• L'apparition de saint Michel à l'évêque Aubert

     

     

     

    L'apparition de saint Michel à l'évêque Aubert
     

    Le mont Saint Michel : L'abbaye

     
    L'an 708, Saint Aubert occupait le siège épiscopal d'Avranches. 
     
    Pour se livrer à la prière, Saint Aubert avait coutume de se retirer sur le Mont Tombe, alors dans une affreuse solitude, au milieu des sables du désert. Il n'y avait plus de solitaires ; il n'était resté que deux petits oratoires abandonnés au pied de la montagne.
     
    Une nuit que le saint évêque était resté enseveli dans une profonde méditation, un archange lui apparut :
    "Je suis, lui dit-il, Saint Michel ; ce mont est sous ma protection. Dieu veut qu'on y bâtisse un temple. L'honneur qu'on me rendra ici ne sera pas inférieur à celui qu'on rend aux anges sur le Mont Gargan".
    A ces mots, il disparut.
    Surpris d'une pareille vision, le saint prélat réfléchit à ces paroles de l'apôtre Saint Jean : "éprouvez si c'est l'esprit de Dieu".
    Une seconde fois Saint Michel se montra à lui, et lui ordonna d'accomplir ce qui lui était commandé. Néanmoins le saint évêque différa encore, mais il employa la prière pour connaître la dernière volonté du Saint Archange.
    Un titre original, que l'on conservait dans l'église St-Gervais d'Avranches, rapporte cette apparition à l'année 708, l'année même où Saint Aubert prit possession de son siège.
     
    Il arriva pendant ce temps-là qu'un homme vola le taureau d'un villageois.
    Ce voleur alla ensuite cacher l'animal sur le sommet du Mont Tombe. On cessera, se disait-il en lui-même, de le chercher, et j'en retirerai ensuite, en le vendant, un certain prix.
    Cependant le vénérable évêque est averti une troisième fois d'en haut ; mais ce fut avec sévérité, afin qu'il se rendît plus promptement au lieu qui lui était désigné.
    L'ange le toucha, et une concavité apparut sur son front.
    "Sachez, lui dit l'Archange, que vous ne pourrez quitter ce lieu que vous n'ayez achevé ce qui vous est commandé".
    On montre encore aujourd'hui, poursuit l'annaliste, la pierre sur laquelle le pontife s'assit, pendant tout le temps que les ouvriers travaillèrent. On voit pareillement encore son os frontal, percé à la grosseur du doigt ; et si on l'examine attentivement, on reconnaît que ce n'est ni l'indice d'un cautère, ni la suite d'une blessure. C'est un témoignage du pouvoir divin.
    Nous savons qu'il a été confirmé par le Saint Archange ; nous le ferons voir dans la suite de ce récit. Nous le croyons, nous le disons hautement ; c'est la vérité. Ainsi parle un historien qui vivait dans ces premiers temps, et qui traça sur son manuscrit un grand dessin de cette vision.
    - Le saint évêque demanda à l'Archange quel lieu convenait à l'édifice ?
    - "Celui-là même, répondit l'envoyé du Très-haut, où le taureau a été attaché pour être soustrait à tous les yeux".
    - "Quelle en sera l'étendue, reprit l'évêque ?"
    - "Celle, poursuit l'Archange, que vous trouverez foulée par les pieds de ce taureau".
    Il finit par lui commander de rendre à son maître cet animal dérobé.
    Saint Aubert ne pouvant plus résister à la volonté du ciel, qui lui avait été manifestée jusqu'à trois fois, célébra les louanges du chef de la milice céleste par des chants d'allégresse, et il s'appliqua à l'ouvrage qui lui était prescrit.
    Il assemble une multitude considérable de villageois, et on travaille avec ardeur.
    L'emplacement est bientôt nettoyé ; on le dresse, on le prépare.
    Deux rochers restaient néanmoins au milieu. On emploie le marteau, le ciseau, la force, l'adresse. C'est en vain, le rocher reste inébranlable.
     
