• LE LAUS

     
     

     

     

    Le Laus
    Benoîte Rencurel
     

    LE LAUS

     

    Au-dessus du village de Saint-Étienne-le-Laus, petit village appartenant alors au diocèse d’Embrun, au mois de mai 1664, la Vierge Marie apparaît à une bergère de 17 ans, Benoîte Rencurel, habitant avec sa famille au village.
     

     

    Naissance de Benoîte
     
    Cette enfant de prédilection vint au monde le 29 septembre 1647 (2) ; son père était Guillaume Rencurel et sa mère Catherine Matheron.

    Depuis que l'histoire du Laus, en manifestant les miséricordieuses bontés de la Sainte Vierge, a proclamé les vertus et les privilèges de cette humble fille, plusieurs localités se sont disputé l'honneur d'avoir été la patrie de ses as et, par conséquent, la sienne ; mais cette prétention n'étant fondée que sur une ressemblance de nom, on ne saurait enlever à Saint-Étienne la consolation et la gloire d'être le berceau immémorial des Rencurel.

    Ce nom, en effet, se trouve déjà dans une transaction passée en 1376 entre les habitants de Saint-Étienne et noble et puissant seigneur Messire Lanthelme de St-Marcel, escuyer et seigneur d'Avancon, de Saint-Étienne et de sa vallée.

    Au jour de son baptême, la fondatrice du Laus reçut le prénom de Benoîte.

    Était-ce une prophétie ? On pourrait le croire, car ce nom devait recevoir bientôt une consécration complète de sa signification. L'enfant à qui il était imposé allait être bénie de la bénédiction la plus maternelle par Celle qui, elle-même, a été bénie par-dessus toutes les femmes (1).

    Plus tard, cette Mère bien-aimée l'appellera : « Ma fille ; » les Anges la nommeront : « Ma sœur ; » les pèlerins lui donneront le nom de « Soeur Benoîte, » à cause de son affiliation au tiers-ordre de saint Dominique.

    Depuis l'introduction de la cause de sa canonisation (1871), l'Église l'appelle « Vénérable Sœur Benoîte ; » nous faisons de même, en attendant que nous soyons autorisés à lui décerner les titres plus glorieux encore de Bienheureuse et de Sainte. Puissent nos voeux hâter ce jour tant désiré !

    Dans un pays pauvre, il y a ordinairement quelques familles qui jouissent d'un bien-être relatif : Benoîte n'eut pas même l'avantage de trouver assis au foyer domestique cet hôte qui semble apporter avec lui le bonheur.

    (1) Béni, bénie, bénite, se traduisait autrefois par benoît, benoîte. Ce nom de Benoîte a traversé les âges avec la vénération qu'inspire une chose sainte. Un vieillard des environs de Saint-Étienne, mort depuis peu, ne le prononçait lamais et ne l'entendait jamais prononcer sans se découvrir.

    Ses parents étaient dans un état bien voisin de l'indigence : ils n'avaient pour vivre que quelques parcelles de terre et le travail de leurs mains.
    Mais ils étaient chrétiens fervents, catholiques pieux, et, ils trouvaient dans leur foi soumise et leur religion bien pratiquée de quoi suppléer aux richesses et se consoler de leur pauvreté.
     
    Ainsi, cette enfant qui devait avoir avec le monde surnaturel des relations si intimes « est née au village.
     
    Son corps repose au hameau ; toute sa vie angélique s'est écoulée dans cette vallée des Alpes.
     
    Une étroite prairie sépare sa tombe de son berceau ; la même ombre, les recouvre ; la thème enceinte de montagnes les abrite et les protège. Dieu choisit ce qu'il y a de plus faible et de plus petit pour confondre les superbes et les forts (1). 

    (1) A Nazareth potest aliquid boni esse? (Joan., I, 46).

    (2) Un écrit trouvé récemment à la bibliothèque de l'hôtel de ville de Marseille porte la date de la naissance de soeur Benoîte au 26 septembre. Nous croyons devoir conserver la date du Manuscrit, sanctionnée par M. Gaillard et approuvée implicitement par soeur Benoîte elle-même.

     

    LE LAUS

    Tableau l'enfance de Benoîte



    Enfance
     
    La pauvreté des Rencurel devient une profonde misère à la mort du père de famille. Benoîte, alors âgée de 7 ans, est chassée avec les siens du logis où elle avait passé ses premières années.
     
    Elle doit bientôt gagner son pain comme gardienne de troupeaux.
     
    À partir de l'âge de 12 ans, elle travaille chez deux maîtres : Jean Roland, cultivateur brutal que Benoîte convertit par sa douceur et Louis Astier, homme de bien.
     
     

    L'enfance de Sœur Benoîte est admirable comme le reste de sa vie.

    Le merveilleux, l'extraordinaire brillent sur son berceau, éclairent ses premiers ans, tout comme ils resplendiront sur les jours de sa maturité et de sa vieillesse.

    Nous allons donner ici les traits les plus saillants de cette enfance, afin que nos lecteurs puissent, dès à présent, contempler cette figure tout angélique, ne serait-ce qu'à travers les lignes incolores d'une rapide silhouette.

     

    C'est dans cette chaumière dont nous venons de décrire la pauvreté primitive que s'écoulent les premières années de Benoîte.

    Là, dans cette paix qui semble être le partage envié des familles où la pauvreté est consacrée par la religion, grandit sans bruit cette enfant que le Ciel appelle à une mission si extraordinaire.

    Couchée dans son berceau de sapin ou reposant sur les genoux de sa mère, elle n'interrompt son silence que par les vagissements des premiers jours ou les bégaiements des premiers ans ; mais, plus tard, elle sera l'oracle des grands du monde et des hauts dignitaires de l'Église : sa parole éclairera les consciences, étonnera les savants et confondra l'astuce des pervers.

     

    Plus heureuse. que bien d'autres, nés cependant au milieu de l'abondance. elle puise au sein maternel la nourriture substantielle qui donne à ses membres leur développement progressif et rapide ; mais ce corps, embelli par l'innocence, elle le vouera bientôt, afin de le préserver de la corruption, à des austérités précoces et à des mortifications presque cruelles.

     

    L'heureuse mère de cette enfant. semble pressentir un trésor dans cette fleur si fraîche, mais si délicate encore ; c'est pourquoi elle l'environne d'une anxieuse sollicitude.

    Et si l'œil maternel est constamment ouvert sur ce berceau, du haut du Ciel Marie le contemple avec amour et le couvre d'une visible protection.

    De son côté, Satan, dont le flair diabolique découvre, dans cet être si faible, l'un de ses plus terribles adversaires, jette un regard de haine sur cet humble réduit.

    Dans sa rage, il voudrait étouffer au berceau cette enfant qui lui ravira les âmes par milliers ; il essaie à plusieurs reprises de réaliser son infernal dessein, mais sa puissance échoue devant, la vigilance protectrice de la Mère de Dieu.

     

    Dès ses premières années, Benoîte n'a presque rien de l'enfance.

    De très bonne heure, elle donne des signes d'une sagesse précoce.

    A un âge où les autres enfants ne rêvent que jeux et n'attirent l'attention que par leur légèreté, elle semble n'avoir plus rien de puéril et, avec une maturité au-dessus de cet âge, elle remplit auprès de sa famille l'office d'ange tutélaire.

    Le mal lui inspire une répulsion si naturelle, si instinctive, qu'elle parait le deviner.

    Lorsque des hommes pervers trament contre la fortune déjà si restreinte de ses parents des projets inspirés par une cupidité malhonnête, elle semble le lire sur leur visage, aussitôt elle court en avertir sa mère : « Mère, dit-elle, tenez-vous cachée ; il y a là des hommes qui viennent pour vous prendre vos papiers et d'autres choses, s'ils le peuvent. »

     

    Cette perspicacité surhumaine qui lui fait aujourd'hui protéger les biens matériels de sa mère contre d'astucieux ravisseurs lui fera, quelques années plus tard, sauvegarder les biens les plus précieux de son âme : son honneur et si vertu.

    Lorsqu'un homme, le sourire sur les lèvres, une bourse à la main, abordera la pauvre veuve avec d'abominables desseins : « Portez ailleurs votre argent, lui dira la jeune vierge, nous n'en avons pas besoin ici. »

     

    Tant de sagesse, tant de vertu dans un âge si tendre ravissait les parents de Benoîte.

    Comme ceux du saint Précurseur du Messie, ils auraient pu se dire : « Que pensez-vous que sera cette enfant ? »

    Mais, ne pouvant ni prévoir ni se persuader que Dieu pût regarder leur bassesse et préparer dans leur famille un instrument de ses miséricordes, ils se contentaient d'admirer l'œuvre de la grâce dans cette âme si docile.

    L'amour qu'ils avaient pour elle allait de pair avec leur admiration.

    Le père, surtout, ressentait pour sa fille une prédilection prononcée ; et ce qui le charmait particulièrement, c'était ce reflet de modestie et de pureté virginale qui reluisait au front de son enfant.

    Oh ! le beau spectacle que celui d'une famille solidement chrétienne !

    Cet intérieur est un vrai sanctuaire.

    Le père, dépositaire de l'autorité de Dieu, sait la rendre aimable en l'imprégnant de bonté.

    La mère, participant au commandement du père et à l'obéissance des enfants, est le lien d'amour entre tous les membres de la maison.

    Les enfants respectent, vénèrent, aiment leurs parents qui leur apparaissent comme une image de Dieu.

     

    Tel était l'heureux état de la famille des Rencurel.

    Mais la joie n'est pas de longue durée sur la terre.

    De bonne heure Dieu veut éprouver l'âme de Benoîte par les afflictions ; de bonne heure il lui fait faire le noviciat des épreuves de la vie.

    A sept ans elle perd son père, qu'elle aimait tant et dont elle était tant aimée.

    La voilà, avec deux sœurs dont elle est la puînée, avec une mère veuve et désolée, pauvre et tombée de la pauvreté dans l'indigence, car dans les premiers jours de son veuvage elle est dépouillée de ses biens.

    Mais Benoîte a le coeur bien fait et une âme pleine de foi et de piété ; elle en tire une tendresse plus empressée pour sa mère, et un baume consolateur pour la désolation de la pauvre veuve : « Ne vous affligez pas, lui dit-elle souvent ; Dieu et sa sainte Mère nous assisteront. » Admirables paroles dans la bouche d'un enfant ! Elles indiquent au coeur affligé les deux grandes sources de l'espérance chrétienne : Dieu et sa sainte Mère ; Dieu, le protecteur spécial de la veuve et de l'orphelin, et Marie, la Consolatrice des affligés.

     

    C'est beaucoup, sans doute, que dans un âge aussi tendre Benoîte puisse devenir l'ange consolateur de sa maison, et pourtant ce n'est point assez pour elle.

    Elle sait que, si on peut compter sur le Ciel, il faut néanmoins coopérer à l'action de la Providence selon la mesure de ses forces.

    C'est pourquoi elle veut mettre au service de sa famille sa vigueur naissante.

    Ne pompant faire autre chose, elle se met à garder un petit troupeau.

    La voilà donc bergère, et jusqu'à dix-sept ans !

    Et ce titre si humble sera ennobli par ses vertus et par ses relations avec la divine Mère du Bon Pasteur, au point qu'on ne l'appellera plus que la Bergère de Saint-Étienne, la Bergère du Laus.

     

    Ce rôle obscur, ruais aimé du Ciel, la Sainte Vierge le partage quelquefois avec sa protégée, non pas ostensiblement, sans doute, mais d'une façon cependant aussi réelle que mystérieuse.

    Lorsque Benoîte, pour aller faire à la chapelle du village ses longues prières, abandonne son troupeau, elle le retrouve toujours, à sou retour, à l'endroit où elle l'a laissé, et sans qu'il y manque un seul petit agneau : les loups l'ont respecté.

    Qui a tenu la houlette pendant son absence ? Qui serait-ce, sinon la divine Bergère ? Et ce troupeau, si gras quoiqu'il fréquente les merles pâturages que les autres troupeaux du pays, qui le fait prospérer si merveilleusement ? Serait-il téméraire de voir là encore la main bénie de la Mère de Dieu?

     

    Quelque humble que fût le métier de gardeuse de brebis, c'était encore pour Benoîte une consolation que de l'exercer dans la maison de sa mère; mais le moment arriva où elle dut quitter le toit paternel pour aller se mettre au service d'un étranger.

    D'un côté, sa plus jeune soeur était en âge de la remplacer auprès du petit troupeau de la famille ; de l'autre, la pénurie se faisait sentir de plus en plus à la chaumière. La pauvreté habituelle s'était aggravée d'une disette causée par plusieurs mauvaises récoltes.

    Malgré les secours nombreux distribués dans tout le pays par d'Aubusson, archevêque d'Embrun, la misère allait chaque jour croissant, et Benoîte dut songer à se mettre en condition pour soulager la famille.

     

    Ce dévouement aux intérêts domestiques fut pour elle une source de grands sacrifices : il lui fallut s'arracher aux tendresses de sa mère, aux attentions affectueuses de ses sœurs, à tous les charmes de la famille, pour n'être plus que la servante de maîtres qui pouvaient être indifférents, et peut-être égoïstes et durs.

     

    Benoîte avait douze ans quand elle se vit ainsi obligée de descendre, d'une condition déjà si humble, à une autre plus modeste encore. Obéissante et résignée, elle franchit sans murmure le seuil paternel, demandant pour toute faveur à sa mère de vouloir bien lui acheter un chapelet.

    La pauvre enfant espérait, à bon droit, trouver dans la prière de quoi se consoler au milieu de ses peines et la force de supporter sans faiblir cette nouvelle épreuve.

    Comme bien on le pense, la mère n'eut garde de refuser à sa fille ce pieux talisman.

     

    Louis Astier fut le premier maître de Benoîte. Bien vite il apprécia les qualités de sa jeune bergère, et. volontiers il aurait consenti à lui confier pour longtemps la garde de son troupeau, mais la mort le frappa avant la fin de la deuxième année.

    Sa femme désolée, chargée d'une nombreuse famille et pressée par la famine qui devenait de plus en plus cruelle, fut obligée de n'accepter les services de Benoîte que pour la moitié du temps.

    La bergère se mit, pour le reste, à la disposition d'un second maître nommé Rolland.

    Elle passait alternativement une semaine chez chacun d'eux, recevant ainsi tantôt de l'un, tantôt de l'autre, le morceau de pain de chaque jour.

     

    Il y avait entre les deux maîtres de la jeune bergère des différences fort sensibles.

    La veuve, mère de six enfants, était dans un état voisin de l'indigence ; mais la pauvreté, au lieu d'endurcir le cœur, comme le fait trop souvent l'opulence, le rend plus sensible aux misères des autres.

    Aussi cette femme se montrait-elle envers Benoîte pleine de bonté.

    « Au moment de la cherté du blé, dit M. Gaillard, elle a de la peine à avoir du pain pour toute sa famille, mais elle aime mieux souffrir la faim et voir ses enfants en souffrir aussi, plutôt que de laisser Benoîte manquer de rien. Cette pauvre veuve donnait toujours à la bergère le peu de pain qu'elle avait, de peur qu'elle ne mourût de faim à la campagne en gardant les moutons. »

    Nous verrons plus tard comment Benoîte savait correspondre à tant de bonté.

     

    La maison de Rolland mit en relief non seulement la charité de Benoîte, mais ses autres vertus et surtout sa douceur.

    « Cet homme était si brutal , disent nos historiens, que personne ne pouvait demeurer chez lui. Il avait le coup aussi prompt que la parole. »

    Mais ce maître violent et emporté, qui commande plus avec le poing qu'avec la raison et les bonnes paroles, est fasciné par la douceur franche et naïve de Benoîte.

    Celle-ci lui reproche ses colères, lui rappelle le devoir de l'amour de Dieu, lui représente la rigueur des jugements divins et l'éternel désespoir des réprouvés ; mais elle le fait avec un accent si inspiré, avec. une douceur si angélique, que cet homme s'apaise soudain quand l'humble bergère l'interpelle.

    Jamais il n'osa s'emporter contre cette petite fille.

     

    Cet ascendant que la vertu de Benoîte exerçait autour d'elle la rendit chère à sa maîtresse, qui ne trouvait auprès de son mari que rigueurs et mauvais traitements.

    Quand l'orage commentait à gronder, elle se mettait à l'abri derrière sa petite bergère, comme sous un paratonnerre protecteur.

     

    C'était beaucoup, saris doute, que cette candide enfant pût apporter un peu de sérénité dans le ménage de Rolland ; elle fit plus cependant.

    Ce maître aux moeurs si sauvages, au caractère si violent, finit par céder aux remontrances de la jeune fille et, à la grande édification de tout le pays, se convertit sérieusement.

     

    On ne sera point étonné, après cela, des témoignages spontanés rendus à la bergère par tous ses maîtres.

