la vérité même, ne pouvant se tromper, ni nous tromper, il soumet son esprit à toute parole de Dieu, et l'accepte de cœur.

    Marie, temple de la sagesse, fut aussi le temple de la foi, et de la foi la plus simple : or tout est facile pour une âme fidèle qui a une véritable simplicité. Ne semblait-il pas, en effet, que ce que l'Ange du Seigneur avait annoncé à Marie, c'est-à-dire qu'elle concevrait et qu'elle mettrait au monde un fils sans cesser d'être vierge, était la chose la plus difficile à croire ? qu'elle, créature, elle serait la mère du Créateur ; que Dieu se ferait homme dans son sein ; qu'il naîtrait comme un enfant de l'homme, et que cet enfant, que cet homme-Dieu rachèterait le monde au prix de sa mort ? Cependant, ayant reconnu que tout ce que l'Ange lui annonçait venait de Dieu, Marie le crut avec une simplicité parfaite ; et, bien qu'elle sût n'être rien par elle-même, elle ne douta point que Dieu, qui avait tiré le monde du néant, ne pût aussi se servir de son néant pour en faire le ealut du monde.

    0 simplicité sainte! quand descendras-tu aussi dans nos cœurs ? Quand commencerons-nous à croire, avec une simplicité parfaite, à tout ce que Dieu nous propose par sa sainte Église ? Quand commencerons-nous à croire, avec la même simplicité, à toutes les promesses du Seigneur ; à tout ce que Jésus-Christ lui-même nous enseignait, soit par son exemple, soit par ses paroles, sur les souffrances, sur les bonnes œuvres, sur l'amour de nos ennemis, sur la sécurité en présence de ceux qui ne peuvent tuer que le corps et ne peuvent endommager notre âme ; sur les béatitudes promises aux pauvres, aux doux, à ceux qui pleurent, à ceux qui sont affamés et altérés de la justice, aux miséricordieux, à ceux qui ont le cœur pur, aux pacifiques, et à ceux qui souffrent persécution pour la justice (')?... Quand nous arrivera-t-il d'avoir assez de simplicité de foi pour commencer à être vraiment obéissants à l'Église de Dieu ? Quand cesserons-nous de manquer de courage pour les œuvres de Dieu ? Quand cesserons-nous de douter dans nos prières ? « Car celui qui doute, dit saint Jacques, est semblable au flot de la mer, qui est agité et emporté çà et là par la violence du vent (2). » Et s'il en est ainsi, si pa reils au flot ballotté par le vent, nous nous laissons emporter par le doute, qu'y a-t-il d'étonnant que, saisis de frayeur nous-mêmes, nous épouvantions les autres ? C'est que nous avons perdu la simplicité de la foi, qui donne le calme, la sérénité, le vent propice, qui nous mène, après la traversée de la vie, au port du salut éternel. 0 Marie ! sauvez-nous du naufrage ! sauvez-nous en nous obtenant la foi vive et simple

     

    III

    La couronne de la foi, c'est la persévérance. « La foi de Marie fut plus ferme, dit saint Alphonse de Liguori d'après Suarès, que celle de tous les hommes et de tous les anges ensemble. Elle avait vu son fils dans la crèche de Bethléem, et croyait cependant qu'il était le Créateur du monde. Elle l'avait vu fuyant devant Hérode, et croyait cependant qu'il était le roi des rois, Dieu tout-puissant. Elle l'avait vu naître, et croyait cependant qu'il était éternel. Elle l'avait vu pauvre et ayant faim, et croyait cependant qu'il était le maître de l'univers. Elle l'avait vu couché sur la paille, comme s'il était privé de force, et croyait cependant que sa force dirigeait le monde. Elle l'avait vu ne prononçant encore aucune parole, et croyait cependant qu'il était la sagesse infinie. Elle l'avait vu pleurant, et croyait cependant qu'il était la béatitude même. Elle l'avait vu enfin crucifié, agonisant, mort, et lorsque la foi de tous ses disciples lut ébranlée, Marie croyait toujours qu'il était Dieu, immortel, et qu'il ressusciterait. »

    La vie de Jésus s'éteignit, la foi de Marie ne s'éteignit pas ; et voici pourquoi saint Léon adresse à Marie ce verset du Sage du Seigneur : « Sa lampe ne s'éteindra point pendant la nuit ('). » Et voici pourquoi, observe saint Antonin, la sainte Église éteint tous les cierges pendant la cérémonie des Ténèbres, à l'exception d'un seul, qu'elle garde non éteint sous l'autel, en commémoration qu'à la mort du Christ la foi de tous ses disciples s'était éteinte, sauf celle de Marie, qui seule dans son cœur conserva aux jours de la mort de Jésus la foi vive et ardente de la sainte Église. Aussi sainte Méthode appelle Marie, « le flambeau de la foi (*), » et saint Cyrille la nomme « le sceptre de la sainte foi (3), » le sceptre qui nous assure le règne de la vérité.

    Qu'est-ce donc que notre fermeté et notre persévérance dans la foi à côté de celles de Marie ? Le moindre souffle de vent nous emporte ; la moindre adversité nous brise ; la moindre difficulté nous rebute ; le moindre danger nous épouvante ; le moindre insuccès nous abat ; la moindre misère nous afflige ; la moindre injustice nous trouble ; le moindre mépris nous bouleverse ; la moindre croix nous terrifie, bien que nous sachions par la foi que c'est la croix qui est notre force et notre appui, notre arme et notre victoire, notre trésor et notre bonheur.

    « La foi, dit saint Alphonse de Liguori, est un don de Dieu, mais elle est aussi notre propre vertu ; elle est le don du Seigneur en tant qu'elle est la lumière dont Dieu éclaire notre âme ; elle est notre vertu en tant qu'elle est un libre assentiment de notre raison et de notre cœur, recevant la lumière divine, la suivant et s'y conformant. » Nous avons donc à demander le don de la foi, et d'un autre côté nous devons conformer nos actes à la foi. « Celui-là seulement, dit saint Grégoire, croit en esprit et en vérité, qui accomplit tout ce qu'il croit ('). » Et saint Augustin, en insistant sur ce que nos actes doivent partir de la foi, nous dit : « Vous dites que vous croyez, mais faites ce que vous dites, et vous prouverez votre foi (2). » Ce n'est que la foi vive, simple et ferme qui fait la vie de l'âme, dit saint Paul. « Le juste qui m'appartient vivra de la foi (3). » Mais celui qui soutient qu'il a de la foi, et qui n'agit pas selon la foi, celui-là ne vit pas, il est mort. Saint Jacques nous l'apprend en disant : « que la foi sans les œuvres est morte (4). » Quel avantage avez-vous de croire en Dieu, si vous vivez comme s'il n'y avait pas de Dieu ? Quel avantage avez-vous de croire à la vie éternelle, si vos œuvres vous condamnent à la mort éternelle ?

    0 Marie ! Vierge fidèle ! faites que votre foi relève la nôtre ! intercédez pour nous, afin que Dieu augmente notre foi et nous donne une foi vive, simple et persévérante : vive dans les œuvres, simple dans l'obéissance, persévérante dans les adversités ; une foi enfin qui ressemble à la vôtre.