     
    Les ouvriers s'arrêtent, se regardent et ne savent quel parti prendre.
    Un homme très-distingué, nommé Bain, habitait près de là dans le village d'Huines. Il avait douze enfants.
    La nuit suivante, pendant son sommeil entendit une voix qui lui dit d'aller travailler avec les autres.
    Aussitôt rempli de joie, il appelle ses douze fils, leur raconte la vision qu'il a eue, se met en marche avec eux pour remplir les ordres du ciel ; il réussit si facilement à détacher le vaste roc couvrant le sommet de la montagne, qu'on n'eût pu en reconnaître la place.
    Un historien raconte qu'il saisit le rocher, l'ébranla, et le fit rouler au pied de la montagne.
    Un autre rapporte qu'il appuya le pied d'un de ses enfants encore au berceau contre cette masse énorme, et qu'elle se détacha aussitôt.
    On voit encore aujourd'hui, ajoute-t-il, sur ce rocher l'empreinte du pied de l'enfant.
    C'est sur cette pierre que fut construite plus tard la chapelle de Saint-Aubert.     

    Alors tous d'une commune voix célébrèrent les louanges du Seigneur et du Saint Archange, et continuèrent leur ouvrage.

    Saint Aubert néanmoins se trouva encore irrésolu sur la grandeur de l'église qu'il voulait élever.

    Au milieu de la nuit, il tomba une rosée qui couvrit la cime de la montagne, et Saint Michel lui apparut et lui dit :

    "Tu poseras les fondements de l'édifice là où tu verras la terre sèche et sans pluie".

    L'évêque rendit grâces à Dieu, se leva avec joie, et implorant le secours du Saint Archange, il bâtit un oratoire de figure ronde, qui pouvait contenir cent personnes dans son enceinte.

    Pour en faire la dédicace et y placer des reliques, il se détermina à envoyer au Mont Gargan trois clercs de son église. Ils obtinrent un morceau du voile qui couvrait l'autel de Saint Michel, et une partie du marbre sur lequel il s'était montré.

    Il est vrai qu'on y voit encore aujourd'hui quelque chose de semblable.

    Il est aussi question de ces reliques dans Mabillon, annales Benedictini, t. 1, et dans la vie de Saint Maur.  M. Couppey plaisante de ces reliques ; mais il aurait dû voir ce qu'en dit Mabillon.

     

    Pendant que les clercs voyageurs s'entretenaient avec les chanoines du Mont Gargan, et leur racontaient ce qui s'était passé sur le Mont Tombe, ce lieu qui était joint au continent en fut séparé ; la mer ayant enflé ses vagues, abattit tous les arbres de la forêt, et la réduisit à l'état d'une vaste grève, du côté de l'Occident ou de la Bretagne.

    Ainsi la contrée de Beauvoir et d'Averdon fut la proie des flots ; la rivière de Couesnon attira la marée qui se répandit, et creusa les marais de Caugé et de Sougeal, et ceux d'Aucey et de Boucey.

    Il y a auprès de Pontorson un endroit qu'on appelle le Port ; on fortifia sans doute ce lieu contre les ravages de la mer.

    Cette inondation causa aussi des désastres sur les côtes de Bretagne, où l'on connaissait dans ces temps, du côté de Dol, trois ports de mer, ceux de Pican, de Winiau et de Carfantin.

    Le Couesnon coulait entre le grouin de Cancale et le rocher des Landes, le long des côtes de Bretagne ; la grève entre ces deux caps s'appelle encore vieille rivière. Alors son cours devint variable ; mais il continua néanmoins de partager la Neustrie de la Bretagne, et le diocèse d'Avranches de celui de Dol.

    Un auteur rapporte en langue romane un distique qui peint le chagrin des Bretons, de ce que le Mont Saint-Michel n'appartenait point à leur contrée, étant du diocèse d'Avranches et soumis à la juridiction de Saint Pair et de Saint Aubert ; ils en rejetaient la faute sur le Couesnon qui séparait la Bretagne de la Normandie.

    La baie du Mont Saint-Michel fut à peu près alors telle que nous la voyons aujourd'hui des flottes y naviguaient ; le Mont Tombe s'élevait comme une pyramide au milieu des flots ; il ressemblait à l'arche où fut sauvé le réparateur du genre humain. Les plaines de sable blanc qui l'environnent, couvertes en quelques endroits d'eaux stagnantes, de plantes marines et de roseaux, peuvent être considérées comme des marécages, c'est le nom que leur donne dans ce siècle même un roi de France.