    L'un vante sa simplicité, l'autre sa douceur, celui-ci sa libéralité, celui-là sa sobriété et sa fidélité, tous sa piété et sa modestie : « Benoîte, disent-ils, toujours été fort réservée en toutes choses, et surtout dans la conversation. Elle évita toujours les mauvaises compagnies, les enfants fripons, déréglés et turbulents. »

     

    Pour obéir à son maître, elle gardait les moutons avec un enfant de son âge, d'ailleurs fort sage, doux et modeste, appelé Joseph Souchon.

    Or, il arriva qu'au temps des fruits mûrs cet enfant voulut en dérober et en donner à Benoîte.

    Celle-ci ne put le souffrir : « Hors sus ! lui dit-elle, il faut se séparer, nous offensons Dieu ; quand nous serons seuls, nous le servirons mieux, nous éviterons de l'offenser, et nous n'irons pas manger les fruits des gens. »

     

    C'est avec cette prudence au-dessus de son âge et cette vertu déjà si solide, que Benoîte arrivait au moment où elle devait entrer en relations plus intimes avec le monde surnaturel.

    Avant de la suivre dans cette nouvelle phase de son existence, arrêtons-nous un instant encore pour contempler plus à notre aise cette admirable figure, dont nous n'avons présenté que les grands traits.

    Notre regard rétrospectif doit se fixer d'abord sur la lutte qui s'engage autour du berceau de Benoîte, entre la Vierge Immaculée et Satan ; il s'arrêtera ensuite sur les grandes vertus de la Bergère.


     
    Le Laus : la basilique
    Tableau de l'agression des muletiers
     
    Un jour, Benoîte, poursuivie par des charretiers qui voulaient abuser d'elle, s'enfuit vers un marécage et ne s'enfonça pas, alors que ses poursuivants s'y enfoncèrent. On y a vu un signe de protection divine pour cette fille choisie par Marie pour une mission grandiose.
     

    Benoîte persécutée par le Démon et protégée par la Sainte Vierge, dès son enfance

    Le titre de ce chapitre nous jette en plein dans le surnaturel. Bien que nous écrivions pour des lecteurs qui, comme nous, n'ont aucune peine à admettre l'intervention des puissances surhumaines dans les choses de ce Inonde, il nous a paru utile néanmoins de rappeler ici les enseignements de la théologie sur les relations des démons avec le monde visible.

    Il est de foi que plusieurs anges se sont révoltés contre Dieu et ont péché. Job dit que Dieu « a trouvé de la malice dans ses anges (1) ; » saint Pierre écrit « que le Seigneur n'a pas pardonné aux Anges rebelles, mais qu'il les a livrés aux rugissements et aux tortures de l'enfer (2) ; » la parole du divin Maître est encore plus explicite : il condamne les hommes pervers « au feu éternel préparé au démon et à ses anges (3). »
     
    Il est de foi aussi que les démons ont le pouvoir d'agir sur les âmes humaines, en les sollicitant au mal. Jésus-Christ appelle le démon « celui qui est homicide dès le commencement; » l'Écriture Sainte le nomme simplement le « tentateur; » saint Pierre

    (1) Job., IV, 18.

    (2) II Petr., II, 4.

    (3) Matth., XXV, 41.

    reconnaît en lui « l'adversaire qui, comme un lion rugissant, rôde autour de nous pour nous dévorer (1); » saint Paul, écrivant aux Éphésiens, leur dit que « nous avons à lutter contre les princes de ce monde, les puissances des ténèbres et les esprits pervers (2). »
     

    Il est également certain que Dieu permet aux démons d'agir d'une manière sensible sur les corps humains et sur toutes les créatures animées ou inanimées, et que, depuis la déchéance originelle, la nature est plus ou moins soumise à l'empire de Satan, « le Prince de ce monde. »

    C'est ce qui explique les exorcismes et les bénédictions que l'Église prononce sur tous les objets qu'elle emprunte pour son usage à la nature matérielle.

    C'est ce qui explique aussi ce passage de saint Paul : « Nous savons que toute créature gémit et souffre, à l'heure présente (3). »

    Et comme la substance corporelle, clans l'homme, est empruntée à la nature physique, Satan a sur lui un pouvoir qui se manifeste visiblement en certaines circonstances, et dans les lignites déterminées par la volonté souveraine de Dieu.

    Ces principes une fois posés, nos lecteurs ne seront point surpris que nous ne nous préoccupions pas davantage des préjugés, des susceptibilités et des répugnances de notre siècle, relativement à l'intervention directe des puissances des ténèbres dans les choses du monde.

    Quant aux timides, qui admettent avec une facilité relative l'action des puissances surnaturelles bienfaisantes, ils doivent se résigner, sous peine d'inconséquence, à confesser pareillement le pouvoir des esprits pervers et ennemis.

    L'histoire du Laus est faite de cette double intervention du Ciel et de l'Enfer. 
    (1) I Petr., V, 8.
    (2) Ephes., IV, 12.
    (3) Rom., VIII, 22.
     
    « Pourquoi, dès lors, taire une partie de la vérité ? Pourquoi ne pas rap-peler aux hommes, qu'outre leur faiblesse et leur imbécillité, ils ont encore à redouter les artifices d'un ennemi puissant et conjuré à leur ruine ? Et pourquoi ne pas leur faire voir les faiblesses, l'impuissance et la rage de ce terrible ennemi en présence des vrais serviteurs de Dieu ? »
    La Bergère du Laus avait, toutes les qualités que détestent particulièrement les puissances malveillantes.
     
    Toute sorte de bien, sans doute, leur est odieux, mais il est certaines vertus qui exaspèrent l'enfer plus que toutes les autres : ce sont les vertus de simplicité, d'humilité et d'innocence, qui reluisaient à un haut degré dans l'âme de Benoîte.
     
    Le démon prévoyait, sans doute, les grandes grâces auxquelles la Sainte Vierge voulait employer le ministère de cette enfant ; aussi, dès sa naissance et ses premières années, cherche-t-il à exercer autour d'elle de mauvais desseins, le plus souvent déjoués par une puissance non moins mystérieuse et toujours bienfaisante (1). »

    Benoîte n'avait encore que huit mois; elle dormait du sommeil calme et paisible de l'enfance ; l'Ange commis à sa garde devait, lui sourire : mais Dieu permet que l'Ange des ténèbres renverse le berceau.

    La pauvre enfant aurait été infailliblement étouffée, si la Providence n'avait envoyé soudain une main charitable pour relever l'enfant et le berceau.

    Dix mois après, la pauvre petite fut l'objet d'une attaque plus cruelle. L'esprit mauvais l'arrache violemment de ses langes et lui passe la tête dans ce trou que les paysans de nos montagnes pratiquaient autrefois dans la porte de leurs étables, pour y laisser libre passage aux chats et aux oiseaux de basse-cour. Le cou de l'enfant y est, tellement serré qu'elle est sur le point d'être étranglée. 

    (1) Léon Aubineau. Notes littéraires sur le XVIIe siècle.

    En vain on aurait essayé de la retirer : il faut briser avec précaution la vieille porte. Ce fait parut si grave, si extraordinaire et devint si publie, qu'il fut consigné dans les minutes de Me Aubert, notaire du lieu.

    Cette seconde défaite exaspère la rage du démon.

    Catherine Matheron , n'étant plus retenue prés de son enfant par les soins incessants que réclame le berceau, s'en allait de temps en temps travailler quelques heures aux champs.

    Dans l'intervalle, elle laissait sa petite fille n la maison, dont elle fermait soigneusement la porte.

    Or un jour, en rentrant au logis, elle n'y retrouve pas sa petite Benoîte. Étonnée, elle fouille, niais en vain, tous les recoins de sa maison.

    Elle sort alors tout éplorée, la douleur dans l'âme, et demande des nouvelles de son enfant aux voisines et aux personnes qu'elle rencontre ; niais nul ne peut lui en donner.

    En peu de temps, elle parcourt toutes les maisons et les rues du village: sa tille n'a été vue nulle Hart.

    Les voisins s'unissent à sa douleur et il ses recherches ; M. Fraisse lui-même, prieur-curé de la paroisse, n'y reste pas étranger.

    Ensemble ils recommencent les perquisitions clans la maison Rencurel ; ils finissent par trouver l'innocente créature sous un lit où le démon l'avait cachée.

    En vain ils essayent de la retirer, une force invisible et irrésistible la tient lit connue gare rotée.

    A bout de ressources, le prieur prend le parti de faire sur l'enfant les exorcismes.

    Devant les prières de l'Église, Satan lâche sa proie ; mais la pauvre petite a tant souffert qu'elle est presque morte au moment où elle est rendue à sa mère.

    Dieu ne permet jamais ce déchaînement de l'enfer contre ses élus sans leur envoyer des secours presque aussi extraordinaires que leurs combats.

    Sans doute, l'Ange de Benoîte la protégea souvent contre les coups du démon ; ruais ce qu'il y a de certain, c'est que la Sainte Vierge ne tarde pers à descendre jusqu'a cette pauvre petite fille et ô l'environner de sa maternelle sollicitude.

    Attaquée, torturée par le Prince de ce monde, l'Humble enfant. est protégée et consolée par la Reine du Ciel.

    Celle-ci ne se montre pas encore sous la splendeur qui lui appartient, mais sous les dehors d'une « belle Dame, » d'une « grande Dame ; » elle s'approche de temps en temps de cette enfant qu'elle honorera bientôt d'une familiarité quotidienne.

    Benoîte avait trois ou quatre ans : c'est l'âge où un enfant peut courir par le village sans trop préoccuper la sollicitude maternelle.

    Or, un jour, elle s'amusait près de la fontaine à pétrir de la terre, en compagnie de quelques autres enfants de sa condition.

    Sans nul souci de la propreté, comme on l'est à cet âge, ces petites filles s'inquiétaient peu si la boue qu'elles manipulaient éclaboussait jusque sur leur figure et salissait marne leurs lèvres.

    En ce moment, une Dame étrangère, au visage doux, au maintien noble, apparaît sur le chemin et s'approche du groupe enfantin.

    Attirant à elle la petite Benoîte, elle prend de l'eau du bassin avec sa blanche main, en baigne le visage de l'enfant, purifie ses lèvres de leur souillure ; puis, donnant à toutes un petit soufflet, amical, elle disparaît eu leur disant : « Soyez bien sages, ales pouponnes. » C'était le mercredi des Cendres.

    Trois ou quatre ans plus tard , tandis que Benoîte et ses compagnes jouaient ensemble, une « belle et grande Dame, » au vêtement cramoisi, leur apparaît soudain.

    Son aspect les ravit, et elles se mettent à la suivre.

    Or la belle inconnue allait de porte en porte demandant l'aumône, non pour elle-même, mois pour un pauvre du village, appelé Trinquiez, qui priait Dieu continuellement pour ceux qui l'assistaient.

    Quand la belle mendiante eut ramassé plein sors tablier de pain, elle l'apporte à son protégé et en remplit sa huche.

    — « Belle Dame, dit, celui-ci, pour vous remercier, j'aurai bien des psaumes à dire. »

    — « Tenez-vous content, bon homme, » répond la brillante quêteuse. Se tournant ensuite du côté des petites filles qui l'avaient suivie, elle donne à chacune un petit soufflet d'amitié en leur disant : « Soyez bien sages, mes fillettes; » puis elle disparaît, au grand regret de ces enfants, dont elle avait déjà captivé les cœurs.

    Si la Sainte Vierge, tout à l'heure, près de la fontaine, apprenait à son enfant il respecter en son corps le temple de Dieu, en remplissant à son égard, avec une admirable condescendance, une fonction maternelle, maintenant elle veut lui enseigner à compatir aux misères d'autrui, en tendant sa main royale en faveur d'un pauvre de Jésus-Christ.

    Cette leçon ne sera pas perdue, et nous verrons bientôt combien le coeur de Benoîte sera bon et charitable aux malheureux.

    En attendant, elle continua d'être l'objet d'une protection spéciale de la part de Celle qui sera un jour sa « Bonne Mère ».

    Quand elle eut atteint sa dixième année et qu'elle eut acquis, dans ses courses quotidiennes à travers les ravins et les coteaux, assez de force pour entreprendre une marelle qui devait durer plus de quatre heures, dans des sentiers rudes et escarpés, sa mère la conduisit en pèlerinage à la chapelle de Saint-Sixte.

    Ce lieu de dévotion était situé sur la paroisse de Bréziers, aux flancs d'une montagne qui s'élève sur la rive gauche de la Durance.

    Cette rivière, au cours rapide et désordonné, ne supportait aucun pont : il fallait la traverser dans une barque maintenue par un câble attaché aux deux rives.

    Au retour du pèlerinage, Benoîte se trouve dans le hèle esquif avec sa mère et de nombreux passagers.

    Tout à coup la corde se rompt et la barque est emportée par la rapidité du courant.

    La pauvre petite, harassée par la fatigue d'une route si pénible, à peine entrée dans la barque n'avait pas tardé à s'endormir.

    Put-elle partager l'émotion des autres passagers au moment où l'esquif prenait la dérive ?

    L'histoire ne le dit pas. Ce qu'il y a de certain, c'est que quelques instants après, lorsque déjà la barque avait parcouru plusieurs kilomètres (1) et menaçait d'être engloutie dans les flots, elle se trouvait réveillée.

    Ses vêtements étaient inondés par l'eau qui remplissait la barque; les passagers étaient déconcertés ; le danger devenait de plus en plus imminent.

    Benoîte alors dit à tous « de prier Dieu, afin qu'il leur fasse miséricorde.»

    En ce moment, l'esquif arrive eu face de l'antique cité de Tallard, assise sur la rive droite de la Durance.

    Et alors les flots le poussent sur un banc de sable, où il échoue. Vainement on aurait essayé de le re-mettre à flot.

    Il ne restait donc aux passagers d'autre ressource que de jeter vers Tallard un cri de détresse.

    Ce cri est entendu : aussitôt les cloches de la vieille église lancent dans les airs leur appel d'alarme et les habitants accourent en foule pour donner secours aux naufragés.

    Ceux-ci atteignent la rive sans encombre et sans avoir éprouvé le moindre mal.

    La sévère critique pourrait peut-être demander où est ici la main de la Très Sainte Vierge.

    Nous la voyons, nous, dans la délivrance inespérée et subite du danger imminent où se trouvaient les pieux pèlerins de Saint-Sixte. Plus tard, la Bonne Mère déclara explicitement à Benoîte que c'était par amour pour elle qu'Elle avait sauva ; la vie à ses compagnons (2).

    (1) La distance parcourue par la »arque est d'environ 10 kilomètres.

    (2) La tradition a toujours vu la un fait miraculeux. Pour en perpétuer le souvenir, en 1870, M. l'abbé Jauni, alors archiprêtre de Tallard, a eu la pieuse pensée d'élever un oratoire en l'honneur de la Sainte Vierge à l'endroit même où, d'après la tradition locale, s'était opéré le sauvetage des pèlerins de Saint Sixte.

    « L'année suivante (1658), au mois de janvier, Benoîte fut envoyée par sa mère au moulin de Remollon, sur la Durance, avec un âne chargé de quatre émines de blé.
     
    Sa plus jeune sœur l'accompagnait.  
     
    Les enfants de la veuve s'en revenaient du moulin, grelottant de froid et pressées par la nuit tombante, lorsque Fane s'abattit sur la glace, avec son fardeau.
     
    Que faire ? Où chercher du secours ? Qui relèvera la bute ?
     
    Personne ne se montre sur la route. Mais Dieu, qui prive les enfants de leur père, ne peut les abandonner.
     
    La Dame inconnue se présente et relève le pauvre animal.
     
    Comme il fait nuit, et qu'il reste encore trop de chemin pour arriver à Saint-Étienne, Elle dit aux deux jeunes filles de s'en aller à Remollon pour attendre le lendemain, et leur indique un homme charitable qui voudra bien les héberger.
     
    Les voilà reparties, le cœur plein de reconnaissance ; et, l'aile va s'arrêter de lui-même à la porte de l'hôte désigné.
     
    Le brave homme se lève, les accueille dans sa maison et leur donne à manger.
     
    Mais n'ayant pas de lit à leur offrir, il en trouve un chez le fermier. du seigneur de Venterol, et y conduit les deux petites filles.
     
    A peine commençaient-elles à s'endormir que des bruits étranges, des cris et des ricanements extraordinaires se font entendre dans la raison.
     
    Lire force invisible pousse la soeur de Benoîte hors du lit ; celle-ci la retient, et la rassure en lui disant que c’était l'esprit de ténèbres, mais qu'il ne leur ferait point de mal (1). » La servante de la maison dormait à cet esprit mauvais le nom moins sinistre d'esprit follet.

    Comme l'archange saint Michel et Satan se disputaient autrefois la dépouille mortelle de moïse, ainsi la Sainte Vierge et le démon semblent être dans une altercation perpétuelle au sujet de la pauvre Bergère.

    Jusqu'ici la lutte n'a eu lieu en quelque sorte que dans l'ombre ; les personnages n'ont montré leurs sentiments que par une série d'actes plus ou moins mystérieux ; nous les verrons plus tard faire la guerre à découvert: les antagonistes se nommeront et manifesteront clairement leurs desseins.

