• Besançon, église Notre-Dame de Jussa-Moutier

     
     

    Besançon

    Église Notre-Dame de Jussa-Moutier

     

     

     

    Le culte rendu à la Mère de Dieu dans la cathédrale était également florissant dans les autres églises de la cité.

    Non loin de la basilique de Saint-Jean s'élevait un sanctuaire dédié à Marie dès le milieu du septième siècle.

    C'est Notre-Dame de Jussa-Moutier, que la piété de saint Donat, archevêque de Besançon, avait fait construire pour sa mère Flavie et sa sœur Sirude.

    Ce monastère était bâti au pied du mont Cœlius, près des rives du Doubs.

    Un grand nombre de religieuses y pratiquaient, sous la direction de Flavie, les vertus dont elles trouvaient le modèle dans la Vierge leur patronne.

    Saint Donat composa pour elles une règle monastique fort remarquable, que nous avons encore, et qu'il dédia à Gautrude, première abbesse de Jussa-Moutier.

    « Aimez-vous les unes les autres d'un amour pur et saint, leur disait-il, afin qu'à l'arrivée de Notre Seigneur Jésus-Christ, votre divin Epoux, vous accouriez à sa rencontre avec des lampes pleines d'huile et ardentes, et que vous puissiez dire avec joie : J'ai trouvé Celui que mon cœur a cherché »

    Le culte de Notre-Dame y fut toujours en grand honneur, et l'on y montrait encore, il y a deux siècles, l'autel où saint Claude, archevêque de Besançon, célébrait le saint sacrifice de la messe ; « ce qui marque son antiquité, dit dom Gody, et fait preuve que du temps de saint Donat, il y avait déjà en ce lieu-là même quelque oratoire dédié à la sacrée Vierge. »

    Le rituel de saint Prothade, qui date du septième siècle, mentionne plusieurs fois Notre-Dame de Jussa-Moutier.

    C'est là qu'au moyen âge se réunissaient à certains jours les processions venues des autres paroisses de la ville.

    Aux rogations et au commencement du carême, le clergé de la cathédrale s'y rendait en procession, nu-pieds, et en chantant les litanies et les psaumes.

    Mais la fête la plus solennelle pour cette église était la Nativité de la Vierge.

    En ce jour, on déployait les riches bannières, on portait les chandeliers et les croix processionnelles, les encensoirs embaumaient l'air, de parfums, et le pieux cortége se rendait ainsi en graude pompe de la cathédrale à Jussa-Moutier.

    Ce jour-là, l'évêque présidait lui-même la cérémonie.

    Entouré de son clergé, assisté de deux prêtres, de trois diacres et de trois sous-diacres, il célébrait pontificalement la messe de Notre-Dame.

    Cette dévotion à la Vierge de Jussa-Moutier s'est perpétuée dans les siècles suivants.

    Une statue antique de la Mère de Dieu y attirait les hommages des fidèles, et quand les pieuses filles qu'y avait rassemblées saint Douat furent remplacées par des religieux, ceux-ci maintinrent dans leur église le culte traditionnel envers Notre-Dame.

    Dès le commencement du XIe siècle, Jussa-Moutier devint un prieuré de bénédictins, sous le titre ancien de monastère de Marie.

    En 1607, cette maison, presque tombée en ruines, fut relevée par les minimes, qui en firent le centre d'une des sept paroisses de la ville.

    L'église, reconstruite au XVe siècle, était d'une belle architecture gothique.

    Les minimes, en en prenant possession, l'enrichirent et l'ornèrent de leur mieux.

    « Notablement embellie et agencée, dit un auteur de ce temps, cette église a été renommée par les miracles qui s'y sont faits, et comme elle est écartée de la ville et des assemblées, aussi est-elle très propre à recueillir la dévotion, ce qui fait que jamais il n'y a faute de personnes qui y vont faire leurs prières pour implorer le secours de la très glorieuse Vierge. »

    Au XVe siècle, les minimes y instituèrent la confrérie de Notre-Dame Libératrice, qui fut agrégée à l'archiconfrérie du grand Confalon de Rome.

    C'est en 1750, sur la demande du P. Montmayeur, qui remplissait l'office de curé de Jussa-Moutier, que l'archevêque Ant.-Pierre de Grammont permit l'établissement de cette confrérie pour les filles de la paroisse.

    Elle eut dès lors ses statuts, ses privilèges, ses indulgences et sa bannière particulière.

    En 1755, le P. Couchery la fit associer à l'archiconfrérie de Rome, et obtint que dans la suite elle serait appelée la confrérie du Confalon. 

    En 1760, le P. Devaux, général de l'ordre des minimes, étant à Besançon, donna aux filles de cette conférence une lettre d'association à toutes les messes, prières et bonnes œuvres qui se feraient dans tout l'ordre des minimes.

    Enfin en 1772, dans le cours de sa visite pastorale, le cardinal de Choiseul confirma les statuts et privilèges de la confrérie.

     

    Au siècle dernier, les usages anciens, dont l'origine remonte au vif siècle, survivaient encore dans l'église de Jussa-Moutier.

    Le jour des rogations, le clergé de Saint-Jean et celui de Sainte-Madeleine s'y réunissaient chaque année pour célébrer la messe à l'autel de la Vierge et bénir les eaux du Doubs.

    La gloire de Marie se reflétait sur les lieux mêmes qui entouraient le monastère, et la porte de la ville qui en était voisine s'appelle encore maintenant la porte Notre-Dame.

    Aujourd'hui l'église de Jussa-Moutier, ses pieux usages et jusqu'à sa statue vénérée, tout a disparu.

    Mais au moins le nom sacré de Marie a été recueilli pieusement, comme un doux héritage, par l'ancienne église de Saint-Vincent de Besançon, qui porte aujourd'hui le titre d'église Notre-Dame.

    C'est ainsi que rien ne se perd dans les traditions religieuses. Quand le malheur des temps fait disparaître les monuments de la piété antique, Dieu, dans sa miséricorde, fait renaître sur une nouvelle tige ces fleurs qu'on croyait disparues pour toujours. C'est dans cette église de Notre-Dame que fut érigée, en 1690, la confrérie de Notre-Dame du Cordon-Bleu, dont j'ai déjà raconté l'histoire.

    Source : Livre "Annales Franc-Comtoises, Volume 13"