    Cependant les messagers de l'évêque d'Avranches avaient repris leur route ; ils arrivèrent le jour même que l'église fut achevée. Mais quelle fut leur surprise de voir que cette forêt spacieuse, large au moins d'une demi-lieue, avait été, pendant leur absence, envahie par l'Océan ! Ils se crurent en quelque sorte transportés dans un autre univers.

    Saint Aubert s'avança au-devant d'eux avec son clergé, en chantant des cantiques ; il reçut le précieux trésor et l'apporta sur le Mont sacré.

    La joie fut générale dans tous les pays voisins en apprenant ces heureuses nouvelles.

    On était assuré de la protection du ciel. N'avait-on pas pour soi les dons et le secours de celui qui portait l'étendard de la milice céleste ?

    Pendant le voyage, le Seigneur avait manifesté sa puissance, ouvert ses trésors et ses grâces. La vue avait été rendue à douze aveugles ; plusieurs malades avaient été guéris. Une femme aveugle, du village d'Austériac, suivait avec foi les précieuses reliques ; aussitôt qu'elle fut arrivée au bord de la côte, sur le rivage où se balançaient, il y avait peu de temps, les arbres de la forêt, elle recouvra soudain la vue ; et dans le transport de sa joie, elle s'écria en langage du temps : "bellus visus", "ah ! qu'il fait beau voir !" En mémoire de ce miracle, le village d'Austériac s'appela Beauvoir, et il a conservé ce nom jusqu'à nos jours.

    Cependant Saint Aubert vit avec peine qu'il n'y avait point d'eau douce en ce lieu.

    Il se mit en prière avec son clergé, et demandant le secours du Saint Archange, il pria celui qui avait fait autrefois jaillir des eaux vives du rocher du désert, d'éloigner de ses serviteurs la disette de l'eau.

    La prière de cet homme vénérable monta jusqu'au ciel ; Saint Michel descendit et lui montra la source des eaux.

    On pratiqua une ouverture dans le rocher, et les eaux jaillirent en abondance.

    Cette fontaine, ajoute l'annaliste, est suffisante pour les habitants, et l'eau qu'on y puise est un remède efficace et prompt contre la fièvre.

    Saint Aubert établit ensuite, pour servir le Seigneur sur ce Mont, douze chanoines, et il leur assigna des revenus considérables ; il les dota des villages d'Huines et de Genêts.

    Il fit la dédicace de l'église le 16 octobre 709.

    Un auteur rapporte que l'Archange Saint Michel en fit lui-même la dédicace. Longtemps après, en Angleterre, on en célébrait encore la mémoire.

     
     

    Au début du VIIIème siècle, en 708, Aubert, évêque d'Avranches, suite à une apparition de l'archange Saint-Michel reçoit l'ordre de construire un édifice dans lequel seraient loués les mérites de l'archange. Le pauvre évêque croyant follir n'ose rien faire et décide d'attendre.

     

    Une seconde fois l'archange lui apparaît, et Aubert doute toujours. Mais à la troisième apparition de l'archange plus aucun doute ne subsiste à l'esprit de l'évêque, car Saint-Michel, furieux de ne point avoir été écouté laisse à Aubert une preuve de son pouvoir: dans le crâne de l'évêque apparaît un trou circulaire. Mais l'évêque ne doit pas trop en souffrir car il ne mourra que des années plus tard. Aujourd'hui le crâne d'Aubert est conservé dans la basilique d'Avranches.

     

    En l'an 709, Saint AUBERT, se décide à construire une chapelle et d'établir des prêtres pour prier l'Archange Saint MICHEL sur un rocher désert appelé : le mont "Tombe".

     

    Près de trois cents ans plus tard, en 966, des moines bénédictins s'y installent.

     

    Ils réaménagent les logis existants pour en faire un monastère qui sera, très vite, trop petit.

     

    Aux environs de l'an 1020, la communauté décide de modifier de fond en comble ce qui existe et de construire une immense église sur le sommet du rocher, destinée à accueillir les nombreux pèlerins. Les bâtiments conventuels s'étageant tout autour.

     

    Au XIIIème siècle, de nouvelles constructions s'édifient au Nord, six salles magnifiques qui seront immédiatement dénommées : LA MERVEILLE. On est alors à l'apogée des pèlerinages qui font du Mont l'un des lieux les plus célèbres de toute la Chrétienté.

     

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    Le Mont saint Michel