    (1) MM. Pron et Juge.

    ÉDUCATION DE BENOÎTE

    Les précieuses qualités qui devaient plus tard distinguer notre Bergère germaient ainsi et se développaient avec les premières années de la jeunesse ; mais ce qui apparut surtout de bonne heure comme devant constituer le fond de son caractère, ce furent une grande simplicité et une admirable candeur.

    Les parents de Benoîte eurent peu à faire pour façonner l'âme de leur enfant : il leur suffit de seconder la nature, ou plutôt l'Esprit de Dieu, qui la préparait aux grandes choses que nous admirerons plus tard.

    Toute l'éducation de cette petite fille se fit sur les genoux de sa mère, et fut d'une extrême simplicité.

    Etre bien sage et bien prier Dieu, c'est tout ce que la bonne femme put recommander à sa Benoîte ; et pour prier Dieu, elle n'eut que le Pater, l'Ave et le Credo, les plus simples prières à lui apprendre.

    C'était toute la science de la mère, ce devait être toute celle de la fille jusqu'à ce que ses relations avec le Ciel élevassent son âme à des hauteurs capables d'étonner même de savants théologiens.

    Benoîte fut privée de cette instruction élémentaire que reçoivent aujourd'hui les enfants du dernier hameau : elle ne sut jamais ni lire, ni écrire.

    A quoi faut-il attribuer ce défaut d'instruction ? A l'incurie de ses parents ?

    Cette supposition serait un outrage pour un père et une mère que tout nous montre fidèles à leurs devoirs.

    A leur excessive pauvreté ?

    Cela pourrait être quoique de tels parents ne dussent reculer devant aucun sacrifice en faveur de leurs enfants.

    Ce qui nous parait plus sûr, pour expliquer cette absence de savoir rudimentaire dans Benoîte, c'est qu'il n'y avait pas alors d'école au village.

    Les registres des délibérations des consuls et communauté de Saint-Etienne entrent dans tous les détails des services publies ; or ce n'est qu'en 1682 que, d'après ces registres, la communauté commence à se préoccuper de la question de l'enseignement primaire : pour le favoriser de son mieux, elle vote alors quinze livres de traitement annuel au régent d'école.

    Mais si la pauvre enfant devait rester toute, sa vie étrangère aux règles de la grammaire et aux sciences profanes, son esprit allait s'ouvrir de bonne heure aux enseignements de la foi et aux mystères les plus sublimes de la Religion.

    Benoîte suivit, sans nul doute avec une parfaite assiduité, les catéchismes et les instructions familières du Prieur.

    Son âme si bien faite, si naturellement chrétienne, dut recevoir la doctrine céleste avec autant d'avidité qu'une terre bien préparée en met à absorber les fraîches ondées d'une pluie de printemps.

    Impressionnable et sensible, ce cœur, qu'aucun défaut n'avait dévoyé, qu'aucun vice n'avait perverti, subit sans peine toutes les salutaires influences de la vertu ; son grand bonheur était d'entendre le digne.

    Prieur parler de la bonté infinie de Dieu et des ineffables amabilités de la Sainte Vierge.

    Ainsi préparée, elle arrive au moment solennel oit elle devait entrer avec Dieu dans des rapports plus intimes, en s'asseyant pour la première fois à la Table Eucharistique.

    Ce fait, de la première Communion de Benoîte a malheureusement passé inaperçu chez nos historiens.

    Nous regrettons cette lacune; mais nous pouvons facilement nous faire une idée des sentiments qui durent alors animer le cœur de la pieuse enfant.

    « Elle, si bonne, si douce, si pure, avec quels sentiments de joie sereine et de suave allégresse ne dut-elle pas soupirer après ce jour où il lui serait donné de recevoir et de porter dans son cour ce Dieu qu'elle aimait déjà comme l'unique époux de son âme ! Et Jésus, qui fait ses délices de se donner aux enfants des hommes, quels regards de complaisance ne dut-il pas abaisser sur cette humble créature ! S'il aime à converser avec les simples, pouvait-il trouver une âme qui le fût plus que celle de Benoîte ?

    « Nourrie du, pain des forts et abreuvée du vin mystérieux qui fait, germer les vierges, la pieuse enfant entre d'un pas ferme et résolu dans les luttes de la vie, et prend son vol rapide jusqu'au faîte sublime de la perfection. Dans la solitude des champs, cette âme va s'épanouir, sous la douce influence de la grâce, comme le lis aux rayons caressants du soleil (1). »

    CHARITÉ DE BENOÎTE

    « Si l'aimable enfant ne brillait pas par les grâces de l'esprit, en retour elle était douée d'un cour excellent. Oh ! la belle nature ! Point de réflexions, ruais des sentiments. Rien de combiné ; tout est spontané, noble, simple et grand comme l'inspiration. Est-ce que le cour se traîne sur des syllogismes ? Il part, et d'un bond il arrive au beau sans qu'on sache la route qu'il a suivie. 

    (1) M. Juge. Soeur Benoîte, etc.

    Le cœur est le foyer de l'héroïsme dans le monde et du sacrifice dans l'Eglise. Les hommes l'admirent; lui seul ne s'admire pas : il jouit, c'est assez.

    « Toute pétrie d'amour, la jeune orpheline tourna son coeur vers le seul objet qu'on puisse aimer sans bornes : Dieu. Et comme on ne peut aimer Dieu sans aimer les hommes, que Dieu a tant aimés, elle aima Dieu et les hommes en Dieu. Là est son secret; par là s'expliquent ses vertus et l'excès où ces vertus vont s'abandonner, à la suite de l'amour qui les inspire (1). »

    Lorsque sévissait à Saint-Étienne et dans les environs cette famine dont nous avons parlé dans un précédent chapitre, Benoîte n'était qu'une petite fille de trois à quatre ans.

    Elle jouait parfois avec ses compagnes ; mais, en ce temps de désolation, les jeux étaient souvent attristés par une préoccupation étrange : la faim. Benoîte, soutenue par une grâce spéciale, en supporte patiemment les tortures ; mais il n'en est pas de même de ses compagnes. Elles ont dit à leurs mères : donnez-nous du pain ; et leurs mères n'ont pu leur donner que des larmes.

    Sachant combien Benoîte est bonne, elles s'adressent à elle : « — Donnez-nous quelque chose, nous mourons de faim. — Il n'y a point de pain à la maison, répond l'aimable enfant, mais il y a un peu de fromage et de vin, venez. »

    Les pauvres faméliques ne se font pas prier ; elles s'empressent sur les pas de leur charitable compagne.

    Elles arrivent à la maison ; Benoîte étale à leurs yeux la petite provision que sa mère tenait en réserve ; puis, avec une simplicité qui n'a d'égale que sa charité, elle leur dit : « Pelez ces fromages, ils auront repoussé une nouvelle croûte avant que ma mère soit de retour des champs. »

    Les petites se mettent à l'oeuvre, et, dans un instant, elles ont dénudé trente menus fromages.

    (1) M. Pron. Histoire des Merveilles de N.-D. du Laus.

    Elles en savouraient les maigres dépouilles, lorsque la mère de Benoîte arrive.

    Le désordre qui s'offre à ses yeux lui fait croire à une étourderie de sa fille. Aussitôt, sans plus de réflexions et sans se demander si, au lieu d'un enfantillage, il n'y avait pas là un acte de charité, la bonne femme s'arme d'une poignée d'ortie et châtie l'innocente.

    La correction fut si douloureuse que la pauvre enfant avait de la peine à se tenir debout.

    « Sans doute, dit M. Gaillard, si la mère de Benoîte avait réfléchi, ainsi que le fit son père, le soir, en rentrant, sur l'esprit de charité de sa fille, elle ne l'aurait pas traitée si durement. »

    La patience de la charitable enfant à supporter cette punition inattendue dut ajouter au mérite de sa bonne œuvre, aux yeux de Celui qui a promis de récompenser môme un verre d'eau froide.

    Quelques années plus tard, alors que Benoîte, devenue bergère, fut obligée de servir à la fois et la veuve Astier et Jean Rolland, parce que l'un d'eux n'aurait pas pu la nourrir tout le temps, elle poussa la charité jusqu'aux dernières limites de l'héroïsme.

    En d'autres temps , elle se contentait de partager son morceau de pain ; aujourd'hui, elle le donne tout entier, et ne mange plus rien.

    « Jean Rolland, malgré la disette, pouvait retrancher à sa table sept morceaux de pain en quinze jours ; mais il n'en était pas de même de la veuve, Astier, dont le troupeau marchait aussi sous la houlette de Benoîte.

    Elle avait six petits enfants et peu de ressources.

    Ne pouvant satisfaire la faim dans sa maison, elle cherchait du moins à l'apaiser et donnait avec épargne.

    Cependant, elle aimait tant la douce bergère, qu'elle ne voulait rien lui ménager, préférant souffrir un peu plus elle-même et laisser souffrir ses propres enfants.

    Benoîte recevait donc la même quantité de pain qu'en des jours meilleurs. Mais un noble coeur se laisse-t-il vaincre en générosité ?

    Après avoir reçu ce pain, sans mot dire, elle le distribuait secrètement aux petits : ils étaient six ; elle donnait tout.

    Elle se consolait en disant : « Oh ! c'est bien assez que je mange la semaine prochaine chez mon autre maître. »

    Elle allait ensuite, avec ses deux troupeaux, promener son jeûne au grand air.

    Elle revenait à jeûn, et se couchait de même, pour recommencer le lendemain, et cela pendant sept jours... C'était trop fort... Le sang lui jaillissait du nez et de la bouette... Les anges de la solitude ont dû pleurer en voyant couler ce sang si pur !... Ces morceaux de pain étaient des morceaux de sa vie, que les petits faméliques mangeaient sans même le comprendre (1). »

    La pauvre enfant ne le comprenait pas davantage, mais elle trouvait dans la prière une nourriture assez substantielle pour donner à son âme la force d'imposer au corps ces privations excessives.

    Ces deux faits sont les seuls que nus historiens racontent avec quelques détails, mais ils ne sont pas les seuls qu'ait enfantés la charité de Benoîte.

    Ce qu'ils ont d'admirable et d'héroïque prouve qu'ils ne sont pas dans ,la jeune bergère un coup d'essai.

    De bonne heure Benoîte sut se faire une habitude de l'abnégation et du dévoûment.

    C'est, du reste, ce que nos manuscrits affirment : « Ce qu'elle a fait en faveur des enfants de sa maîtresse, elle l'a pratiqué, dans d'autres circonstances encore, envers ses compagnes, leur donnant, lorsqu'elles avaient faim, le pain qu'elle portait en gardant ses moutons. »

    Heureuse enfant ! Sa couronne est tressée de deux bénédictions qui se rencontrent rarement sur le même front : la bénédiction de la pauvreté volontairement acceptée et la bénédiction de la charité spontanément pratiquée, non pas avec le superflu, mais avec le nécessaire.

     

    (1) M. Pron.

     

    PURETÉ DE BENOÎTE

    Ce paragraphe met en relief l'un des plus beaux fleurons de la couronne de Benoîte ; inconnue du monde païen, la pureté virginale est un fruit naturel et exclusif de l'Evangile.

    C'est, sans contredit, l'un des plus beaux présents que le Ciel puisse faire à la terre.

    Tous ne le comprennent pas, mais tous l'admirent.

    Il fait de l'homme un ange; ange enchaîné, il est vrai, à un corps de boue, mais capable de s'élever au-dessus de toutes les convoitises sensuelles et de vivre comme s'il était affranchi de tout lien terrestre.

    C'est ce qui a mérité à cette vertu l'honneur d'être surnommée « angélique. »

    Descendue du Ciel dans un coeur d'homme, elle ne conserve tout son éclat qu'au prix de luttes sans nombre et de sacrifices héroïques ; aussi elle recevra au paradis une récompense toute privilégiée : les âmes pures, les cœurs vierges composeront la garde d'honneur de l'Agneau sans tâche et le suivront partout.

    L'excellence de cette vertu ne pouvait encore briller à l'intelligence de Benoîte que déjà son cœur en était épris. Dès l'âge le plus tendre, la modestie réglait ses manières, sa démarche et tout son extérieur ; la pudeur couronnait son front et embellissait toute sa personne.

    La petite fille n'avait pas encore atteint sa septième année, et déjà elle cultivait ce beau lis avec tant de soin que ses parents en étaient ravis.

    Le père, surtout, en éprouvait autant de joie que d'admiration : « Cette fille, disait-il gaîment, ne me coûtera pas beaucoup à marier. »

    Heureux père ! il prévoit pour sa fille des destinées plus hautes que celle de ses autres enfants. Peut-être rêve-t-il du couvent ou du cloître !...

    Sa fille, néanmoins, aura un époux, mais cet époux ne sera pas choisi parmi les hommes.

    Son cœur de vierge ambitionnera d'autres noces ce seront les noces de l'Agneau.

    « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu »

    Si la pureté doit avoir au Ciel le privilège de voir Dieu de plus près, elle a sur la terre celui de plonger son regard jusqu'au fond des cœurs, pour en pénétrer les sentiments et les desseins.

    « Défiez-vous de l'ail d'un enfant, encore plus du regard de l'adulte, s'il a conservé la vertu de l'enfant. Ceux qui ont un peu observé le inonde sont frappés de la pénétration que possèdent les personnes chastes (1). »

    La vierge des Alpes avait ce coup d'ail pénétrant et sûr.

    Avec quelle perspicacité, quelques jours après la mort de son père, elle pénètre les mauvais desseins de ce misérable qui venait offrir de l'argent à la veuve désolée ! Avec quelle énergie elle repousse l'infamie qui se cache sous les dehors du dévoûment.

    Cette vertu angélique, qui lui donne cette sûreté de coup d'oeil et lui inspire cette horreur du mal, Benoîte la regarde comme un trésor sans cesse convoité par l'ennemi, et comme une fleur que le moindre souffle peut flétrir ; aussi, quelle précaution pour la conserver dans toute sa fraîcheur !

    Elle évite non seulement les occasions qui lui paraissent évidemment dangereuses, mais celles qui lui sont simplement suspectes.

    Dans ce but, elle fuit même les compagnes qui ne lui semblent pas assez réservées.

    Malade, elle pousse si loin l'amour de la modestie, qu'elle craint jusqu'au regard de sa mère qui s'approche pour la soigner.

    Qu'elle est admirable dans sa pureté !

    A sept ans, su modestie charme son père ; à huit, sa vertu sauve celle de sa mère ; à onze, les éléments eux-mêmes se font les défenseurs de son innocence.

    (1) M. Pron.

    Non loin de Saint-Etienne, à égale distance à peu près de ce village et du hameau des Chausses-Noires, appartenant à la commune d'Avançon, sur le bord de la route, se trouve une source, autrefois très abondante, aujourd'hui un peu diminuée, mais toujours très limpide.

    Cette source est appelée Font-Claire, et a donné son nom au quartier.

    A peu de distance de l'endroit où elle jaillit, et tout près de la petite rivière de l'Avance, on voit un marais large et profond qui, au printemps et en automne, se transforme en véritable étang.

    Or, un jour que la petite Benoîte gardait, son troupeau dans les environs de cette source aux eaux transparentes, elle vit venir sur le chemin deux hommes conduisant des mulets chargés de vin.

    L'endroit est assez solitaire pour inspirer aux deux muletiers des pensées odieuses à l'égard de la pauvre bergère.

    Ils s'imaginaient, sans doute, qu'une enfant de cette condition et de cet tige n'oserait pas opposer à leurs coupables desseins une résistance sérieuse.

    Ils comptaient sans la vertu de la jeune vierge et sans la main céleste qui la protégeait.

    En voyant ces hommes venir à elle, la Bergère, toujours en éveil, pénètre leurs pensées.

    Soudain elle se dirige en courant du côté du marais.

    Pauvre enfant ! ne va-t-elle pas se mettre dans l'impossibilité d'échapper à ses ravisseurs ? Pourquoi fuir de ce côté-là, et non du côté du village ?

    L'innocente n'a pas eu le temps de l'aire ce raisonnement ; elle n'a pensé qu'a fuir et il prier Dieu de la sauver.

    Et tandis que les infâmes se promettent bien de la voir arrêtée par les eaux, elle fuit toujours, dût-elle y perdre la vie ; mais, ô prodige ! les eaux se consolident sous ses pieds, et elle court à travers l'étang comme sur la terre ferme, sans même mouiller le bas de sa robe. Les misérables qui, déjà, ont de l'eau jusqu'aux genoux, s'aperçoivent que leur victime est protégée du Ciel et qu'en vain ils s'obstineraient à la poursuivre ; ils s'arrêtent, et, saisis de confusion à la pensée de leur criminelle entreprise. ils rentrent en eux-mêmes, demandent pardon à Dieu et publient partout le prodige que vient de provoquer leur honteuse conduite.

