• Le mois de Marie 13 mai

     
     

    Le mois de Marie

    ou méditations sur sa vie, ses gloires et sa protection

     

    Les gifs animés de la Vierge Marie page 2

     

    Source : Livre "Le mois de Marie ou méditations pour chaque jour du mois sur sa vie, ses gloires et sa protection"  par Aleksander Jełowicki

     

    POUR LE 13ème JOUR DU MOIS.

    Troisième douleur de la très-sainte Vierge.

    Jésus perdu et retrouvé dans le temple.

     

    ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU, II, 19-23.

     

    « Hérode étant mort, un ange du Seigneur apparut à Joseph, en Egypte, pendant qu'il dormait, et lui dit : Levez-vous, prenez l'enfant et sa mère, et retournez dans le pays d'Israël ; car ceux qui cherchaient l'enfant pour lui ôter la vie sont morts. Joseph, s'étant levé, prit l'enfant et sa mère, et se mit en chemin pour revenir dans le pays d'Israël. Mais ayant appris qu'Archélaùs régnait en Judée en la place d'Hérode, son père, il appréhenda d'y aller, et ayant reçu pendant qu'il dormait un avertissement, il se retira dans la Galilée, et vint demeurer dans une ville appelée Nazareth ; afm que cette prédiction des prophètes fût accomplie : Il sera appelé Nazaréen ('). »

     

    « Son père et sa mère allaient tous les ans à Jérusalem à la fête de Pâques. Et lorsqu'il fut âgé de douze ans, ils y allèrent selon qu'ils avaient accoutumé au temps de la fête. Quand les jours de la fête furent passés, lorsqu'ils s'en retournèrent, l'enfant Jésus demeura dans Jérusalem sans que son père ni sa mère s'en aperçussent. Et, pensant qu'il était avec quelqu'un de ceux de leur compagnie, ils marchèrent durant un jour ; et ils le cherchaient parmi leurs parents et parmi ceux de leur connaissance. Mais ne l'ayant point trouvé, ils retournèrent à Jérusalem pour l'y chercher. Trois jours après ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. Et tous ceux qui l'entendaient étaient ravis en admiration de sa sagesse et de ses réponses. Lors donc qu'ils le virent, ils furent remplis d'étonnement, et sa mère lui dit : Fils, pourquoi avez-vous agi ainsi avec nous ? Voilà votre père et moi qui vous cherchions, étant tout affligés. Il leur répondit : Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu'il faut que je sois à ce qui regarde le service de mon père ? Mais ils ne comprirent point ce qu'il leur disait. Il s'en alla ensuite avec eux, et vint à Nazareth ; et il leur était soumis. Or, sa mère conservait dans son cœur toutes ces choses. Et Jésus croissait en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes ('). »

     

     

     

    I.

    Lorsque les années d'exil furent accomplies, il fallait retourner dans le pays d'Israël, pour que Jésus pût y remplir sa mission. Or, comme saint Bonaventure l'observe, Jésus fut alors trop grand pour être porté, et trop petit pour faire le voyage à pied (2). » Ainsi, le retour même dans sa patrie fut encore pour Marie un sujet de fatigues et de douleurs ; car Dieu a voulu que toute consolation de Marie fût accompagnée d'amertume ; toute joie, de tristesse ; tout avantage, de peine ; et comme Jésus-Christ était en tout homme de douleur, que sa mère, Marie, fût en tout femme de douleur. Voici pourquoi, à leur retour dans leur patrie, ils ne se rendirent pas où ils voulaient, mais ils s'établirent à Nazareth, une des plus misérables bourgades de la Judée ; ce qui donna lieu à ce que, par dérision, on appela Jésus, le Nazaréen.

     

    Les larmes aux yeux, Marie voyait grandir la beauté et la sagesse de Jésus ; les rayons divins du regard de son fils pénétraient l'âme de Marie, et perçaient son cœur d'une indicible douleur ; car elle le voyait toujours sur la croix. Un des interprètes de la sainte Écriture applique à Marie ces paroles du Cantique : « Les cheveux de votre tête sont comme la pourpre du roi, liée et teinte dans les canaux ('). » Et à cette pensée il s'écrie: « 0 Marie ! votre cœur et vos pensées semblent aussi teintes dans le sang du Seigneur, car toujours elles étaient, pour ainsi dire, présentes à l'effusion du sang qui s'écoulait des plaies dont son corps était couvert (2). »

    Qui pourra comprendre ces douleurs incessantes du cœur de Marie, constamment plongée dans le sang de son fils ! 0 souffrance ! ô patience ! vous êtes les meilleurs témoins de notre fidélité et de notre amour pour Dieu, qui éprouve par des souffrances ses serviteurs fidèles. O Marie ! vous êtes la plus fidèle, car vous avez souffert le plus. Vous avez souffert le plus, car vous êtes la plus fidèle. O vierge fidèle ! priez pour nous, afin que nous devenions fidèles, et que, persévérant avec patience dans une vie parfaite, nous obtenions, par notre patience, le salut de nos âmes, selon ces paroles de saint Jacques : « La patience est parfaite dans ses œuvres (') ; » et selon ces paroles de Jésus-Christ lui-même : « C'est par votre patience que vous posséderez vos âmes (2). »