    Désormais Font-Claire et son marais seront célèbres, à cause de ces deux faits également admirables : la résolution de Benoîte de mourir dans les eaux plutôt que de perdre sa vertu, et l'intervention du Ciel qui conserve miraculeusement et la vertu et la vie de la Bergère.

    Quelque temps après, un fait qui a avec celui-ci quelque analogie se passait à quelques centaines de pas de Saint-Etienne.

    Benoîte descendait du village lorsqu'elle rencontra d'autres muletiers qui suivaient la roule.

    Ceux-ci, également grossiers, et peut-être même aussi mauvais que les premiers, auraient pu former contre la Bergère des projets non moins pervers ; mais l'endroit ne s'y prêtait guère.

    Ils se contentèrent donc de souiller les oreilles de la jeune fille par des propos obscènes et impudents.

    « Vos insolences, dit Benoîte, pourraient bien vous attirer quelque châtiment. »

    Elle n'a pas achevé ces mots qu'une outre crève et répand à flots le vin qu'elle contenait.

    Tandis que les muletiers s'efforcent d'arrêter l'effusion du liquide, la bergère, aussi charitable que pure, court au village chercher des vases pour le recueillir et empêcher qu'il ne se perde entièrement.

    A la vue de tant de vertu, les malheureux rougissent de leur conduite, en demandent pardon à la bergère et la supplient de prier Dieu en leur faveur.

    Les pèlerins qui visitent la basilique de Lorette. dans laquelle se trouve enchâssée, comme un vrai joyau, la petite maison de la Sainte Vierge, connue sous le nom de Santa Casa, ne manquent pas de s'arrêter devant un tableau où la Vierge très pure est représentée arrosant, avec une touchante sollicitude, un lis éclatant de blancheur.

    Si nous reportons nos pensées deux siècles en arrière, nous trouvons réalisé le charmant symbole de cette peinture.

    Dans l'humble village de Saint-Etienne, la Vierge Immaculée s'éprend d'un amour tout céleste pour un jeune lis qui vient de paraître en cette solitude.

    Elle l'arrose par l'effusion des grâces les plus privilégiées ; elle le protège de la manière la plus efficace contre tout contact impur et tout souffle empoisonné.

    Aussi ce lis fait-il l'admiration des Anges et des hommes.

    Nous le verrons de plus en plus répandre autour de lui les parfums les plus suaves et attirer au Laus des milliers et des milliers de pèlerins.

    MORTIFICATION DE BENOÎTE

     «  J'ai mis mon âme à couvert des traits de Satan, par le jeûne ; je me suis fait un vêtement du cilice (1). » « C'est avec l'austérité des jeûnes et des veilles qu'il faut repousser les flèches ardentes du démon (2). »

    Benoîte n'avait lu ni David ni saint Jérôme, mais la doctrine de ces deux illustres pénitents lui était familière : elle l'avait apprise à l'école de l'Esprit de Dieu.

    Quand cet Esprit souffle dans une âme l'amour de la pureté, il y fait entrer en même temps l'amour de la mortification, sans lequel il n'y a pas de chasteté possible.

    Depuis que le péché originel a jeté au cœur de l'homme des ferments indestructibles de révolte, la pureté est un lis qui ne croît plus qu'au milieu des épines : lilium inter spinas.

    Pour soumettre les sens à l'esprit et l'esprit à Dieu , il est indispensable de recourir aux oeuvres de pénitence. Benoîte le sut de bonne heure, elle mit sa vertu sous la sauvegarde de la mortification.

     (1) Psal. LXVIII, V. 11.

    (2) S. Hyeron., Epist. Ad Fariam.

    « Cette fille, écrit M. Gaillard, semble n'être née que pour les souffrances. Elle s'est imposée des mortifications dès son enfance; elle les augmente en grandissant; elle les prolonge jusqu'au dernier moment de sa vie. »

    Et d'abord, elle « fait de nécessité vertu » : la pauvreté de ses parents lui impose nécessairement des privations de plus d'un genre; elle accepte avec résignation ce bouquet de myrrhe que lui offre le Bien-Aimé, et elle le serre sur son coeur (1).

    Les afflictions, les angoisses viennent ensuite s'asseoir au foyer domestique : Benoîte les accueille comme des hôtes envoyés par le Ciel.

    Son cœur est broyé sous le pressoir de la tribulation, mais son âme s'élève vers Dieu, sereine et confiante.

    Elle pleure à la mort de son père, dont elle était l'enfant chérie ; elle est désolée de voir sa mère veuve et dépouillée de ses biens ; mais elle sait qu'au Ciel Dieu et la Sainte Vierge sont les protecteurs de la veuve et de l'orphelin ; et c'est pourquoi elle s'efforce d'inspirer à sa mère les sentiments qui l'animent, en lui répétant ces mots que nous redisons avec plaisir : « Ne vous affligez pas, Dieu et sa sainte Mère nous assisteront. »

    Rappelons encore, comme des moments pénibles au coeur de Benoîte : le jour où elle dut se séparer de sa mère pour se mettre au service des étrangers ; celui où, ballottée par les flots de la Durance, elle fut sur le point d'être engloutie avec tous les passagers ; et celui surtout où elle vit sa vertu menacée par les deux infâmes muletiers.

    Ces épines que la Providence se plaît à semer sous les pas de la jeune Bergère, au lieu de l'exaspérer, comme cela arrive trop souvent, deviennent pour elle une leçon.

     (1) Cant. Cant. I. 12.

    Elle comprend que la vertu s'éprouve au creuset de la tribulation, comme l'or au feu.

    C'est pourquoi, non seulement elle ne murmure point, non seulement elle ne maudit pas la main qui semble s'appesantir sur sa frêle existence, mais, avec le patriarche des douleurs, elle s'incline et bénit.

    Bien plus, aux épines dont le Sauveur lui tresse sa couronne, elle veut joindre celles que sa piété lui inspire de cueillir au champ des mortifications volontaires.

    Jeûnes, disciplines, cilices, veilles, toutes les austérités que les anges ont admirées aux déserts de la Thébaïde, Benoîte les inflige à son corps virginal.

    Le jeûne ! l'Eglise, comme une tendre mère, ne veut point l'imposer à ceux de ses enfants dont le développement physique n'est pas encore complet, mais Benoîte ne veut pas user de cette condescendance maternelle : elle s'impose des jeûnes dignes des plus austères anachorètes.

    Pendant plusieurs années, après une semaine où elle ne mangeait qu'un peu de pain noir, arrivait une autre semaine où elle ne prenait pour toute nourriture que de l'eau du torrent.

    La Bergère n'avait que treize ans lorsque commença ce jeûne rigoureux qui amenait chez la pauvre enfant, non seulement les tortures de la faim, mais des hémorragies fréquentes qui, en l'affaiblissant, la rendaient encore plus sensible à la douleur.

    Avant cette époque, Benoîte avait préludé à ces rigueurs en se privant fréquemment de son morceau de pain, pour exercer la charité envers ses compagnes affamées.

    La discipline ! Les âmes sensuelles frémissent à ce mot ; Benoîte n'en eut pas peur.

    « Elle a commencé à prendre la discipline à quatorze ans, ordinairement une fois par jour, et quelquefois seulement un jour et l'autre non. Ce douloureux exercice de pénitence, elle l'a pratiqué plus de trente ans. »

    « Sa discipline est de fer et armée de cinq chaînons d'un pan et demi de long. Elle frappe si rudement sur son corps virginal, que ses épaules en sont tout ensanglantées et écorchées. »

    Le cilice ! A l'âme ardente et généreuse de Benoîte les douleurs momentanées de la discipline ne suffisaient point ; il lui fallait les tortures constantes du cilice.

    Elle en eut un qu'elle revêtit le jour même qu'elle commença à flageller ses jeunes épaules : « C'est un cilice de crin qui lui arrive jusqu'aux genoux. Quinze ans de suite, elle l'a porté sans le quitter un seul jour. »

    Les veilles ! C'est peut-être pour l'enfance la plus pénible des mortifications : eh bien ! Benoîte se l'impose avec un grand courage et une constance admirable. « Depuis l'âge de quatorze ans jusqu'à vingt-deux, elle ne dort, chaque nuit, que trois heures au plus. »

    Cet amour si précoce et si passionné pour la croix, cette soif insatiable d'austérités étonnent, sans doute, notre délicatesse ; mais que notre sensualisme en prenne son parti ; nous verrons la pieuse Bergère exercer contre son corps virginal bien d'autres rigueurs.

    En admirant, dans une jeune fille de quinze ans, cette passion pour les austérités, quelques lecteurs pourraient se demander comment elle a pu se procurer les divers instruments de pénitence dont l'usage est considéré par un grand nombre comme l'apanage exclusif des cloîtres et qui sont, en effet, confinés aujourd'hui dans l'étroite cellule des portiers des monastères. Mais il n'en était pas ainsi au XVIIe siècle.

    La pénitence chrétienne était encore en honneur, et les moyens de la pratiquer n'étaient point cachés comme des instruments de crimes.

    L'industrie, le commerce en faisaient le trafic : ils étaient transportés, vendus et achetés publiquement comme de nos jours les chapelets, les médailles et les autres objets de piété.

    Benoîte avait acheté la plupart des siens d'un mercier de Grenoble.

    Dévotion de Benoîte envers la Sainte Vierge. Prédilection de la Sainte Vierge pour Benoîte

    « Sachant que je ne puis être pur que par le don de Dieu, je me suis approché du Seigneur et je l'ai prié (1). »

    Si le lis de la pureté veut ètre protégé par les épines de la mortification, il doit être fécondé par la prière. Benoîte l'apprit de bonne heure.

    C'est pourquoi l'esprit de prière se trouve en elle étroitement uni à l'esprit de pénitence.

    Prier, c'était, pour la jeune fille, non une tâche à remplir, mais une indicible jouissance, un vrai bonheur.

    Aussi la prière tenait une large place dans ses occupations quotidiennes.

    Petite gardeuse du troupeau de sa mère, entre huit et douze ans, elle priait souvent et longtemps, soit au pied de quelque croix, soit à l'église du village.

    Elle ne craignait même pas de laisser son troupeau à la garde de Dieu, ou plutôt de la Sainte Vierge, pour aller au saint temple satisfaire sa piété.

    Cet amour pour la prière n'échappe pas aux yeux de ses maîtres ; ils en sont édifiés, et l'un d'eux proclame hautement que « Benoîte aime bien à prier. »

    Mais, dans ses communications avec le Ciel, la pieuse Bergère aime surtout à s'adresser à la Mère de Dieu. M. le Prieur a dit souvent « qu'elle est toute bonne, toute miséricordieuse, toute compatissante

    (1) Sag. VIII, 21.

    aux pauvres pécheurs ! comment n'en ferait-elle pas sa médiatrice ?

    Le petit agneau perdu au milieu d'un troupeau appelle sa mère par des bêlements plaintifs, et court à elle quand il a entendu sa voix ; ainsi fait Benoîte : dès le début de son exil terrestre, elle crie vers sa Mère du Ciel et se jette entre ses bras avec un abandon filial , persuadée que sa prière sera mieux exaucée en passant par son cour maternel.

    Sa confiance n'est point trompée : l'auguste Vierge accueille favorablement les suppliques de sa fille. Une preuve entre mille.

    Au village, une femme tombe gravement malade et perd l'usage de la parole. Benoîte l'apprend, et, bien qu'elle ne soit encore 'qu'une enfant de sept à huit ans, elle est touchée de son pitoyable état.

    Aussitôt elle réunit ses compagnes. « Venez, leur dit-elle, allons dire le rosaire pour cette malade. »

    Les voilà récitant leur chapelet avec un entrain qu'anime la ferveur de la Bergère.

    La sainte prière n'est pas terminée que la malade recouvre la parole, et le premier usage qu'elle en fait est de remercier la troupe enfantine qui arrive près d'elle.

    Un fait étrange se passe en ce moment.

    La malade semble lire dans l'âme de chacune des petites filles qu'elle a sous les yeux : elle voit les divers degrés de grâce dont elles sont ornées.

    Oubliant la beauté physique de ces enfants, elle n'est plus frappée que de leur beauté morale, et elle s'empresse de la leur faire connaître : « Vous êtes la plus belle, dit-elle à Benoîte, puis vous, puis vous » les désignant ainsi toutes, les unes après les autres. Peu de temps après elle se confesse, et meurt chrétiennement.

    Benoîte avait donc une dévotion particulière au Rosaire. Nous l'avons vu, le jour qu'elle quitte sa mère pour entrer en condition, elle demande pour toute faveur un chapelet : ainsi pourvue, elle supportera plus aisément la séparation de la famille, et elle trouvera un accès plus facile et plus sûr auprès de la Mère de Dieu.

    « Le rationaliste sourit, en voyant passer des files de gens qui redisent une même parole et égrènent leur chapelet. Toutes les fois qu'une chose arrive à la perpétuité et à l'universalité, elle renferme nécessairement une mystérieuse harmonie avec les besoins et les destinées de l'homme. Tel est le Rosaire. Celui qui est éclairé d'une vraie lumière comprend que l'amour n'a qu'un mot, et qu'en le disant toujours, il ne le répète jamais (1). »

    Le bonheur que Benoîte trouve dans cette prière, qui la met ainsi en relations avec la Mère de Dieu, fait naître en elle un désir ardent de la voir.

    Ce désir s'accroît par tout ce que la pieuse enfant entend dire chaque jour de la reine de son cœur.

    Gardons-nous de voir dans cette aspiration véhémente une pensée ambitieuse, inspirée par le démon de l'orgueil.

    Benoîte, blessée au cœur par les amabilités ineffables de la Vierge très pure, ne pense pas à ce qu'il y aurait de miraculeux dams la vision qu'elle désire ; elle n'écoute que son cœur, qui réclame l'objet de son ardente affection. L'amour ne connaît pas d'impossibilité : Amor de impossibilitate non causatur (2).

    Mais, s'il plaît à la Sainte Vierge d'irriter les désirs de sa fille en différant de se montrer à elle, une première satisfaction lui sera cependant accordée.

    Elle verra les Anges , en attendant qu'elle puisse avoir le bonheur de contempler leur Reine.

    Un jour elle assistait à l'agonie d'un enfant de deux ans.

    Tout à coup, elle aperçoit quinze Anges qui se tiennent près du berceau ; et lorsque l'ange terrestre a rendu le dernier soupir, treize de ses frères du Ciel transportent son âme au Paradis, tandis que les deux autres restent pour garder son corps, destiné à la résurrection glorieuse. 

    (1) Lacordaire. Vie de saint Dominique.  

    (2) Imit. Chr., lib. 3, cap. V.

    La vue de ces esprits bienheureux inonde de joie le cœur de Benoîte ; et pour lui faire mieux apprécier encore la beauté de leur essence et la sublimité de leur dévoûment pour les hommes, la Providence permet que la pieuse enfant soit un jour témoin aussi de la mort d'une méchante femme et du triste rôle que les Anges pervers remplissent auprès des pécheurs.

    Tandis que la malheureuse agonisait, la Bergère vit à son chevet douze:gros chiens, la gueule ouverte et l'œil fixé sur la mourante, prêts à saisir son âme au passage et à l'emporter.

    Ces visions des esprits sont le prélude des apparitions de la Mère de Dieu.

    Benoîte a atteint sa seizième année.

    Elle est arrivée à la veille des grands événements qui vont remplir toute sa longue vie.

    Demain, un ambassadeur céleste lui annoncera la prochaine visite de la Reine du Ciel ; après-demain, cette visite inondera son âme d'un bonheur inconnu à la terre, et enchaînera son coeur par les liens les plus doux et les plus forts ; puis se succèderont des jours et des années qui feront descendre le Ciel tout entier dans l'humble vallon du Laus, pour y glorifier Dieu par la conversion des pécheurs. Benoîte sera l'instrument de toutes ces merveilles : heureuses destinées que celles de cette enfant !

    Mais quel est donc cet aimant mystérieux qui attire la Souveraine des Anges vers cette pauvre gardeuse de brebis ?

    Ah ! sans doute, il ne nous est pas permis de demander au Ciel la raison de ses préférences, mais il nous est facile de la deviner.

    De tous mes agneaux, disait Bernardette Soubiroux, qui a avec notre Benoîte Rencurel tant de traits de ressemblance, il en est un que j'aime plus que tous les autres. — « Et lequel ? » lui demandait-on. — « Celui que j'aime le plus, c'est le plus petit. »

    Sans le savoir, la Bergère de Lourdes donnait le motif des prédilections divines à son égard et à l'égard de tant d'autres. Dieu aime d'un amour plus tendre tout ce qui est petit.

    Les enfants, les pauvres, les infirmes, les délaissés ont eu autrefois les préférences du Cœur de Jésus ; ils les ont encore aujourd'hui.

    « De tout temps, et sauf de légères exceptions, les apparitions, les visions, les révélations particulières ont été le privilège de ces indigents et de ces petits que le monde dédaigne (1). »

    Ces prédilections de Dieu en faveur de tout ce qui est faible et humble, nous expliquent celles de la Sainte Vierge pour Benoîte.

    Les tendresses de Marie vont là où sont les complaisances de Jésus. C'est l'innocence, l'humilité et la pureté de cette enfant du village, qui ont séduit le coeur de la Reine du Ciel.

    Innocente! Benoîte l'a été toute sa vie.

    Loin de tout contact impur, ne s'entretenant sur les coteaux et dans les bois qu'avec la Vierge Marie, qu'elle couronnait sans cesse de prières en disant son chapelet, elle conserva cette candeur parfaite que le souffle du monde ternit si vite, même chez les meilleurs.

    Aussi, ni l'œil vigilant et inquiet de ses parents, ni la surveillance sévère de ses maîtres, ni les inquisitions jalouses des pharisiens de son temps, ne purent découvrir en elle, nous ne disons pas un vice, mais un seul acte répréhensible.

    A soixante-onze ans, Benoîte pourra présenter à Dieu sa robe baptismale sans souillure.

    Simple ! notre héroïne l'a été à un tel degré que, même au village, il eût été difficile de trouver un seul enfant qui le fût plus qu'elle.

    Cette vertu constitue si bien le fond de sa nature qu'elle la portera au tombeau.

    Ce caractère distinctif de la vie de notre Bergère a fixé, à Rome, l'attention des savants examinateurs de la cause de sa canonisation , et a excité en eux une admiration bien légitime.

    Humble ! qui le fut plus que notre petite bergère ?

    (1) M. Lasserre. N.-D. de Lourdes.

    Elle aime sa condition pauvre et obscure ; jamais il ne lui vient à la pensée de regarder plus haut ou d'aspirer à mieux.

    Les faveurs extraordinaires qu'elle reçoit ne lui inspirent aucun sentiment d'orgueil.

    Si elle entend dire autour d'elle que son bonheur est grand et son sort digne d'envie, elle le croit, elle en bénit le Seigneur ; mais son âme n'en est point enflée.

    Pure ! nos lecteurs savent. déjà combien Benoîte le fut.

    Dans sa famille, chez les étrangers, à la maison, aux champs, partout, des témoignages incontestables s'élèvent en faveur de son angélique pureté.

    L'âge des passions, si funeste à la vertu du grand nombre, apportera un nouveau lustre à celle de Benoîte.

    Jamais un seul nuage ne viendra ternir ce diamant plus brillant que l'or. plus limpide que le cristal : Virginitas argento splendidior, cristallo purior (1).

    L'œil de la Sainte Vierge a découvert ces trésors spirituels de la petite bergère de Saint-Etienne ; et c'est pourquoi elle se penche vers elle, comme une mère sur le berceau de son enfant, pour la combler des plus ineffables caresses.

     

    Apparition de saint Maurice

     

    LE LAUS

     

    En mai 1664, alors que Benoîte conduit ses chèvres le long d'un bois, sur la montagne de Saint-Maurice, un vieillard s'approche d'elle.
     
    Il se révèle comme étant Saint Maurice lui-même et annonce à la bergère qu'elle verra la Mère de Dieu dans un vallon voisin.
     
     

    Vers le sud-ouest de Saint-Etienne s'élève une splendide montagne, dont la base est arrosée par l'Avance au nord et par la Durance au midi, dont les flancs sont recouverts, d'un côté, par une épaisse

     

    (1) Saint Thomas de Villeneuve.

     

    forêt, et de l'autre par des vignes plantureuses, et dont le sommet arrondi se couvre, à chaque printemps, d'une luxuriante végétation d'arbres, de verdure et de fleurs.

     

    Pour donner à son troupeau un peu d'ombre et de fraîcheur, la Bergère le conduisait assez souvent le long de la lisière de ce grand bois ; parfois même elle s'engageait assez avant dans ses profondeurs.

    Au printemps de 1664, elle avait, à diverses reprises, dirigé ses chères brebis vers ces gras pâturages.

    Or, tandis que, précédant ou suivant son troupeau, elle récitait son rosaire ou rêvait des choses du Ciel, un beau vieillard était apparu à ses yeux, et s'était ensuite éclipsé en silence dans l'ombre de la foret.

    Cette vision s'était renouvelée quatre ou cinq fois, mais l'enfant n'en avait été nullement frappée, s'imaginant que c'était là un simple mortel.

    Il advint néanmoins qu'un jour le vénérable personnage se manifesta à la Bergère d'une façon plus ouverte et plus intime.

     

    C'était au commencement du mois de mai, si beau partout, mais en particulier dans nos fraîches montagnes.

    Benoîte, tourmentée par la soif, s'enfonce dans le bois, dans l'espoir d'y trouver une source où elle puisse se désaltérer.

    Ses recherches la conduisent sur le plateau situé vers le banc occidental de la montagne, et à quelques centaines de mètres du sommet.

    Son troupeau, qu'elle a un moment oublié, la suit à son insu. Parvenue à cette hauteur, la Bergère aperçoit d'abord quelques masures désertes.

    Ignorant qu'il y avait là les ruines d'une ancienne église, elle s'en approche cependant et se met à réciter son chapelet.

    Pendant qu'elle oublie ainsi la soif qui la tourmente pour envoyer une couronne de salutations à sa mère du Ciel, le vieillard qu'elle avait aperçu déjà plusieurs fois se présente à elle.

    Il était beau, avait la barbe longue, la taille élevée, la figure douce, son vêtement était rouge, il portait sur la tête une mitre.

    « — Ma fille, dit-il à la Bergère, que faites-vous ici ?

    — Je garde mon bétail, répond l'enfant ; je prie Dieu en cherchant de l'eau pour boire.

    Je vais vous en tirer, réplique le vénérable vieillard : »

    Et, ce disant, il s'avance vers la margelle d'un puits qui se trouvait tout près de là et que Benoîte n'avait point remarqué.

    Pendant ce temps, la bergère prend dans sa panetière un morceau de pain, qu'elle serait tout heureuse de partager avec l'obligeant inconnu.

    « — Messire, dit-elle, vous plairait-il d'accepter un peu de mon pain, pour partager avec moi ?

    — Non, ma fille, je n'en ai pas besoin.

    — Faut-il bien que vous mangiez : vous vous portez si bien, vous êtes si vermeil !

    — Je ne vis pas de pain terrestre, je ne mange que le pain du Ciel ; vous, ma fille, prenez votre réfection, je vais vous bailler de l'eau. »

    En disant ces mots, le messager céleste amène de l'eau du fond du puits et en offre à la bergère.

    Celle-ci, encouragée par cet acte de bienveillance et par l'affabilité du vieillard, renoue la conversation avec une familiarité et une curiosité d'enfant.

    « — Vous êtes si beau ! seriez-vous un Ange, ou Jésus ?

    — Je suis Maurice. Cette masure était une chapelle érigée en mon honneur ; la voilà croulant de toutes parts : mais malheur à ceux qui en perçoivent les revenus ! ils en répondront devant Dieu, car c'est là que je veux être honoré. »

     

    Un instant après, il ajoute : « — Ma fille, ne retournez pas en ces lieux, parce qu'ils font partie d'un autre territoire : les gardes y prendraient votre troupeau, s'ils l'y trouvaient. Allez dans le vallon qui est au-dessus de Saint-Etienne ; c'est là que vous verrez la bonne Mère de Dieu.

    — Hélas ! Messire, elle est au Ciel, comment la verrai-je ici ?

    — Oui, réplique l'ambassadeur céleste, elle est au Ciel, et sur la terre aussi, quand elle le veut. »

     

    Ces dernières paroles de saint Maurice durent faire naître dans l'esprit de Benoîte la pensée que, peut-être, quelque jour, la bonne Mère de Dieu.

    Quoi qu'il en soit, la délicieuse conversation qu'elle avait eue avec le beau vieillard avait duré deux heures.

    Le soleil descendait rapidement derrière la montagne, il se faisait tard ; Benoîte reprend le chemin du village.

    Elle descend le coeur joyeux; ses brebis bondissent devant elle comme si elles eussent partagé son bonheur.

    Saint Maurice l'accompagne quelques instants ; puis, avant de la quitter, il veut lui donner une preuve de la vérité de ses paroles et achever de la persuader du bonheur qui l'attend.

    « Prenez ce bâton, dit-il : vous verrez au bas de la montagne quatre loups, qui se lanceront sur vos brebis ; menacez-les de ce bâton, et ils s'en iront sans faire aucun mal au troupeau. »

    Là-dessus il disparaît. Benoîte continue sa route, et quelques instants après, la prophétie du bon vieillard s'accomplissait.

    Les loups annoncés sortent d'un fourré, se jettent sur le troupeau, qui se disperse avec effroi ; mais la Bergère menace de l'aune mystérieuse les féroces animaux, qui s'enfuient dans le bois.

    Les cinq trenteniers de brebis et de chèvres rentrent au bercail sans que le plus petit agneau manque à l'appel.

     

    Apparitions de la grotte « des fours » 

     

    LE LAUS

     

    Confiante et simple, comme elle le sera toute sa vie, Benoîte guide dès lors son troupeau dans une autre vallée, s'arrêtant dans la grotte dite « des fours » pour y réciter son chapelet.

    C'est en ce lieu que la Vierge Marie lui apparaît un jour, son Fils dans les bras. Quatre mois durant jusqu’au 29 août 1664, jour de la fête du martyre de saint Jean-Baptiste, la merveilleuse apparition se renouvelle, laissant chaque fois Benoîte dans l'extase.

    Ce jour-là, la Vierge Marie lui dit : « Je suis Dame Marie, la Mère de mon Fils et vous ne me verrez plus de quelque temps ».

    Première apparition de la Sainte Vierge à Benoîte.

    Etait-ce un pressentiment ? Etait-ce un don de Dieu ? Nous l'ignorons, mais, dès sa première enfance, Benoîte avait un grand désir de voir la Très Sainte Vierge.

    Ce désir va être satisfait ; le noble vieillard rencontré sur la montagne de Saint-Maurice lui en a donné l'assurance, et c'est le lendemain qui doit être le jour du grand bonheur.

    Sans doute, la pieuse enfant trouve bien longues les heures qui séparent la prophétie de sa réalisation.

    Aussi, aux premières lueurs du jour, elle quitte son pauvre grabat, où les ténèbres de la nuit, plus encore que le sommeil, l'ont retenue pendant quelques moments.

    Elle s'empresse d'ouvrir à son troupeau les portes du bercail ; puis, joyeuse comme à l'aurore d'un jour de fête, elle suit ses brebis, qui se hâtent sur le sentier conduisant au vallon désigné par Maurice.

    On dirait qu'une main mystérieuse dirige en ce jour le petit troupeau. Benoîte aussi subit une influence secrète.

    Mille pensées riantes remplissent son esprit et répandent sur sa douce figure une indicible sérénité ; mais la Bergère ne cherche pas à se rendre compte de ce qui l'impressionne si agréablement.

    Le vallon où courent les moutons de Benoîte s'ouvre au-dessus de Saint-Etienne, dans un ravin qui descend de la lisière du bois.

    Au fond, et entre deux branches du torrent, se trouve, dans une roche à plâtre en exploitation, une petite grotte près de laquelle la Bergère avait coutume de réciter son chapelet.

    Cet endroit s'appelle Les Fours, sans doute parce que les habitants du village y cuisent le plâtre nécessaire à leurs constructions.

    A peine arrivée en face de la grotte, Benoîte voit tout à coup une belle Dame, qui tient un petit enfant d'une beauté singulière.

    Ce spectacle la ravit : elle est si belle, en effet, cette Dame !

    Il y a dans son visage une expression de grâce céleste, de majesté douce qui n'ont rien de semblable sur la terre.

    Et cependant, malgré tout ce qu'elle voit, malgré son désir et la prédiction de saint Maurice, Benoîte n'a même pas l'idée que ce personnage mystérieux pourrait bien être la Reine du Ciel : peut-être persiste-t-elle à se croire indigne de l'ineffable bonheur de contempler les traits de la Mère de Dieu ; mais elle n'est nullement troublée par cette vision étrange, et croit n'avoir devant ses yeux qu'une simple mortelle ; et dans son ingénuité, elle s'empresse de lui faire cette question usitée au village :

    « Belle Dame , que faites-vous là ?... Voulez-vous acheter du plâtre ? »

    Puis, sans attendre la réponse, et toute émerveillée de la beauté de l'enfant que la « Belle Dame » tenait par la main , elle ajoute : « Vous plairait-il de nous donner cet enfant ? Il nous réjouirait tous. »

    La Dame sourit de sa simplicité et ne dit mot.

    La vision dura longtemps encore. Benoîte ne pouvait se lasser de la contempler.

    Cependant le soleil avait accompli plus de la moitié de sa course.

    La faim, peut-être, ramena un instant la Bergère à la réalité de la vie ; prenant, en effet, le morceau de pain que sa maîtresse lui avait donné, elle dit à la « Belle Dame » : « Voulez-vous goûter avec moi ? J'ai du bon pain, nous le tremperons dans la fontaine. »

    La Dame sourit de nouveau et continua à fasciner les yeux de la petite bergère.

    Elle allait et venait devant le creux du rocher, s'approchait ou s'éloignait de Benoîte ; puis, quand le soir fut venu, Elle prit l'admirable enfant dans ses bras, pénétra dans la grotte et disparut.

    La Bergère reste sous l'ineffable impression de ce spectacle.

    La joie déborde sur ses traits ; toute son âme est dans ses yeux et la parole expire sur ses lèvres, même pour demander, à celle qui la ravit, qui elle est.

    Semblable aux disciples du Sauveur qui, après son ascension, restèrent longtemps les yeux fixés au Ciel, elle ne peut détacher ses regards de la roche où elle a vu disparaître la ravissante apparition.

    Les heures passent sans qu'elle s'en aperçoive ; les étoiles la surprennent à la même place.

    Le bêlement de ses brebis vient la rappeler à elle-même et l'avertir qu'il est temps de se retirer.

    Volontiers elle fût restée là encore, si elle n'eût craint de donner de l'inquiétude à ses maîtres ou de mériter leur réprimande.

    Dès ce moment, une sorte de passion, si l'on peut donner ce nom à un sentiment si pur, s'empare de ce cœur innocent : l'ardent désir de revoir la Dame incomparable.

    Ce désir est bientôt satisfait ; car le lendemain l'apparition se renouvelle et, avec elle, les transports de bonheur et de ravissement.

    Ce paradis sur la terre dure près de quatre mois. A partir des premiers, jours de mai jusqu'au 29 août, la glorieuse Vierge descendait tous les jours au vallon pour procurer à l'humble bergère l'indicible bonheur de la contempler.

    La pieuse enfant met à profit ces heures de délices célestes. Elle se plonge de plus en plus dans l'admiration de cette perfection surhumaine.

    Son âme semble se détacher des liens grossiers des sens.

    On dirait qu'elle n'est plus de la terre : un seul objet l'absorbe, elle devient étrangère à tout ce qui l'environne.

    Le pain, le temps, le troupeau, tout, jusqu'au rosaire, est oublié.

    Les jours sont trop courts et les nuits trop longues ; elle ne se retire qu'aux étoiles et revient au point du jour.

    Elle n'attend même pas le retour de la lumière, mais, rêvant délicieusement de l'objet de son amour, elle se lève au milieu des ténèbres, et, vêtue à peine, elle conduit son troupeau au vallon, et y reste jusqu'à ce que la fraîcheur de la nuit ou les pierres du chemin la tirent de sa douce rêverie.

    Elle entre alors au logis, mais pour revenir aux premiers rayons de l'aurore naissante, tant son coeur souffre loin de l'objet qui le passionne.

    Et, chose étrange ! le troupeau, lui aussi, semble subir les influences mystérieuses qui chaque jour ramènent Benoîte à la grotte des Fours.

    Il n'y a presque là que rochers, cailloux et terrains arides ; n’importe !

    Si, par l'ordre du maître, il est conduit dans des pâturages plus gras, il revient de lui-même au vallon et y reste sans que la houlette le retienne ; et, ce qui est plus singulier encore, il y prend un embonpoint que n'ont pas les autres troupeaux du village.

    Bien que Benoîte ne sache point encore quel est le personnage mystérieux qui vient chaque jour réjouir sa vue et son cœur, il s'opère néanmoins dans tout son être une transformation qui frappe les yeux de tous ceux qui la connaissent.

    Sa figure s'illumine, son teint se colore, son regard, déjà limpide et modeste, devient plus doux ; sa démarche est plus grave ; son langage est plus que jamais simple et réservé ; sa parole s'impose à ceux qui l'écoutent ; ceux même qui affichent une plus grande incrédulité sont ébranlés.

    Tout le monde veut la voir et l'entendre.

    Elle redit à tous ce qui fait l'objet de son bonheur, avec un accent si convaincu que de tous côtés s'échappe cette parole : « Si c'était la Sainte Vierge qu'elle voit ? »

    Benoîte ne soupçonne rien ; elle ne cherche même pas à savoir. Elle voit, elle aime, elle est heureuse : n'est-ce point assez ?