     

    Nous qui nous plaignons et nous lamentons pour des riens, voyons donc ce que sont nos douleurs à côté des douleurs de Marie, qui, par leur gravité et leur incessante durée, l'emportent de beaucoup sur toutes les douleurs réunies du monde entier. Et cependant la patience de Marie a su vaincre toutes ces douleurs et les enchaîner au fond de son cœur. Quant à nous, il suffit d'une indisposition, d'un léger mal de tête pour nous rendre lâches et paresseux dans le service de Dieu, pour nous ôter toute énergie. Les cheveux de la tête de Marie étaient comme la pourpre du roi, liée et teinte dans les canaux, et cependant Marie était toujours prête et toujours prompte pour le service de Dieu : « Elle allait tous les ans à Jérusalem à la fête de Pâques ('). »

     

    0 Marie ! enseignez-nous votre patience, afin que nous rendions grâces à Dieu des souffrances qu'il nous envoie ; et que nous soyons d'autant plus fidèles, que nous souffrons davantage.

     

    II.

     

    Que vous est-il arrivé, Marie ? vous courez dans les rues, dans les champs ; vous pleurez, vous gémissez !... Elle ne répond rien, mais elle questionne elle-même les passants : « N'avez-vous point vu celui qu'aime mon âme (2). » « L'enfant ne paraît pas, et que deviendrai-je (3). » 0 Marie ! comment ne devinerait-on pas que vous avez perdu Jésus !

     

    Comme elle ne trouvait point Jésus, Marie pensait qu'il était resté à Jérusalem avec quelqu'un de leur famille : elle savait bien qu'elle le retrouverait et cependant elle se lamente de sa perte. Et nous, pleurons-nous quand nous avons perdu Jésus, c'est-à dire quand nous avons offensé Dieu ? Nous pleurons amèrement la perte de biens terrestres ; et la perte de Jésus savons-nous la pleurer ? « Un homme perd-il son bœuf, il se met à sa recherche ; perd-il sa brebis, son âne, il se met à leur poursuite; et il ne se consolera de leur perte que quand il les aura retrouvés ; mais s'il perd son Dieu, il mange, il boit, il reste tranquille comme s'il ne lui était rien arrivé ('). » C'est ainsi que saint Augustin réprimande notre indifférence envers Dieu, entièrement opposée à la tendresse et à la fidélité de Marie.

     

    Celui-là seul qui pourrait comprendre l'amour de Marie, pourrait comprendre sa douleur quand elle perdit Jésus. Écoutons au moins ce que l'Ecriture sainte nous dit de cette douleur d'une manière prophétique, et comme elle annonce ses lamentations : « Je me lèverai, y est-il dit, je ferai le tour de la ville, et je chercherai dans les rues et dans les places publiques celui qui est le bien-aimé de mon âme ; je l'ai cherché et je ne l'ai point trouvé (2). » « Apprenez-moi où vous vous reposez à midi, de peur que je ne m'égare (3). » « Mes larmes m'ont servi de pain le jour et la nuit, lorsqu'on me dit tous les jours : Où est ton Dieu (4). » « C'est pour cela que je fonds en pleurs et que mes yeux répandent des ruisseaux de larmes, parce que celui qui devait me consoler s'est retiré loin de moi (5). » « Quelle joie puis-je avoir, moi qui suis toujours dans les ténèbres et qui ne vois point la lumière du ciel (')?» « Mon cœur est rempli de trouble, toute ma force m'a quitté, et même la lumière de mes yeux n'est plus avec moi (2). »

     

     

     

     

     

    Cette douleur fut pour Marie plus poignante encore que les précédentes. Quand elle se repliait sur elle-même elle souffrait, mais au moins se consolait-elle alors par la présence de Jésus, tandis que dans cette épreuve nouvelle cette consolation même lui manque. Elle soutfrait alors avec Jésus, mais dans ce moment elle souffre seule ; à travers les autres douleurs elle voyait au moins le salut du monde, mais ici elle ne voit que sa misère, son insuffisance pour soigner Jésus et pour le servir ; aussi dans son tourment elle ne fait que penser par quelle faute commise elle a perdu son Dieu. Bienheureuse l'âme qui se tourmente et se désole jusqu'à ce qu'elle ait retrouvé Jésus ! Bienheureuse l'âme qui, pour le retrouver, le cherche avec la sollicitude de Marie !

    0 Marie ! au moment de cette douleur vous avez vu et senti combien de fois je perdrais Jésus, et non seulement vous avez vu et senti que je le perdrais souvent, et que je ne ferais rien pour le retrouver ; mais encore, que je chercherais à me dérober, à me cacher devant Jésus, qui viendrait me chercher. Et cette circonstance aggravait votre douleur. Faites donc que cette insouciance, cette infidélité, cette lâcheté de mon âme, m'engagent au regret, aux larmes, au désir de chercher Jésus, et qu'elles vous engagent à avoir pitié de moi. 0 Marie ! prenez-moi, emmenez-moi ; et si je m'opposais à vous suivre, enlevez-moi de force ; et, mère chérie, portez-moi vers votre divin fils.