    Néanmoins, ce commerce muet entre la Vierge bénie et la petite bergère ne devait pas durer toujours.

    Après avoir enchaîné le coeur de Benoîte par le spectacle de sa beauté céleste prolongé pendant deux mois, la Mère de Dieu rompit enfin ce silence trop long, et ajouta aux attraits de sa présence les charmes de sa parole.

    Nous ne savons pas tout ce que la Sainte Vierge a dit à Benoîte durant les longs jours de ses apparitions, mais le peu qui nous en est resté nous montre que la Mère de Dieu a voulu surtout instruire, éprouver et consoler l'humble bergère.

    I. — Benoîte aimait à prier ; la très pieuse Vierge Marie la confirme dans cet esprit de prière.

    A plusieurs reprises, elle l'envoie adorer Dieu à l'église du village, promettant, dans l'intervalle, de veiller elle-même sur le troupeau : ce qu'elle fait avec une touchante sollicitude.

    En encourageant dans son élève cet esprit de piété, la Sainte Vierge voulait par elle le communiquer aux jeunes filles de Saint-Etienne ; et, afin que les exemples et les paroles de Benoîte fussent plus efficaces auprès de ses compagnes, la Mère de Dieu avait donné à celles-ci une grande tendresse pour la Bergère.

    Or, un jour, la belle Daine dit à Benoîte : « Engagez les filles de Saint-Etienne à chanter les litanies de la Sainte Vierge tous les soirs et avec la permission de M. le Prieur, et vous verrez qu'elles le feront. »

    Elles le firent, en effet, avec la plus tendre dévotion qu'on puisse imaginer, mais ce ne fut que lorsque la glorieuse inconnue eut, elle-même, appris ces litanies à la Bergère, car ni elle ni ses compagnes ne les savaient (1). »

    La bonne Mère de Dieu se fait donc l'humble institutrice de la pieuse fille.

    Avec une condescendance admirable, elle répète mot à mot à son élève, comme les mères font à leurs enfants, les litanies, le verset et l'oraison.

    Benoîte les redit sans hésiter après trois répétitions seuleinent. En très peu de temps aussi elle apprend une amende honorable au Saint-Sacrement.

    Les litanies sont restées comme un monument des premières apparitions et comme la prière bien-aimée du Laus et de toute la vallée.

    Les filles d'Avançon et de Valserres rivalisèrent à les chanter avec celles de Saint-Etienne.

    Cet usage s'est continué, depuis, dans ces paroisses.

    Aux fêtes et aux dimanches, le chant des litanies retentit au pied des autels de la Sainte Vierge.

    (1) M. Peythieu.

    Au Laus surtout, c'est la prière de prédilection.

    Elle est chantée à la prière du soir tous les samedis et tous les dimanches, la veille et le jour de toutes les fêtés ; elle est aussi le chant de toutes les processions qui viennent au Laus ou qui s'y font ; enfin, elle est récitée par tout prêtre qui célèbre le saint sacrifice au Sanctuaire, immédiatement après le dernier évangile : c'est un privilège accordé dès les premiers jours du Pèlerinage et renouvelé en 1855, avec indulgence de 300 jours.

    II. — Après l'esprit de prière, l'esprit de détachement.

    Un jour, la Mère de Dieu demande à Benoîte un de ses moutons, — sans doute, l'un des plus beaux,— et une chèvre magnifique qu'elle lui indique de la main.

    « — Pour le mouton, répond la Bergère, oui, belle Dame, je vous le baillerai : je le compterai sur mes gages ; mais, pour la chèvre, je la garde ; elle me fait besoin, parce qu'elle me porte quand je suis lasse, et pour passer la rivière quand elle est grosse. Si vous m'en bailliez trente écus, je ne vous la baillerais pas. »

    « Ma fille, reprend la Dame, je ne vous en baillerai pas trente écus. Vous l'aimez trop , votre chèvre : vous lui donnez des raisins et du pain. Il vaut mieux les donner aux pauvres. »

    Dans une autre circonstance, la belle Dame apprend encore à Benoîte la sobriété et le bon usage des biens de ce monde.

    Une fille du village, rencontrant Benoîte tout près d'un verger dont elle était propriétaire, l'autorise à y cueillir du fruit à condition qu'elle ferait bonne garde contre les maraudeurs.

    La Bergère s'acquitte avec soin de la mission qui lui est confiée, et, vers le soir, elle croit pouvoir ramasser, sur le sol, plein son tablier de fruits, pour en offrir à son maître et à ses voisins.

    « La belle Dame, alors, lui apparaît et lui dit qu'il n'en fallait pas tant prendre, mais se contenter de quatre ou cinq et laisser le reste. »

    Benoîte obéit avec une promptitude quelque peu brusque. elle jette les fruits qui roulent dans le ruisseau.

    La Mère de Dieu la reprend, et lui commande de ramasser toutes ces poires et de les mettre au pied de l'arbre. Ce que fait la Bergère, sans en garder une seule.

    La leçon fut bonne, car, peu de temps après, elle remplit le même office en faveur de l'une de ses compagnes, sans toucher ii un seul fruit.

     

    III. — Voici, maintenant, des leçons de patience.

    Un jour qu'elle l'envoie à la Messe, la Dame fait passer le troupeau de Benoîte dans un autre vallon assez éloigné. A son retour, la Bergère ne le trouve pas à l'endroit où elle l'a laissé, elle se met à pleurer et à le chercher, sans pourtant s'impatienter.

    Elle retourne au village.

    Son mitre, la voyant seule, croit qu'on a enlevé son troupeau : il se fâche contre elle. Benoîte revient à la montagne et retrouve ses moutons.

    La Dame lui apparaît alors et lui dit : Vous m'avez fait plaisir de ne vous impatienter pas. Ce que j'ai fait n'est que pour éprouver. votre patience.

    Les charmes de la Mère de Dieu retenaient quelquefois fort tard la jeune bergère au vallon des Fours.

    Or, un soir qu'elle rentrait à l'heure des étoiles, sa maîtresse l'accueille avec de sévères réprimandes, auxquelles elle ajoute un soufflet.

    Benoîte accepte tout avec le sourire sur les lèvres.

    Cette quiétude exaspère la maîtresse, qui lance à la figure de la pauvrette cette injuste accusation : «Vous avez la tète du diable. »

    Plus sensible à cette injure qu'au soufflet, l'enfant se met à pleurer.

    Le lendemain, elle porte sa plainte à la belle Dame, qui lui recommande de rentrer de meilleure heure à l'avenir, pour ne pas exposer sa maîtresse à de pareils emportements.

    IV. — A côté des éprouves, la très douce Vierge place les consolations.

    Un jour, Elle tend sa main divine à l'humble bergère. Celle-ci n'ose accepter cette insigne faveur.

    « Bonne Mère, s'écrie-t-elle, je ne suis pas seulement digne de baiser les vestiges de vos pieds. »

    Une autre fois, la Reine du Ciel, voyant sa petite amie lasse et tombant de fatigue, pousse la bonté jusqu'à l'inviter à se reposer près d'elle.

    L'enfant obéit et s'endort doucement sur le bord du manteau royal.

    Dans une autre circonstance, la Consolatrice des affligés dissipe un chagrin de la bergère, en lui dévoilant la fourberie d'un homme méchant.

    Ses chèvres, d'habitude si dociles à la houlette, se séparèrent un jour du reste du troupeau et s'en allèrent, broutant d'ici et de là, jusqu'au sommet de la montagne, où se trouvait un chalet appartenant à un habitant de Remollon.

    Celui-ci avait été condamné autrefois à donner à l'église de Saint-Etienne une chasuble et une aube, pour un délit qu'il avait commis dans un bois situé sur le territoire de ce village.

    Or, des travailleurs qui se trouvaient réunis près du chalet, au moment où arrivaient les chèvres égarées de Benoîte, conseillèrent au délinquant de se venger en les capturant.

    Le malheureux eut la faiblesse de suivre cet avis pervers ; de plus, pour obliger son propriétaire à payer de forts dommages-intérêts, il fait entrer ce bétail dans son blé.

    Pendant ce temps , la belle Dame rassure la Bergère désolée et lui fait connaître tout ce qui se passe sur la montagne.

    Quelques moments après, Benoîte arrive, en effet, près du voleur et réclame ses chèvres.

    L'homme se fâche et déclare ne vouloir rendre le bétail que lorsqu'on lui aura payé tous les dégâts qu'il a faits dans son champ de blé.

    Benoîte, pour toute réponse, met à nu la conduite indélicate de ce misérable, ainsi que la perversité de ses conseillers.

    En présence de cette révélation si précise et si inattendue, ils demeurent comme terrifiés et s'empressent de rendre à la bergère son petit troupeau.

    Par un prodige d'un autre genre, les chèvres qui avaient déjà donné, ce jour-là, tout leur lait au ravisseur, en donnèrent une quantité plus grande que d'habitude à leur légitime propriétaire.

    Benoit, en fut toute réjouie et en rendit grâces à sa belle Dame.

    A l'école de Celle qui est appelée le « Trône de la Sagesse, Sedes Sapientiae, »

    Benoîte perfectionne ses vertus.

    Une chose, néanmoins , demeure en elle tenace, profonde. obstinée;, c'est sa simplicité.

    Ni l'âge, ni son commerce avec le Ciel, ni ses relations avec les hommes n'y apporteront aucun changement.

    Ce serait à en être scandalisé si l'Evangile ne nous disait que le royaume des cieux est là.

    Voici un fait qui donne la mesure de cette disposition d'esprit dans notre jeune Bergère.

    La maîtresse du troupeau, femme de Jean Rolland, avait donné le jour à une fille qui, parait-il, n'était pas très belle.

    Peut-être était-elle l'image de l'âme de sa mère, qui passait pour être dure, acariâtre, gourmande, et, par dessus tout, blasphématrice du nom de Jésus.

    Benoîte rie pouvait aimer cette enfant autant qu'elle l'aurait voulu.

    Elle forme donc dans son esprit un projet étrange : il ne s'agissait rien moins que d'échanger la petite créature disgraciée contre le « beau poupon » de la Dame.

    Elle prend, en conséquence, le nourrisson dans son tablier et se dispose à partir pour le vallon.

    — « Où allez-vous, Benoîte ; où portez-vous cette enfant ? » s'écrie la mère.

    — « Comme elle est tant laide, répond la Bergère, je la porte à la Dame, pour l'échanger contre son beau poupon, que nous porterons à l'église et qui réjouira tout le monde. »

    Elle l'aurait fait, ajoute l'historien, si sa maîtresse ne lui eût ôté son enfant.

    « O conseils incompréhensibles de Dieu ! Cette grande enfant est douée d'un coup d'œil d'aigle devant lequel les consciences n'auront plus de secrets, les régions invisibles plus de voiles, et, chose peut-être plus rare, elle va convertir par myriades les pécheurs les plus obstinés (1). »

    Cet apostolat de Benoîte commence avec les premières apparitions.

    Le récit de ses mystérieuses entrevues met tout le pays en émoi.

    Un triple courant se forme dans les esprits : adhésion chez les uns, opposition chez les autres, et doute chez un plus grand nombre.

    Dans cette dernière catégorie, il faut ranger la maîtresse de Benoîte.

    Elle partageait l'étonnement de son mari au sujet de son troupeau, qui, au lieu de dépérir dans les maigres pâturages du vallon, y prospérait à merveille ; mais ce qui l'impressionnait surtout, c'était l'inaltérable douceur de sa bergère, mise souvent à de rudes épreuves.

    Elle allait donc répétant à sa famille : « Il faut qu'il y ait là quelque chose d'extraordinaire ou pour le bien ou pour le mal. »

    Elle voulut s'en assurer.

    « Sortant à la dérobée, un beau matin, de chez elle, elle se glissa par le lit assez profond que le ruisseau a creusé depuis le bois jusqu'à l'église, et, sans être aperçue, elle arriva avant la Bergère à la grotte, où elle se cacha sous une roche.

    Sa curiosité pouvait être punie ; mais Benoîte priait souvent pour sa maîtresse; au lieu d'un châtiment, celle-ci trouva le salut (2). »

    Benoîte, de son côté, arrive à la grotte quelques instants après et y voit sa belle Dame.

    — « Votre maîtresse est là cachée sous la roche, dit celle-ci.

    — Elle n'y est pas , répond Benoîte, je l'ai laissée au lit, belle Dame ; qui doit mieux le savoir de nous deux ?

    — Elle y est, réplique la Sainte Vierge : vous la trouverez sous la roche. Avertissez-là de ne point tant jurer le nom de Jésus ; car, si elle continue, il n'y aura point de paradis pour elle. 

    (1) M. Pron.

    (2) Ibid.

    Sa conscience est en très mauvais état ; qu'elle fasse pénitence ; qu'elle donne aux pauvres les plus nécessiteux de la paroisse la viande, le vin et les bouillons qu'elle prendrait les jours de Pâques, de la Pentecôte et de la Noël ; qu'elle ne mange que du pain et ne boive que de l'eau, et elle aura le paradis.

    La pécheresse a tout entendu.

    Le repentir pénètre dans son âme; elle gémit et pleure amèrement.

    Benoîte la trouve tout en lampes et lui dit : « — Vous m'avez fait dire un mensonge è la Dame ; je vous croyais au lit.

    — J'ai tout entendu , répond la maîtresse ; je me corrigerai. »

    Elle tint parole : sa conversion fut complète.

    La prière remplaça les blasphèmes ; les jeûnes et les aumônes succédèrent à la gourmandise, et la fréquentation des sacrements édifia ceux qu'avait scandalisé son peu de dévotion.

    Il fut facile, dès ce moment, de comprendre que l'extraordinaire était pour le bien, et dès lors, le doute et l'incrédulité n'étaient plus permis. Le fait suivant en est la preuve.

    Un paysan de Saint-Etienne s'en allait mettre le feu à un four à plâtre qu'il avait établi près de la grotte mystérieuse.

    Inspiré par un fâcheux démon, il dit sur un ton de sotte bravade : « Je m'en vais chauffer la Dame de Benoîte. »

    Cette raillerie lui coûta cher.

    Il brûla, pour chauffer son four, dix fois plus de bois qu'il n'en aurait fallu, et il ne put venir à bout de cuire son plâtre. qui se durcissait à mesure que la chaleur augmentait. Le malheureux fut obligé d'abandonner son œuvre et se retira confus.

    Pendant six ans, ce four resta là comme un témoignage de l'insulte faite à la Mère de Dieu.

    Cependant, en 1670, au milieu d'un hiver rigoureux, le pauvre fabricant de plâtre, pressé par la famine, monta au Laus et demanda à Benoîte s'il pourrait cuire son gypse pour donner du pain à ses enfants.

    « Oui, dit la Bergère, vous le pouvez. »

    L'interdit divin était levé, et l'oeuvre put s'accomplir sans difficulté.

    La Sainte Vierge se fait connaître à Benoîte (1)

    Des faits aussi extraordinaires et aussi publics que le châtiment providentiel de ces esprits forts et la conversion de la femme qui voulait éclairer ses doutes, faits subsistants, qu'il était loisible à chacun de constater à toute heure, confirmèrent nécessairement des récits qu'on était déjà porté à croire en voyant la simplicité, la joie , la piété, l'heureuse transformation de celle qui les faisait.

    Or, le bruit de ces choses ne pouvait plus rester enfermé dans la vallée; il passa les montagnes, et la ville de Gap en était saisie lorsque le juge de la vallée, M. Grimaud, arriva sur les lieux pour s'en enquérir. Voici son rapport :

    Comme c'est l'ordinaire des enfants de ne pouvoir rien céler, et possible par l'ordre de la Providence divine, nostre Bergère s'estant expliquée de cette apparition à une infinité de personnes, sur l'advis qui m'en fast donné, comme juge de la vallée d'Avançon, je creus estre obligé par le debvoir de ma charge et la gloire de Dieu de tascher de sçavoir ce que ce pouvait estre, et de parler en particulier à nostre Bergère.

    Et pour cet effect, je me rendis audict lieu de Saint-Estienne, au commencement d'aoust 1664.

    Et comme elle se trouvait absente, veu qu'elle gardait les brebis au lieu accoutumé, je l'envoi quérir. Estant venue je la pris en particulier. Je la trouvai fort raisonnable, d'une humeur fort sincère et nullement capable d'invention. Je l'interrogeai fort particulièrement sur tout ce qui nous avait, esté rapporté, même je lui

    (1) Nos historiens ne sont pas bien d'accord pour filer le jour que la Sainte Vierge se fit connaître à Benoîte. Nous suivons M. Grimaud quia fait son rapport officiel à ce sujet.

     représentai le mal qu'elle ferait de dire des choses lesquelles ne fussent point.

    Et après plusieurs remontrances que je luy fis sur l'importance de telles choses, et si elle n'y estoit point induite par quelqu'un, elle me confirma tout ce que dessus (les diverses apparitions) aveq une asseurance et une gaité non pareilles, et me témoigna aussi (ce que je leus sur son visage) qu'elle recevait une joie et satisfaction incomparables de celte apparition, sans en estre troublée. Je lui demandai si elle avoit l'asseurance de luy parler (1). Laquelle me dit que non. Ce qui m'obligea, par sainte inspiration, que siens double c'estoit la Sainte Vierge qui luy apparaissoit aveq le petit Jésus, ce qui estoit un bonheur très-particulier pour elle, de luy dire qu'elle luy devoit parler; mais qu'auparavant elle se debvoit confesser, communier et mestre en estai de grâce ; après quoi, elle pourroit lui parler hardiment et sans crainte. Je lui dis telles paroles qu'elle lui debvoit adresser: Ma bonne Dame, je suis, et tout le monde de ce lieu, en grande peine pour sçavoir qui vous estes ; seriez-vous point la Mère de nostre bon Dieu ? Ayez la bonté de me le dire, et l'on ferait baslir ici une chapelle pour vous y honorer et servir.

    Benoîte fut exacte à suivre les prescriptions du magistrat. Quelques jours après, rendue plus pure encore par les sacrements qu'elle venait de recevoir, elle se hasarda à parler à la « belle Dame » et à lui faire la petite harangue que lui avait suggérée le juge.

    Elle demanda donc à l'inconnue qui la ravissait depuis plus de trois mois, si elle ne serait pas la Mère de Dieu, et si elle n'aurait pas pour agréable qu'on lui bâtît là une chapelle.

    La belle Dame ne crut pas devoir répondre encore à la première question , mais elle trancha la seconde en disant qu' « il n'était pas nécessaire qu'on bâtît là aucune chose, parce qu'elle avait fait choix d'un lieu plus agréable. »

    Ce lieu, la Sainte Vierge l'indiquera plus tard, lors de l'apparition à Pindrau.

    C'est ce que dit assez clairement M. Grimaud, quand il ajoute à la phrase de la belle Dame ces mots : « A sçavoir le Laus, qu'elle lui a indiqué à la suite. »

    (1) Depuis la question du premier jour, Benoîte n'avait plus interrogé la « Belle Dame ». Il fallut l'autorité du juge pour l'amener à un acte qu'elle aurait regardé comme indiscret.

    Avant de se révéler complètement en déclinant son nom, l'auguste Vierge veut amener à la grotte des Fours toute la population de Saint-Etienne.

    C'est pourquoi le 28 août, veille de la Décollation de saint Jean-Baptiste, elle dit à Benoîte : « Dites aux filles de Saint-Etiene de venir ici en procession et en chantant les litanies de la Sainte Vierge ; vous serez à la tête de cette procession, et seule vous aurez l'honneur de me voir avec mon Fils au bord de l'antre. »

    Benoîte répond avec cette admirable ingénuité qui la caractérise.

    «Possible qu'elles ne me voudront pas croire ; je vous prie de l'écrire. — Non, ce n'est point nécessaire, répond la douce Vierge, et elle disparaît. »

    La Bergère, continue M. Grimaud, s'empresse de transmettre les ordres de la belle Dame à messire Jean Fraisse, prieur dudit lieu de Saint-Etienne, que nous avions exhorté quelques jours auparavant de ne point négliger cette affaire et de se mettre en prières et oraisons, afin qu'il plust à Dieu de découvrir sa sainte volonté.

    Le prieur, adhérant à la piété et ir la dévotion de ses paroissiens, s'en alla, le 29 août, en procession avec les filles, les enfants, les hommes et les femmes vers ledict antre, au bord duquel nostre Bergère rie manqua point de voir la Sainte Vierge et le petit Jésus, lesquels ne furent aperçus par d'autres personnes que par nostre Bergère. Et en arrivant, fut remarqué le vestige du pied d'un petit enfant imprimé sur la poussière du bord de l'antre.

    Sachant que cette procession debvoit avoir lieu, j'avois donné ordre de bien observer toute chose, et je ne manquai pas de m'y rendre pour voir s'il arriveroit quelque chose de singulier qui nous fit cognoistre que Dieu prend plaisir que la Sainte Vierge fût honorée dans ce lieu.

    Au-devant de l'antre, la procession chantoit les litanies de la Sainte Vierge, et tout le monde estoit dans de grandes consternations pour sçavoir ce que se pourroit estre.

    Benoîte, qui estoit demeurée au-devant de l'antre et à quelque pas de nous, me dit que la Damoyselle qu'elle avoit accoutumée de voir lui disoit, sans la voir néanmoins, de me dire de faire retirer tout le monde. Ce que je fis.

    Je dis à nostre Bergère de prier Dieu à genoux devant l'antre, tandis que je m'écartois à quelques pas d'elle pour prier aussi en particulier Dieu et sa sainte Mère de me faire cognoistre leur volonté, aveq ordre que je lui donnois que si elle voyoit quelque chose, de m'abvertir pour m'y rendre promptement.

    Tandis que je priois Dieu ardemment et de toute l'estendue de mes forces de me faire cognoistre sa sainte volonté, récitant l'office de la Sainte Vierge à genoux sur une pierre, distant seulement de cinq à six pas de nostre Bergère, elle m'advertit avec un ton de joye tout à faict extraordinaire, en me disant telles paroles :

    « Eh ! monsieur le Juge, voyez-vous la Damoyselle ? Je la vois. Venez vilement. » Il ne faut pas dire si je m'y rendis à grands pas. Où estant je lui dis : « Où est-elle? »

    Sur quoy elle me respondit, regardant dans l'antre aveq joye et estonnement tout ensemble : « Quoy ! monsieur, vous ne la voyez pas? »

    Et sur ce que je luy dis que je n'estois pas homme de bien pour mériter un pareil honneur, elle me dit : « Monsieur, Elle vous tend le main ! »

    Ce qui m'obligea, le drapeau au poing et à genoux, de tendre la main dans l'antre pour avoir si quelque chose d'invisible me toucherait. Mais la vérité est que je ne touchay rien.

    Et dans ce temps, la Bergère me dit que la Damoyselle disparrissoit et s'enfonçoit dans l'antre.

    M. Grimaud était homme de bien ; il fut heureux de ce que la Belle Dame de Benoîte eût daigné lui tendre la main, bien que sa main mortelle n'ait pu recevoir le contact divin.

    Sa foi lui disait qu'il faut être bien pur pour mériter une semblable faveur.

    Du reste, il fut toute sa vie très dévot à Notre-Dame du Laus, qui lui accorda plusieurs grâces spéciales, entre autres la guérison miraculeuse d'un de ses enfants qui perdait la vue.

    Achevons son récit.

    Cela fait, je m'écartai un peu de nostre Bergère pour prier Dieu, et je luy dis de demeurer encore là et de prier Dieu aussi Dieu m'inspira de dire à Benoîte de demander à la Damoyselle qu'elle voyait comment elle s'appelait. Ce qu'elle fit sur-le-champ.

    La Belle Dame répondit â Benoîte : « Je suis Marie, Mère de Jésus. Vous ne me verrez plus ici, ni de quelque temps. »

    La Bergère transmet cette réponse au magistrat qui ajoute :

    Ces paroles me confirmèrent tout à fait dans ma première croyance, sçavoir que la Sainte Vierge daignait bien paraître à cette simple et pauvre bergère.

    La « Belle Dame » était donc bien Marie.

    Ce nom si doux dut faire tressaillir la jeune fille, mais non l'étonner : le bonheur qu'elle avait goûté jusque-là était trop grand pour qu'il pût de beaucoup s'accroître par un mot qu'elle n'avait pas même éprouvé le besoin de savoir.

    Habituée à contempler de ses yeux mortels l'auguste Reine du Ciel sans la connaître, elle ne désirait rien de plus (1).

    Aussi aucun changement nouveau ne s'opère dans ses sentiments, ni dans ses actes : elle traite avec la Mère de Dieu comme avec la u Dame au beau poupon. »

    La grotte où la Sainte Vierge et son divin Fils habitèrent en quelque sorte pendant quatre mois, et où ils se manifestèrent si souvent à l'humble bergère de Saint-Etienne, devint un lieu assez célèbre pour qu'on songeât de bonne heure à y élever un monument commémoratif.

    Malheureusement, la pauvreté des pieux habitants de Saint-Etienne ne leur permit pas de donner à ce monument les dimensions ni la richesse dont il était digne et qui étaient dans leurs voeux. Ils se contentèrent donc d'élever là un modeste oratoire.

    Mais, si pauvre et si humble qu'il fût, cet oratoire devint un but de prières et de pèlerinages.

    Au témoignage de M. Gaillard , les prêtres attachés au Sanctuaire du Laus « allaient souvent à l'oratoire qui est à Saint-Etienne, au lieu où la Sainte Vierge apparut à Benoîte. La Mère de Dieu y répand tant de grâces qu'ils en sont tout consolés. Aussi ils y vont, môme au milieu de la nuit et en hiver, à la Noël. »

    La déclivité du terrain sur lequel était posé ce mémorial des divines condescendances de la Sainte Vierge, activement aidée par le temps, le mit dans un tel état de délabrement qu'en 1850 il fallut le réédifier complètement. Mgr Depéry en fit la bénédiction le 18 novembre de la même année.

    (1) M. Pron.

    Quelques années auparavant (1833), M. Callandre, alors curé de Saint-Etienne et plus tard Supérieur des Missionnaires diocésains, fit construire au pied de la roche des Fours et à peu de distance de l'Oratoire une petite chapelle qui porte aujourd'hui le nom de Notre-Dame des Fours.

    La piété des habitants de Saint-Etienne fournit aux frais de cette construction.

    M. Juge, ancien missionnaire du Laus, secondé par une main généreuse qui veut rester inconnue, vient d'orner ce modeste sanctuaire d'un magnifique autel en pierre et d'un élégant carrelage.

    Parmi les nombreux pèlerins qui viennent au Laus, un grand nombre se font un bonheur de visiter ces lieux témoins des premières apparitions de la Sainte Vierge à la Soeur Benoîte.

    Apparition de Pindreau

     

    LE LAUS

     

    Fin septembre, après un mois d'absence, la Vierge se manifeste à nouveau sur l'autre versant de la vallée, à Pindreau.

    Elle ordonne à Benoîte de chercher au Laus une petite chapelle, où flottent de suaves odeurs, et de venir l'y prier.

    Là elle lui parlera et la verra très souvent.

    La journée du 29 août avait été pour la Bergère l'un de ces jours où le ciel le plus magnifique est soudain assombri par d'épais nuages.

    La  Belle Dame avait révélé son nom ; c'était Marie, Mère de Jésus, qui avait noué avec la petite Benoîte d'ineffables relations ; celle qui, depuis plusieurs mois, la rendait si heureuse, c'était réellement sa Bonne Mère !

    Oh ! combien l'âme de Benoîte était ravie !

    Mais à ces indicibles transports vient se joindre une soudaine tristesse.

    « Vous ne me verrez plus dans ces lieux ; et même, de quelque temps, vous ne me verrez plus nulle part. »

    Ces paroles, qui terminent les apparitions aux Fours, sont pour la pieuse enfant comme un glaive de douleur qui vient transpercer son âme, comme un calice d'amertume que sa Bonne Mère verse dans la coupe de ses joies.

    « Elle en est fort affligée et comme inconsolable, dit M. Grimaud, et même elle pleure à chaudes larmes. »

    Morne, désolée, elle erre tristement à travers les coteaux et les ravins ; elle cherche partout Celle qui est toute sa vie et son bonheur; mais c'est en vain.

    Plusieurs fois elle a été au vallon béni, et la grotte était vide, et le sable ne portait plus les traces de l'enfant divin. 

    Désormais, ces lieux n'auront plus pour elle d'autre attrait que celui de lui rappeler les jours de sa félicité ; elle n'y viendra donc plus.

    Un charme secret l'attire ailleurs.

    De préférence, elle conduit son troupeau vers le bas du pays, sur les rives de l'Avance.

    Là, son œil parcourt aisément les deux pentes de la vallée, et demande à tous les creux de rocher, à tous les ravins, à tous les coteaux, s'ils n'ont pas vu sa Mère bien-aimée.

    Depuis un mois elle languissait ainsi dans ces parages, lorsque, le 29 septembre, jour anniversaire de sa naissance et fête de l'archange saint Michel, elle aperçoit tout à coup, de l'autre côté de la rivière et, à mi-côte du monticule derrière lequel se cache le Laus, une lumière plus éclatante que le soleil, et, au sein de cette éblouissante auréole, sa divine princesse.

    Oui, c'est Elle : son cœur l'a reconnue.

    Plus prompte que l'éclair, elle vole du côté où apparaît la vision miraculeuse, mais la rivière est enflée, la passerelle en bois a disparu !...

    La grosse chèvre prête son dos à la Bergère, qui atteint sans peine la rive opposée.

    Haletante d'émotion, elle gravit le coteau à pas précipités, et en peu d'instants elle est aux pieds de sa Bonne Mère.

    Elle la salue en se prosternant profondément; puis, se ressouvenant de son ancienne familiarité, elle exhale de son âme ravie cette plainte filiale :

    « Ma bonne Dame, d'où vient que vous m'avez privée si longtemps de l'honneur de vous voir ? »

    La radieuse Vierge sourit avec bienveillance et répond à sa fille chérie en versant dans son âme les plus douces consolations ; puis elle ajoute : « Allez au Laus, vous y trouverez une petite chapelle d'où s'exhaleront de bonnes odeurs ; là vous me parlerez très souvent et très souvent vous me verrez. »

    Après ces mots, elle disparaît.

    Le lieu où venaient de se poser les pieds de la Reine du Ciel s'appelle Pindrau.

    On y a élevé un monument commémoratif, que le pèlerin rencontre en montant au Laus par le chemin de Saint-Etienne.

    Ce monument, comme celui qui rappelle les apparitions au vallon des Fours, n'est qu'un simule et modeste oratoire.

    Un jour, nous l'espérons, il sera remplacé par quelque chose de plus en rapport avec le souvenir qu'il garde.

    Un groupe artistique et monumental de l'apparition ornerait parfaitement cette avenue du Laus, comme la chapelle du Précieux-Sang décore admirablement l'avenue orientale.

    La piété a élevé la chapelle, la piété dressera le groupe.

    Avant de raconter avec quel empressement Benoîte se rendit au Laus , nous devons faire connaître ce lieu préféré de la Reine du Ciel.

     

    Apparition de Notre-Dame de Bon-Rencontre

     

    LE LAUS

     

    Le lendemain, Benoîte découvre sur la colline du Laus, située de l'autre côté de l'Avance, un oratoire couvert de chaume, dédié à Notre-Dame de Bonne-Rencontre, et dont il ne reste guère que des ruines.

    De merveilleux parfums s'y font sentir.

    Et voici que la Vierge apparaît sur le pauvre autel de plâtre, à droite du tabernacle.

    Le geste qu'a Benoîte, à cette vue, est exquis de naïveté : « Permettez que je mette mon tablier sous vos pieds » dit-elle à celle qu'elle appelait sa Bonne mère : « Il est tout blanc de lessive ».

    La Vierge, en refusant, lui sourit, puis lui annonce qu'une grande église sera bâtie, en ce lieu destiné à la conversion des pécheurs.

    Benoîte indique que Marie a voulu « bastir une église en l'honneur de son très cher Fils et au sien, où beaucoup de pécheurs et de pécheresses se convertiront ».

    Dès lors les apparitions se succèdent pour Benoîte, durant cinquante-trois années, et sur la foi de ses dires, les pèlerins affluent au Laus, vite encouragés par des grâces extraordinaires.

    Benoîte exerce au Laus sa mission d'accueil, de prière et de pénitence en mettant en œuvre son charisme de connaissance des cœurs.

    Des centaines de guérisons physiques opèrent au Laus, notamment pas les onctions de l'huile de la lampe du sanctuaire, appliquées avec foi, selon le conseil de la Vierge Marie.

    Les témoignages

    Le bruit de ses faveurs divines s'étant répandu alentour, les magistrats et les théologiens cherchent à constater leur exactitude.

    Ainsi l'avocat Grimaud, juge de paix de la baronnie d'Avançon vient au Laus, à plusieurs reprises : il ne découvre ni supercherie ni illusion dans les merveilles de la petite chapelle.

    Bien mieux, sa relation, tenue pendant les deux premières années du pèlerinage, signale soixante guérisons miraculeuses.

    Le chanoine Pierre Gaillard, docteur en théologie, conseiller et aumônier du Roi, qui remplit à Gap les fonctions d'archidiacre, vicaire général et official de l'évêché, se rend au Laus le 17 août 1665.

    L'autorité diocésaine d'Embrun ne pouvait manquer d'établir une enquête.

    Cette enquête, faite avec une extrême rigueur, constate à trois reprises des prodiges indéniables.

    C'est d'abord le chanoine Antoine Lambert, administrateur du diocèse, vicaire général et official de l'archevêché d'Embrun qui, le 14 septembre 1665, se rend au Laus, accompagné du père André Gérard, plus tard grand pénitencier à Rome.