     

    III.

    Cette douleur de Marie devait être immense, puisque elle, si patiente, qu'au pied de la croix, à la mort de son fils, elle se taisait cependant ! en le retrouvant elle lui adressa en sanglotant ces mots arrachés à son amère désolation : « Mon fils, pourquoi avez-vous agi ainsi avec nous (') ? » Pour un cœur affectionné y a-t-il une douleur qui puisse être comparée à la perte de celui qu'on aime ? Votre douleur, ô Marie ! à la perte de Jésus, prouve le degré de votre amour pour lui.

    La joie de Marie fut immense lorsqu'elle trouva Jésus enseignant au milieu des docteurs ; mais cette joie, si pure et si douce, fut troublée par les paroles de Jésus même, qui lui dit, comme s'il ne s'adressait pas à sa mère : «Pourquoi me cherchiez-vous ? ne saviez-vous pas qu'il faut que je sois à ce qui regarde le service de mon Père (2)? » C'était la première fois que Marie avait entendu de la bouche de Jésus des paroles en apparence froides, dont le sens échappait à son cœur maternel, mais qu'elle avait comprises comme servante du Seigneur : « Elle a conservé dans son cœur toutes ces choses ('). » Elle les a comprises pour se rappeler toujours par quel moyen le monde allait être sauvé ; pour se rappeler toujours que son fils n'était pas venu au monde pour faire sa joie, mais pour remplir la volonté de son Père, c'est-à-dire pour racheter le monde par l'effusion de son sang et le sacrifice de sa vie.

     

    Ces pensées étant toujours présentes à votre esprit, qu'y a-t-il d'étonnant, ô Marie ! « Que les cheveux de votre tête fussent comme la pourpre du roi, liée et teinte dans les canaux (2)? »

    « Jésus s'en alla ensuite avec eux et vint à Nazareth, et il leur était soumis (3). » La volonté du Père accomplie, Jésus était prêt à remplir les ordres de sa mère. Cette obéissance, qui témoignait de la vénération de Jésus pour Marie, ces soins affectueux qui prouvaient son amour pour elle, ces innocentes caresses par lesquelles il cherchait à dissiper ses chagrins, rendaient Jésus d'autant plus précieux à Marie, augmentaient chaque jour son amour pour lui, mais en même temps elles enfonçaient aussi de plus en plus le glaive douloureux dans son cœur, par la constante pensée qu'une mort si terrible devait le lui enlever.

     

     

     

    « Jésus croissait en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes ('). » L'amour et les douleurs de Marie croissaient aussi dans la même proportion. Dans son modeste réduit, oublié du monde, Jésus passa trente ans dans l'obéissance, le travail et la pauvreté ; et lorsque cet agneau de Dieu s'en allait déjà pour effacer les péchés du monde ; lorsque ce bon pasteur sortait pour retrouver ses brebis égarées ; lorsque ce lion de la tribu de Juda s'en allait pour faire la conquête des enfers ; lorsque cet auteur de la vie allait répandre la parole de la vie, distribuer le pain de la vie, vaincre la mort par sa propre mort et donner la vie au monde, et qu'il allait recueillir l'ingratitude pour ses bienfaits, les reproches pour sa doctrine, les blasphèmes pour ses miracles ; lorsque ce fils adoré de Marie, agissant et enseignant, devait livrer des combats divins, et ne remporter la victoire que par l'effusion de son sang et sa terrible passion: ô ! quels furent alors les adieux de Marie ! que de douleurs dans ces adieux !... Jugez-en, vous surtout, ô mères ! dont le cœur connaît les sentiments affectueux que vous portez à vos enfants. Mais, prenant Marie pour modèle, suivez son exemple : enfermez vos douleurs dans votre cœur, et si Dieu appelle vos fils pour apôtres et pour martyrs, livrez-les sans opposition à la vocation qui les entraîne.

     

    0 Marie ! lorsque Jésus vous quittait pour aller, à la sueur de son front et par les flots de son sang, nous gagner le pain de la vie ; lorsqu'il s'arrachait de vos bras, de ce paradis terrestre dont nos péchés le chassaient pour le conduire au. supplice réparateur, quels touchants adieux ne vous fit il pas ! quelle tendresse ne vous prodigua-t-il pas dans ses embrassements d'amour et de reconnaissance ! C'était, hélas ! le dernier baiser filial, le dernier !!! C'était le dernier : « Dieu vous le rende ! Le dernier : « bénissez-moi, ma mère ! » — Marie, vous le suivrez partout où il ira ; pendant trois ans vous irez après lui ; vos yeux le verront encore pendant trois ans... : mais son cœur ne reposera plus sur votre cœur...; mais en présence des hommes il ne vous donnera plus le doux nom de « mère ! »