    Après un interrogatoire au cours duquel Benoîte ne peut être trouvée en défaut, l'éclatante guérison de Catherine Vial donne lieu à la constatation juridique du 18 septembre 1665, actuellement conservée aux archives du Laus.

    Le successeur du chanoine Lambert, M. Javelli fait plus tard venir Benoîte à Embrun et la tient au secret pendant les quinze jours d'interrogatoire; on s'aperçoit alors que la bergère ne prend aucune nourriture pendant cette réclusion, sans en paraître aucunement souffrir.

    À l'automne 1666, Benoîte rentre au Tiers-Ordre dominicain, sans doute le jour de la pose de la première pierre de la basilique.

    Le chanoine Gaillard, aidé par l'arrivée en 1669 de l'abbé Peythieu, attaché au pèlerinage pendant vingt ans et du frère Aubin, ermite de Notre-Dame de l'Érable arrivé en 1680, va rédiger pendant quarante-trois ans un journal consacré à faire le récit de ce qu'il voit au Laus, notant ainsi les événements du vivant de la bergère. Chaque nouveau récit est soumis à Benoîte afin de le valider.

    C’est enfin l'archevêque Charles Brûlart de Genlis, qui – nommé à Embrun en 1672 – part au Laus.

    Nettement incrédule avant ce voyage, il est, sur place, émerveillé, tant par la solidité des réponses obtenues de Benoîte que par la protection vraiment miraculeuse accordée à un domestique au cours d'un terrible accident.

    Il revient plusieurs fois et obtient par lettres patentes du roi, enregistrées le 19 décembre 1679, d'établir au Laus un séminaire.

    L’apparition du Christ en croix

     

    LE LAUS

     

    En juillet 1673, Benoîte voit Notre-Seigneur fixé à la Croix et elle se sent inondée de son sang.

    Elle se trouve brusquement raidie, chaque semaine dans la pose de crucifiée et reste ainsi du jeudi au samedi, sans pouvoir faire un geste. Cette « crucifixion mystique » va durer de 1673 à 1684.

    Elle s'effare, dans son humilité, de l'attention générale qu'attire sur elle ce prodige et demanda que d'autres souffrances, moins visibles, lui soient accordées.

    C'est à partir de 1689 qu'elle subira des sévices nocturnes et combattra spirituellement le démon toutes les nuits jusqu'à sa mort.

    C'est depuis sa chambre que Benoîte reçut en 1669 un appel intérieur à se rendre jusqu'à la croix d'Avançon, située à l'entrée du hameau du Laus.

    C'est sur cette croix que Jésus crucifié lui apparaîtra à 5 reprises en 10 ans.

    1ère Apparition (1669)

    Jésus lui est apparu deux fois tout sanglant à la croix, lui disant : ce que vous me voyez souffrir n'est plus ce que je souffre à présent, mais c'est pour vous faire voir ce que j'ai souffert pour les pécheurs et l'amour que j'ai eu pour eux. 

    (Manuscrit du Laus, texte de Gaillard, paragraphe XXX, CA 57)

     

    2ème apparition

    "L'autre fois, la croix était toute sanglante et les anges étaient à genoux au pied de la croix, lui disant beaucoup de choses des souffrances de Jésus. Si cette vision eût duré plus longtemps, cette bonne fille serait morte de douleur". 

    (Manuscrit du Laus, texte de Gaillard, paragraphe XXX, CA 57)

     

    3ème apparition

    "Benoîte moissonnait avec plusieurs autres personnes et en présence de quelques étrangers, dans une terre qui était à la chapelle, lorsque par un mouvement de l'Esprit Divin, elle vit notre Divin Sauveur (...) Depuis, elle était crucifiée tous les vendredis : son corps étendu en forme de croix, ses pieds l'un sur l'autre, ses doigts tant soit peu fermés et rétrécis aussi, moins pliables qu'une barre de fer"

    (Peythieu, mémoires historiques)

     

    4ème apparition

    "Cette vue (du Christ en croix) la toucha si vivement, et son cœur en est attendri d'une telle manière qu'elle en pensa mourir de regret : elle a avoué que, pour peu que cette vision eut duré encore, qu'elle serait véritablement morte de regret de voir Jésus dans cet état déplorable, Jésus son Dieu, son amour, son tout"

    (Gaillard, Manuscrits du Laus, § VI)

     

    5ème apparition

    "En l'année 1679, au mois de novembre, Benoîte retournant à la même croix pour adorer Notre Sauveur, vit sur la croix cet aimable Jésus, qui lui apparut tout sanglant sur cette croix, et perça son cœur de tant de compassion que, durant six mois, elle était inconsolable"

    (Peythieu, Ca 413-414)

    Invasion savoyarde

    L'invasion savoyarde en août 1692 oblige Benoîte à quitter le Laus. Elle se réfugie à Marseille pendant 2 mois.

    Les dernières années

    Torturée alors par le démon, elle vit des années terribles, consolée seulement par ses apparitions.

     

    LE LAUS

    Tableau la vison du Paradis

     

    Le 15 août 1698, la Vierge lui apparaît entourée par des anges qui emportent Benoîte jusqu'au ciel puis la rapportent ensuite dans son hameau.

    Lisant dans les âmes, elle ramène au bien les pécheurs en leur disant le nombre et la gravité de fautes qu'ils croyaient ignorées de tous.

    À Marseille, elle montre à M. de Coulonge, alors vicaire général, qu'elle connaît sa pensée et le doute qu'il garde en l'écoutant.

    Cette traversée du désert due au clergé janséniste qui n'accepte pas les événements du Laus ne cessera qu'en 1712 grâce à l'arrivée des pères de Sainte-Garde, ce qui amène un renouveau du pèlerinage.

     

    LE LAUS

    Tableau les anges font communier Benoîte
     

    Pendant 19 ans, Benoîte est mise de côté par des prêtres ne croyant pas en elle. Ils vont jusqu'à lui refuser la communion ; mais les anges lui apportent la Présence du Christ dans l'Eucharistie.

     

    La mort de Benoîte

     

    LE LAUS

     

    Benoîte meurt le 28 décembre 1718, en la fête des saints Innocents, laissant la réputation d'une sainte dont la vie fut entourée de faits merveilleux.

    Elle aura vécu jusqu'à 71 ans malgré de cruelles souffrances et les plus grandes austérités.

    Le Laus : la basilique

    Benoîte a d'abord été enterrée au cimetière du Laus qui, alors, jouxtait l'église. Son corps fut ensuite déposé dans le caveau actuel dans le chœur même de la basilique.

     

    Le procès en béatification

    Dès 1865, on signale que 13 processions, venues de régions différentes, se trouvèrent à la fois dans la vallée du Laus.

    La chapelle fut, dans cette même année, visité par 135 000 fidèles.

    La rapide célébrité du pèlerinage ne devait pas faiblir par la suite. Depuis deux siècles, 100 000 pèlerins y viennent prier chaque année et le couronnement de la statue par Mgr Depèry, s'est fait, le 23 mai 1855 en présence de 40 000 personnes.

    Celle qui servit si bien la gloire de Notre-Dame, méritait de connaître quelque gloire à son tour. Les premières démarches en vue de l'introduction de sa cause furent faites par MgrBernadou, mort cardinal-archevêque de Sens, alors évêque de Gap.

    Le procès s'ouvrit le 11 septembre 1864.

    Benoîte Rencurel est la première voyante d'apparition mariale à voir sa cause de béatification introduite en cour de Rome.

    Le 7 septembre 1871, le pape Pie IX déclare Benoîte Rencurel « Vénérable servante de Dieu ».

    Le décret sur les écrits a été promulgué le 7 juillet 1896.

    Arrêtée en 1913, la cause a été reprise en 1981. Le 3 avril 1999 le Cardinal Ratzinger, futur pape Benoît XVI, a reconnu l'héroïcité des vertus de Benoîte Rencurel. Un miracle est maintenant nécessaire pour obtenir sa béatification.

    Le 28 août 1966, alors qu’il se trouvait à Notre-Dame du Laus en la fête de saint Augustin, Jean Guitton a dit de Benoîte Rencurel qu'elle est « un des ressorts les plus cachés et les plus puissants de l’Europe »

     

    La reconnaissance des apparitions

     

    LE LAUS

     

    Le 4 mai 2008, l'évêque français Jean-Michel di Falco reconnaît officiellement le caractère surnaturel des apparitions de Marie à Benoîte Rencurel.

    Par ailleurs, il soutient le procès en béatification de Benoîte Rencurel.

    Ce sont les premières apparitions reconnues en France depuis celles de Lourdes, il y a 146 ans.

     

    LE LAUS

    En savoir plus :

    http://www.zenit.org/article-17813?l=french

     


    Source :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Beno%C3%AEte_Rencurel

    http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/nddulaus/002.htm

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Notre-Dame_du_Laus

    En savoir plus : 

    http://voiemystique.free.fr/benoite_rencurel.htm

    http://books.google.fr/books?id=V38XAAAAYAAJ&pg=RA3-PA313&dq=%22notre-dame+du+laus%22&lr=#v=onepage&q=%22notre-dame%20du%20laus%22&f=false

    Les guérisons du Laus

    LE LAUS

     

    Au temps de Benoîte, les toutes premières guérisons du Laus concernaient aussi bien les adultes que les enfants.

    Nombreux furent ceux qui, très gravement déficients visuels, guérirent miraculeusement de ce que l'on appelait à l'époque une taie sur l'œil. Après avoir appliqué de l'huile du sanctuaire sur leur organe blessé, ils voyaient parfaitement clair.

    A cette époque, les autorités ecclésiastiques hésitaient sur l'attitude à avoir au sujet des phénomènes qui se produisaient au Laus.

    Jusqu'au jour où le vicaire général d'Embrun, Antoine Lambert, organise une expédition pour se rendre au Laus et mener son enquête.

    Là, il assiste quasiment en direct à la guérison d'une femme de 22 ans, Catherine Vial. Dans la nuit du 18 au 19 avril 1665, alors qu'elle se trouve dans son lit, elle sent soudain qu'elle peut déplier ses jambes qu'elle avait rétractées sous elle depuis 6 ans. Le matin, elle court se rendre à la messe célébrée par Antoine Lambert qui s'écrie alors : « Le doigt de Dieu est là ! Le doigt de Dieu est là ! »

    Deux épisodes se sont passés tout récemment, au début des années 2000.

    Une dame belge se présente un jour à l'accueil du sanctuaire, annonçant qu'elle est guérie d'une hernie discale qui s'extériorisait. En raison de son état, il avait été question de l'opérer dans l'urgence.

    Ce à quoi elle avait répondu :

    « Non docteur, vous ne m'opérerez pas ; c'est Marie qui va me guérir ! »

    Le chirurgien avait souri et dit avec ironie :

    « Vous croyez encore aux miracles ? »

    « Oui, docteur ! » avait-elle dit.

    Quatre mois plus tard, le chirurgien, ne la voyant pas venir comme prévu, s'en était inquiété, l'avait convoqué et lui avait fait passer un scanner. Stupeur, il n'y avait plus rien. La patiente de lui dire alors :

    « Docteur, vous y croyez aux miracles maintenant ? »

    « Oui, madame, lui répond-il, ce que vous aviez n'était guérissable que par une intervention chirurgicale. »

     A la même période, l'accueil du sanctuaire reçoit un coup de téléphone en provenance d'Australie.

    Une mère demande que l'on prie pour elle auprès de Notre-Dame du Laus. En effet, elle attend des jumeaux et l'un des deux, selon le diagnostic permis par l'échographie, est malformé. On lui répond « Nous allons prier pour vous, mais nous vous envoyons surtout l'huile de la lampe et vous vous ferez des onctions pour vos bébés chaque jour. » Peu de temps après, les deux bébés naissent, magnifiques tous les deux. A l'époque des faits, les grands-parents se trouvaient au Sanctuaire.

     

    Benoîte et les pécheurs

    LE LAUS

     

    Benoîte encourage les pèlerins à se confesser ; une mission qu'elle accomplira tout au long de sa vie, soutenue par le charisme qu'elle reçoit : celui de lire dans les consciences.

    "J'ai destiné ce lieu pour la conversion des pécheurs. Beaucoup (...) viendront ici se convertir. Pour cela, il faudra construite une église et une maison pour les prêtres".

    Ainsi s'adresse la Vierge à Benoîte en 1664.

    A la suite des premières apparitions, des foules importantes vont accourir au Laus en pèlerinage.

    Guidés par Benoîte, qui a reçu un charisme particulier de connaissance des cœurs, de nombreux pèlerins se convertissent , touchés par le pardon.

    "Refuge des pécheurs", Notre-Dame du Laus est d'abord un haut lieu de réconciliation, où Marie dispense en abondance des grâces pour vivre le pardon : avec Dieu, avec les autres, avec soi-même.

    Planté dans un décor exceptionnel, en pleine nature, face à un panorama de hautes montagnes, à l'écart du bruit et de l'agitation du monde, il est aussi un refuge de montagne : un lieu de halte où, en posant son sac, on se libère des préoccupations du quotidien.

    Aujourd'hui, le sanctuaire continue d'accueillir les pèlerins, seuls ou en groupes, dans le cadre de retraites, sessions, journées spirituelles ou de simples séjours. Une permanence de prêtres pour recevoir quotidiennement le sacrement de réconciliation et un service d'accueil et d'écoute sont à la disposition des visiteurs.

    Les deux couronnes

    LE LAUS

     

    Lors d'une vision, Sainte Barbe et Sainte Catherine de Sienne présentent à Benoîte deux couronnes. Pour parvenir à la couronne de gloire, elle est invitée à choisir de s'unir à Jésus par la couronne d'épines.

     

    Les stigmates

     

    Extraits tirés du livre «Histoire Merveilleuse de Notre-du Laus, Refuge des pécheurs : 

    Un jour du mois de juillet 1671, Benoîte moissonnait en compagnie d’autres personnes au champ de blé appartenant à la chapelle. Tout à coup, elle quitte sa faucille et se dirige vers la Croix d’Avançon.

    A peine est-elle agenouillée que le Sauveur lui apparaît tout sanglant et agonisant tel qu’il était sur le Golgotha : «Ma fille, lui dit-il, je me fais voir en cet état pour te faire participer à ma passion. »

    Dès ce moment, Benoîte fut crucifiée une fois par semaine: du jeudi soir à 4 heures jusqu’au samedi à 9 heures du matin, elle restait étendue sur son lit, les bras en croix, les pieds l’un sur l’autre, immobile, moins flexible dans tout son corps qu’une barre de fer, et endurant ce que le Sauveur a enduré dans sa passion.

    Ces douleurs du vendredi cessèrent pendant la construction du couvent des prêtres au Laus, afin, dit la Sainte Vierge à Benoîte, qu’elle pût distribuer les vivres aux ouvriers et surveiller leur travail.

    Lorsque Notre-Seigneur inspirait à Benoîte de se rendre à la croix d’Avançon elle en était toujours prévenue par des odeurs d’une suavité indicible.

    Ces parfums étaient de beaucoup supérieurs à ceux qui signalaient la présence de la Mère de Dieu.

    Source

     

    La lampe à huile

     

    LE LAUS

     

    LE LAUS

     

    Le Laus : la basilique

     

    La lampe à huile brille en permanence dans le sanctuaire.

    L'huile est le moyen choisi par Marie pour accorder des grâces : guérison corporelle ou grâce spirituelle.

    Cette huile est liée à la grâce sensible attachée au sanctuaire : il s'agit des « parfums exaltants qui provoquent une joie si soudaine que les bénéficiaires en gardent une impression profonde et sont encouragés à mieux prier. » Benoîte respirait ces parfums lorsqu'elle voyait Marie et en restait toute imprégnée. C'est pour avoir senti ces odeurs que le sculpteur Pela fit don de la statue.

     

    Le Laus : la basilique

     

    Le Laus : la basilique

     

    Le Laus : la basilique

     

    La Vierge Marie avait annoncé à Benoîte : "L'huile de la lampe de la chapelle, si on en prend et qu'on s'en applique, et si l'on a recours à son intercession et qu'on a la foi, on sera guéri".

    En savoir plus : http://lalumierededieu.eklablog.com/les-sources-miraculeuses-le-laus-p32330

     

    LE LAUS

     

     

    LE LAUS 

    Le Laus (05)

    Benoîte Rencurel et les apparitions 

    La basilique Notre-Dame du Laus

    La lampe à huile

    Pindreau

    La chapelle du Précieux Sang

    Le col de l'Ange

    La maison de Benoîte à partir de 1673

    La maison natale de Benoîte

    L'oratoire du couronnement

    La chapelle du vallon des Fours

    La chapelle saint Maurice à Valserres

    La chapelle des roses à Valserres

    La chapelle de Notre-Dame des sept douleurs

    La chapelle des anges

    L'hôtellerie

    Les prêtres

    Prière (utilisation de l'huile du Laus)

    Prière du Laus

    Prière pour demander la béatification de Benoîte

    Notre-Dame-du-Laus à Philipsburg